SIGILO — Gloria ad Inferi
Sortie le 23 octobre 2026 – Alma Mater Records
Gloria ad Inferi est le premier album de Sigilo, projet portugais de black metal porté par Duarte « Selvmord » Pombo, né des cendres de Mournkind en 2019. Il est sorti le 23 octobre 2026 chez Alma Mater Records, après le split Sermão partagé avec Luxúria de Lillith.
Avec un titre comme Gloria ad Inferi, on pouvait s’attendre à une descente aux enfers. Encore fallait-il savoir de quels enfers il était question… Derrière Sigilo, le Portugais propose un premier album dont les intentions ne font guère de doute : du black metal, de la noirceur et une dévotion satanique affichée jusque dans les titres. Sur le papier, le programme pourrait séduire.
À l’écoute, il faudra pourtant davantage qu’une invocation pour nous convaincre.
« Black Spell of Death Chaos and Destruction » ouvre les hostilités avec des sonorités de guitare presque heavy metal, posées sur un tapis de blasts continus et accompagnées d’une voix éraillée. Le contraste pourrait avoir son intérêt, mais le morceau s’étire sans offrir suffisamment de changements pour entretenir l’attention. La batterie pilonne, la voix râpe à travers l’ustensile à légumes et l’on attend un virage qui tarde à venir.
Sur « Preliminary Invocation », la batterie reprend pratiquement là où elle s’était arrêtée. Les guitares restent assez légères, ancrées dans un registre old school, mais un break plus sauvage vient heureusement secouer l’ensemble.
Le travail rythmique se montre également plus varié : il y a donc de quoi accrocher l’oreille. La voix crache sa violence avant de céder la place à un passage parlé qui, lui, prend un peu trop ses aises. Une invocation, probablement… Satan doit avoir mis son interlocuteur en attente.
« Somber Prayer for the Ostracized » possède davantage de cachet. Les riffs retiennent l’attention et les arpèges, très présents, donnent du relief à une structure qui reste pourtant proche des précédentes.
Ici, on s’éloigne de la Lusitanie pour aller se perdre du côté des fjords glacés. L’atmosphère se précise, quelque chose se dessine enfin derrière la rudesse. Un des passages où Sigilo parvient à éveiller la curiosité.

L’élan retombe avec « Universal Gathering Chantic ». Le mid-tempo change un peu la cadence, mais les guitares donnent par moments cette impression désagréable de flirter avec la fausse note. Difficile, dans ces conditions, de se laisser emporter. « The Lurking Evil » revient ensuite dans une veine proche du premier titre, et le sentiment de répétition commence sérieusement à s’installer.
« Everything Satan » poursuit cette profession de foi « true », mais la dévotion ne facilite pas forcément la digestion. L’album peine à renouveler ses idées, et « As Cosmic Forces Rise » renforce encore cette impression de morceaux qui finissent par trop se ressembler.
On cherche le riff, la rupture ou l’atmosphère qui permettrait à chacun d’exister pleinement. À force de retrouver les mêmes ingrédients, les titres se confondent.
Le morceau instrumental « Gloria ad Inferi » laisse entrevoir une respiration grâce à l’apparition du piano. Cette touche de légèreté est bienvenue, mais elle ne suffit pas à transformer l’ensemble : on retombe assez vite dans la même sauce. « Engodo » tente davantage de choses du côté du chant, avec une voix soumise à différents traitements qui évoquent parfois celle de Shagrath chez Dimmu Borgir. Le portugais ouvre aussi une autre fenêtre, apporte une couleur que l’on aurait aimé voir davantage exploitée. Cela donne un peu de personnalité au titre, sans toutefois renverser l’impression générale.
Restent les deux versions « Cavernous ». Et là, la descente prend une tournure franchement pénible.
« Cavernous Black Spell of Death Chaos and Destruction » commence pourtant par des sonorités de glas et des synthés qui pourraient nous guider vers une ambiance intéressante.
Puis tout semble se dégrader. On croirait entendre une cold wave sortie d’une cave trop humide, où les câbles auraient passé l’hiver dans une flaque.
Les sonorités comme la rythmique rendent l’écoute laborieuse, jusqu’à devenir, à mes oreilles, une véritable torture auditive.
« Cavernous Universal Gathering Chantic » ne sauvera malheureusement pas cette fin de parcours. Tout aussi difficile à écouter, il finit par faire de l’arrivée du silence le moment le plus attendu du disque.
Quelques riffs, les arpèges de « Somber Prayer for the Ostracized », un break sauvage ou le chant portugais d’« Engodo » montrent qu’il y avait matière à construire quelque chose de plus prenant.
Mais Gloria ad Inferi souffre trop de ses répétitions, de morceaux qui s’étirent et d’une dernière partie particulièrement éprouvante. Le goût du son brut et de l’old school peut donner du caractère à un album ; ici, je peine surtout à trouver suffisamment de compositions marquantes pour avoir envie d’y revenir.
Satan reconnaîtra peut-être les siens. Pour ma part, je vais laisser refroidir les Enfers.


