Entretien avec Peter COYNE du groupe The Godfathers

Réalisé au Mondo Bizarro, Rennes, le 2 novembre 2017


Les Godfathers ont brillé au firmament des groupes prometteurs anglais à la fin des années 80, le temps de graver trois albums pour Epic. Surfant sur la vague des garage-bands post-punk et post-new-wave, le groupe mené par les frères Peter et Chris Coyne s’était formé sur les cendres du Sid Presley Experience (passage aux Transmusicales de Rennes le 13 décembre 1984). En écho au nom du groupe, leurs costards de gangsters sur scène et leur accent de bad-boys de la pègre londonienne les ont vite démarqués des autres formations de l’époque, mais l’accueil critique de leurs premiers enregistrements n’a jamais débouché sur le succès commercial. Un peu punk, un peu rockabilly, un peu R’n’B à la Blues Brothers, la hargne acide de leurs textes n’a jamais été particulièrement radio-friendly. Après une poignée d’albums plus ou moins réussis pendant les vingt dernières années, et un renouvellement complet des musiciens, Peter Coyne et ses « parrains » sont revenus en 2017 avec un album brûlant et abouti : A Big Bad Beautiful Noise. The Godfathers sont passés par la salle rennaise Le Mondo Bizarro en novembre dernier.



Salut Peter. Merci de nous accorder cette interview un peu à l’arrache. Ça compte beaucoup pour moi. En fait, on s’est déjà rencontrés, même si tu ne te souviens pas de moi. Je t’ai interviewé pour un journal local quand les Godfathers ont joué la salle de concert de l’université de Cardiff en 1988.

 Ah ouais… ça remonte loin, ça.

Vous montez de Marseille aujourd’hui non ? C’est pas la porte à côté, pour venir à Rennes…

Et la veille aussi, on a fait un long voyage en minibus depuis Barcelone. Toute la tournée, on a dû faire de longs trajets. 12 heures de route aujourd’hui. On s’est levés à six heures ce matin. Hier soir, c’était dans un club qui s’appelle le Molotov à Marseille.

Vous avez joué pas mal en France au fil des années, n’est-ce pas ?

En fait, pas tant que ça. Pour être honnête, dans certains endroits c’est vraiment bien. Mais ailleurs, ça ne se passe pas si bien que ça. Je ne sais pas à quoi c’est dû. Ce soir, c’est super ; l’ambiance est bonne.

C’est pas la première que vous jouez Rennes…

Non, effectivement. C’est la troisième fois je crois.

Et le public français connaît les chansons ?

Oui. Les gens connaissent les Godfathers. Ils connaissent nos morceaux. Mais comme on n’a pas joué en France si souvent, au fil des années, comparé à d’autres pays comme l’Espagne ou ailleurs… le répertoire est peut-être un peu moins connu. Mais j’ai l’impression que ce sera bien ce soir. C’était super hier à Marseille. Le concert de Clermont-Ferrand aussi a été très bien. On est à mi-parcours d’une longue tournée européenne.

Ouais, j’ai vu le nombre de dates. C’est impressionnant !

On a joué plein de dates en Espagne. En Catalogne. Au Pays basque. Demain, on rentre chez nous, au Royaume-Uni. Et on repart à la fin du mois, directement en Allemagne, Hambourg et Munich, puis la Suède. On revient en France, à Nancy, puis une date en Belgique.

Le dernier album… ça se passe bien ? Il a été bien reçu ?

Fantastique. Aux quatre coins du monde, les critiques sont unanimes. Que des éloges. 10/10. Les Godfathers sont de retour et en pleine forme. Ils font ce qu’ils savent faire. Ils ont la pêche. C’est du vrai rock ‘n’ roll. C’est nouveau. Les chansons sont formidables. Rien que des compliments pour A Big Bad Beautiful Noise depuis qu’il est sorti.

On sent bien l’énergie…

Ouais. L’énergie est au rendez-vous. Les chansons sont là. Les musiciens sont au top. La prestation sur scène. Tout y est. Tout est au point. L’album est très fort. On en est tous très fiers.

Vos concerts récents ?

Juste de très bons concerts. On a commencé à Lyon. C’était un concert gratuit. Un public d’environ 600 personnes. Une très belle soirée. Après, on a eu de très bons concerts à Madrid, Bilbao, Barcelone, Valencia… Valencia a été formidable.

Et maintenant, c’est quoi la prochaine étape ?

On veut d’abord terminer la tournée, avec toutes ces dates en Allemagne, et ailleurs. Puis on rentre à la maison pour passer Noël. Et on repart au Nouvel An pour tout recommencer. On a l’intention de se remettre à écrire des chansons début 2018, pour préparer le nouvel album.



Vous jouez bien ensemble ? Vous y prenez du plaisir ? J’imagine que ce n’est pas facile de dire autre chose que « oui » avec tous tes musiciens présents…

Je n’aurais rien d’autre à dire. C’est un groupe au top. Ce sont les mêmes gars que sur l’album.

Ça fait près de 35 ans n’est-ce pas ? Qu’est-ce qui te motive à continuer ?

J’aime faire ça, évidemment. La vie en tournée est dure, bien sûr. Surtout quand tu commences à vieillir. Mais que faire quand tu fais partie d’un groupe de rock ‘n’ roll ? Que faire si tu aimes le rock ‘n’ roll ? But what can a poor boy do, except to sing for a rock ‘n’ roll band? comme l’ont dit les Rolling Stones.[1]

Chez les Godfathers, comment faites-vous la musique ? Comment composez-vous ?

Avec des guitares, de la basse et de la batterie.

Ça alors ! C’est original !! Mais après, comment composez-vous de la nouvelle musique ? Comment s’est fait « Big Bad Beautiful Noise » ?

Moi et Steve, on écrit pas mal de chansons ensemble. Parfois ça commence par la guitare, et parfois par le texte. Ensuite, on y travaille un peu avant de jouer le morceau, sous forme d’une démo, et on l’écoute tous ensemble. Et si tout le monde aime ça, alors ils s’y mettent tous, et chacun contribue sa part. Et on transforme ça en quelque chose de complètement nouveau. Ça change à chaque fois. Chaque morceau commence différemment. Parfois c’est le texte, et parfois c’est la musique.

Quand as-tu assemblé ce groupe ? Cet album, c’est le premier que tu fais avec ces gars, non ?

Ça fait trois ans qu’on joue ensemble. On s’est mis à écrire dès le début. On voulait faire un album ensemble. Le problème avec les groupes qui gardent la même formation musicale depuis très longtemps, c’est qu’ils se reposent sur ce qu’ils ont fait avant. Et très vite, ils deviennent un article de musée. Alors qu’avec le rock ‘n’ roll, tout devrait être vivant, actuel, immédiat. On est fiers de ce qu’on a fait dans le passé, mais on veut le faire encore mieux maintenant. On veut montrer aux gens que les Godfathers sont toujours aussi pertinents du point de vue musical et du point de vue du contenu qu’ils l’étaient à leurs débuts. C’est très important de maintenir le niveau d’énergie. C’est important de garder l’esprit révolté. De toujours chercher à remonter le courant. Sinon, on n’a plus qu’à mettre la clé sous la porte.

Tu as déjà répondu à plusieurs de mes questions concernant ce qui te motive et t’inspire. Mais est-ce qu’il y a des groupes que tu écoutes ? D’autres musiciens qui t’inspirent ?

Parmi les nouveaux groupes, pas vraiment, non.  Les vieux groupes,  par contre, je les adore. Ça change d’un jour à l’autre. Un jour c’est Little Richard ; le lendemain c’est Roxy Music. Parfois, c’est les Stooges. Je pourrais continuer à citer des noms pendant une demi-heure.

Que penses-tu de tous ces groupes des années 80 qui se reforment pour faire des tournées nostalgiques ?

C’est stupide. Il me semble que c’est stupide. Si tu as encore des fans, tu leur dois de leur livrer un nouvel album avec de la bonne musique. Plutôt que de leur rejouer ce que t’as déjà fait dans le passé. Tu leur dois de faire un album aussi bon qu’au début. Il me semble que c’est de la triche de partir en tournée et de jouer un répertoire que tu jouais déjà en 1985. Je leur souhaite bonne chance. Mais c’est pas quelque chose que je voudrais faire, pour ma part.

Des luttes ? Les obstacles à surmonter ?

J’y pense pas.

Ça c’est déjà une réponse en soi !

Il y a un épisode de Star Trek où le capitaine Kirk est dans une situation impossible. Mais comme il ne croit pas en un scénario où la victoire est impossible, il gagne, même là où il ne peut pas gagner. C’est comme ça que j’avance.

[1] « Quand t’es un pauvre garçon comme moi, t’as pas d’autre choix que de chanter dans un groupe de rock ‘n’ roll. » Citation de « Street Fighting Man », sur Beggar’s Banquet, 1968

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