JOHN DOLMAYAN — THE OTHER SIDE OF THE STAGE
Paris, début juillet. System Of A Down vient de faire trembler le Stade de France et John Dolmayan aurait pu profiter de cette parenthèse française entre deux concerts.
Au lieu de cela, le batteur a pris la direction du boulevard Saint-Germain. Le 3 juillet, chez Album Comics, il troquait les baguettes contre les stylos pour quatre heures de dédicaces autour d’Ascencia, la série de comics dont il est le scénariste.
Un changement de décor, certes, mais pas vraiment de terrain : derrière la musique, Dolmayan cultive depuis longtemps une fascination pour les mondes imaginaires, les personnages et les histoires qui dépassent les cases.
Le comics n’est d’ailleurs pas une lubie née au détour d’une tournée. Dolmayan en est collectionneur depuis des années, au point de transformer cette passion en véritable entreprise avec Torpedo Comics.
L’enseigne, qui a notamment compté deux boutiques physiques à Las Vegas avant leur fermeture, poursuit aujourd’hui son activité en ligne. Dans cet univers de papier, de planches originales et de pièces rares, le musicien n’est donc pas un visiteur de passage.
En 2021, il franchit cependant la frontière entre collectionneur et créateur avec Ascencia. Pour ses débuts, il s’associe au dessinateur Tony Parker et imagine une société située 150 ans dans le futur. Au-dessus de Bethany, Ascencia règne en cité des immortels.
L’éternité y est devenue le privilège suprême, accessible à une poignée d’élus, tandis que ceux qui vivent en dessous observent cette société inaccessible et rêvent d’en franchir les portes.
Derrière cette architecture futuriste se dessine une histoire de pouvoir, d’ambition, de trahison et de sacrifice : que reste-t-il de l’humain lorsque l’immortalité devient le prix ultime ?

Depuis son lancement, la série a poursuivi son développement et compte désormais 35 numéros. À Paris, les lecteurs pouvaient découvrir son premier recueil français, réunissant les douze premiers épisodes, et rencontrer directement celui qui en a imaginé l’univers.
Le dispositif avait quelque chose de volontairement simple : un exemplaire à faire signer, deux autres objets au choix et une photo avec Dolmayan. Mais la présence du batteur de System Of A Down suffisait évidemment à transformer cette séance en rendez-vous pour plusieurs générations de fans. Dans la boutique, les frontières entre les deux mondes devenaient vite poreuses.
Certains venaient pour Ascencia, d’autres avec un album de System Of A Down sous le bras, et beaucoup semblaient appartenir aux deux camps. Pour Dolmayan, cette proximité n’a rien d’artificiel.
Son parcours musical et son amour des comics racontent finalement la même chose : un goût prononcé pour les univers forts, les personnages hors norme et les histoires qui refusent de rester dans les lignes.
Le timing ajoutait une dimension presque surréaliste à l’affaire. La veille encore, Dolmayan était derrière sa batterie devant des dizaines de milliers de personnes.
Le lendemain, il était assis à quelques mètres de ses lecteurs, prenant le temps de signer leurs exemplaires et de poser pour les photos. Pas de scène, pas de lights, pas de mur d’amplis : simplement une table, des comics et une succession de rencontres.
Ce qui frappe surtout, c’est que Ascencia ne ressemble pas à un simple projet de rockstar cherchant à occuper son temps libre. Dolmayan a construit cette histoire sur la durée, en développant son univers au fil des numéros et des collaborations.
La musique lui a offert une immense scène ; le comics lui permet désormais de construire la sienne, case après case.
Entre deux passages au Stade de France, John Dolmayan aura donc choisi une autre forme de bruit : celui, beaucoup plus discret, des pages que l’on tourne.
Chez Album Comics, le batteur a laissé momentanément System Of A Down à la porte pour mettre Ascencia sous les projecteurs. Une autre scène, un autre langage, mais toujours cette même envie de raconter des histoires.


