Among The Living
Chronique Album Il était une fois...

Il était une fois… FAR : Fire is not to blame.

 

FAR : Fire is not to blame.


C’est encore une fois à Sacramento que ce nouveau « Il était une fois » prend place (promis après j’arrête). Il est question aujourd’hui d’un groupe formé au tout début des années 90 (1991 pour être précis) composé du charismatique et spirituel chanteur Jonah Mantraga, du prolifique guitariste Shaun Lopez, du batteur Chris Robyn (qui ira tenir également les fûts chez WILL HAVEN) et du bassiste John Gutenberger. Ce sont ces 4 californiens qui sont à l’origine de FAR.

 

Au commencement

En 1991 donc, le groupe FAR se forme, jouant un bon petit nombre de show localement avant de sortir en 1992 leur premier album sur le label indépendant Rusty Nails Records. « LISTENING GAME » (que j’ai pu écouter il  n y a pas si longtemps, tant à l’époque où j’ai connu le groupe, j’ignorais totalement leur début discographique). Ce premier effort est assez représentatif d’un jeune groupe qui démarre, sorte de brouillon musical aux multiples influences, tantôt emo (je parle du vrai Emo, celui des années 90, façon HOOVER par exemple) sur les morceaux « Promise » ou « Anima (For Me) », tantôt heavy, ce qui n’est pas sans rappeler un certain « LIKE LINUS » des DEFTONES  qui sortira un an plus tard, et plus globalement INFECTIOUS GROOVE avec les titres « Wade Through » et « Holding The gun » notamment, qui sonnent tous très Fusion  à l’ancienne (la belle époque quoi !).



Le combo en est à ses balbutiements, et c’est en 1994 avec la sortie de « QUICK » sur Our Own Records que l’ossature de ce que deviendra véritablement FAR prend forme. Ainsi des morceaux comme « Quick » « Man O’ The Year » et le sublime « Girl » (que l’on retrouvera sur l’album suivant) appporte bien des cordes à l’arc du groupe. On commence à entrevoir les capacités vocales de Jonah Mantraga, grâce à un chant beaucoup plus présent et une ligne vocale à fleur de peau, qui n’est pas sans rappeler les grandes heures du Screamo.



Le jeu de guitare de Shaun Lopez c’est affiné, pouvant alterner sans soucis entre des passages mélodiques et des riffs beaucoup plus lourds (« Less ») et le duo basse/batterie formé par john et Chris n’est pas en reste (« The Ballad Of Simon & Constance »), morceau qui comprend le même riff que « Girl ».

On sent une véritable évolution, une envie de bien faire et de s’affirmer comme un groupe à part entière. La suite de l’aventure va leur donner raison.

I was just a little girl

Dès 1994, après la sortie de “QUICK”, FAR signe chez Immortal Records (Epic) et sort l’année d’après, leur troisième album « Tin Cans With Strings To You » qui reprend tous les ingrédients de leurs précédents albums en les sublimant un par un. Jonah Mantraga s’affirme comme un véritable chanteur dès le premier titre de l’album « What I’ve Wanted To Say ». Dans sa globalité, ce nouvel effort est beaucoup plus structuré, tout en débordant d’une énergie propre aux  années 90 que la production tente de maitriser tant bien que mal mais sans jamais la dénaturer (« Love American Style ») le son n’est ni trop propre, ni trop crade, à la limite d’un rendu live. Mais surtout FAR a effectué sa mue, arpentant désormais un chemin emo/rock/alternatif ,qui s’il n’est pas nouveau tant il a été emprunté au préalable par QUICKSAND et FUGAZI en tête, semble correspondre parfaitement au groupe tant l’album regorge de pépites bien trop sous estimés (« Seasick », « Celebrate Her » ou le très post hardcoresque « Cut Out ») sans oublier « Job’s Eyes » qui apparait dans une série que les moins de 30 ans ne peuvent pas connaître, BUFFY ! (saison 1 épisode 6 ma gueule !)

(Buffy quoi !)



Et je ne pourrai parler de « TIN CANS WITH STRINGS TO YOU» sans m’attarder sur le titre qui vient le conclure, «Sorrow’s End », véritable coucher de soleil musical, ascenseur émotionnel,  qui conduit son auditeur dans une position fœtale immédiate, en laissant planer le brouillard de meilleurs lendemains.



A mes yeux d’ados retrouvés un bref instant à l’écoute de ce brulot terriblement 90, je me rends compte que FAR fut la porte que j’ai enfoncé avec frénésie telle la charge des Rohirrim (« pour le Rohan ! »), afin de découvrir les groupes mentionnés plus haut ; QUICKSAND, HOOVER, FUGAZI.

Mais il faut croire que sortir un très bon album n’est pas suffisant, le groupe restant dans un relatif anonymat malgré une tournée avec SEPULTURA (pas sûr que le public de l’époque fut très réceptif à leur musique).

You wear it so well

1997, FAR enfonce le clou, je dirai même qu’ils ont eu une sacré cloueuse à disposition au moment d’entrer en studio avec Dave Sardy (VISION OF DISORDER, HELMET, ORANGE 9 mm, SYSTEM OF A DOWN…) pour donner naissance au sublime « WATER & SOLUTIONS » ou comment proposer l’un des meilleurs albums de rock/alternatif  et aller à contre courant de toute la mode Néo de l’époque. Les quatre compares reprennent la formule initiée avec leur précédent effort mais tout y est décuplé. Prenez une production pleine de biceps (et de triceps, c’est important), un son beaucoup plus soigné, un rapport à la mélodie magnifié, un Jonah Mantraga au sommet de son art qui s’impose enfin comme un véritable chanteur avec un C majuscule et vous obtenez une succession de perles qui viennent vous percuter d’un groove qui viendra réveiller le moindre mm de vos muscles (« Burry White » « Water & Solutions » « The System » « Wear It So Well »).



Vous êtes fan de montagnes russes émotionnelles? Façon Emo des grands soirs ? « In 2 Again » et sa nappe de violons viendra effleurer votre peau afin de ressentir ce fameux « dressement de poils », marque  d’une charge émotive intense.



FAR réussit avec «WATER & SOLUTIONS» à pousser ses points forts jusqu’à l’excellence, sans artifice, avec cette sincérité qui a toujours été omniprésente dans la musique du groupe.

Toute cette candeur n’empêchera pas hélas, la séparation du groupe en 1999, chaque membre allant vaguer à ses divers projets et occupations (je vous invite à jeter un coup d’œil en bas de cet article pour en savoir plus).

 

Un petit tour et puis s’en vont

En  2008, le groupe annonce son retour, qui prendra forme avec une mini tournée US, ainsi qu’en Angleterre et une reprise du titre « Pony » de GINUWINE. FAR annonce un nouvel album « AT NIGHT WE LIVE» qui voit le jour en 2010. Je me souviens qu’à l’époque, un mélange d’excitation et d’appréhension c’était emparé de moi, me demandant si l’album serait au niveau après 12 ans de silence radio. La réponse fut à la hauteur des mes appréhensions. Je me suis retrouvé à écouter un album de rock vaguement alternatif  mais surtout très FM, dans cette mouvance  typiquement Teens americain, sorte de CHEVELLE bas de gamme. Exit cet aspect à fleur de peau palpable à chaque seconde dans la voix de Jonah Mantraga, exit cet équilibre emo/post hardcore/ rock alternatif  typiquement 90, place à l’ennui ! Pas faute d’avoir tenté d’aborder cet album plus d’une fois à l’époque mais rien n’y fera, il ne fera qu’accentuer mon amour pour leur discographie passée et confirmera qu’une nouvelle fois que les reformations ça ne sent pas toujours bon ! qui d’ailleurs prendra fin en 2012 pour divergences d’opinions (si ma mémoire est bonne).

 

Vous l’aurez compris, la musique de FAR est le reflet d’une période  et d’un pan de la scène indé américaine bien précise, celle évidemment des années 90, et je ne peux que la conseiller à tous ceux et celles qui ont pris leur pieds sur tous les groupes que j’ai cité dans cet article.


Discographie exhaustive:

1991: Sweet a river, live no lies

1992: Listening game

1994: Quick

1995: Far/ Sea pigs split

1995: Boring life (7”)

1996: In the aisle yelling (Cass)

1996: Tin cans with strings to you

1997: Soon (CD EP)

1997: Water & Solutions

1997: Incubus / Far Split

2010: At night we live


 

Pour aller plus loin:

  • Jonah Mantraga: Onelinedrawing, New End Original, Gratitude
  • Shaun Lopez: The Revolution Smile, producteur pour The X-Ecutioners, Deftones et Will Haven.
  • John Gutenberger: Two Sheds
  • Chris Robyn: Il a joué pour Will Haven en 2000 après le départ de leur premier batteur et fait parti du groupe Black-Map

 

 

 

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