Among The Living
Live Report

Une journée au VOLCANIC FEST 2026

Une journée au VOLCANIC FEST 2026

Premières secousses en plaine du Forez

Andrézieux-Bouthéon (42), vendredi 24 juillet 2026


VOLCANIC FEST


Faisons d’abord un point géologique. Le Volcanic Fest s’appelle Volcanic et on est en réalité à Andrézieux-Bouthéon, dans la Haute-Loire, à l’entrée de la plaine du Forez. Les vrais puys sont encore à une bonne heure de route de l’autre côté, mais le socle des monts et de la plaine du Forez est d’abord formé de roches magmatiques (granites) et métamorphiques (gneiss) très anciennes.

Nous sommes donc bien sur du terrain volcanique. Est-ce que ce petit cours improvisé de géologie change quoi que ce soit ? Absolument pas. Mais avouons qu’un festival qui s’appellerait le Plaine du Forez Fest n’aurait jamais eu le même panache. Va pour le volcanic.

Vendredi chaud, mais avec cette petite brise qui va bien, celle qui transforme une journée de canicule en journée simplement agréable et qui vous évite de passer l’après-midi à faire la queue devant le point d’eau. Sur le site du CABL, on trouve un marché d’artisans bien fourni, des bières, de la nourriture préparée sur place.
Que demander de plus ? La zone van est à deux pas et confortable, il paraît même qu’il y a des créneaux de douches. Pour une première édition, ce niveau de logistique relève presque de l’insolence.

Parlons-en, justement, de cette première édition. Elle peine à remplir. La jauge annoncée tourne entre 750 et 1200 personnes, et on est visiblement plus près du bas de la fourchette que du haut. Alors disons-le une bonne fois pour toutes, parce que ça mérite d’être écrit noir sur blanc : lancer un festival, c’est un effort colossal et un risque personnel énorme.

Il faut avancer la trésorerie, signer les contrats des groupes des mois à l’avance, monter une association, mobiliser des bénévoles, et prier pour que les gens viennent. Teamduc’s Production s’y colle avec Le Mago (chanteur de Magoyond) à la direction artistique et Samaël à la direction du festival, ce qui n’est pas exactement une équipe de touristes.

Il n’y a que ceux qui ne font rien qui n’ont pas de difficultés à surmonter. Et cette salle immense, sur laquelle on peut se dire qu’elle sonne un peu vide aujourd’hui, c’est surtout une salle qui offre de belles perspectives futures. Retenez ça.

Oozer Pit (15h45)

Formation stéphanoise du côté de l’émergent local ; nous ne sommes pas sur un groupe fabriqué en laboratoire de com’. Le festival les annonce en stoner metal, le live m’a semblé nettement plus rock’n’roll que ça, mais je ne vais pas chipoter sur l’étiquette.
Rien de neuf sous le soleil du Forez, en revanche ça accompagne à merveille la première bière, et à 15h45 un vendredi, c’est très exactement le cahier des charges. On ne demande pas à l’ouverture de réinventer le genre, on lui demande de mettre la machine en route. Contrat rempli.



Barth Sky (16h45)

Là, on change de registre. Barth Sky, c’est le projet solo du guitariste éponyme, ancien de Paranoid Sky et surtout guitariste lead de Franck Carducci & The Fantastic Squad, avec qui il écume les routes européennes depuis des années (les Anglais lui ont même collé une réputation de guitar hero, ce qui n’est pas rien vu le niveau d’exigence local en la matière).
En 2024, il a lancé son propre truc, un « Rock n’ Roll Cabaret » assumé, biberonné au Sunset Strip des années 80, quelque part entre Aerosmith et Alice in Chains, avec le cuir, la laque et l’attitude qui vont avec.

Ce qui pourrait n’être qu’un exercice de style bien exécuté fonctionne parce que le bonhomme y croit vraiment. Il y a de la théâtralité, il y a du jeu de guitare, il y a surtout ce petit décalage sympathique entre le décorum hollywoodien et un hangar de la Loire un vendredi après-midi.
C’est un peu comme commander un cocktail à ombrelle dans un bar PMU : soit ça tombe à plat, soit c’est absolument délicieux. C’était délicieux.



Sangdragon (17h50)

Allez, j’avoue tout de suite : pour moi, c’était ma tête d’affiche avant l’heure. Ça ne concerne que mes goûts personnels, dont je ne devrais même pas parler ici, mais autant être honnête plutôt que de faire semblant d’être objectif.

Sangdragon, c’est le projet de Vincent Urbain, basé du côté de Mâcon, et c’est surtout le dernier volet d’une trilogie entamée dans les années 90 avec Daemonium puis Akhenaton.
Le bonhomme faisait du black symphonique teinté de musique de film à une époque où le genre balbutiait encore, ce qui lui a valu au fil du temps un vrai statut culte auprès de tout un pan de la scène, GN et médiévistes compris.
Sangdragon existe sous ce nom depuis 2011 et avance à son rythme, sans label, avec sa propre structure.

N’empêche que le show. Premier circle pit de la journée, ce qui à 17h50 relève quasiment de l’exploit thermique. Une chanson qui démarre en acoustique et qui finit en death metal, issue du prochain album, et qui prouve que le groupe n’a pas l’intention de se contenter de rejouer son patrimoine.
Puis une reprise musclée de The Rains of Castamere, ce qui pour un groupe dont l’univers entier baigne dans le médiéval fantastique tombe à peu près aussi juste qu’un cor de brume dans un brouillard. Le public a suivi, et il avait raison.



Interlude : le catch

Parce que oui, il y a eu du catch. Un spartiate musclé contre celui que le public surnommera très vite « petit cul », et je vous laisse deviner lequel des deux a récolté le plus de soutien populaire.
Plongeon de la troisième corde, impressionnant. Ça a beau être un peu de la comédie, il y a des vrais athlètes derrière tout ça, et quiconque a déjà essayé de tomber correctement sur un tapis sait de quoi je parle.

Meilleure réplique de la journée, hurlée dans le micro par un des catcheurs : « Et y a un match de catch, donc ton concert éclaté on s’en bat la rate »

Difficile de faire plus fédérateur.



Locomuerte (20h00)

Thrash punk crossover chicano d’Île-de-France, formé en 2009, chant en espagnol, influences Suicidal Tendencies, Anthrax, Agnostic Front et Motörhead. On les avait déjà interviewés dans ces colonnes et ils nous avaient vendu leur salsa maison sous le nom de « chicano mosh ». Sur le papier, ça peut sembler être un gimmick. Sur scène, c’est une déclaration de guerre.

Ils montent, machette liée au micro, machette plantée dans une stèle au nom de Locomuerte, et ensuite ça part à 150 %. Un catcheur de petite taille rejoint le groupe sur scène. Circle pits sauvages. « Ça va être tout noir », annonce le chanteur, et le public répond ta gueule, ce qui dans le langage local signifie approximativement « nous t’aimons beaucoup ».
Petite pause, puis ça repart de plus belle, toujours avec le catcheur nain qui en a profité pour enlever son masque.

Et le moment que je garderai : on fait monter une grosse partie du public sur scène, puis un catcheur distribue des crocodiles gonflables sur lesquels les gens vont slammer à travers la salle.
C’est ça aussi, l’esprit du core. Une bande de gens qui décident collectivement que la dignité est une notion surestimée.



Dropdead Chaos (21h20)

Collectif de metal alternatif né en mars 2020, en plein premier confinement, à l’époque où l’on cherchait tous des raisons de ne pas devenir fous.
Des musiciens issus de Black Bomb A, Betraying The Martyrs, Sirenia, Les Tambours du Bronx, Sidilarsen et Smash Hit Combo enregistrent chacun chez soi un morceau, « Black Thoughts », dont les bénéfices partent intégralement au personnel soignant via la Fondation de France.
Le retour du public a été tel que le side-project est devenu un vrai groupe, avec un premier album, Underneath The Sound, en 2023.

Ce qui pourrait rester une jolie carte postale sanitaire tient debout parce que les compos tiennent debout : du metal moderne bien charpenté, qui lorgne sans complexe vers les grandes heures du neo.



Black Bomb A (22h50)

Figure historique du hardcore crossover français, fondé fin 1994 à Viroflay, plus de trente ans de carrière, un nom emprunté à une variété de haschich indien avec un A d’anarchie collé au bout, et cette signature imparable du double chant grave-aigu qui a formé des générations entières de gamins à hurler dans deux registres à la fois.
Leur dernier album, Unbuild The World, est sorti en mars 2024, à la fois violent et réfléchi, ce qui reste leur meilleure définition.

L’énergie est là. Elle a toujours été là. Il y a quelque chose de rassurant, presque de domestique, à voir un groupe qui a trente ans de scène derrière lui traiter un vendredi soir devant quelques centaines de personnes exactement comme il traiterait une grande scène de festival un samedi à 22h.
C’est ça, le professionnalisme du milieu underground : personne ne compte les têtes avant de décider s’il va tout donner.

Ambiance estivale, la nuit continue, les gens traînent entre le bar et le village d’artisans. C’est souvent là que se joue le vrai truc d’un festival, dans ces vingt minutes où personne ne joue et où tout le monde discute. Bon signe : ça discute beaucoup.



Stone Horns (00h10)

Groove/death metal marseillais fondé en 2016, influences Machine Head et DevilDriver revendiquées sans détour, trois albums et un EP au compteur, une première tournée européenne et des premières parties de Max & Igor Cavalera et d’Incantation.
Sur le papier, un groupe qui a fait ses classes. Sur scène, un groupe réputé pour l’intensité de ses lives, et cette réputation ne s’est pas construite toute seule.

À 00h10 un vendredi, après huit heures de musique et un match de catch, il faut quand même une sacrée dose de conviction pour remettre tout le monde debout. Ils l’ont eue.

Une première journée qui fait le job, et même plus que ça. Une prog cohérente, un site bien pensé, une équipe qui a manifestement réfléchi à autre chose qu’à l’alignement des noms sur l’affiche, et cette idée un peu folle de coller du catch au milieu d’un festival metal qui, contre toute attente, fonctionne parfaitement.

Il manque du monde, et ça se voit. Mais une première édition, ça ne se juge pas au compteur d’entrées, ça se juge à ce qu’elle promet. Et sur ce terrain-là, le Volcanic Fest a de quoi voir venir.
Reste maintenant à ce que les gens se déplacent, parce que les festivals ne meurent pas de mauvaise programmation, ils meurent de bonne programmation devant une salle à moitié vide.


La cagnotte pour soutenir le festival :

https://www.leetchi.com/fr/c/volcanicfest-soutenons-les-equipes-et-lavenir-du-festival-2097302


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