Manu Lanvin
La mission continue
Interview Raismes Fest 2026

Manu Lanvin : Je me dis toujours que je suis au début de ma mission
À 50 ans passés, Manu Lanvin n’a jamais autant eu l’impression d’être au début de son histoire. Avec Man on a Mission, le guitariste et chanteur signe un disque façonné entre Paris, Nashville, Montréal, Gand, Sheffield et même une cuisine d’Airbnb en Floride.
Un album nomade, profondément blues mais résolument rock, qui marque autant une évolution artistique qu’une affirmation personnelle. Le titre de l’album pourrait passer pour une déclaration d’intention. Pour Manu Lanvin, il est surtout le constat d’un chemin qui reste à parcourir.
« Je me dis toujours que je suis au début de ma mission », confie-t-il. Passer le cap des cinquante ans a provoqué une remise en question inattendue : continuer la route ou tout arrêter pour partir découvrir le monde ?
La réponse lui est finalement venue du public. « Des gens viennent me voir après les concerts et me disent qu’ils oublient leur maladie pendant deux heures. Quand on entend ça, on ne peut pas abandonner. »
Cette responsabilité, il ne la revendique pas comme un fardeau mais comme une raison supplémentaire de continuer un combat qu’il sait difficile, dans un paysage où le blues-rock peine encore à trouver la place qu’il mérite dans les grands médias.
Cette volonté d’avancer se retrouve dans la manière dont Man on a Mission a été conçu. Loin de s’enfermer dans son studio parisien, Lanvin a embarqué une installation d’enregistrement minimaliste. O
rdinateur, micro Shure SM7 et quelques enceintes — pour aller directement à la rencontre des musiciens avec lesquels il souhaitait travailler.
Craig Walker, Bennett Holland, les cuivres enregistrés à Sheffield ou encore différentes sessions captées entre la Belgique et l’Amérique du Nord donnent au disque une texture vivante, débarrassée des automatismes.

« J’avais besoin d’aventure », résume-t-il. « Changer d’endroit, ça change les prédispositions. » Cette liberté de création s’accompagne d’une évolution plus visible : Man on a Mission porte simplement son nom.
Plus qu’un changement d’identité, c’est une conséquence naturelle des circonstances. L’album s’est construit au fil des disponibilités de nombreux musiciens, loin du fonctionnement habituel de The Devil Blues.
Impossible, selon lui, de présenter ce disque comme celui d’un trio lorsque autant de collaborateurs en ont façonné les contours. Musicalement, Lanvin continue de cultiver ce territoire singulier où le blues rencontre l’énergie du rock sans jamais tomber dans l’imitation.
Il refuse de reproduire le Chicago Blues ou Hendrix à l’identique, préférant détourner les codes jusqu’à créer des morceaux comme « Revolution », un boogie dont la structure ne saute pas immédiatement aux oreilles.
Cette personnalité sonore tient aussi à un détail technique devenu presque une signature : le micro P90. « Je ne peux pas vivre sans un P90 », sourit-il.
Son caractère brut, légèrement sale et imprévisible résume parfaitement sa philosophie de jeu : laisser une part d’accident dans le son. Après près de 50 000 kilomètres parcourus chaque année, une chose lui manque pourtant : l’improvisation totale des débuts.
À l’époque où il partageait la scène avec Jimmy et Gaby, les concerts pouvaient commencer sans setlist.
Aujourd’hui, malgré la liberté que conserve le groupe sur scène, il rêve de retrouver ces semaines de répétition où trois musiciens finissent par respirer au même rythme.
Lorsqu’il évoque les guitaristes qui l’ont marqué, Paul Personne revient immédiatement. Non pas pour sa virtuosité, mais pour cette « vérité » qui dépasse l’exécution technique. Une forme de sagesse que Lanvin cherche encore à atteindre.

Et lorsqu’on lui demande quel concert représente le sommet de sa carrière, il éclate presque de rire. Perfectionniste assumé, il ne parvient jamais à considérer une prestation comme parfaite. Il garde toujours en tête les détails à améliorer.
Cette insatisfaction permanente explique peut-être pourquoi sa mission semble effectivement loin d’être terminée. Avec une tournée qui se poursuit jusqu’en Allemagne et en Espagne, et un album qu’il considère comme la somme de tout ce qu’il a appris jusqu’ici,
Manu Lanvin avance sans regarder en arrière. « Chaque disque m’apprend quelque chose. Celui-ci est peut-être le plus abouti. Mais on va continuer. »

