Entretien avec Xavier MALEMORT
Hard Rock Café Paris
2 juin 2017

Xavier Malemort

Photo : Philippe BAREILLE

C’est à l’occasion de la sortie de leur dernier opus Ball Trap que nous nous sommes entretenu avec Xavier MALEMORT, chanteur du groupe éponyme. Une rencontre enrichissante avec un artiste complet et passionné. Il y a des rencontres qui marquent, celle ci en fait assurément partie !


C’est votre première interview pour Among The Living, je vous laisse vous présenter.

Je suis Xavier, le chanteur de MALEMORT. Le groupe existe depuis 6 ans je crois, je n’ai pas la mémoire des dates (rires), et le premier album est sorti il y a 4 ans environ.
La particularité du groupe c’est que l’on a commencé avec une formule qui n’était pas très vendeuse sur le papier. Chanter en français était une chose qui me tenait à cœur et je voulais ne pas me donner de frontières musicales. J’ai fait beaucoup de métal, de heavy, je suis également passé par une phase rock, acoustique, pour en arriver à une certaine maturité avec MALEMORT.
Je pensais qu’on allait se faire tailler par le milieu honnêtement, mais ça a été tout le contraire. Le milieu du métal est au final beaucoup plus ouvert qu’on ne veut bien le croire. Les fans et les journalistes comme toi sont à l’affut de ce qui sonne différemment, et sont curieux. On a eu la chance d’avoir un bon feedback sur le premier album, grâce à HardForce et RockHard qui ont fait un très bon relais de celui-ci.
Je croyais en cet album, et j’y avais mis mes tripes et mon âme, et ce n’est pas de grands mots je t’assure. On a énormément bossés, avec un grand nombre de concerts en quatre ans. C’est du boulot de gérer tout l’aspect d’un groupe en amateur.
Cela nous a permis de faire des ouvertures pour des groupes vraiment intéressant comme DEATH ANGEL ou UFO par exemple.   

Apres vous avoir vu quelques fois en live, il y a une vraie synergie entre les musiciens, et Xavier semble être un électron libre autour duquel le groupe tourne. C’est très organique je me trompe ? Et tu es « à part » dans le groupe ne serai ce que par ton comportement scénique.

Je ne joue pas du tout de personnage, je suis naturellement comme ça (rire). Cela se produit au moment où je monte sur scène, j’entre dans une autre dimension.
Pour ce qui est du groupe, tu as l’impression que cela tourne autour de moi pour la simple raison que l’identité du groupe c’est moi qui l’ai créé. MALEMORT est le fruit de toute une recherche et de mon expérience et ma sensibilité. Les musiciens qui sont aujourd’hui dans MALEMORT sont arrivés après que j’ai créé cette entité-là. Ils ont du se mettre à son service et ont eu même mis un certain temps à appréhender ce qu’était MALEMORT, comprendre ce qu’il représentait dans l’oreille des gens. Maintenant c’est assimilé et ils vivent très bien avec.
Donc oui je suis en quelque sorte le centre névralgique du groupe, car l’identité musicale de MALEMORT c’est moi et visuel aussi d’une certaine façon car cet aspect « entre deux guerre » est quelque chose qui me touche moi.
Apres le prochain album ne sera peut-être pas tourné vers les années 20 ou 30, mais assurément vers des choses qui, esthétiquement, me plaisent. Ce ne sera probablement pas en phase avec ce que le métal aime voir en ce moment, mais cela m’importe peu.
Par contre les musiciens de mon groupe ont une très grande importance, nous sommes proches les uns des autres malgré nos différences, et nous sommes devenus des amis.
Sébastien Berne (guitare) par exemple est aussi quelqu’un de très précieux dans l’alchimie car il a beaucoup travaillé sur les arrangements avec moi. Il n’y a aucune fin de complet qui soit la même que la précédente, tu vois ? On se refuse absolument à faire du copié collé. A mon sens, même si c’est imperceptible, c’est ce qui rend un album vivant.

Du coup tu commences par écrire les textes avant la musique ?

Non, je commence toujours par écrire la musique avant les textes. Il y a une raison à ça
Je compose tout. Si je faisais du folk, je pourrai commencer par les textes, mais dans le métal et qui plus est chanté en français, c’est vraiment casse gueule.
Aujourd’hui je suis très fier de chanter en français, j’aime cette langue, je suis féru de littérature et c’est primordial pour moi. J’admire des groupes comme RAMMSTEIN par exemple ou certains groupes u nord de l’Europe, qui chantent dans leurs langues. A partir du moment où tu adopte une langue, que tu chantes avec elle, le phrasé de celle-ci fera que ta musique va sonner différemment. Cela contribue à la diversité de la musique.
Donc pour moi l’anglais n’était pas envisageable car je ne suis pas n é dans un pays anglo-saxon, et je n’aurai jamais la finesse suffisante pour créer des effets poétiques avec cette langue. Je ne tournerai finalement toujours autour de lieux communs, de phrases toute faites. 
Du moment où j’ai choisi de chanter dans ma langue, mes compositions ne peuvent plus sonner comme le reste.
Quand tu écoutes les rares tentatives de RAMMSTEIN chantant en anglais, je suis désolé mais c’est chiant.
Je considère qua la langue française vaut la peine que l’on tente quelque chose. Je suis même frustré parfois car avec le phrasé métal, il y  a beaucoup de chose que tu ne peux pas te permettre, des syllabes qui de toute façon ne sonnent pas. Tu dois faire abstraction de plein de choses.

Cabaret Voltaire reflète parfaitement votre univers, votre intérêt pour les années folles et l’esprit de liberté (ou l’esprit libertaire) qui soufflait à ce moment-là. Vous en avez fait un clip, pourquoi avoir situé l’histoire à Paris plutôt qu’à Zurich ou se trouvait le véritable Cabaret Voltaire, berceau du Dadaïsme ?

(Rires)Je vois que tu connais. En fait dans cette chanson là je ne voulais pas recréer le Cabaret Voltaire, mais plutôt rester sur le personnage qui est le fil rouge de mon album. C’est un jeune homme de l’entre deux guerre, orphelin de père mort au combat, et la perte de sa mère internée en psychiatrie suite au décès de son mari. Il a vécu en pension et arrive dans ce Paris de l’après-guerre ou ses ainées ne parlent que de cérémonies, de commémorations et d’enterrements, alors que lui n’a qu’une envie : sortir de ce carcan. C’est l’époque qui voit la naissance de tous les mouvements artistiques d’avant-gardes qui explosent dans les années 20 avec une élite artistique française réellement brillante et renommée. C’est le cas dans toute l’Europe également.
J’imagine que mon protagoniste a participé au film fou de René Claire (Entracte – 1924) dans lequel on voit une procession suivre un corbillard fou, tiré par un chameau, à travers les rues de Paris. Dans ce film il y a une foule de gens célèbres et d’artistes de l’époque.
L’art t’aide à sortir de toi-même et d’aller de l’avant. C’est mon propos avec MALEMORT, même si parfois c’est sombre.


Xavier Malemort

Photo : Philippe BAREILLE


La fille De Manchester  résonne tout particulièrement aujourd’hui au vu de l’actualité, quel regard portez-vous sur notre siècle ?

Je pense qu’on est en situation de relative faiblesse car le côté « ultra capitaliste » de nos sociétés a généré quelque chose en nous de très individualiste car cela fait de nous d’excellent consommateurs. Attention, je ne suis pas un révolutionnaire du tout, mais je ne peux pas comprendre que l’on accepte encore de se faire appeler « consommateurs », moi je suis un citoyen et un homme. Je pense que l’Europe a beaucoup souffert des deux guerres qui ont laissées des traces indélébiles, la relayant au second plan derrière les états unis qui ont pris le leadership ensuite.
Aujourd’hui je pense qu’on a du mal à se regrouper autour de valeurs communes. On a déjà du mal à se regrouper tout simplement. Je ne pense pas qu’il soit naïf de dire que nous sommes tous frères et sœurs et que nos valeurs ont été durement gagnées. On est dans une société très déstructurante car la seule chose qui régit notre rapport est le commerce. Et lorsque l’homme ne vaut plus que par ça, on n’a moins conscience de faire partie d’un corps qui a une histoire et des valeurs.

Avec Carnaval Cannibale, on est bien dans le carnaval du nouvel an chinois dans le 13eme ?

(Rires) non pas du tout, mais j’avoue que c’est incompréhensible si tu n’as pas la clé de l’histoire. Mon jeune homme en question va tout à fait se satisfaire des années 20, être dans la création (il est pianiste) et se faire entretenir par une femme fortunée de la « haute ». Progressivement il va détruire cet environnement et fuir en Indochine pour échapper à ses turpitudes, mais on peut aisément penser qu’il reproduira cela la bas et on  ne donnera pas cher de sa peau.

Question Live, vous allez tourner pour la promo de Ball Trap ? Avez-vous déjà des dates de prévues ?

On va prendre une pause de 2 mois maintenant, chose que l’on n’a jamais faite. Mais on reprend la route au mois de septembre sur lequel on a déjà des dates de prévues dont une à Paris. Il y aura aussi des festivals probablement. Cela va être une année très chargé.

Une dernière question. Quel est le modèle économique de MALEMORT ? Vous êtes tous professionnels de la musique ou vous travaillez tous à coté ?

Non, j’ai des musiciens qui ont tous le niveau pour l’être c’est sure mais ce n’est pas forcément un souhait. On travaille tous à coté et personnellement j’aime cette forme d’indépendance et surtout c’est équilibrant. Je suis enseignant, professeur de français et c’est une passion pour moi.


malemort

Photo : Philippe BAREILLE


Line up

Xavier Malemort (chant)
Sébastien Berne (guitares)
Sébastien Lafaye (guitares)
Jean-Christophe Tassin(basse)
Vicken Chidoyan (batteries)

 

 

 

 

 

 

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