RHAPSODY – BEAST IN BLACK – SCARLET AURA
6 Mars 2018 – Le Trabendo Paris
(Photos by Aure Briand Lyard)
Rhapsody, des adieux de marbre
La nuit s’annonce grandiose entre les murs du Trabendo, blindé à l’extrême pour l’occasion. Rhapsody promet une apparition dans la capitale le temps d’une tournée d’adieu, line-up original en prime. Les pontes du genre symphonique se font attendre, et pas qu’un peu. Au programme, deux premières parties font leur entrée pour palier l’impatience de leurs irréductibles admirateurs.
Scarlet Aura ouvre le bal de son métal mélodico-pop, qui ne peut qu’engendrer le doute chez les porteurs d’une ouïe saine dès les premières vocalises… Le groupe novice made in Romania en est encore à ses débuts depuis 2014, leur pâte musicale manquant de plénitude. La jeune chanteuse Aura secoue ses longs cheveux platine à l’excès. Leader de ce groupe portant son prénom, elle semble l’entrainer vers une pente sans retour de hard rock féminin déjà-vu. En jouant aux poupées dark comme l’entendent les pires clichés des donzelles maquillées et sexy, Aura s’égare dans un revival des années 2000 plus qu’indigeste. Avril Lavigne, where are you ?
Trop girly pour être prise au sérieux, Scarlet Aura n’a pas le charisme de la magistrale Tarja Turunen. La miss fait son show, chantant son mal-être teenage d’une jolie voix claire. Les structures mélodiques très classiques, alternant entre couplet et refrain calibrés au métronome, ne laissent pas grande place à l’improvisation musicale. Empreints de cauchemars, solitudes et autres amours immortelles, les paroles abordent les affres de l’adolescence de la façon la plus téléphonée qui soit. Les lycéennes goth sont comblées, les autres s’abstiendront.
La tragédie n’atteint son comble qu’au deuxième acte de cette soirée déjà affadie. Les Beast In Black conquièrent la scène de premiers riffs inaudibles. Que dire, si ce n’est pour mentionner un univers aux codes kitschissimes empreint de grotesque. Le jeune frontman Yannis Papadopoulos ne peut s’empêcher de faire étalage de son maniérisme irritant. S’emportant dans de fâcheuses affres mélodiques, il évoque, avec son timbre de soprano, des génériques de séries fantastiques dont l’on se passerait avec allégresse. Berzerker, tube majeur des Finlandais, est d’ailleurs un hommage en l’honneur d’un célèbre manga de fantasy geek. Beast In Black évoque une malheureuse époque où le style emo était à son apogée, aux mélodies simples et téléphonées et au mauvais goût fortement prononcé.
L’entrée de Rhapsody of Fire, de leur nom complet très épique, n’est pas miraculeuse. Ce 20e anniversaire de leur premier album, Symphony Of Enchanted Lands, promet monts et merveilles, malheureusement non conviés ce soir-là. La setlist fait tourner les classiques, aux airs tendant à se confondre. Le disque serait-il rayé ? Les visuels désuets aux dragons de pierre manquent de magie, contrairement à la puissance de Helloween ou la force fabuleuse de Nightwish. Ces pionniers du métal symphonique ont beau avoir biberonné leur descendance, peu de grandiloquence majestueuse les habite encore.
Toutefois, la forme énergique de Fabio Lione, pilier de Rhapsody, à la cascade capillaire néoclassique, procure une réminiscence évocatrice de ce que la formation a pu un jour représenter. Sympathique, le line up assure un show où le public trouve sa place, et parvient à slammer dans un désordre toutefois enjoué. De Rhapsody, il faudra retenir la complicité très latine entre les membres, ainsi que leur chaleureuse interaction avec une audience fanatique, d’avance conquise.
Pour les autres, ça ne prend pas, la lassitude emboîtant le pas à l’enthousiasme naissant. L’ambition des Italiens de Rhapsody s’est éteinte, la faute à leur manque de renouvellement musical et créatif qui en a toujours fait un groupe mineur sur la scène internationale. L’ennui finit par gagner le show, aux accents mythologiques tolkieniens essoufflant dans une symphonie sans retour.

















