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Live Report

ANGRA – L’Olympia, Paris

ANGRA

L’Olympia, Paris – 23 septembre 2026

 


Back to the Holy Land

Certaines absences paraissent plus longues que d’autres. Dix ans après son dernier passage parisien, Angra retrouvait enfin la capitale pour une soirée qui dépassait largement le cadre d’un simple concert anniversaire.

Trente ans après la sortie de Holy Land, album fondateur ayant contribué à redéfinir les contours du power metal dans les années 1990, le groupe brésilien revenait à l’Olympia avec une mission délicate : célébrer son passé sans s’y enfermer.

Un équilibre d’autant plus intéressant que cette tournée marquait également un nouveau chapitre avec l’arrivée d’Alírio Netto au chant, tout en offrant au public un moment que beaucoup pensaient ne plus revoir : la présence de Kiko Loureiro aux côtés de Rafael Bittencourt.

L’histoire entre Angra et la France ne ressemble pas tout à fait à celle que le groupe entretient avec d’autres pays européens.

Dès les années 1990, le public français s’était montré particulièrement réceptif à cette musique qui mêlait virtuosité, influences classiques, mélodies sophistiquées et rythmes brésiliens.

Des premiers concerts à la Locomotive jusqu’au mythique Holy Live, enregistré en partie à Paris, un lien particulier s’est progressivement construit.

L’Olympia devenait ainsi bien davantage qu’une étape de tournée : il représentait un retour vers un territoire qui a accompagné l’ascension du groupe depuis ses débuts. Dans cette histoire, un nom mérite d’ailleurs d’être évoqué : celui d’Olivier Garnier.

Bien avant de devenir une figure incontournable de la promotion rock et metal en France, il fut l’un des premiers à défendre Angra avec une conviction rare. Rafael Bittencourt lui-même a rappelé à plusieurs reprises combien son soutien avait compté dans le développement du groupe en Europe.

À travers les années, les tournées, les changements de line-up et les évolutions de l’industrie musicale, cette fidélité est restée intacte. Voir son nom évoqué lors d’une soirée aussi symbolique avait donc quelque chose de particulièrement juste.

Derrière les albums et les concerts se trouvent aussi des passionnés qui contribuent, souvent dans l’ombre, à écrire une partie de l’histoire.


Angra


Sur scène, Angra apparaît avec cette assurance propre aux groupes qui savent exactement d’où ils viennent.

Rafael Bittencourt demeure le fil conducteur évident de cette aventure, entouré de Felipe Andreoli, Bruno Valverde et Marcelo Barbosa, formation désormais solidement installée depuis plusieurs années.

L’arrivée d’Alírio Netto constitue naturellement l’un des grands enjeux de cette tournée.

Succéder à des chanteurs aussi marquants qu’Andre Matos, Edu Falaschi ou Fabio Lione n’a rien d’évident, mais le musicien trouve rapidement sa place.

Son expérience, notamment acquise au sein de Queen Extravaganza, lui permet d’aborder ce répertoire exigeant avec respect tout en apportant sa propre personnalité.

Le premier acte est naturellement consacré à Holy Land. Trente ans après sa sortie, l’album conserve une identité unique.

Peu de groupes de power metal avaient alors osé intégrer avec autant de naturel des éléments de musique traditionnelle brésilienne, des orchestrations ambitieuses et une écriture aussi progressive. Sur scène, cette richesse reste intacte.

Les percussions, les harmonies vocales et le travail des guitares rappellent pourquoi ce disque continue d’occuper une place à part dans l’histoire du genre.

Mais l’émotion de la soirée ne repose pas uniquement sur la nostalgie. Elle tient aussi à la manière dont Angra accepte aujourd’hui de regarder son propre passé.

Le souvenir d’Andre Matos traverse inévitablement certains moments du concert.

Plus qu’un ancien chanteur, il demeure l’une des figures fondatrices de l’identité du groupe.

Son héritage est présent, sans jamais transformer la soirée en hommage permanent.

Angra choisit plutôt de reconnaître cette histoire comme une partie essentielle de son parcours, tout en continuant d’avancer.

Puis vient l’un des instants les plus attendus : l’arrivée de Kiko Loureiro. Les retrouvailles avec Rafael Bittencourt possèdent une force particulière.
Pendant des années, leur dialogue de guitares a constitué l’un des éléments les plus reconnaissables du son Angra.


angra


Les voir de nouveau côte à côte agit forcément comme un retour dans le temps, mais aussi comme un rappel de ce qui a toujours fait la singularité du groupe : une alliance entre virtuosité et musicalité, où la technique ne prend jamais le pas sur l’émotion.

Pour autant, Angra évite soigneusement le piège de la simple célébration nostalgique.

La seconde partie du concert ouvre plus largement le répertoire et rappelle que le groupe ne s’est jamais résumé à une seule époque.

Les années Rebirth, les albums plus récents et les différentes incarnations d’Angra trouvent naturellement leur place dans le spectacle.

Cette capacité à faire cohabiter plusieurs périodes sans donner l’impression d’un catalogue fragmenté constitue d’ailleurs l’une des grandes forces de la formation actuelle.

L’Olympia répond avec une chaleur à la hauteur de l’attente accumulée pendant dix ans.

Le public connaît les chansons, bien sûr, mais il célèbre surtout une histoire commune.

Celle d’un groupe venu du Brésil au début des années 1990, qui a trouvé en France l’un de ses premiers soutiens européens et qui revient aujourd’hui avec suffisamment de recul pour regarder son parcours dans son ensemble.

Car c’est peut-être cela que racontait réellement cette soirée : le temps qui passe sans effacer les liens. Holy Land fête ses trente ans, Kiko Loureiro retrouve ses anciens compagnons de route, un nouveau chanteur ouvre un chapitre inédit, Andre Matos demeure présent dans les mémoires et Olivier Garnier est salué pour avoir cru très tôt au potentiel du groupe.

Tout cela coexiste désormais dans la même histoire. Dix ans après son dernier concert parisien, Angra n’est pas revenu pour rejouer son passé. Le groupe est revenu pour montrer que ce passé continue d’avoir un sens.

Et dans une salle comme l’Olympia, où tant de souvenirs musicaux se croisent, ces retrouvailles avaient forcément quelque chose de particulier.

Certaines terres restent sacrées. Pour Angra, la France en fait incontestablement partie.


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