FEAR FACTORY – THE NOCTURNAL AFFAIR – HATE – CRYSTAL LAKE
Le Trabendo Paris – Mardi 29 septembre 2026
Un concert Veryshow

Fear Factory au Trabendo : la machine tourne, la sécurité regarde
Ce mardi 29 septembre 2026, le Trabendo accueille Fear Factory, accompagné de The Nocturnal Affair, Hate et Crystal Lake. Quatre groupes, quatre styles différents : voilà une soirée qui promet de faire travailler les oreilles. Pour ma part, elle fera aussi travailler la patience, l’appareil photo et, malheureusement, l’estomac.
The Nocturnal Affair
J’arrive pendant la deuxième partie du set de The Nocturnal Affair. À peine le temps de découvrir leur rock sombre et mélodique qu’un problème personnel m’envoie aux toilettes. J’y termine donc leur prestation, dans des conditions assez éloignées de celles recommandées pour apprécier un concert.
C’est depuis ce poste d’observation peu enviable que j’entends leur dernier morceau : What Is Love, repris en version métal. Immédiatement, je pense au sketch avec Jim Carrey et à ses mouvements de tête. Et me voilà en train de rire alors que j’ai littéralement la tête dans les chiottes. Le ridicule ne tue pas, mais il choisit parfois très bien son accompagnement musical.
Difficile de juger honnêtement l’ensemble du set après une expérience pareille. The Nocturnal Affair m’aura au moins offert une fin de concert mémorable. Je doute simplement que ce soit exactement le souvenir que le groupe souhaitait laisser.
Hate
Heureusement, je retrouve ensuite une place plus conventionnelle face à la scène pour Hate. Avec leur métal extrême et leur corpse paint, ce maquillage noir et blanc qui transforme les visages en figures de revenants, les musiciens changent immédiatement l’ambiance. On entre dans quelque chose de nettement plus menaçant.
Le set est incroyablement carré. Tout tombe au bon endroit, les riffs accrochent et les morceaux gardent une vraie dynamique. Même sans connaître le répertoire, il y a de quoi se laisser embarquer. La violence de la musique n’empêche jamais de distinguer ce que chacun joue, et cette maîtrise donne beaucoup de force à la prestation.

Le visuel est tout aussi efficace. Les maquillages, les expressions et les attitudes offrent de belles possibilités de photos. Enfin, en théorie. Car les lumières virent régulièrement au rouge, ce qui reste l’un des cauchemars du photographe de concert. À l’œil, l’atmosphère fonctionne très bien. Dans le viseur, récupérer des détails devient une autre affaire.
Pas grand-chose à reprocher à Hate, donc : une prestation solide, accrocheuse et suffisamment vivante pour que la précision ne tourne jamais à la démonstration froide. Si les éclairages pouvaient simplement arrêter de nous déclarer la guerre, ce serait parfait.
Crystal Lake
Crystal Lake prend ensuite le relais avec son metalcore, et la soirée confirme son éclectisme. Après le rock sombre de The Nocturnal Affair et le métal extrême de Hate, les Japonais apportent une énergie qui semble branchée directement sur le secteur.
Dès la première note, tout le monde part dans tous les sens. Et cela dure jusqu’à la fin du set. À certains moments, je me demande si j’assiste à un concert ou à un cours de fitness auquel personne n’a pensé à apporter une bouteille d’eau. Les suivre des yeux est déjà une activité physique.

Cette agitation me fait immédiatement penser à The Dillinger Escape Plan à la grande époque. Je retrouve cette impression de mouvement permanent, cette façon de tout donner sans envisager une seconde de ralentir. Chez Crystal Lake, on ne semble pas connaître le mode économie d’énergie.
Pour prendre des photos, forcément, c’est compliqué. Le temps de cadrer un musicien, il est ailleurs. Il faut anticiper, déclencher et espérer avoir saisi autre chose qu’un bout de bras. Avec des éclairages uniquement bleus et des stroboscopes, la manœuvre devient franchement sportive. Chaque image réussie ressemble à une petite victoire.
Mais cette difficulté raconte aussi la qualité du spectacle : le groupe ne laisse aucun répit. La prestation déborde d’énergie du début à la fin, et même derrière mon appareil, je profite largement de cette déferlante.
Fear Factory
Place enfin au gros Dino. Pas le dinosaure, pas celui qui serait venu sans Shirley, pas non plus Dino De Laurentiis : ce soir, c’est bien Dino Cazares. Depuis la dernière fois que je l’ai vu, il a sacrément fondu. À vue de nez, un demi-quintal, estimation réalisée sans balance et avec toute la rigueur scientifique d’un photographe de concert. Sa taqueria favorite aurait-elle mis la clé sous la porte ? Mystère. En revanche, sa main droite n’a rien perdu.
Fear Factory est accueilli comme il se doit. Après Crystal Lake, le contraste est saisissant : les musiciens restent globalement statiques. Le chanteur essaie de mettre du mouvement et d’occuper la scène, mais le peu de place dont il dispose limite ses possibilités. L’essentiel passe donc par le son. Et là, il faut reconnaître que ça tabasse.
Toute l’expérience de Dino s’entend dans son jeu. Chaque attaque est nette, chaque riff parfaitement tenu. Sa main droite reste légendaire, sans faux pas. Le couple guitare-batterie est découpé au scalpel : les coups tombent ensemble, les arrêts sont francs et les reprises repartent avec une précision redoutable. Cette mécanique prend toute sa force en concert.

Au milieu du set, pourtant, Dino intervient sur un sujet beaucoup moins réjouissant. Il demande au public de faire extrêmement attention au crowd surfing, cette pratique qui consiste à se faire porter au-dessus des têtes jusqu’à l’avant de la salle.
Visiblement la sécurité a décidé de ne pas se placer entre la crash barrière et la scène. Sans personne pour réceptionner les spectateurs, il prévient que les conséquences pourraient être extrêmement graves.
Et ce que je vois ne me rassure absolument pas. Je retrouve nos camarades de la sécu, les bras croisés, à une quinzaine de mètres de la scène. À cet instant, ils semblent surtout occupés à faire ce qu’ils font de mieux : rien du tout. Pendant ce temps, devant, des gens se font littéralement broyer dans le pit, écrasés contre la barrière.
Voir le guitariste devoir rappeler lui-même un point aussi élémentaire au milieu du concert laisse un goût amer. Quand des spectateurs sont comprimés au premier rang, on attend autre chose que des bras croisés au fond. Ce passage assombrit une prestation qui, musicalement, tient toutes ses promesses.

Car Fear Factory continue de dérouler une sélection généreuse, où la majorité des tubes répond présent. La précision reste constante et les morceaux conservent cette puissance qui fait tout le plaisir de retrouver le groupe sur scène.
Pas besoin d’une agitation permanente pour être impressionnant : les riffs font largement le travail.
Setlist de Fear Factory : Acres of Skin → Industrial Discipline → Powershifter → Shock → Edgecrusher (avec PK de Crystal Lake) → Linchpin → No One → Invisible Wounds (Dark Bodies) → Soul Hacker → Roboticist → Martyr → Arise Above Oppression → Archetype → Demanufacture → Zero Signal → Replica → Resurrection.
Je repars donc avec une excellente soirée musicale dans les oreilles : quatre ambiances, la maîtrise de Hate, l’énergie débordante de Crystal Lake et un Fear Factory toujours aussi précis.
Mais aussi avec une vraie colère devant ce que j’ai observé côté sécurité. On vient prendre une claque musicale ; on devrait pouvoir le faire sans finir écrasé contre une barrière.
Quant à What Is Love, impossible désormais de l’entendre sans revoir Jim Carrey et les toilettes du Trabendo. Il y a des souvenirs de concert qu’on ne choisit pas.





























