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Igorrr – Savage Sinusoid

IgorrrIgorrr – Savage Sinusoid

Sortie le 16 juin 2017

www.igorrr.com


L’Entité musicale surnommée  » Igorrr  » vient sévir à nouveau sur un cinquième OVNI après les inclassables Opus qui l’avait propulsé sur une orbite indéfinie : respectivement Moisissure ( 2008 ), Nostril ( 2010 ), Hallelujah ( 2012 ) et Maigre ( 2014 ).

Cherchez pas, Igorrr ne se trouve pas lui même. Il se qualifie de forme de musique totale qui agglomère tout ce qu’il ya de bon dans la musique et qui lui plait surtout.

Résultat, on y retrouve pêle mêle, du baroque, du breakcore, du death, du black et même quelques relents country voir de musique trad. De toute façon, il ne se donne aucune limite et il finira bien par vous trouvez autre chose que vous n’aviez pas encore entendu.

Cette fusion totale l’a longtemps pénalisé puisque, finalement,  à refuser les genres et à les prendre tous, personne ne vous reconnait. Les Breakcorers ne l’ont pas admis comme un membre à part entière, les métalleux ont longtemps ignoré jusqu’à son nom. Il  était considéré comme un professeur nimbus de laboratoire à l’éprouvette de la musique expérimentale, parfois regardé avec intérêt.

Ces débuts ont donc traînassé par des démos dès 2005 et quelques autoproductions sans lendemain. Mais dans le milieu il était quelques uns à subodorer la petite qui sommeillait et les collaborations sont venues petit à petit jusqu’à la signature avec le label  » Ad Noisem  » et des sorties plus remarquées comme Nostril mais surtout Hallelujah qui ont porté vers lui des regards plus inquiets. Viennent lui prêter main forte des gens comme Mayhem avec qui, bien sur, il frappe les imaginations à Berlin. 

Et lui même s’affiche aux côtés de Morbid AngelFinalement, on commence à lui trouver un goût prononcé pour le métal et du coup on se l’approprie.  Et badaboum !  le voilà au Hellfest juste après la sortie de Savage Sinusoid. Sinusoidale, comme sa courbe ascendante. Dérisions, aberrations et autres étrangetés au menu de cette dernière galette.

Ca n’a pas l’air sérieux et ça a tendance à tourner  tout en ridicule. Ne vous y méprenez pas, Igorrr, l’air de rien, vous livre une oeuvre majeure qui fera date. 

 Le titre d’ouverture « Viande » vous met d’entrée de jeu dans l’ambiance générale :  bien lourd et très barré ! On y retrouve un mélange de métal et de sons électroniques, avec des cris suraigus et souffrants par-dessus. Ne partez pas en courant,  cet album ne sera peut-être pas pour tout public, mais d’une exceptionnelle qualité, soyez en sur ! 

 Vient ensuite le titre « ieuD », qui tranche complètement avec l’ambiance du  précédent. Il s’ouvre sur un récitatif clavecin-voix d’homme qui part immédiatement dans des cris torturés, qui ne font que rajouter à l’émotion installée. Gautier Serre alias Igorrr avait tenté d’expliquer qu’il avait souhaité introduire du clavecin dans sa musique parce qu’il en détestait le son et à l’autre extrémité il avait beaucoup de mal à supporter la musique de Cannibal Corpse qui deviendra pourtant son groupe de prédilection. Tout le paradoxe de l’alsacien est là !

C’est en réussissant cette incroyable alchimie d’amalgamer des sons aussi inconciliables et dissonants qu’il parvient au génie. Ieud en est l’illustration. 

 

Viennent ensuite des interludes électroniques, avant de retourner à un récitatif, avec cette fois une voix lyrique de femme, qui débouche sur une partie bien heavy, à base de guitare, cris, double grosse caisse et sons électroniques. Le heavy se renforce jusqu’à la fin, volontairement ridicule, de flûte à bec qui brise toute la montée. Ce titre fait preuve d’une originalité incroyable et d’une qualité d’écriture classique comme metal que la suite nous confirmera. 

 La richesse des propositions de Igorrr est telle qu’on pourrait écrire une critique entière sur chaque morceau.



Le titre suivant, « Houmous », est tout aussi génial dans un incroyable  mélange de styles. Le début tango à l’accordéon fusionne rapidement avec du death  et du thrash metal. Une batterie et une basse surpuissante emmènent le tout. Une chorale vient se greffer dessus mêlée de cris et de sons électroniques avant de s’interrompre pour un solo de saxophone toujours au accent tango, avec des percussions traditionnelles. Ces éléments alternent pendant un moment, avant que l’accordéon mute vers la musette et se convertit en valse avec du piano et de la voix d’opéra, puis revient ensuite au musette, avec un solo tellement rapide et technique qu’il est sûrement à moitié composé de synthétiseur d’accordéon.

On a ensuite la fin du tango, avec un mélange de chorale et de death metal, qui conclut sur une musique en 8-bit caractéristique des anciens jeux vidéo des années 80-90, avec du metal en fond et du slap de basse particulièrement groovy.

Ouf, n’en jetez plus, la coure est pleine !  Etonnante richesse qui mêle à profusion des compositions particulièrement inspirées et qui ne dénature aucun style tout en les sublimant. 

 Tout l’album est intégralement fait de mélanges en tous genres, d’un éclectisme jamais vu, surtout dans le métal.  Ainsi,  « Opus Brain », le titre suivant, mélange l’électro, le métal, la musique traditionnelle indienne et le hip-hop ; avec toujours la même qualité d’écriture.

« Problème d’émotion », est beaucoup plus sombre et mélancolique, il est presque essentiellement d’écriture classique si on oublie les sons électroniques qui se superposent. On a du piano extrêmement beau et mélancolique, ensuite renforcé par un alto et une chorale, qui transmet bien à propos l’émotion du morceau, comme le sous-entend le titre complètement décalé, marque de fabrique de Gautier Serre.

Décalage encore plus marqué sur la chanson suivante : « Spaghetti Forever ». On y retrouve une introduction de guitare classique, qui devient heavy avec des sons électroniques, avant de se fondre dans un mélange de metal extrême et de chorale, repris ensuite à l’orgue et un thème de violon.

La tendance s’inverse ensuite, on retourne au métal et on conclut enfin sur la guitare sèche d’ouverture, avec toujours autant de beauté d’écriture.

 Le titre suivant, « Cheval » musarde sur un ton comique au début en musette- basse, et un « Oh putain merde ! » enregistré. 

Se greffent ensuite du growl très grave et des cris suraigus. On a ensuite un exemple de musique traditionnelle russe, avec un choeur typique de l’armée rouge et des accords de balalaïka, avant de retourner vers la musette précédente, accompagnée tantôt par une batterie classique, tantôt par des sons de batterie électronique. Le tout se transforme ensuite en metal extrême agrémenté d’accordéon et de chorale. Le titre se conclut  en musette avec de l’accordéon seul pour l’instrumental, et une voix lyrique qui prend le thème.

 « Apopathodiaphulatophobie » (je vous mets au défi de le prononcer ) est aussi court que son nom est long.  Le début pourrait très bien être écrit par un groupe de death metal ou de grindcore, avec des sons électroniques et des cris suraigus loufoques qui se rajoutent. Ce titre prend un tempo très metal, et y rajoute des éléments à la Igorrr composés de sons électroniques, de cris suraigus, de chorales et de transitions bizarres.

 Le titre suivant, « Va te foutre », réussit l’exploit, en introduction d’intégrer du clavecin dans un son métal , soutenu par une batterie et une basse extrêmement puissantes en arrière plan.

Cette chanson, encore plus courte que la précèdente, intronise définitivement Igorrr comme compositeur metal extrême de qualité, avec sa patte bien personnelle. Arrive l’avant-dernier titre, « Robert », qui atteint le summum de bizarrerie de cet opus. L’escalade dans les mélanges,  de styles et de loufoque atteint son apogée dans ce morceau. On y entend à la fois des percussions alternatives sur des plaques de metal, des sons électroniques, une sorte de polka, du metal extrême et du bizarre pur au niveau vocal. Ca part dans tous les sens. C’est parfois  difficile d’accès, mais réussi au final car Igorrr nous intrigue et suscite notre intérêt jusqu’au bout.

Cette apogée amène au dernier titre qui revient à du classique,  calme et posé, qui conclut magnifiquement l’album. Le piano amène une première mélodie, avant que ne rentre le chant lyrique très émotionnel. Vient ensuite un quatuor vocal, puis un violon.  La chanson est d’une sensibilité rare. Igorrr conclut avec virtuosité cet album d’une richesse incroyable. Il prône, en définitive un nouveau genre d’écriture qui mélange tous les styles que Gautier Serre maîtrise tous. 

L’ensemble est d’une qualité d’écriture au dessus de la norme. Savage Sinusoïd est à la fois, beau, émotionnel, fun, barré, heavy et entraînant. 

Igorrr est énorme !


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