Entretien avec Frédéric LECLERCQ, bassiste de DRAGONFORCE, mais pas que!

Rencontrer Fred Leclercq est toujours un plaisir. Converser de mille choses passionnantes, ses projets, ses envies, ses réflexions, ses hauts et ses bas. Tout est source d’inspiration, tel une éponge émotionnelle il capte la vie et tout ce qui l’entoure. Ce leader né reste envers et contre tous bien français et fidèle à ses amis et son public. Un mec qui sait faire ses choix et suit sa ligne de conduite d’une manière exemplaire.  Une personnalité complexe et multi-facettes, un mec à suivre quoi !

leclercq

 

Pour une fois que je peux parler ma langue natale je vais me lâcher mon cher Fred. Alors ma première question est : « what happened to you » ?

Ahah eh ben depuis la dernière fois où l’on s’est rencontré pour SINSAENUM (side project avec Joey Jordison ex-Slipknot) il s’est passé pas mal de choses : le tribute à MASSACRA au Fall of Summer, la tournée avec LOUDBLAST, la composition de l’album de DRAGONFORCE « Reaching to Infinity » qui sera dans les bacs le 19 mai 2017. La promo en ce moment et les concerts qui arrivent prochainement. Un EP de SINSAENUM sera disponible en octobre et un album déjà composé sortira à la suite si tout se passe bien.

Pourquoi cette boulimie et cette capacité à créer qui semble décuplée et bien différente à chaque projet ?

Je n’avais pas envie spécialement de tout faire en même temps, ce sont les opportunités et le timing qui m’ont rattrapés. Je suis toujours autant inspiré pour SINSAENUM et les morceaux pour DRAGONFORCE sont venus tout seuls. En ce qui concerne MASSACRA le seul point est de tout apprendre par cœur. Au bout d’un moment ça fait beaucoup (trop) de morceaux à retenir c’est l’unique difficulté. En septembre-octobre j’ai eu un moment difficile d’avoir tout enchainé  et voyagé sans cesse.

Avec tous ces morceaux à apprendre, tu n’as pas peur de te tromper sur scène ?

Non, les différents projets sont trop différents, de plus je tiens la basse dans MASSACRA , je ne mélange pas mais je peux me planter tout court. Sur un récent concert de DRAGONFORCE, j’ai bien ramé. A ma décharge, c’était un problème technique d’émetteur.

Comment trouves tu le moyen de te ressourcer ?

Je reste à la maison et je ne fais rien, à part la cuisine. Je dors. J’ai beaucoup de sommeil en retard. Je te dis ça mais la semaine dernière, impossible de manquer KREATOR, ANTHRAX , KORN et TRIVIUM sur Paris. Donc, je sors aussi. J’ai un vrai besoin d’être seul parfois, au grand dam de ma chérie, mais c’est nécessaire pour me ressourcer.

Quelle serait la manière la plus extrême de te ressourcer ?

Partir seul des jours en forêt, sans téléphone, juste avec un bouquin, sans rien d’autre que…… mon IPOD quand même (rires).

Tu bouquinerais quoi ?

J’aime particulièrement la collection GORE. Le dernier bouquin que j’ai lu est l’autobiographie d’Alain Chamfort dont j’aime beaucoup les années 70 à 80. Je lis des choses sur les jeux vidéo, la musique, mes vieux Stephen KING, Peter STRAUB. Je te conseille « Magie de la terreur », une série de nouvelles bien glauques.

Je pense que tu n’as pas de choses à te prouver, tu mènes ta carrière  plutôt bien et raisonnablement. Mais tu as envie de nous montrer ton talent. Je me trompe ?

Quand tu es musicien, je pense que tu as besoin de le monter aux gens. Les morceaux, tu les écris pour toi mais si je n’avais pas besoin du regard des autres je ne serais pas là en train de te parler. Même si c’est quelque chose auquel je ne cours plus, cela reste nécessaire bien sûr.

Parfois, je me demande si cela a un grand intérêt, je doute et puis je me dis que j’ai bien fait de parler de ceci ou cela et finalement je me rends compte que ce n’est que de la musique. Cela reste du divertissement. Je suis très réceptif aux compliments c’est très grisant de parler de soi et de montrer ce qu’on fait. Pourtant c’est futile.

Tu dis que c’est futile, mais je suis sûre que tu as aidé des gens à se sortir de mauvais feeling grâce à ta musique, ce n’est donc pas si futile.

C’est ce que j’essaie de me rappeler lorsque je pense que c’est trop futile. C’est un peu cliché de dire « je n’allais pas bien mais après avoir écouté votre musique, je me suis senti mieux ». Cela rejoint le titre de l’album de DRAGONFORCE « Reaching to Infinity » : le pouvoir de la musique qui t’emmène plus loin que ce qu’il y a autour de toi.

Dans DRAGONFORCE quelle est la personne avec laquelle tu t’entends le plus ?

Ca dépend des fois et des endroits. En tournée j’aime bien être avec Marc parce qu’il est plutôt calme. Herman c’est celui que je connais depuis le plus longtemps. C’est avec lui que je suis parti faire de la promo au Japon. Ca faisait longtemps qu’on ne s’était pas retrouvé ensemble à se raconter nos souvenirs. Sam est mon compagnon de bringue. Il est super cool. On a moins de choses communes avec Vadim on diverge mais on en parle sans soucis.

Tu as souvent perdu ton sang froid durant l’écriture de « Reaching to Infinity » , les autres aussi ?

Sur l’album précédent j’avais tout co-écrit avec Sam donc sur celui-ci j’avais fait mes preuves et j’ai tout fait moi-même. L’enregistrement a été le plus stressant. J’ai enregistré toute la basse évidemment et la guitare rythmique sur les morceaux que j’ai composés (8 ½) plus les reprises « Gloria » et « evil dead ». Je me suis occupé de régler les harmonies car lorsque le claviériste arrive avec un truc majeur, Sam ayant fait des mélodies de guitares mineures sans écouter ce qu’avait fait le clavier…ça clashe et quand tu es le seul à avoir l’oreille la moins pourrie, tu bosses !

Tu as dit « je souhaite apporter plus de diversité à notre musique ».  De quelle manière pensais tu le faire et est ce que tu as réussi ?

Je pense, car j’ai apporté à cet album un coté métal traditionnel, thrash, death, prog, si bien que les deux morceaux composés par Sam « Midnight Madness » et « Judgement Day » arrivent comme une bouffée d’air frais.  Mes compositions sortent le groupe de son contexte habituel du coup.

Avec LOUDBLAST

 

Tu as imposé tes idées au niveau de la voix de Marc (growl sur « The edge of the world »?)  Est ce que le groupe a bien réagi ?

Il savait le faire avant et c’est moi qui le fait sur scène habituellement mais j’avais envie d’un titre « à tiroirs » un peu plus violent avec plusieurs ambiances comme des influences qui me sont chères telles Craddle of Filth ou My Dying Bride ou Iron Maiden, tous ces morceaux qui racontent des histoires. Pour cette compo on avait pensé à demander à Ihsahn de Emperor ou Sakis Tolis de Rotting Christ et puis on s’est dit qu’on allait voir ce que ca pouvait donner avec Marc. Comme ca rend super bien, pas besoin d’aller chercher plus loin.  C’est l’un des points forts de l’album je trouve. Il s’est vraiment donné corps et âme sur ce titre.

il paraît que les suédois font tout mieux que les autres, c’est pourquoi vous avez enregistré en Suède ?

C’est faux, leur bouffe est naze vraiment ! le reste ça va ! Comme j’avais déjà travaillé avec Jens Bogren, qui a fait le mix de SINSAENUM, je me suis dit que son travail pouvait apporter du bon sur DRAGONFORCE. Jens et moi avons une vision de la musique similaire, il a pu défendre certaines idées fortes sur cet album, les autres se sont rangés à ma vision des choses.

« Reaching to Infinity » est le titre de l’album qui sort le 19 mai 2017, que veut il dire ?

Le pouvoir de la musique est infini et peut participer à redonner force et espoir aux individus, c’est le message de cet album.

J’ai remarqué lors de mes dernières interviews une réelle inquiétude de beaucoup d’artistes. En ce moment beaucoup pensent que notre monde court à sa perte et ont besoin de croire en une humanité nouvelle. Est ce ton cas ?

J’ai pas foi en l’être humain. L’être humain est nul alors tout court à sa perte, c’est indéniable et il est trop tard pour faire machine arrière. Je suis fataliste. Chacun pense à lui même, il n’y a rien de bon en l’être humain. Je pense être plutôt réaliste.

Tu ne voudrais pas essayer de changer les choses en t’engageant sur certaines causes ?

Non je n’y crois pas du tout.

Tu es quand même quelqu’un de sensible ?

Je suis finalement assez sensible c’est vrai, il faut donc créer une carapace. Certaines choses me touchent comme de voir un reportage sur les vieillards seuls, abandonnés par leur famille. Je suis proche de mes parents, ma famille est dans le Nord et je ne les vois que trop rarement. Mon mode de vie fait que j’aime me retrouver dans mon petit cocon, j’ai peu de temps pour moi déjà.

Tes parents sont fiers j’imagine ?

Oui, très, je suis fils unique et mon père me montre souvent dans les magasines, je déteste cela. C’est eux qui m’ont mis à la musique lorsque j’étais enfant et qui ont été inquiets lorsque j’ai arrêté mes études pour faire de la musique. Ils m’ont toujours soutenu et j’en suis très heureux.

 

15/12/2016

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