Entretien avec Jon, bassiste de Black Stone Cherry - Among The Living

White Trash Millionaire“, “Lonely Train“, “Blame It On The Boom Boom“, vous avez compris, on parle bien de Black Stone Cherry. Le quatuor originaire du Kentucky et connu pour ses riffs juteux, teintés de rock et de blues revient avec son nouvel album, Family Tree (sortie prévue le 20 avril). Avec ce sixième opus, les héritiers du Southern rock mettent à l’honneur leur riche héritage musical et leurs racines, auxquelles ils sont très attachés : c’est une façon pour eux de rendre hommage à ces groupes pionniers qui les ont marqués et inspirés. J’ai eu le plaisir d’échanger quelques mots avec Jon, le bassiste, alors que le groupe était de passage à Paris.

 


Jon


Est-ce que tu peux me parler de l’écriture et de l’enregistrement de l’album ?

 On a écrit la majorité de cet album sur la route, on était toujours sur scène ou dans le bus, donc l’esprit “live” était constamment présent pendant l’écriture et quand on n’était pas sur scène, on écoutait très souvent Tom Petty and the Heartbreakers, les Traveling Wilburys, ELO, Bruce Springsteen, Led Zeppelin, Lynyrd Skynyrd, The Allman Brothers, etc, donc on a vraiment puisé dans nos racines. On a toujours adoré ces groupes, notamment Tom Petty and the Heartbreakers et les Traveling Wilburys, mais on n’avait jamais vraiment approfondi et c’est ce qu’on a fait cette fois-ci, et je pense que ça se ressent vraiment sur le résultat final.

En studio, on n’a pas passé beaucoup de temps à répéter, on est juste arrivés et on a tout donné. On n’était pas sûrs à 100% de ce qu’on allait jouer parce qu’on avait fait les démos très rapidement, on avait balancé des parties dans le bus sans vraiment peaufiner quoi que ce soit. On avait une idée de ce qu’on voulait pour les chansons et on s’est dit qu’on allait jammer sur cette idée et voir ce qui allait se passer, et pour la majorité de l’album, ça s’est fait en une prise, de façon très libre et ouverte d’esprit. Il y a beaucoup de spontanéité sur cet album, on ne joue pas la même chose d’un couplet à l’autre alors que c’est ce que beaucoup de groupes font en studio, mais pendant l’enregistrement, on avait juste envie de jouer quelque chose de différent après le refrain, c’est venu naturellement.

 

Comme pour votre album précédent [Kentucky sorti en 2016], vous avez choisi d’enregistrer dans le Kentucky, l’état où le groupe est né et où vous vivez tous les quatre, vous aviez envie de vous rapprocher de vos origines et de vos proches ?

C’est sûr, on a enregistré notre premier album avec David Berryck, c’était l’ingé son, on a de nouveau collaboré avec lui sur notre cinquième album, Kentucky, on n’avait pas enregistré au même endroit mais la plupart du matos était identique et sur Family Tree, c’est aussi David Berryck, mais encore une fois dans un autre endroit (rires), donc il y a une évolution du son de la pièce. J’ai pu ramener un tas de micros, de préamplis, de compresseurs, d’égaliseurs, bref, un tas de matos que j’avais chez moi, et on a tout utilisé, en plus d’un peu de matos que David avait.

Quant à l’approche “familiale”, c’est clair, nos amis et nos proches venaient nous voir tout le temps, Declan [le fils de Chris, chanteur/guitariste] chante même sur “You Got The Blues“, et ça s’est fait parce que c’était sa chanson préférée et qu’il avait entendu son papa la jouer, du coup il n’arrêtait pas de la chanter lui-même. Il est venu au studio et Chris et moi on était là, “vas-y, on n’a qu’à l’enregistrer”, et c’est ce qu’on a fait. Il a dû hériter de son père !

Vous avez également auto-produit Family Tree, mais à la différence de Kentucky, Chris s’est chargé du mixage pour la première fois depuis le début du groupe.

Plus on avance, plus on veut revendiquer l’intégralité du processus de création d’un album.

 Vous êtes de plus en plus autonomes et indépendants, mais est-ce que ça vous semble risqué, est-ce que vous appréhendez un petit peu quant à la réaction des fans ?

On déconnait à ce sujet la nuit dernière, mais ça fait complètement sens maintenant, tu vois la chanson de Kid Rock, “Cocky” ? Eh bah à un moment il dit, “C’est pas de la frime si tu peux le prouver” [“It ain’t braggin’ if you can back it up“], eh bah je dis ça pour Chris, c’est pas de la frime  (rires) ! On lui en a fait baver par rapport au mixage, on l’a pas choisi juste parce qu’il fait partie du  groupe. On lui a fait faire un mix test qu’on a comparé à un mix de Kevin Shirley, qui est un ingé son mondialement connu, il a mixé Led Zeppelin, entre autres, j’ai pas vraiment besoin d’en rajouter quoi, c’est un ingé de renommée internationale, et c’est à lui qu’on a mesuré Chris.
Quand on a écouté le résultat, bien entendu que le mix de Kevin était exceptionnel, il pourrait faire ça les yeux fermés, mais non seulement celui de Chris était d’une qualité aussi remarquable, il correspondait même mieux au son du groupe parce qu’on pouvait entendre chaque instrument distinctement, et c’est pour ça qu’on a tous choisi Chris. En tant que bassiste, c’est la première fois que je peux dire, “j’entends chaque note que j’ai jouée”, après avoir enregistré un album. Donc je suis plus que content du travail que Chris a fourni. Donc ouais, il s’est occupé du mixage, on a produit l’album nous-même, et puis sur les crédits, David Berryck apparaît en tant qu’ingé son, mais même par rapport à ça, Chris et moi on en a fait pas mal, j’ai fait tous les placements de micros, Chris était en régie avec David pour élaborer les sons via ProTools, donc on était vraiment touche-à-tout et impliqués.

D’ailleurs, c’est moi qui me suis occupé de la pochette de l’album. John Fred m’a accompagné car il savait où se trouvait l’arbre que l’on voit sur la photo, c’est-à-dire au bout d’une route paumée, et il m’a aidé à éparpiller des os et des crânes d’animaux autour de l’arbre. J’ai dû scotcher un trépied sur lequel j’avais fixé mon appareil au sommet d’une échelle de 3,5 m, donc j’étais tout là-haut à essayer de faire les réglages, l’effet qu’on retrouve sur la photo c’est parce que j’ai fait une pose longue, en tout cas c’était…intéressant ! (rires)

 Est-ce qu’on pourrait dire en quelque sorte que cet album représente l’essence de Black Stone Cherry, et serait-ce même ce que vous aviez toujours voulu atteindre en tant que groupe depuis vos débuts ?

 Je suis on ne peut plus d’accord avec toi, c’est tout à fait ça. Quand on a fait nos premiers albums, on avait des producteurs et il y avait toujours quelqu’un au sein de la maison de disques pour nous dire de faire ceci ou cela, et pour nous donner des ordres. Certains groupes ont peut-être besoin de ça, mais en ce qui nous concerne, nos pères sont tous musiciens, d’ailleurs celui de John Fred a produit le premier album, et ils nous ont transmis une culture musicale extrêmement riche et variée donc quand on se prépare à enregistrer un album, on a toutes ces références qui traversent les décénies parce qu’on a toujours écouté Muddy Waters et Howlin’ Wolf, Robert Johnson et tous ces grands bluesmen, on passe de Isaac Hayes à Zeppelin et Cream, Mott the Hoople et Deep Purple, puis Cactus, Savoy Brown, etc. Vu toutes les influences qu’on a, on préfère n’avoir personne pour se mettre entre nous et l’album quand on écrit ou quand on enregistre, on tient vraiment à ce que l’album sonne comme nous.

 Tu penses que les producteurs et les maisons de disques peuvent être des obstacles entre un groupe et sa créativité, voire entre un groupe et son public ?

Ça peut être le cas, la plupart des labels représente un obstacle, mais pas le notre en l’occurrence. L’équipe chez Mascot est vraiment dynamique et positive, mais ils n’ont pas peur de te le dire s’ils pensent que quelque chose devrait être différent, et on apprécie vraiment leur honnêteté. Après on délibère tranquillement entre nous quatre et on décide si on garde leur idée ou la notre, et ça nous est arrivé de suivre leurs conseils mais ce qui est agréable c’est d’avoir le choix et le mot final sur ce qu’on va faire.

 

J’ai trouvé l’atmosphère de l’album très chaleureuse et généreuse, et cette ambiance est renforcée par la présence de guests, le fils de Chris bien entendu et Warren Haynes : est-ce que tu peux m’en dire plus sur la collaboration avec Warren ?

 

On a toujours été fans de lui, depuis des années, il était dans The Allman Brothers et il joue dans Gov’t Mule, Chris et Ben sont d’ailleurs allés les voir à Nashville environ un mois avant que Warren enregistre. Ils ont traîné avec lui à la fin du concert et ils ont discuté, notamment du fait de tourner ensemble et on a trouvé ça génial. Warren a toujours aimé notre groupe, il s’entend bien avec le père de John Fred, Richard Young des Kentucky Headhunters, donc le fait de tourner ensemble était toujours dans les esprits. Ensuite au moment où on travaillait sur l’album, on a écrit “Dancin’ In The Rain” et on l’a enregistré comme un morceau classique de Black Stone Cherry, et une fois en studio, on s’est dit que le fait d’avoir Warren dessus l’enrichirait vraiment.

On avait jamais fait de collaboration de ce type, Lzzy Hale de Halestorm avait fait des chœurs sur “Won’t Let Go“, mais personne n’avait chanté tout un couplet sur un de nos morceaux, donc on s’est dit, vas-y, on va voir si Warren est intéressé. On a envoyé le morceau à son manager pour qu’il le transmette à Warren et il a adoré, il nous a demandé si on voulait qu’il chante ou qu’il joue, ou les deux, et on lui a dit, “c’est toi la légende du rock sudiste, tu fais tout comme tu le sens”, (rires), du coup on lui a envoyé les fichiers d’enregistrements et tout ça, il nous a renvoyé ce qu’il avait enregistré, et vu que c’est Chris qui mixait, il a eu la chance d’écouter tous les enregistrements de Warren sans exception, voix et guitare, d’ailleurs je lui en veux encore un peu à cause de ça (rires).
Chris a ensuite fait une ébauche de mix, il a envoyé le doc à l’adresse du groupe pour qu’on puisse tous l’écouter et je me souviens, j’étais dans mon studio en train de faire des travaux quand mon téléphone a sonné, j’ai vu ce que c’était et quand je suis arrivé au moment où Warren commence à chanter, je me suis dit, “ok, je peux pas écouter ça sur mon téléphone”, je suis allé connecter mon téléphone à la sono de mon camion, j’ai monté le son à fond et j’ai écouté le morceau du début à la fin au moins quinze fois, et à chaque fois je souriais de plus en plus, en me disant, non seulement Warren a tout déchiré et il a clairement amélioré le morceau, mais en plus de ça on a l’un de nos héros qui joue sur un de nos morceaux quoi ! (rires)

 En parlant d’héritage musical, qu’est-ce que ça fait d’être dans un groupe qui inspire la nouvelle génération de musiciens, tout comme tu as été inspiré par les musiciens avant toi ?

Il y a un mois environ, j’étais sur Youtube et j’ai vu une vidéo d’un tribute band de Black Stone Cherry, tout ça me laisse perplexe pour être honnête. À chaque fois que j’entends que quelqu’un reprend nos morceaux ou est inspiré par notre groupe, on prend ça avec beaucoup d’humilité et de recul et ça nous fait tout drôle parce que pour moi et pour le reste du groupe, on est juste quatre péquenauds, des campagnards qui viennent du fin fond du Kentucky et qui ont eu un peu de chance.
On adore jouer et je ne sais comment, on a réussi à faire le tour du monde avec notre musique. Le fait que les gens aiment notre groupe est déjà incroyable, mais le fait que certains aiment notre musique au point de vouloir jouer comme nous, avec les mêmes instruments que nous, parce que Chris et moi on a tous les deux des modèles signatures maintenant, le fait que ça devienne un mode de vie pour eux, c’est juste époustouflant. Ça nous met un peu la pression aussi, parce que si on merde en cours de route, on risque de contrarier pas mal de monde, mais c’est une belle leçon d’humilité et j’en apprécie chaque moment.

 Quel est ton meilleur souvenir en tant que jeune musicien ?

Ça fait beaucoup de souvenirs depuis le temps ! (rires) Je ne sais pas si ça répond vraiment à ta question, mais je me souviens constamment de cette fois où j’étais à la fac, j’avais 19 ans. À l’époque j’étudiais à l’Université du Kentucky mais j’avais pris mon semestre pour valider mon diplôme d’ingé son à Chillicothe dans l’Ohio, et je revenais tous les weekends dans le Kentucky pour répéter avec le groupe, c’est-à-dire que je faisais environ 7h30 de route rien que pour l’aller.
C’était donc un dimanche soir, on avait répété et rencontré un mec de chez Atlantic Records, Jim Crow, il était venu nous voir au studio où on avait enregistré des démos et tout, on lui avait fait tout écouter, et il devait être près de 3h du matin au moment où je me suis enfin mis en route pour retourner dans l’Ohio où j’avais cours dans la matinée. Je faisais au moins du 170km/h quand ma voiture est tombée en panne, il me restait encore une heure et demie de route et j’étais là, exténué, sur le bas-côté avec ma voiture fumante, à attendre la dépanneuse pour qu’elle m’accompagne à l’école, c’était un cauchemar (rires) ! Je suis arrivé à l’heure en cours et j’ai dormi quatorze heures d’affilée le soir d’après, mais tout ça c’était pour la musique, pour le groupe ! (rires)

 

Vous êtes tous attachés à vos origines et proches de vos familles, et en même temps vous êtes souvent loin de chez vous lorsque vous tournez. Comment est-ce que vous gérez la distance dans ces moments là ?

Déjà, chapeau bas à tous ceux qui ne pouvaient pas profiter de la technologie moderne dans le passé, parce que moi ça m’aurait tué de ne pas pouvoir appeler et voir mes proches pendant des semaines. Je sais pas comment ils ont survécu. Et puis surtout, ce qui nous sauve vraiment, c’est que nous quatre et toute notre équipe, on forme vraiment une famille. Josh, mon technicien, je sais que je pourrais compter sur lui à n’importe quel moment, comme lui pourrait compter sur moi pour faire n’importe quoi pour lui. L’ambiance dans notre bus, c’est juste abusé, on se chambre à longueur de temps, parce qu’on s’adore bien sûr, on rigole tout le temps et ça rend les choses plus agréables.
On avait eu une très mauvaise expérience une fois avec un chauffeur de bus qui nous piquait notre bouffe et la cachait dans son mini frigo qu’il cadenassait en faisant croire qu’il ne fonctionnait plus. Ou il nous avait aussi dit que la clim était en panne, du coup on crevait de chaud pendant que sa partie du bus était climatisée, tout ça pour dépenser moins d’essence pour qu’il puisse économiser des thunes, un vrai connard… désolé ! (rires) Bref, en tout cas le chauffeur qu’on a aux États-Unis est top, et quand on est en Europe, on a quelques chauffeurs avec qui on s’entend vraiment bien, toute notre équipe est composée d’amis qu’on connait depuis des années, on peut tous compter les uns sur les autres. Et vu les liens qu’on a entre nous, quand on part en tournée, on ne quitte pas notre famille, on laisse juste une partie de notre famille pour rejoindre l’autre et ça facilite vraiment les choses.

 

Est-ce qu’il y a un morceau que tu préfères sur l’album ?

C’est comme me demander de flinguer l’un de mes gosses ! (rires) C’est vraiment très difficile… Par égoïsme, je dirai “Family Tree“, de toutes les chansons que j’ai jouées jusqu’à présent, c’est sûrement celle que je préfère parce qu’au moment de l’enregistrer, Chris m’a dit, “ferme les yeux et joue”, je ne savais pas du tout ce que j’allais jouer sur ce morceau en fait, c’était celui que j’avais le moins répété, je connaissais vaguement l’enchaînement d’accords parce que je l’avais joué une fois deux semaines avant, mais ça s’arrêtait là quoi. Du coup une fois en studio, j’ai suivi les conseils de Chris qui était assis juste derrière moi, j’étais hyper stressé et je lui ai dit, “vas-y, je le fais en une prise”, et c’est ce que j’ai fait. Je ne joue jamais deux fois la même chose sur ce foutu morceau (rires), c’est un solo de basse sans fin, je jouais plein de trucs au hasard et même en écoutant le résultat enregistré, il y a des passages où je ne sais toujours pas ce que je joue ! (rires)

 

Comment ça va se passer si vous comptez jouer le morceau en live ?

Je ferai probablement la même chose, je fermerai les yeux et je jouerai ! (rires)

 

Vous jouez un set acoustique cet après-midi [au Dr. Feelgood Châtelet]. Comment est-ce que vous préparez ce genre de set et est-ce que tu penses que l’acoustique vous permet de transmettre quelque chose que vous ne pourriez pas transmettre lors d’un set électrique ?

Ce sont deux choses complètement différentes, vraiment. Quand tu joues un show entièrement électrique, tu peux chanter aussi fort que tu veux et globalement, le résultat sera cohérent parce que tout passe par une table de mixage et une sono, donc chaque chose reste à sa place dans le mix. Quand tu joues en acoustique, tu es obligé de créer toi-même les volumes et leurs variations, tu crées ta propre dynamique. Il n’y a pas de secret, il faut répéter autant que possible les morceaux et les comprendre dans leur intégralité pour passer d’une version électrique à une version acoustique, surtout avec le genre de musique qu’on joue parce que la plupart de nos morceaux ne passerait pas trop en acoustique, et pourtant on s’en sort. On a tourné au Royaume-Uni fin 2016, et on était notre propre première partie, on a joué un set acoustique de quarante-cinq minutes et ensuite un set électrique d’une heure quinze, il a fallu qu’on sélectionne les bons morceaux et qu’on les répète à fond pour que ça le fasse, mais au bout du compte, si t’es passionné quand tu joues, ça se verra.

 

Dernière question : est-ce qu’il y a d’autres dates parisiennes en vue ?

Je ne peux rien te dire, pas encore, si ce n’est qu’on reviendra cette année ! (rires)

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