HAVOK – BLOOD RED THRONE – XONOR – ERADIKATED
Petit Bain, Paris — 21 septembre 2026
Havok au Petit Bain : lundi soir, mais aucune intention de rentrer sagement à la maison
Un concert à quatre groupes un lundi soir, avec des hostilités lancées à 18h30 : il faut soit être particulièrement organisé, soit disposer d’un patron très compréhensif. Résultat, j’arrive trop tard pour Eradikated, chargé d’ouvrir la soirée. Dommage, mais à cette heure-là, entre le boulot et les transports, l’exercice tient presque de la mission commando. La programmation officielle confirmait d’ailleurs un début de soirée particulièrement précoce, avec Eradikated, Xonor, Blood Red Throne puis Havok au menu.
Lorsque je mets enfin les pieds au Petit Bain, Xonor est déjà aux affaires.
Et première bonne surprise : il y a du monde. Beaucoup de monde même. La salle affiche une densité tout à fait respectable et, lorsque l’on ajoute à cela un rooftop totalement rempli, on comprend rapidement que le thrash et le death ont encore suffisamment d’adeptes à Paris pour transformer un lundi soir en veille de jour férié improvisée.
Xonor : mise en jambes efficace
Sur scène, Xonor fait le boulot et le fait bien. Pas forcément de quoi réinventer la roue dentée, mais un set honnête, énergique, porté par un son relativement carré.
C’est propre, ça cogne correctement et surtout cela permet de rentrer immédiatement dans l’ambiance. Le genre de prestation qui fonctionne parfaitement dans une affiche comme celle-ci : pas besoin de quinze minutes de présentation, tout le monde comprend rapidement pourquoi il est là.
Les cervicales commencent à chauffer, les pintes descendent et l’on sent surtout que la salle attend encore de passer un cran au-dessus.
Ça tombe bien.

Blood Red Throne : bienvenue dans le sale
Arrive alors Blood Red Throne.
Et là, changement d’ambiance.
Déjà, le superbe backdrop installé derrière le groupe donne immédiatement une autre gueule à la scène. Puis les Norvégiens commencent à jouer et les quelques velléités de tranquillité disparaissent instantanément.
Dès le premier morceau : gros mosh pit.
Pas le petit cercle poli où chacun fait attention aux chaussures de son voisin. Non. Quelque chose de nettement plus physique.
Blood Red Throne se montre particulièrement engagé sur scène. Le groupe ne ménage pas ses efforts, occupe l’espace et balance son death metal avec toute la subtilité d’un engin de chantier dont l’opérateur aurait perdu le manuel.
Bref : on est dans le sale le plus total.
Et c’est exactement ce qu’il fallait.
Le Petit Bain possède cette particularité de rendre ce type de concert encore plus intense : la salle n’est pas immense, le public est proche de la scène et lorsque les premiers rangs commencent à partir dans tous les sens, le mouvement se propage extrêmement vite.
À ce stade de la soirée, les intentions sont désormais très claires. Les spectateurs ne sont pas venus simplement écouter des riffs les bras croisés.

Havok : le broyeur se met en marche
Après une petite demi-heure de pause, place à la tête d’affiche.
Havok monte sur scène.
Et il faut approximativement un morceau pour que la situation dégénère.
Les premiers crowd surfers commencent déjà à naviguer au-dessus des têtes. Au deuxième titre, on passe même à l’étape supérieure avec un spectateur qui décide de se jeter directement de la scène dans le public.
Excellente idée sur le papier.
Petit détail : le monsieur doit approcher les 130 kilos.
Pendant environ cinq secondes, la solidarité métallique fonctionne parfaitement. Puis les bras commencent à comprendre qu’ils n’ont pas signé pour ça et notre courageux voyageur redescend brutalement vers le plancher des vaches.
C’est également à cet instant que je comprends que prendre des photos depuis la fosse va devenir légèrement compliqué.
Le mosh pit est devenu un véritable broyeur.
Ça pousse devant, ça revient derrière, ça part sur les côtés et essayer de tenir un appareil photo correctement ressemble rapidement à une discipline paralympique . Après quelques passages dans la machine à laver, décision raisonnable : poursuivre le concert depuis le côté de la scène, puis carrément depuis le fond de la salle.
Et finalement, cette position permet aussi de mesurer l’ampleur du carnage.

Du thrash à découper au tesson de bouteille
Havok délivre ce soir-là exactement ce que l’on attend d’Havok : un festival de thrash metal à découper au tesson de bouteille.
Les riffs s’enchaînent à une vitesse indécente, la section rythmique pilonne sans relâche et le groupe conserve cette précision presque chirurgicale qui évite au déluge sonore de sombrer dans la bouillie.
Le son est d’ailleurs plutôt propre.
Les éclairages ?
Beaucoup moins.
Mais après tout, nous sommes à un concert de thrash au Petit Bain. Des éclairages parfaitement étudiés, flatteurs et généreux auraient presque été suspects. Pour les photographes, c’est une autre histoire : disons simplement qu’entre le pit façon presse hydraulique et une lumière parfois franchement ingrate, la soirée n’était pas conçue pour préserver les nerfs.
Pour le public, en revanche, aucun problème.
Ça pogote, ça slamme, ça gueule et ça headbangue avec application.
Havok maîtrise parfaitement son affaire et ne laisse pratiquement aucun temps mort. Le groupe du Colorado s’appuie toujours sur cette formule faite de vitesse, de précision et d’agressivité, héritée du thrash américain mais exécutée avec suffisamment de personnalité pour ne jamais donner l’impression d’assister à une simple reconstitution des années 80. Le Petit Bain présentait d’ailleurs cette tournée comme le début d’une nouvelle période pour le groupe, avec de nouveaux morceaux annoncés en 2026.
Un lundi comme on aimerait en subir plus souvent
On aurait facilement pu imaginer une affluence timide pour une affiche démarrant aussi tôt en début de semaine.
C’est tout le contraire.
Entre une salle bien remplie, un rooftop complet et un public particulièrement motivé, cette date parisienne aura surtout démontré qu’il reste suffisamment de malades prêts à se faire concasser les vertèbres un lundi soir pour que ce genre de tournée conserve tout son sens.
Je regretterai seulement d’avoir raté Eradikated.
Pour le reste : Xonor assure une bonne mise en jambes, Blood Red Throne transforme le Petit Bain en zone sinistrée et Havok termine le travail au marteau-piqueur.
Du bruit, de la sueur, des slams, des éclairages pourris et un pit capable de réduire un photographe en purée : en somme, une excellente soirée de thrash














