Among The Living
Interview

Entretien avec Manuel Gagneux, ZEAL & ARDOR

Entretien avec Manuel Gagneux de Zeal & Ardor, à l’occasion de leur passage au MOTOCULTOR 2023

 Avec l’aimable participation de Lisa Brault

Manuel Gagneux est un OVNI dans la galaxie metal. Il est toujours aussi drôle à interviewer. Il ne se prend jamais au sérieux, rit beaucoup. Il reste vif et constructif dans ses réponses tout en prenant du recul par rapport à la musique qu’il a su créer au travers de Zeal & Ardor.


Zeal & Ardor


Lionel/Born666 : En 2017 je t’interviewais et tu étais surpris par le succès de ton premier album Devil is Fine. Maintenant nous sommes en 2023, es-tu toujours aussi surpris par le succès du groupe ?

Manuel Gagneux : Bien sur, chaque jour on se dit que ce n’est pas normal. C’est bizarre ! (en français dans le texte).

Lionel : Comment s’est passé la progression de Zeal & Ardor durant ces années ?

Manuel : Assez bien. C’est intéressant. On a eu la chance de jouer avec de grands groupes comme Meshuggah, Opeth et Mastodon. Chaque fois c’est un privilège. Parfois cela devient une routine mais quoi qu’il en soit c’est toujours une bonne expérience. J’imagine que c’est ça le progrès.

Lionel : L’année dernière au Hellfest sous la Temple il  avait tellement de monde deant la scène que je n’ai jamais réussi à atteindre le pit-photo pour faire des clichés de votre prestation.

Manuel : C’est vrai que c’était dingue. Je pense que le Hellfest est un festival assez spécial : ils prennent 200 000 personnes pour les mettre dans un endroit qui ne peut en contenir que 100 000 (rire). C’était une sacré expérience ! Je pense qu’ils devraient faire des terrains plus grand. C’était quand même un excellent show pour nous. On avait de notre côté de la place sur scène. (rire)

Lionel : Qu’écoutes tu actuellement ? Est-ce que tes influences ont changé ?

Manuel : En ce moment j’écoute des trucs bizarre. Des musiques classiques nouvelles, du Jazz, du Gabber (sous-genre du mouvement techno hardcore). Je ne sais pas, j’écoute ce que j’aime. Ensuite cela peut se retrouver dans ma musique comme un cocktail.

Lionel : Quand tu rentres dans une boutique de disques. Où te diriges-tu en premier ?

Manuel : Je vais voir s’ils ont mes disques. (rire) J’aime aller vérifier que Zeal & Ardor est bien là. Je ne sais pas, parfois je vais vers les disques qui ont une belle pochette, parfois la musique dedans c’est de la merde, parfois c’est bon.

Lionel : En gros tu ne te dis pas « bon je commence par le black metal, ensuite le jazz… »

… non j’aime le côté aléatoire pour être surpris. Car si je vais par exemple vers le black metal je sais à quoi m’attendre…


Zeal & ardor


Lionel : pour toi est-ce que la musique doit être un combat politique ?

Manuel : Cela n’a pas avoir lieu d’être mais parfois ça le peut. Spécialement avec la musique que l’on fait, ça peut en prendre la tournure. Mais si je fais de la bossa-nova tu n’as pas besoin d’en faire un combat politique. (rire)

Lionel : je me souviens de tes positions par rapport à George Floyd…

Manuel : Oui bien sûr. J’ai fait un EP à ce sujet (Wake of a nation), cela a été une thérapie pour moi. J’étais concerné par cela, ma famille habite aux États-Unis. C’était un climat inquiétant.

Lionel : Avec ta musique tu peux jouer un peu partout en changeant parfois la setlist. Vous avez joué au Montreux Jazz Festival, au Download, au Hellfest, Motocultor, Wacken, Graspop… Quels sont les différences que tu trouves quand tu y rencontres des fans ?

Manuel : Quand on jour dans les festivals de metal on sait ce que le public attend de nous : des trucs bien metal. Par exemple on a joué au Musilac : on devait jouer après Depeche Mode. C’était un booking assez aventureux. C’était un peu comme un challenge. Il fallait qu’on capte l’attention. Ce n’était pas une routine…

… était-ce un jeu ?

Manuel : Un petit peu, mais dans ce cas on a quand même perdu la partie (rire). Il y avait 30 000 personnes pour Depeche Mode puis les gens sont partis. Il devait rester 1000 personnes devant nous qui nous écoutaient pas vraiment. Désolé pour les fans de Depeche Mode. C’était quand même une sacrée expérience.

Lionel : As-tu déjà reçu des menaces car ton « black metal » n’est pas celui de Burzum, Mahyem, Darkthrone…

Manuel : Oui mais c’est assez drôle. Car pour certaines personnes il faut (il prend une grosse voix) que le black metal reste le truc le plus extrême qu’il soit. Mais il  a tellement de règle. Je sais que Gaahl (Gaahls Wyrd, ex Gorgoroth) aime notre musique, il est tolèrent. Varg (Vikernes de Burzum), je m’en fout de ce qu’il pense. Si tu dois rester en colère par rapport au black metal d’il y a 30 ans, j’ai sûrement des choses plus importantes à faire…

Lionel : Comment écoutes-tu la musique pendant la journée ?

Manuel : Avec des écouteurs. J’écoute aussi beaucoup de « livres »  donc je mets les écouteurs et j’écoute la musique d’une façon aléatoire. Je remets à jour mes algorithmes musicaux chaque semaine…

… du coup tu ne sais pas obligatoirement ce que tu vas écouter.

…absolument !

Lionel : dans ta musique il a peu de place à l’espoir, elle est sombre. Penses tu continuer dans cette voie ?

Manuel : Oui car pour moi cela produit comme un effet cathartique. Comme tu peux le voir je ne suis pas quelqu’un de triste. Quand j’écris j’ai envie d’aller vers des choses tristes, chose que j’adore. Et être aussi une personne heureuse. Je ne changerai pas ça.

Lionel : Sur ton dernier album au titre éponyme il y a différents styles de musique.

Manuel : Je crois qu’on est dans un moment assez luxurieux pour le groupe. Les gens attendent de moi que je sois éclectique. Donc je peux continuer à expérimenter. Il y a des groupes qui font toujours le même genre de musique. Les gens veulent qu’ils fassent toujours la même chose et le groupe fait la même chose encore et encore… alors que sûrement ils aimeraient faire autre chose.

Nous on s’en fout et on fait ce qu’on veut et on aime ça…

Lionel : penses tu que la scène metal aurait été aussi ouverte à votre musique il y a 10/15 ans ?

Manuel : Non, je ne pense pas. Je pense qu’il y a un bon changement …

…pourquoi ? Les gens sont plus ouverts ?

Il  a de multiple facteurs. Les goûts ont changé, il y a aussi le truc comme quoi « c’est comme du metal » mais c’est autre chose, un autre genre… C’est un peu comme un retour de ce que faisait Mr.Bungle, mais on le fait aujourd’hui.

Lionel : Tu travailles déjà à la suite de Zeal & Ardor ?

Manuel : Oui, on va commencer après ce week-end. Après les concerts on aura besoin de beaucoup de café.

Lionel : Toujours avec une belle pochette ?

Manuel : Oui j’ai un truc en tête. J’ai commencé sur Blender. J’ai fait de la mer– (rire), mais je vais travailler dessus…

Lionel : Toujours avec un message ?

Manuel : Oui toujours avec un message, « Stop Smoking » (rire)

Tu as quelque chose à rajouter ?

Non pas vraiment.

vous rester un peu ?

Non on doit rentrer en suisse demain, ensuite l’Allemagne donc on doit partir après le show. Si on a un peu de temps on reste pour regarder Kadavar…ce sont des amis. J’adore, de longs titres, un super groupe.

Lisa Brault : tu aimes Cher (car il porte le T-shirt de la chanteuse)

En fait j’adore ce t-shirt car il ressemble à ceux de Metal Church ou de Manowar, ensuite les gens regarde de plus prête et ce dise « oh merde c’est quoi ce truc ? ».

Lisa : Est-ce que tu joues autre chose que du black metal ?

Oui j’ai un autre groupe, on est plus dans la mouvance « pop » avec Birdmask.


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