Megadeth jouait en juin 2018 au Hellfest. Le pasteur Jonathan Hanley y a rencontré David Ellefson, le bassiste, grâce à l’entremise d’un ami commun, Brian “Head” Welch, guitariste de Korn. Depuis quelques années, David a surmonté les addictions à l’alcool et à la drogue qu’il avait acquises pendant ses premières années de succès comme rockstar. Il s’est aussi affiché comme chrétien et a fait une année d’études de théologie avec un institut de formation pastorale de l’Église Évangélique Luthérienne aux USA.



Pour commencer, j’aimerais qu’on parle de musique et du groupe. Ensuite, si tu veux bien, on parlera de ta foi chrétienne ? Brian t’a dit que j’étais pasteur ?

Oui, il m’a dit ça.

 Avec Megadeth, vous avez joué en France assez souvent au fil des années. En concert, le public français réagit bien ?

La première fois que nous avons jouée en France, c’était en 1987. On était en tournée avec Alice Cooper. Je crois qu’on a joué au Hammersmith Odeon à Londres, et puis Amsterdam, Hambourg et Paris. Je me souviens à Paris, la salle, c’était un tout petit club de jazz. Mais il y avait vraiment de l’ambiance. C’était plein de métalleux survoltés. C’était une belle expérience. Plus tard, nous avons joué au Zénith, et dans quelques-unes de vos salles plus grandes. Avec Youthanasia, en 94 ou 95 je crois, on a fait une longue tournée en France, et peut-être à cause de notre chanson « À tout le monde » – en fait, il suffit d’une seule chanson, un tube qui peut tout changer – et même ici au Hellfest, c’est ce morceau qu’il nous faut jouer à tout prix. En ce moment, notre setlist, c’est plutôt des titres du début de notre carrière, des trucs plus rapides. On est en tournée pour les 35 ans de Megadeth. Les fans veulent entendre les vieux morceaux. Alors c’est peut-être une des seules fois que nous allons jouer « À tout le monde » pendant cette tournée. Pour la France !

 Alors les Français connaissent les paroles ?

Oui. C’est comme un refrain repris en chœur. On n’a même pas besoin de chanter. Comme c’est en français, c’est le public qui fait le nécessaire. Je me suis éclaté à les regarder ce soir.

Je trouve que Dystopia est un album profondément satisfaisant. J’ai énormément de plaisir à l’entendre, même après de nombreuses écoutes. Tu aimes toujours le jouer ?

Oh oui. C’est sûr. Comme on a gagné le Grammy avec la chanson « Dystopia », elle va faire partie de nos concerts pendant longtemps. J’aime beaucoup plusieurs des autres morceaux sur le disque, mais c’est celle-là que j’aime le plus. Il faut dire que j’aime aussi « Post-American World », ce qui est un peu bizarre, car c’est une chanson qui pose la question « À quoi va ressembler le monde lorsque l’Amérique ne sera plus ? » Ce qui finira bien par arriver un jour, certainement. Aucun empire ne dure pour toujours. Il me semble que nous autres Américains, nous avons du mal à intégrer cette idée. Car nous avons l’habitude depuis si longtemps d’être une superpuissance mondiale dominante. Mais c’est clair que les choses sont en train de changer. D’ailleurs, avec notre présidence actuelle, et notre gouvernement actuel – cette idée de retrouver la gloire de l’Amérique d’antan avec « make America great again » [« Retrouver la gloire de l’Amérique »], qui est semble-t-il une régurgitation de la mentalité blanche prédominante dans les années 1950, avec une vision très particulière de ce qu’était l’Amérique à l’époque.


 



Tu as étudié dans une fac de théologie luthérienne, n’est-ce pas ?

Quand j’ai fait mes études de théologie – je n’en ai fait qu’une année, une année sur un programme de quatre ans – je l’ai fait dans le contexte de mon Église luthérienne et j’aime beaucoup la théologie protestante luthérienne. D’ailleurs, en une année, j’ai vraiment pu acquérir une vue d’ensemble  de la Bible. J’ai fait des études universitaires de 2005 à 2007, là où tu prends l’habitude de lire des livres qui font plusieurs centimètres d’épaisseur. Alors quand j’ai terminé mes études, je me posais la question « Et maintenant ? » Alors j’ai ramassé une Bible, qui était encore plus épaisse, car je ne l’avais jamais vraiment lue. Et je me suis dit « C’est ça que je vais lire. »

Et quand t’as décidé de quitter la drogue et l’alcool ?

En 1990, je suis devenu sobre grâce à un programme basé sur le « 12 Steps » (les 12 étapes qui fondent les programmes de guérison de l’addiction comme Alcooliques Anonymes). Et ça m’a vraiment changé. J’ai joué un dernier concert complètement shooté. J’étais vraiment mal en point. C’était avec Iron Maiden à Donnington, en Angleterre. Le festival qui est devenu Download. La drogue m’avait rendu vraiment malade. Je suis venu en Europe faire un dernier concert, puis je devais rentrer chez moi et commencer une cure de désintoxication. Et c’est comme ça que j’ai entamé une période de 18 mois pour tenter de devenir sobre. Le plus dur avec la drogue, c’est de lâcher vraiment. C’est devenu comme un vieil ami. C’est un vieil ami que tu détestes. Mais c’est toujours un vieil ami. Alors je suis rentré au Minnesota en décembre 1989.

Mon père voulait aller au culte. Il voulait toujours aller à l’église le dimanche. Alors on y est allés ensemble et quelque chose m’est arrivé. Je ne me souviens pas vraiment du message, mais j’ai ressenti un déclic en moi. Et environ deux mois plus tard, j’ai enfin passé ma première journée sobre. Et l’obsession a disparu. Mais comme avec toute chose, il s’agit d’avancer un jour après l’autre. Comme Jésus a dit, dans Luc 9.23, « Si quelqu’un veut me suivre, qu’il renonce à lui-même, qu’il se charge chaque jour de sa croix, et qu’il me suive. » C’est chaque jour. Alors même avec la foi chrétienne, c’est un jour à la fois. Si nous voulons adorer le Seigneur, c’est un pas après l’autre. Je le dis souvent : si tu n’avances pas, tu recules.

Comment fais-tu pour nourrir ta foi chrétienne lorsque tu es en tournée ?

Eh bien, comme à la maison. Ma vie en tournée et ma vie à la maison sont similaires. Je me réveille tous les jours, et j’ai un petit rituel. Ça fait partie de mon programme à deux étapes pour guérir de l’addiction. Je dois rappeler à plein de gens avec qui je travaille que maintenir la sobriété est devenu une priorité pour moi. Je commence avec ça, et puis je passe directement à une méditation biblique. J’ai un livre de méditations luthériennes, Portals of Prayer [« Portails de la prière »]. Je lis ça tous les jours. C’est publié par une des branches de l’Église luthérienne, celle du Missouri Synod. Je l’ai toujours avec moi. Je lis la Bible aussi. Avec le temps, je trouve que, même si c’est bien d’entendre de belles paroles, de regarder des vidéos et d’écouter des enseignements, il me faut lire la Bible personnellement. Parce que c’est la Parole inspirée de Dieu. J’aime bien quand les autres m’en parlent, mais son impact est plus profond quand je l’ouvre moi-même. Alors je prends bien un quart d’heure pour ça. C’est comme ça que je commence mes journées. Et ensuite, avant de me coucher le soir, je fais la même chose. Je fais une prière du soir, et je fais l’inventaire de ma journée – peut-être quelque chose que je n’ai pas terminée, ou une question qu’il me faut régler. Et je lis la méditation biblique. Et puis, je prie avant les repas, et je prie avec les gens.


david ellefson


Il y a quelques années, on a vu une controverse se développer autour du Hellfest, et certains chrétiens ont fait une pétition pour interdire le festival. Pour eux, c’était le festival de l’enfer, la célébration de Satan. Que répondrais-tu aux chrétiens qui parlent comme ça ?

Je leur répondrais, « Venez donc observer pour vous-même ». Parce que le ciel n’existerait pas sans l’enfer, ni l’enfer sans le ciel. Alors si tu vas croire en Dieu, il te faut tenir compte du diable. Il me semble que ce qui arrive dans l’Église quand les gens sont « sauvés », c’est qu’ils se mettent immédiatement à fréquenter uniquement les autres chrétiens. Et avec cette idée, nous faisons complètement fausse route. La raison pour laquelle Jésus est venu ici, c’est pour rencontrer les pécheurs, et pour les intégrer.

Parce que, en fait, c’est quoi un chrétien ? C’est quelqu’un qui chemine à la suite de Jésus-Christ. Alors si nous allons suivre Jésus, il nous faut apprendre à faire ce qu’il faisait. Il a passé son temps sur terre, au moins les trois années de son œuvre publique, sur le front de la souffrance humaine, à aider les malades et les perdus, et à ramener les égarés. Honnêtement, c’est une des raisons pour lesquelles j’ai commencé à lire la Bible et à me pencher sur toutes ces questions.

Je me souviens avoir vu une photo dans le magazine Time, avec George Bush en page de couverture. Et le titre c’était, « Déclarer la guerre ou pas… » Et il avait une Bible avec lui, sur la photo. C’était une sorte de snobisme de la droite religieuse, dans sa tour d’ivoire. Le gouvernement invoquait la Bible pour tenter de justifier la guerre. Et je me disais, « Il me faut lire ce livre pour voir ce qu’il raconte vraiment, parce que pour moi, c’est des conneries tout ça. » Pardonne mon vocabulaire. Mais c’était clair, ça ne pouvait pas être la vérité. Et c’est pour ça que je voulais lire la Bible. Ici en Amérique, il y a cette attitude qui dit « Eh bien, si t’es un chrétien, t’es obligé d’être pour le parti républicain. » Mais pour moi, ça ne marche pas comme ça. Notre Constitution affirme la séparation de l’Église de l’État. Et en lisant la Bible, je découvre, et ça me semble évident, que Jésus s’opposait toujours aux leaders religieux. Je ne dis pas qu’il était du parti démocrate, ou qu’il était gauchiste. Ce n’était pas du tout son propos. Son propos, c’était de toucher la vie des gens par ses paroles de vérité. Ça dépassera toujours les clivages politiques. Ça comptera toujours plus que les affiliations religieuses officielles.

 Eh bien, merci David. C’est une belle interview que tu nous as donnée.

C’est moi. Je suis content d’avoir pu terminer ma journée comme ça. J’apprécie ta patience. Tu m’as attendu longtemps. Mais c’était pas une rencontre que je voulais faire dans la précipitation. Je sais que tu as dû poireauter. Merci. J’apprécie. Et que Dieu te bénisse.


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