Nous avons rencontré Max Beaulieu, chanteur et guitariste d’EMBRYONIC CELLS à l’occasion de la sortie de leur dernier opus “Horizon”. Une rencontre riche avec un passionné. 



Peux-tu te présenter pour nos lecteurs d’Among The Living?
Max Beaulieu : Je suis Max d’EMBRYONIC CELLS, vocaliste guitariste et seul membre originel d’un groupe qui a débuté en 1994.
Cela ne nous rajeunit pas (rires). En même temps cette date il faut la relativiser et même la stratifier car il y a plusieurs périodes. Une première d’une dizaine d’années, à la louche, ou très clairement on apprenait à jouer de nos instruments. On était une bande de potes qui buvaient de la bière et jouaient dans le garage de mes parents. On a écumé les bars et les scènes de la région grand Est, partout ou l’on nous permettait de jouer.

On a beaucoup joué et aussi sorti quelques demos. Puis le casting a changé, et au bout de 13/14 ans on a sorti notre premier album avec Before The Storm qui est un album cru, qui sort vraiment de la cave. Il est vraiment dégueulasse, c’est un Black Metal rauque qu’on a sorti de manière spontanée.
Bizarrement cet album à très bien été reçu malgré sa facture, et cela nous a encouragé.
On a donc sorti un second LP nommé Black Seas (2008) et avec lequel nous sommes montés en gamme.
Il nous a permis de jouer énormément, en nous ouvrant plein de portes.
On adore la scène. C’est la raison d’être du groupe d’ailleurs et 5 ans après on a sorti un 3eme opus   The Dread Sentence (2012) avec lequel on a énormément tourné. Puis il s’est passé 6 ans pour présenter ce quatrième album nommé Horizon et sorti chez Apathia Records.

 
Que s’est-il passé depuis The Dread Sentence (2012), car concrètement vous n’avez pas tourné pendant 6 ans quand même ?

Max : Non effectivement.  En fait 6 ans c’est beaucoup trop long. Le truc c’est que l’on a pris des vacances déjà, et que nous sommes 4 gars qui avons des vies professionnelles trépidantes, changeantes, avec des hauts et des bas, et dont certains ont plusieurs projets musicaux en parallèle.
Donc il s’est avéré qu’il n’était pas toujours évident de conjuguer les envies, et les calendriers parfois. Et le temps est passé beaucoup plus rapidement qu’on ne l’aurait cru.
Aujourd’hui on ne veut plus réitérer cette contre performance temporelle. On a hâte de défendre Horizon sur scène et, cependant, on est déjà projeté dans le prochain album. Il est donc hors de qu’il sorte dans 5 ans.

Comment fonctionne le groupe pour composer ? Aviez-vous du « vieux » matériel pour Horizon ?
Max: Oui, je pense notamment au morceau Across The Mountains qui a été écrit il y a environ 5 ans. En fait ces morceaux on les laisse décanter, phosphorer, on prend du recul, on les déconstruits pour mieux les reconstruire. Ensuite on les stabilise, et à la manière que l’on taille un diamant, on les peaufine, on expérimente, on change les breaks, on change de son. Une fois de plus c’est beaucoup trop long.
Pour composer, c’est une émergence d’intelligence collective, un peu comme un jeu de lego ou chacun amène sa brique. Pour les lignes de chant, je les compose avant et ensuite on compose la musique par-dessus. C’est un processus inversé et ça a été pour moi une vraie révolution. C’est ce que l’on a essayé de faire sur Horizon : de créer des chansons avec des paroles vraiment accrocheuses et que l’on retient, c’est un peu l’idée. 


L’album se déroule presqu’en decrescendo niveau violence, on a l’impression d’écouter un concept album. Est-ce voulu ?

Max: En fait ce decrescendo est dicté par la déambulation narrative, par la thématique de l’album. Horizon n’est pas à proprement parlé un concept album, mais il a un fil rouge narratif. Quand tu prends le premier morceau, c’est en fait un épisode d’une saison de 8 morceaux. C’est le même personnage qui traverse des tableaux différents. Cet album parle des déracinés, des gens en exodes, des réfugiés, de ces hommes, femmes et enfants qui subissent une guerre et qui sont dans l’obligation de traverser des déserts, des océans, des montagnes, de transcender leur propre horizon pour survivre.
Cet album est dédié à ces réfugiés du passé, mais aussi du présent en faisant écho à l’actualité et des théâtres méditerranéens. C’est terrible de voir ces états se « bunkeriser » et ne pas savoir quoi faire de 50 personnes sur une barque. Il est aussi dédié aux réfugiés du futur car je pense que c’est un phénomène qui va s’accentuer malheureusement.




On ressent bien au travers de cet album ce cheminement maintenant que tu l’expliques. Cela commence par le chaos et ensuite on voyage au travers des rencontres au fil de cet exil.

Max : Exactement, avec des déceptions, des mains tendues, le travail de deuil, on passe par plein de sentiments. Jusqu’au dernier titre qui s’appelle No Boundaries (pas de frontières, pas de limites) ou comment célébrer dans la rédemption le concept de citoyen du monde.

Vous avez un style très oldschool mais aussi résolument moderne par votre approche musicale et votre style, comment définis-tu ta musique ?

Max : C’est vrai que les gens ont plutôt tendance à catégoriser EMBRYONIC CELLS comme du Black Metal Oldschool. Moi je trouve ça plutôt intéressant comme appellation. Je ne sais pas si c’est aussi important que ça de mettre des catégories ou des étiquettes sur les groupes mais je crois en fait que je suis incapable de répondre à cette question.

Quelles sont tes influences ?
Max :
En fait je vais remonter à l’origine avec la genèse de mon intérêt pour le Metal. J’ai 12 ans (1987), je suis au collège, on sort de cours avec mon pote un mercredi après midi et on va chez lui pour gouter. Et on s’emmerde. On est dans sa chambre et on zone. Il n’y a pas de dimension digitale à cette époque il faut bien resituer la chose. Il sort un lecteur à cassettes, tu sais ceux avec des touches énormes, et il me dit qu’il en a piqué une à son frère et qu’il trouve vraiment super bizarre ce qu’il y a dessus. Il appuie sur play et là, c’est l’album Shout At The Devil de MOTLEY CRUE qui joue et mon cerveau s’est retourné. A l’époque je pensais que Money For Nothing de DIRE STRAITS c’était le truc le plus violent qui soit (rires).   
A 12 ans je me suis dit : c’est ça que j’aime. Cela ressemble un peu à une rencontre amoureuse.
Quand tu écoutes EMBRYONIC CELLS c’est en fait plein de pillages de beaucoup de choses et on retrouve du Shout At The Devil là-dedans.
J’écoute énormément de Metal de manière très éclectique, du MOTORHEAD, du Thrash, du Black ‘n’ Roll, des formes de Black hyper obscure et confidentiel, et en même temps j’adore le heavy Metal voire le Metal mainstream. Et en même temps j’écoute de l’électro, énormément de jazz et de musique classique.
Et dans mon jardin, sur le plan musical, il y a une grosse pierre que je n’arriverai jamais à bouger, c’est la BO de Conan le barbare de Basil Poledouris. Cette œuvre a posé tous mes ancrages de compositeur.


Embryonic cells


Comment travailles-tu ton chant ?
Max :
En fait je n’ai jamais pris de cours, le truc c’est que je suis naturellement à l’aise avec mon chant en live. Par contre je déteste mon chant sur album. Les trois premiers albums d’EMBRYONIC CELLS sont pour moi la verrue. Toutes mes expériences de studio au niveau du chant, ont toujours été pour moi laborieuses, désastreuses, limite néfastes et hyper frustrantes. Je n’ai jamais réussi en studio à capturer ce que je fais en live.

Pour Horizon j’avais énormément d’appréhension pour la partie chant. J’ai commencé à mettre en place mes mécanismes habituels et au bout d’une demi-heure Pierre Schaffner (Studio La Forge), qui était derrière les manettes, m’a dit Stop. Il m’a dit, « Max je vais être franc, tu n’es pas un très bon chanteur » (rires). Il m’a vraiment cassé la gueule. Il m’a dit « Ta diction n’est pas très bonne, métronomiquement ce n’est pas très bien placé, les tonalités ça ne va pas, tu pourrais largement mieux faire, etc… ».
J’ai mis mon ego de côté, et il m’a fait bosser comme un dingue en me faisant sortir de ma zone de confort, expérimenter des trucs, et au final sortir le meilleur de moi. C’est pour ça que sur Horizon il y a des parties parlées, phrasées en limite Dark Wave. C’est donc le premier album d’EMBRYONIC CELLS que j’arrive à écouter sans faire la grimace (rires).

Comment vous êtes-vous retrouvé sur l’affiche du HELFLEST 2019 ?
Max :
C’est un alignement de planètes miraculeux. En fait je me suis retrouvé au bon endroit et au bon moment. J’aime le HELLFEST car c’est un festival capable de proposer des gros Blockbusters et aussi des groupes underground et confidentiels. On y va pour l’un ou pour l’autre, voire pour les deux.

Et on en profite pour réserver le dimanche sur la Altar quelques surprises scénographiques.




Un mot sur la pochette. Que représente cette personne qui se noie ? Qui l’a faite ?

Max : En fait c’est moi qui réalise tous les artworks et livrets d’EMBRYONIC CELLS. C’est de la peinture numérique.

Sous un certain angle, on peut y voir une tête de mort non ?

Max : Eh, tu es le premier à l’avoir vue et m’en parler, à part mon fils de 11 ans (rires). L’idée c’est que cette expression de la mort un peu primaire n’apparaisse pas de façon trop évidente. On y voit l’océan, avec des montagnes en arrière-plan avec cette personne qui se noie.

Parle-moi de la réalisation de la vidéo « Never Let You Fall ». Le thème qui y est développé est plutôt sombre, peux-tu m’en dire plus ? Est-ce une métaphore sur la perte de l’enfance ?

Max : On a choisi ce titre car il nous semblait assez représentatif de ce qu’est EMBRYONIC CELLS, avec sa grosse parenthèse Thrash très Slayerienne, Pierre explore plein de sons différents avec du piano, des cordes, des parties vocales différentes. Ça représente bien la diversité des références d’EMBRYONIC CELLS. Pour le thème, ce personnage qui court après un mirage incarné par un enfant, s’inscrit dans le récit de ce que j’ai évoqué tout à l’heure. Dans le morceau précèdent il a perdu son fils, et il court après le mirage de son fils qu’il ne retrouve jamais.

Merci Max 

Max : Merci à toi. 


 

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