Rencontre avec David dans les coulisses du Download Festival, frontman engagé de Sidilarsen. Quelques heures avant son entrée en scène, il aborde les questionnements essentiels du groupe, allant des nouvelles technologies aux valeurs humaines, en passant par un retour sur l’ascension fulgurante d’une formation musicale hors-norme.



david sidilarsen


Dans un premier temps, pourrais-tu te présenter pour les lecteurs d’Among The Living ?

Moi c’est David, chanteur de Sidilarsen. Je suis là depuis le début, cela fait maintenant plus de 20 ans.

Une des particularités de Sidilarsen, c’est la capacité du groupe de mélanger les sonorités metal avec la musique électronique. Comment vous est venue cette idée ?

Nous avons beaucoup d’influences très diverses, en dehors du metal. Le metal, c’est ce qui nous fait battre le cœur, c’est ce que l’on a le plus aimé à l’adolescence. On s’est très vite ouverts à pleins de styles de musique. Il y a un groupe qui nous a beaucoup marqué, c’est Nine Inch Nails au début des années 90.
Cela nous a donné envie d’utiliser des machines. Je pense que la dimension plus dansante et électro nous vient du fait que nous avons grandi dans les Pyrénées, en Ariège, où il y avait beaucoup de free parties à l’époque. Nous avons été un peu influencés par les scènes techno, électro, trans, hardcore, ect… Très vite, nous avons cherché une dimension physique dans la pulsation. Comme une espèce de puissance, plus physique et tribale.

Est-ce que ce mélange des genres a toujours été facilement accepté dans le milieu metal, ou est-ce que cela a été dur de se faire une place ?

Cela n’a pas été simple, et on a mis du temps sur la scène métal française. Je dirais que l’on est bien acceptés depuis quelques années. On a même fait le Hellfest ! Le chant en français est un autre point de difficulté, pour certaines personnes qui ont du mal à l’apprécier sur du métal.
Je crois que c’est en train de changer. On a eu un parcours difficile, mais en même temps cela nous a ouvert beaucoup de portes. Nous avons joué dans pas mal de festivals plus généralistes, parfois avec des groupes de dub et de ska. On s’est retrouvés sur des affiches très variées, ce qui est à la fois une force et une faiblesse. Maintenant, un peu comme pour Mass Hysteria, nous sommes identifiés sur la scène métal.

Les paroles de Sidilarsen sont très engagées. Quelles sont les thématiques sur lesquelles vous travaillez actuellement ?

Je précise que nous sommes deux à écrire. Le chanteur-guitariste me donne le change, il a un rôle important aussi dans l’écriture. Nous avons toujours eu des textes plus ou moins engagés, parce qu’on est facilement en colère et parce que le simple fait de faire un projet comme Sidilarsen est un projet engagé. Il faut se battre contre vents et marées pour espérer vivre de sa musique. Nous sommes très peu à y arriver, tout juste une dizaine de groupes en France. Concernant nos thématiques, elles sont très humanistes. On essaye de ne jamais être moralisateurs, mais on soulève des questionnements. On ne prétend pas avoir la solution toute faite.

Nous ne sommes pas là pour dire ce qui est bien, mais on n’hésite pas à taper dans les trucs qui font mal. Nous avons beaucoup parlé des problèmes liés aux réfugiés, qui ont été traités comme des parasites. Cela nous a beaucoup choqués ces dernières années. En ce moment, on aborde les équilibres tendus que l’on ressent avec un mec comme Trump. Il peut nous arriver aussi de parler d’écologie, et de tout ce qui a un rapport à l’humain. On n’aime pas le rejet de l’autre, comme l’homophobie et le racisme.



Est-ce que l’on pourrait y voir le besoin de politiser la musique ?

Ca va un peu loin, mais ce n’est pas faux ! On part du principe que tout est politique. Le simple fait de monter sur une scène a déjà une dimension politique, car tu as quand même une influence sur les plus jeunes. Pourquoi ne pas leur ouvrir l’esprit, ou faire en sorte qu’ils se questionnent.
On ne va jamais prétendre qu’on a la solution. On n’est pas le Messie, on n’a pas forcément raison. Je pense que ça se comprend dans nos textes. Même si on pointe du doigt des choses, on s’inclut aussi dans la problématique.
Cependant, il y a aussi toute une dimension plus poétique, plus métaphorique, plus personnelle dans nos textes. Certains parlent de mort, d’amour, etc.…

En 2018, face au monde auquel on est confrontés actuellement, quel serait le message que Sidilarsen voudrait adresser dans une volonté de changement ?

En ce moment, on parle énormément du numérique et des réseaux sociaux. Nous essayons de projeter ce que va devenir l’humain, l’homme augmenté. C’est une thématique qui nous questionne. Je vois des jeunes qui se posent des questions, et ça me fait plaisir. On aurait envie que le monde prenne un petit peu de recul sur tous ces mécanismes qui biaisent les rapports humains. Même si il ne faut pas non plus être négatif sur les nouvelles technologies, il y a un recul à prendre car les conséquences nous dépassent à chaque fois. Débrancher le téléphone, c’est un message qu’on a envie de faire passer. Ce besoin de toujours montrer, de se mettre en scène dans une téléréalité permanente, ça nous questionne.

Le 23 Mars 2018, vous avez sorti un DVD live. Est-ce qu’on pourrait en savoir un peu plus ?

C’était très important pour nous, car c’était les vingt ans de Sidi. Nous avons tourné ça au Bikini, et, à notre grande surprise, nous avons fait sold out alors que c’est quand même une grande salle. C’était un très bel hommage, et le public nous a donné envie de continuer. Là, on est regonflés à bloc pour vingt ans de plus !

C’est un DVD qui contient toute cette énergie Sidilarsen, et qui montre bien le partage qu’il y a entre le public et le groupe. Le DVD contient aussi un documentaire qui retrace toute la vie du groupe depuis ses débuts, et l’histoire d’amitié entre nous. Je pense que c’est assez intéressant pour ceux qui ne connaissent pas, et également pour les fans. On a rassemblé toutes les archives. C’est un DVD très complet, entre un live de 1 h 40, le documentaire d’1 h 10, et un CD live.

Quels sont vos projets à venir pour 2018 ?

Il nous reste quelques festivals cette année, avec une dernière date au Trabendo en Novembre où on pourra finir en beauté la tournée. Nous avons un nouveau bassiste qui est arrivé il y a deux mois dans le groupe, ce qui a amené beaucoup de nouvelles énergies. Nous avons déjà dix compos, et on prévoit un nouvel album pour le printemps 2019 qui sera plus métal et plus violent.


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