Riffs blindés et envolées mélodiques, le tout surplombé d’une voix viscérale : Way Of Changes a bien l’intention de bastonner avec son nouvel album, Reflections. Originaire de Lausanne, le quintet metalcore enchaîne actuellement quelques concerts en Suisse. J’ai eu le plaisir de rencontrer Théo, le guitariste/chanteur alors qu’il était de passage à Paris.

 


us avons eu le plaisir de rencontrer Théo, le guitariste/chanteur de WAY OF CHANGES alors qu'il était de passage à Paris pour la promotion de leur dernier opus "Reflections"

Quentin & Théo (Photo by Yann Charles)


Votre nouvel album vient de sortir, est-ce que tu peux me parler du processus de composition et d’écriture ?

Théo : Comme tu l’as vu, on est cinq dans le groupe. Pour ce qui est du processus d’écriture et de composition, il y a surtout deux personnes impliquées, c’est Eliot et moi, les deux guitaristes. En fait, après la sortie de notre EP [Honesty] en 2014, on nous a très vite proposé des shows vraiment intéressants avec 45 minutes de set mais notre EP n’était pas assez long donc on s’est très vite remis à l’écriture. D’ailleurs, les deux derniers morceaux qui se trouvent sur Reflections étaient déjà composés en 2015, donc ça a commencé assez tôt. Vu qu’on a surtout défendu notre EP sur une cinquantaine de dates en un an, et qu’on travaille tous à côté, ce n’est qu’en 2016 qu’on s’est vraiment mis à l’écriture de cet album, dont j’ai finalement écrit huit des titres et Eliot les deux autres. J’ai aussi écrit les paroles, donc là j’avais une plus grande part dans l’écriture mais en général j’arrive avec une démo et ensuite tout le monde y apporte ses idées donc c’est modifiable, ce n’est pas un produit fini.

Et en comparaison avec votre EP, est-ce que le processus de composition a changé ?

Sur l’EP, Eliot avait plus composé que moi notamment. C’était notre premier EP metalcore. On avait tous eu des groupes avant mais, à l’exception de Quentin, le batteur, personne n’avait vraiment sorti quoi que ce soit de produit ou pressé sur cd, donc c’était vraiment les débuts. On a voulu faire quelque chose qui nous représentait mais qui reste assez pur et qu’on puisse défendre sur scène, mais ça ne ressemblait pas encore vraiment à ce qu’on voulait exactement. Après ça, des morceaux comme “Heritage” et “Watcher” sont sortis en tant que single pour certains, d’autres sont partis aux oubliettes, tout ça nous a permis de vraiment définir notre son et de préciser ce qu’on voulait comme style musique. Du coup, la démarche a un peu changé depuis l’EP, on a pris l’habitude, on a beaucoup appris en studio aussi, on a pu tester des choses, comme la présence de voix différentes, vraiment plus de mélodie, bref, tout ça s’est peaufiné au fil du temps donc au moment d’écrire Reflections, on avait déjà une meilleure idée de ce qu’on voulait.

Justement, j’ai remarqué qu’il y avait un peu plus de chant clair sur Reflections. C’est pour apporter ce côté plus mélodique ?

Non. Je fais les chants clairs parce que j’adore chanter, mais avant l’EP, j’avais pas trop osé proposer, je voulais déjà m’occuper de la partie de guitare. Puis on a commencé à en ajouter sur l’EP, mais les morceaux n’étaient pas faits pour ça à la base. Vu que notre chanteur a une voix assez atypique pour du metalcore, et qu’en plus, mon chant clair est plus grave, enfin, pas vraiment dans la tessiture habituelle du metalcore, on avait peur que ça ne marche pas. Ça fait partie des choses qu’on a un peu essayées après notre EP, puis on a vu qu’en fait ça nous plaisait bien, tout le monde était assez content d’avoir des parties différentes, plus aérées, qui amènent un peu de mélodie. C’est donc comme ça qu’on a intégré le chant clair.

Si je te dis qu’on sent vraiment que l’album s’articule autour des guitares et qu’il a été composé par des guitaristes, qu’est-ce que tu me réponds ?

(sourire) Moi je pense que c’est tout à fait juste, ça a été composé par des guitaristes. Eliot est aussi batteur donc peut-être que ça s’entend moins dans ses morceaux, mais oui, de manière générale il est composé autour de la guitare quand même et c’est peut-être là qu’on pense qu’il y a des choses intéressantes à faire aussi. Je sais pas comment dire ça, mais par rapport à l’EP, on avait vraiment cette volonté d’avoir des parties de guitares plus intéressantes et de ne pas rester dans le cliché du metalcore où c’est toujours des riffs qui se ressemblent, très saccadés, avec une manière de jouer très similaire, donc on voulait que les guitares soient plus mélodiques, avec plus de lead, pour apporter cette mélodie qui manque parfois selon nous dans certains groupes de metalcore, qui ont tendance à faire breakdowns sur breakdowns, ce qui est redondant. Donc oui, c’est plutôt juste, je pense, comme observation. (rires)

Et concernant les paroles, Simon n’écrit pas du tout de texte ?

Simon a écrit le texte d’un seul morceau, c’est un single qui est sorti entre l’EP et l’album. Et sur l’EP il y avait quelques paroles d’Eliot aussi.

Est-ce qu’il y a une raison particulière à cela, est-ce qu’il est important pour toi de t’exprimer à travers les textes, en plus de la musique ?

La raison la plus simple c’est que j’avais des idées, je suis venu gentiment avec le concept de Reflections en tête et ça s’est déroulé un peu naturellement. J’ai fini par écrire les paroles pour tous les morceaux, et je pense que ça ne contrariait personne dans le groupe.

Et pourquoi en anglais ?

Ça pourrait être pour une question de vouloir s’exporter, mais c’est pas le cas. Ça vient assez naturellement, j’aime beaucoup écrire en anglais, je lis beaucoup en anglais, pas mal de poésie notamment. Je ne sais pas pour quelle raison, cette langue me touche beaucoup mais j’aimerais vraiment pouvoir intégrer du français et c’est peut-être quelque chose qui va venir, je travaille dessus, ce n’est pas évident à faire mais j’aimerais que ça se fasse. Regarde, des groupes comme Gojira par exemple, quand j’ai entendu leur dernier album où il y a des lignes en français, j’étais là, “mais il le font et ça marche”.

Pourrais-tu me parler des thèmes développés au travers de l’album ?

Oui, volontiers. Il s’agit de réflexions sur des moments de vie où on arrive à un point de rupture et où il faut faire des choix. Chaque morceau de l’album parle en général d’une personne ou d’un protagoniste, mais qui n’est jamais vraiment défini, j’essaie de laisser les morceaux assez libres d’interprétation. Il y a donc plusieurs manières de les comprendre, certains morceaux peuvent montrer l’incompréhension de quelqu’un par rapport à un mode de vie, ou on peut aussi prendre l’exemple de “Carry On” qui parle du moment où on est face à l’échec, et de comment on fait pour se relever et continuer. Tous les morceaux sont en général inspirés par des gens qui m’entourent. Dans le groupe on est des gars très sociables donc on rencontre plein de monde, on a tous des métiers à côté, moi je suis enseignant donc je vois pas mal de parcours de vie et puis c’est comme ça que ce thème est né, en quelque sorte. C’est vrai que l’album reste souvent assez négatif et c’est aussi pour ça qu’on s’est alignés dessus après avec le design qui est assez sombre et assez épuré.

Les titres des morceaux sont relativement courts, à part pour “A Patience’s End”. Est-ce qu’il y a une intention derrière ça ?

On m’a déjà fait la remarque mais je ne sais pas vraiment pourquoi, ça vient comme ça, j’aime bien les titres courts, qui sont assez directs et qui parlent d’eux-mêmes par rapport aux morceaux.

Reflections, tout comme l’EP, est sur DarkTunes Music Group.

Oui, alors l’EP a été auto-produit mais il est maintenant chez eux parce qu’ils ont repris notre bibliothèque.

Et comment est-ce que vous avez commencé à travailler avec ce label ?

C’est au moment où on finissait d’enregistrer Reflections, c’est-à-dire début 2017, qu’on a commencé à travailler avec Jana qui est maintenant notre manager et qui fait partie d’un groupe qui s’appelle “36zwei“, c’est un groupe allemand de distribution de musique. Elle nous a dit qu’elle pensait que c’était le bon moment pour essayer de trouver un label donc on s’est mis dans cette démarche, ce qui a beaucoup repoussé la sortie de cet album, et c’est donc via ce groupe qu’on a trouvé le label DarkTunes avec lequel on a un deal de distribution.

WAY OF CHANGES – Réflexions

Quelles ont été vos influences pour cet album, et globalement, qu’est-ce que vous écoutez ?

Alors, c’est marrant parce qu’on en parle souvent. Dans l’écriture de la musique, on ne s’inspire entre guillemets de rien dans le sens où on essaie pas d’imiter quelque chose. Quand j’écris les morceaux, j’écris ce qui me plaît, ce qui me fait plaisir de jouer. On ne réfléchit jamais à, “j’aimerais bien faire comme lui”, mais c’est vrai qu’on pêche des idées à droite, à gauche dans ce qu’on écoute. On a des goûts très variés et différents mais on se rejoint tous dans le metal sur certains groupes mais qui ne ressemblent pas forcément à ce qu’on fait, ils sont peut-être un peu progressifs, djent, ou même un peu plus modernes que ce qu’on fait nous, par exemple Northlane ou Monuments et puis quelques groupes de metalcore quand même comme Bury Tomorrow ou August Burns Red.

Votre son est très travaillé et précis. Comment ça se passe en studio avec l’ingé son, vous l’aiguillez, vous avez une idée précise du son que vous voulez ?

J’ai passé beaucoup de temps à la préparation de cet album et j’avais une bonne idée de ce que je voulais du coup j’ai fait des pré-prod pour tous les morceaux, c’est-à-dire que je les avais enregistrés et à peu près mixés, donc l’album était déjà fait avant qu’on aille en studio pour l’enregistrer réellement, ce qui facilite beaucoup les choses et ça donne une bonne idée à la personne qui travaille sur l’album de ce qu’on veut. On est allés aux Conatus Studios, l’ingé son c’est un ami à nous avec qui on a déjà fait l’EP et qui avait déjà travaillé sur des albums de Quentin, donc on le connait bien et à partir de là on sait que c’est entre de bonnes mains donc on le laisse faire mais c’est vrai qu’on a fait beaucoup de retours une fois le mixage terminé pour arriver vraiment au résultat qu’on a là. On lui a demandé de changer aussi des choses qu’il avait l’habitude de faire parce qu’il est très expérimenté mais il a bien sa patte et là c’est vrai qu’on l’a un peu fait sortir de son style habituel et on est vraiment contents du résultat et du travail qu’il a fourni sur notre album.

Abordons l’aspect visuel et esthétique. Peux-tu me parler de la pochette de l’album, est-ce qu’il y a une signification géométrique et florale particulière ?

Simon, notre chanteur, a fourni les fioritures et puis à partir de là j’ai fait tout le reste de la mise en page. Les dessins et artworks du groupe ont toujours été réalisés depuis le début par Simon qui est tatoueur, donc tous les dessins viennent de lui et en général j’interviens sur le design, si on veut, donc la mise en page ou alors si c’est pour des t-shirts l’emplacement des choses, comment on les met et on modifie éventuellement ses dessins. On a fait plusieurs essais avant d’arriver au résultat sur la pochette de Reflections. Comme c’était notre premier album et le premier distribué hors de Suisse, on tenait à mettre en avant notre losange qui est inclus dans le logo du groupe et qui revient tout le temps, et puis on voulait quelque chose d’assez sobre. Nos dessins sont toujours réalisés dans cette optique, après il n’y a pas plus de signification que ça dedans, à part cette idée de réflexion où on jouait toujours sur le mot, le fait que ça se reflète et du coup qu’on ait ces symétries.

Est-ce que tu peux me parler de la collaboration avec Brice Hincker (Smash Hit Combo) sur le clip de “Trust” ?

Pour le clip, on avait décidé de travailler avec lui parce que, bon, c’est un peu dur de le rater dans ce milieu puisqu’il fait le clip de 90% des groupes. En fait on avait prévu de faire trois vidéos, même quatre : une qui serait filmée en studio, donc on l’a sortie en janvier, et deux clips à proprement parler, un avec Brice et un que je ferai moi, puisque je réalise aussi des vidéos. Du coup on a choisi deux morceaux, le titre phare de l’album étant “Trust“, c’est celui là qu’on voulait sortir avec Brice et on voulait aussi sortir “Cold Hands“, j’ai donc choisi une interprétation des paroles qui pouvait les lier pour que les deux clips aient une continuité. J’ai expliqué à Brice le scénario que j’imaginais dans le premier clip pour qu’il colle au second, on lui a un peu décrit le type d’images qu’on voulait après on l’a laissé faire parce qu’on sait qu’il a l’habitude.

Qu’est-ce que vous attendez de la promo de cet album ?

Alors, la première étape, ça peut paraître ridicule, mais c’était être vraiment pris au sérieux. On sait qu’on joue à une époque où il y a énormément de groupes, rien qu’autour de nous, rien qu’en Suisse romande on en voit beaucoup donc c’était déjà pour montrer qu’on en veut, qu’on est là, on a la volonté de bien faire, on s’applique, on fait, comme tu le disais, un clip avec un professionnel, des photos avec un professionnel, donc ce qu’on attendait déjà c’était ça, sortir un peu de ce lot de groupes qui sont plus amateurs, réussir à sortir un peu de la Suisse aussi et puis avoir tout bêtement un produit qui était vraiment présentable parce que l’EP était surtout là pour nous mettre sur les rails mais on n’en était pas complètement satisfaits donc on voulait avoir un album qui représente davantage ce qu’on veut faire, ce qu’on est vraiment et donc voilà, on en attend pas énormément et on espère être surpris en bien, on attend un peu de voir ce que ça donne et comment il est reçu.

Vous vous inscrivez quand même dans une lignée de metal un peu plus moderne.

On espère, mais c’est vrai qu’on nous dit souvent qu’on est un groupe qui reprend un truc vieux et qui essaie de le mettre au goût du jour et je pense que c’est assez juste parce que le metalcore est là depuis longtemps quand même mais on essaie de, comme je le disais avant, piocher des idées plus modernes.

Oui, mais ce que je voulais dire c’est que vous vous inscrivez dans une démarche et dans un type de metal plus récents, comparé au metal “classique”, associé à l’âge d’or du metal. Est-ce qu’il est difficile de s’imposer au sein de cette communauté qui peut être, selon moi, nostalgique, voire hostile au changement, en tant que jeune groupe de metalcore ?

Je suis tout à fait d’accord avec ce que tu dis, c’est un peu les “Dads” du rock qui viennent aux concerts et puis qui se plaignent parce qu’il n’y a plus de mélodie (rires), ou qui ne trouvent pas l’utilité aux huit cordes de certains. Étonnament, notre musique est en général bien acceptée par cette partie de la communauté. Même si on a une production plus moderne peut-être et un chant moins habituel pour ce style de musique, on garde un côté un peu rétro parfois et je pense qu’on arrive à faire en sorte que tout le monde s’y retrouve. On a cette chance mais en tout cas c’est pas volontaire, on joue ce qu’on aime, si ça plaît tant mieux, si ça plaît pas tant pis, nous on s’amuse à le faire. Et pour répondre à ta question, c’est pas forcément évident de s’imposer, mais on est très aidés parce que c’est une scène où tout le monde se serre les coudes, quoi, où tout le monde s’entraide, d’ailleurs nos premiers concerts on les avait souvent par des échanges, par exemple on invitait un groupe valézan et ensuite ils nous invitaient pour jouer. Il y a des gens qui ont des groupes pourtant énormes par rapport à nous qui nous disaient “ah mais venez jouer en première partie, vous nous revaudrez ça”, donc c’est vrai qu’il y a un soutien général entre les groupes qui est très chouette.

Du coup comment se porte la scène métal en Suisse, comparé en France notamment ?

Je pense que la scène métal en Suisse est très divisée entre la Suisse romande et la Suisse alémanique et en Suisse romande je pense qu’elle est un peu dans le même état que la scène française : il n’y a pas un public énorme, c’est pas vraiment porté par les médias non plus, donc de ce qu’on entend par rapport à la France, ça a l’air d’être un peu la même chose. Il n’y a pas beaucoup de clubs pour jouer non plus, c’est soit très petit, soit très gros, il n’y a pas beaucoup d’entre deux, mais en Suisse alémanique ça se porte un peu mieux, du coup c’était vraiment une chance pour nous. Là on est en train de faire une tournée où il n’y a que deux dates en Suisse romande, tout le reste c’est en Suisse alémanique. En bref, on se serre tous les coudes, il y a une très bonne ambiance mais la scène metal suisse est assez petite, c’est une petite communauté. (rires)

Est-ce qu’on aura le plaisir de vous retrouver en France prochainement, peut-être lors d’un festival cet été ?

J’espère vraiment, c’est en préparation, on est en train de préparer une tournée européenne en support d’un plus grand groupe. On a eu des propositions qu’on a malheureusement dû refuser, mais on est toujours en train de travailler dessus donc ça devrait venir.

Petite question pour terminer : c’est quoi ton meilleur et ton pire souvenir en tant qu’artiste ?

Je saurai pas dire… quand on a appris qu’on allait jouer à un festival genevois, le Summer Breakdown, c’était une grande nouvelle pour nous, parce que de gros groupes étaient en tête d’affiche : Dagoba et Benighted. C’était vraiment un très bon souvenir. Le pire… c’était peut-être un concert qui s’est très mal déroulé et c’était assez drôle, je crois, en tout cas. On est arrivés, on fournissait le backline, donc la batterie pour les autres groupes, et on avait oublié un pied de tom, donc on est retournés chez nous le chercher, on est revenus à la salle, ça nous a pris trois heures de trajet au moins, j’étais avec Quentin justement, et puis quand on est arrivés en fait le même soir ils avaient décalé le concert des deux plus grands groupes de la région dans une salle à 100 mètres de la notre et du coup il y avait personne à notre concert. C’était une super soirée, on a joué pour le barman et deux gars bourrés, je pense que c’était le pire mais c’était quand même marrant, on rigole maintenant quand on y repense…

Leave a reply

Laisser un commentaire

Qui sommes nous

Une équipe animée par une passion commune des ambiances live, collant au plus près de l’actualité musicale. Among The Living vous fait (re)vivre des moments forts à travers ses articles. Enjoy !

Nous suivre

Among The Living © 2017