Les Chants de Nihil – Graines
Sortie le 5 novembre 2026 – Les Acteurs de l’Ombre
Chez Les Chants de Nihil, les textes occupent une place centrale!
Cinq ans après Le Tyran et l’Esthète, Les Chants de Nihil reviennent semer leurs Graines le 6 novembre chez Les Acteurs de l’Ombre Productions. En plein mois de novembre, il fallait oser. Mais connaissant le goût des bretons pour les terres tourmentées et les mots qui égratignent, on se doute que cette nouvelle récolte ne se destine pas à embellir les jardinières.
Depuis 2007, le groupe cultive un black metal où la mélancolie côtoie l’insolence, avec une attention particulière portée à la langue française. Chez Les Chants de Nihil, les textes occupent une place centrale : ils participent à l’identité d’un univers où l’intime, la chair et les rapports de pouvoir ont déjà trouvé de quoi nourrir plusieurs disques.
Si la Terre avait une voix, qu’aurait-elle à nous dire ? À en juger par les premières secondes de « Ignares », elle aurait surtout envie de nous gueuler dessus. Pas besoin d’intro, les bretons entrent dans le vif du sujet par une attaque bestiale.
La rythmique cogne, les riffs vrillent et une voix écorchée se fraie un chemin dans ce mur de son. Il y a déjà quelque chose de troublant dans la façon dont la poésie et le morbide se partagent le même souffle.
Sur ce cinquième album, Les Chants de Nihil prêtent à la Terre un corps, des désirs et une volonté féminine. Elle connaît l’innocence, la perd, enfante et finit par se rebeller contre sa propre progéniture.
Le quatuor a pour raconter ça un black metal mélodique, intense et parfois franchement torturé, ainsi qu’un chant en français capable de passer de la vocifération à une fragilité qui m’a pris de court.
« Saigner » resserre l’étau. La batterie martèle, les chœurs montent derrière des guitares stridentes et l’ensemble pousse nos ouïes dans leurs derniers retranchements. Le texte donne à sentir une terre souillée, malmenée, et la section rythmique est proprement époustouflante.

« Garnies » (anagramme de graines) poursuit à coups de boutoir, avec des échappées lyriques au milieu d’une mécanique qui semble tourner au pétrole. Il y a du rut dans ce morceau, quelque chose d’animal et de poisseux.
Sur « Regains » (nouvel anagramme), voilà que la basse passe devant et imprime au morceau un mouvement presque sautillant. Bien vu, entre deux décharges de riffs destructeurs.
Avec « Graines – L’Imprégnation », la Terre prend les traits d’un corps de femme. Le texte est ciselé, les chœurs déversent une puissance qui paraît intarissable et, au milieu de tout ça, les musiciens trouvent quand même le moyen de nous apaiser avec du ressac.
Il suffit de cette image d’une figure de proue dont le bois s’imprègne de sel, entre la morsure du vent et la caresse du ciel. Puis « Le Temps Suspendu » laisse le piano seul. Après avoir passé autant de temps sous l’enclume, on savoure cette minute et quelques de répit.
C’est là que « L’Étincelle primale » m’a cueilli. La musique reprend dans un registre plus orchestral et laisse au texte toute la place de se faire entendre. C’est le morceau le plus long de l’album et ses breaks à tiroirs font qu’on ne voit pas passer ses presque dix minutes.
Une porte s’ouvre sur des synthés qui nous emmènent loin, jusque dans l’espace, puis la voix revient, légèrement écorchée. Et là, frisson. Ça m’a rappelé « Offrande charnelle » de High Power pour l’émotion ressentie, le côté poignant, charnel.
Le rapprochement m’a surpris tant les deux groupes jouent des musiques différentes. J’y retrouve cette même envie de tendre l’oreille pour saisir chaque mot (ça doit être ça) tant la musique lui donne du poids.
« Pour un ailleurs » revient creuser un gros sillon dans la terre en sang. Les riffs ne vous lâchent plus d’une semelle, la rythmique est de nouveau impressionnante et les solos, carrément solaires, viennent éclairer un texte d’une belle violence. Ça bouge encore sous cette masse, jusque dans les dernières minutes.
Je suis sorti de Graines avec les oreilles bien secouées. Et pourtant, le passage que j’ai eu envie de remettre aussitôt, c’est ce retour de la voix dans « L’Étincelle primale ». Après tout le vacarme que cette Terre avait fait pour se faire entendre, c’est là qu’elle m’a le plus touché.
Avec un tel titre, ce nouvel album invite à s’interroger sur ce que l’on transmet, ce que l’on enfouit et ce qui finit malgré tout par germer. Les paroles entrelacent le corps et la terre, la blessure et la naissance. Une façon de rappeler que tout commencement peut aussi porter sa part de violence.


