Rencontre avec Manuel Gagneux de ZEAL AND ARDOR
12 janvier 2017 à Paris
(photos : Philippe Bareille)


Belle rencontre que celle faite avec Manuel Gagneux, unique créateur et musicien de ZEAL AND ARDOR, véritable ovni traversant le ciel de la planète Black métal. C’est à un jeune homme discret et souriant que j’ai eu le plaisir de poser quelques questions quant à ce projet aussi fou qu’incongru qu’est Devil Is Fine

 


 

Bonjour, peux-tu te présenter pour nos lecteurs ?

Bonjour je suis Manuel Gagneux, le fondateur de ZEAL & ARDOR qui propose un black métal mixé avec du Negro Spiritual.

Une première chose : d’où vient le nom du groupe ?

Oh, cela vient en fait d’une référence biblique. C’est plutôt marrant car les gens qui recherchent ce terme tombent sur des liens en rapport avec la religion et sur mon groupe. ZEAL & ARDOR signifie d’un côté des gens avec de bonnes intentions et de l’autre durs à la tâche et diligents. Cela correspond assez bien à l’approche et la passion que j’ai de la musique.

A la base ZEAL & ARDOR est parti d’une blague, et aujourd’hui vous évoluez dans un univers carrément mystique et noir, mariant les genres musicaux (du blues au black en passant par une dose d’électro et de spiritual), d’où tirez-vous votre inspiration ?

Du café ! (rires). En fait j’étais dans une sorte de mental « Zeal&Ardorie », mais je me soucie peu des genres. Je recherchais plus une atmosphère pour ce concept.

C’est quelque chose que tu avais en tête et que tu as muri, ou c’est venu comme ça ? 

C’est quelque chose d’immédiat. La réflexion est venue après la création. Parfois je change des mots sur les textes pour coller plus précisément à la musique. Mais la musique est en création immédiate, dans le ressenti du moment.

Comment ce sont passés la composition et l’enregistrement des diverses parties ? Es-tu seul ou y a-t-il d’autres musiciens avec toi ?

Je compose toutes les parties seul, sur chaque instrument. La batterie est digitale, mais pour la tournée je suis accompagné de musiciens bien entendu.

Tu utilises des samples ?

Non, je compose et interprète toutes les instrumentations. Guitares, basse, etc.

Quels sont tes influences musicales ?

Juste des trucs bizarres (rires). Franck Zappa, Mr Bungle. Concrètement tout ce qui est étrange et expérimental m’intéresse. C’est difficile pour moi de dire quelles sont mes influences.

Sur Children’s Summon, tu invoque les 8 premiers démons de la goétie (avec une erreur de syntaxe sur le nom du premier (Bael et non Baal)), vous ne pensez pas que l’on est déjà suffisamment proche de l’enfer en ce moment ?

(Rires). En fait en allemand Bael s’écrit Baal, c’est pour ça (ouf, rires). Pour ce qui est de l’enfer sur terre, peut être que ça irait mieux avec eux (rires). Blague à part, ce que l’on vit aujourd’hui dans le monde est plutôt triste c’est vrai.

Ta musique sonne forcement comme un cri de rébellion, une complainte pour se soustraire des chaines. Penses-tu que le black métal et le « spiritual » ont ça en commun ? Qu’ils revendiquent la même chose (esclavage et servitude religieuse) ?

Dans un sens oui. Des deux côtés ils ont le christianisme en commun avec, pour les esclaves américains,  un mixage de celui-ci avec leurs rites. C’est plus une assimilation de leur part. Ma démarche est plus sur une histoire alternative comme s’ils avaient incorporé le christianisme différemment.

 Le triptyque Sacrilegium (1,2,3) : comment t’es venue l’idée et quelle en est l’histoire ?

Ce n’est pas une blague, mais chacun d’eux est sacrilège de différentes façons. Le premier est un appel à la prière issu du Coran, et si tu changes quoique ce soit c’est appelé Haram. Donc c’est sacrilège. La deuxième partie est un traitement d’intervalles qui était sacrilège pour l’église catholique au moyen âge.  Et le 3eme est juste un simple morceau sacrilège sur un album de métal (rires).



Un mot sur la pochette. Qui en est le créateur ?

Je suis le créateur de cette pochette.

Tu fais vraiment tout sur cet album (rires)

Oui, quand tu n’as pas d’argent tu te débrouilles pour réduire les coûts (rires)

Tu es originaire de Suisse, et aujourd’hui tu vis à New York. Est-ce un choix « professionnel » ? Qu’as tu trouvé la bas que tu n’avais pas ici ?

Oh, je suis revenu en Suisse aujourd’hui. Ce que je recherchais à New York c’était la société des musiciens qui fonctionne de façon élitiste. Du coup, quand tu fais ta musique, cela te force à donner le meilleur de toi parce que si tu fais quelque chose qui existe déjà, tu peux être sûre qu’un autre le fera mieux.  Cela te pousse à créer des choses originales.

On est bien loin de BIRDMASK !  Où en est ce projet ?

Cela continu, ça vit. Zeal & Ardor c’était une réaction à une certaine lassitude de BIRDMASK et je pense que la balance entre les deux est très importante pour moi.

Comment a démarré ce Buzz autour de ZEAL AND ARDOR ?

C’est parti d’un tweet de Kim Kelly, une journaliste musicale. Quelques jours plus tard, un article est paru dans ROLLING STONE Mag et ce fut le catalyseur de ce succès. 

Tu es passé dans l’émission TRACKS sur Arte, comment cela s’est fait ?

C’était très bizarre. En fait j’adore cette émission, elle est vraiment très bonne et j’ai beaucoup appris des artistes qui passent dans Tracks. C’est une influence majeure pour moi. Ils sont venus me chercher et ce fut une vraie fierté d’y passer.

Comment as-tu vécu ce succès rapide ?

Bien que j’en sois le premier surpris, je l’ai plutôt bien vécu (rires). En fait je n’ai toujours pas bien réalisé ce qui arrive. C’est plutôt cool car je fais ce dont j’ai toujours rêvé de  faire. Ma musique plait et pour un artiste il n’y a pas de meilleure finalité. De plus mes amis sont là pour me ramener sur terre si je venais à avoir la grosse tête (rires). C’est un environnement très sain donc.

Qu’attends-tu de cet album ?

Oh, en fait il a déjà dépassé toutes mes espérances. Il est difficile d’en attendre plus pour moi (rires).

Il y a un côté Moby en toi, est-ce une influence pour toi ?

Vraiment ? J’aime beaucoup Moby et ce qu’il fait, principalement sa période Play.

Tu passes en concert bientôt à Paris au Glazart, comment as-tu composé ton groupe ?

Le groupe est composé d’amis, c’est plutôt cool. J’ai eu un peu peur au début, mais c’était si organique au final que c’est un plaisir de jouer avec eux. C’est aussi important d’avoir une vue extérieure de mes compositions, cela les fait évoluer et je suis très content de cette collaboration.

Comment fais-tu sur scène avec un opus de 23 minutes ? Tu as d’autres titres sous le coude ?

Oui, car 20 minutes pour un concert c’est court (rires). Donc oui j’ai des nouveaux morceaux, car je ne me vois pas offrir un set de 20 minutes à des gens qui ont payés pour me voir.


 zeal and ardor

2 Comments

  1. […] de doute l’énergumène créateur Manuel Gagneux est de retour avec Zeal & Ardor ! Intitulé “Gravedigger’s Chant” son nouveau […]

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