Among The Living
Interview

Interview de Bjorn Strid , leader de Soilwork et The Night Flight orchestra

Interview de Bjorn Strid, leader de Soilwork et The Night Flight orchestra

Paris , le 13/10/2026

Par Byclown


SOILWORK


Byclown : Bonjour Björn, tu es ici à Paris ce soir pour votre concert avec Soilwork, en première partie de Amon Amarth. Nous sommes aussi là pour parler de The Night Flight Orchestra, ton projet plus dansant, si je puis dire, et de tous tes autres projets, et tout ce que tu as en tête en ce moment. D’abord, vous jouez ce soir avec Soilwork des morceaux déjà sortis, mais je crois savoir que vous enregistrez un nouvel album. Peux-tu nous en dire plus ?

Björn : Nous avons commencé à travailler sur cet album il y a environ un an et demi, en commençant à écrire. Au début,il faut parfois un peu se forcer pour démarrer, et puis le robinet s’ouvre : c’est à peu près ce qui s’est passé.
Nous avons travaillé dessus, et l’idée directrice était de faire un album un peu plus lourd, pas très rapide, plus inspiré de notre période du milieu des années 2000, mais dans une version actualisée, parce que nous avons sorti deux albums qui contiennent pas mal de double-pédale et de passages rapides.
Là, nous voulions nous concentrer davantage sur la lourdeur, avec aussi des morceaux très mélodiques. C’est à peu près ce qui en est ressorti, et on nous reconnaît clairement. Je dirais que c’est un mélange entre le milieu et le début des années 2000, avec des choses plus récentes. C
e n’est en aucun cas un album lent, mais il est plus « riffu » et un peu plus lourd. Nous avons travaillé dessus pendant un an et demi, en sessions espacées, et nous avons commencé le mixage ces derniers mois.
C’est la même personne qui s’en occupe, Thomas Plec (Thomas « Plec » Johansson), qui a fait les deux albums précédents. Mais la production sera un peu différente, légèrement plus ample.

Byclown : Et j’imagine que cette fois ce ne sera pas un double album, juste un album simple ?

Björn : Non, ce ne sera pas un double album. Je pense qu’on a déjà tenté le diable avec celui-là, je ne sais pas comment on a réussi à le faire, mais il est vraiment très réussi.
Je le trouve un peu sous-estimé, je suis très fier de The Living Infinite, mais je ne pense pas qu’on veuille retenter l’expérience. On s’en tient à des albums classiques.

Byclown: Est-ce un album-concept, au niveau des paroles et de l’histoire racontée, ou plutôt un mélange ?

Björn : Non, non, ce n’est pas un concept. C’est plutôt un commentaire sur là où nous en sommes dans nos vies et sur ce qui se passe dans le monde. Il est assez facile de trouver l’inspiration dans la vie de tous les jours en ce moment.

Byclown: Et tous les membres actuels du groupe ont participé aux paroles, ou es-tu le seul à écrire ?

Björn : Pas tellement pour les paroles. Bastian a contribué un peu, je crois à deux chansons. Pour la composition, en revanche, presque tout le monde a participé. Je pense que c’est un bon mélange. Nous écrivons tous différemment, et au bout d’un moment on peut deviner qui a écrit quoi, mais ça fusionne plutôt bien. Nous avons toujours eu un son assez varié : il y a toujours des éléments qui peuvent surprendre, et je pense que c’est important.

Byclown : Et quand pensez-vous que cet album sortira en Europe ?

Björn : Bonne question. Nous visions le printemps, et ça peut encore arriver, mais nous ne sommes pas sûrs, parce que nous ne voulons rien sortir sans avoir une tournée prévue à peu près au même moment. De nos jours, il faut vraiment accompagner un album, on ne peut pas juste dire « tenez, voilà ».

Byclown : Et à côté de ce projet, Soilwork, c’est presque 30 ans maintenant, c’est ça ?

Björn : Oui, cette année marque le 30e anniversaire.

Byclown : Joyeux anniversaire !

Björn : Merci. C’est assez remarquable. Sur les réseaux sociaux, nous menons une sorte de campagne des 30 ans où nous passons en revue chaque album, avec de vieilles photos et de vieilles affiches.
C’est un voyage vraiment intéressant pour les fans, et aussi pour nous, de revisiter tous ces vieux albums, ces photos, ces clips, etc.

Byclown : A l’occasion de cette tournée des 30 ans, avez-vous l’idée de rééditer des albums entiers qui n’existent pas en vinyle, par exemple ?

Björn : Je pense qu’il y aura des rééditions, oui, certainement. Ă€ ma connaissance, A Predator’s Portrait (ndt : voir plus bas) … plus prĂ©cisĂ©ment, Steelbath Suicide et d’autres ont dĂ©jĂ  eu des rééditions, et il y a eu une réédition de Stabbing the Drama en vinyle l’an dernier.
Et bientôt, cette année c’est le 25e anniversaire de A Predator’s Portrait, ce à quoi je n’avais même pas pensé avant maintenant. Et l’année prochaine, ce sera le 25e anniversaire de Natural Born Chaos. Il y aura peut-être quelque chose, je ne sais pas.

Byclown : Ce serait bien !

Björn : Croisons les doigts.

Byclown : Parlons maintenant du line-up, des gens qui sont partis, certains qui, malheureusement, ne sont plus de ce monde, beaucoup de choses se sont passées en 30 ans.
30 ans, c’est une vie. Comment vois-tu, en tant que leader du groupe, le groupe aujourd’hui, le processus créatif, les tournées, la gestion d’un projet qui dure depuis 30 ans, alors que tu es l’un des seuls survivants, si je puis dire, des débuts ?

Björn : Comme tu le dis, il y a eu pas mal de changements de line-up, mais je pense que ça a été plutôt bénéfique pour le groupe à bien des égards : ce sont des inspirations différentes avec des personnes différentes, et cela influence notre son.
Pourtant, ça sonne toujours comme nous, ce qui n’est pas facile à faire. Ce n’est pas calculé, ça s’est juste produit et on espère que ça se passe bien.
La plupart de nos fans nous ont suivis et ont accepté les changements, tout en continuant à nous reconnaître. Soilwork est un peu une institution, une marque.
Ça fait 30 ans qu’on est là, c’est une fierté, et c’est aussi quelque chose à protéger. Je pense que la plupart de nos fans sont toujours avec nous dans ce voyage et apprécient vraiment ce que nous faisons encore.

Byclown : C’est très intĂ©ressant, parce que vous avez une sorte de son signature : quand on entend Soilwork, on sait que c’est Soilwork, mĂŞme si, en 30 ans de carrière, vous avez eu des albums très diffĂ©rents, diffĂ©rentes phases…

Björn : Des ères, exactement.

Byclown: Mais malgré tout, vous ne vous copiez pas. Vous faites ce que vous faites de mieux, avec une évolution très intéressante. Vous ne faites jamais deux fois le même album.
Est-ce toujours difficile d’écrire un album après tous ces albums, ou maintenant vous savez comment ça marche et c’est peut-être plus facile ?

Björn : Je ne sais pas. D’une certaine manière, écrire de la musique reste assez facile. Si tu me demandes si tourner est encore facile, alors non. Mais la partie créative, j’arrive toujours à m’y connecter.
Je ne pense peut-être pas à écrire un morceau de Soilwork tous les jours, mais une fois que la machine est lancée, je me reconnecte presque instantanément sur le plan émotionnel et je peux entrer dans cet univers.
Évidemment, ça demande peut-être de la pratique aussi, ça fait 30 ans qu’on fait ça. Mais pour moi, c’est toujours la meilleure partie : le côté créatif, écrire de la musique à laquelle je peux me connecter et à laquelle j’imagine que d’autres personnes peuvent aussi se connecter. C’est un bel équilibre.

Byclown : Je vais faire la transition la plus bizarre de l’histoire des interviews, mais bon. Tu es le leader de deux groupes, Soilwork et The Night Flight Orchestra, es tu aussi les paroles pour les deux groupes ?

Björn : Pour Night Flight, j’ai pas mal écrit de paroles sur les derniers albums. Du temps où David était en vie, il en écrivait aussi pas mal, donc on se partageait un peu le travail.

Byclown : En France, on a en ce moment un de ces grands débats sur Internet dont on a le secret : tout est prétexte à s’énerver.
Un écrivain français a été accusé d’avoir écrit tout son livre avec l’intelligence artificielle, mais il a été prouvé qu’on avait pris des livres écrits il y a un siècle, qu’on les avait donnés à l’IA, et qu’on disait « ah, c’est entièrement écrit par l’IA ».
Mais ça a été écrit il y a 100 ans, donc ça n’a aucun sens de dire que c’est de l’IA à 50 ou 60 %. C’était assez nul. Mais quelle est ton opinion sur des parolier·e·s qui seraient tentés d’écrire des paroles avec l’IA ?

Björn : C’est un grand non. Pour les trucs liés au travail, je peux comprendre, mais pour la musique, les poèmes, c’est un grand non.
Bien sûr, avant, on googlait parfois « comment exprimer ce mot autrement » et on se faisait aider comme ça, mais ça ne veut pas dire que quelqu’un d’autre écrit vos paroles. Si des gens génèrent des paroles entières à partir de quelques mots, alors non.
MĂŞme si on peut parfois manquer d’inspiration, si on l’utilise comme un outil pour trouver d’autres mots, ou si l’IA vous envoie un poème en disant « tiens, regarde ce poème, ça pourrait t’inspirer »… Ça, c’est bien.
Ça a toujours existé, enfin pas toujours, vu qu’on n’a pas toujours eu Internet, mais avant, les gens lisaient un livre et y trouvaient de l’inspiration.
Mais que l’IA génère des paroles ou de la musique, je ne pourrai jamais respecter ça.

Byclown: D’accord. Parlons maintenant de NFO : quel âge a le groupe ? Seize ou dix-sept ans ?

Björn : Oui, le temps passe vite.

Byclown : C’est aussi un groupe déjà ancien. Brillant, d’ailleurs. Avant ma question, ce que je constate en tant qu’amateur de musique, c’est que Soilwork a évolué album après album, avec différentes ères, et c’est la même chose pour NFO : entre Internal Affairs et le dernier album, il n’y a rien de comparable, ça a vraiment évolué.

Björn : C’est assez différent, oui.


SOILWORK


Byclown: Mais ils sont tous géniaux. Peux-tu comparer la carrière que tu as avec NFO à celle de Soilwork, si c’est comparable ?

Björn : Je pense que oui. Quand on commence quelque chose, on n’a jamais vraiment une idée claire de ce qu’on veut faire : on entend des choses, on voit des choses, mais il est difficile de canaliser toutes ces inspirations pour en faire quelque chose de cohérent d’emblée.
Ça prend du temps. Au début, Night Flight sonnait plutôt années 70, début des années 70. David puisait davantage dans le début des années 70, tandis que moi je voulais aller vers la fin des années 70 et le début des années 80, le disco, les synthés.
Quelque part en chemin, nous avons trouvé un terrain commun musicalement et les choses se sont mises en place.
Avec Amber Galactic, je pense que tout a commencé à avoir plus de sens, même si je trouve Skyline Whispers fantastique, mais c’était encore un peu dans tous les sens. C’est un peu ce qui s’est passé avec Soilwork aussi : le premier album, Steelbath Suicide, on voulait tout mettre dedans en même temps, avec cette énergie primaire très charmante, mais c’est dans tous les sens.
Et en regardant en arrière aujourd’hui, on voit que les choses se sont mises en place, qu’on peut faire un lien entre nos derniers albums et les tout premiers. Ça prend simplement du temps.

Au sein de SOILWORK il y a eu pas mal de changements de line-up, mais je pense que ça a été plutôt bénéfique pour le groupe à bien des égards.

Byclown : Et si je ne me trompe pas, tu m’as dit un jour que sur le dernier album de NFO, vous avez utilisé des chansons écrites il y a des années, qui n’avaient pas leur place à l’époque, et que vous les avez retravaillées.

Björn : Oui, nous avons une sorte de coffre-fort où l’on pioche parfois : « tiens, qu’est-ce qu’est devenue cette chanson ? ». À l’époque, elle ne collait pas, c’est difficile à expliquer : peut-être qu’elle n’allait pas sur l’album, ou qu’on se demandait si ça sonnait vraiment comme nous.
Et plus tard, cette chanson est devenue nous, et on peut la reprendre. Parfois on remodèle un peu les morceaux, ils deviennent complètement autre chose. Je trouve ça intéressant.

Byclown : Une anticipation de ce que vous alliez devenir ?

Björn : Peut-être parfois.

Byclown : Et ce processus existe-t-il aussi chez Soilwork, ressusciter de vieilles chansons ?

Björn : C’est plus rare avec Soilwork, c’est plutôt dans l’instant. Il y a quelques exceptions : nous sommes sur le point de sortir un morceau, je ne sais pas quand ceci sera publié, mais ça arrive assez bientôt.
Il a peut-être quatre ou cinq ans, il a mijoté, et nous avons senti que c’était un bon morceau, qu’on pouvait le sortir seul pour fêter les 30 ans. C’est une sorte de pépite cachée, un petit cadeau pour les fans.

Byclown : Oh, sympa ! Donc c’est une exception. Maintenant, la question douloureuse, mais je dois en parler : David n’est plus là. Comment cela affecte-t-il ta façon de composer ? Vous composiez beaucoup ensemble dans NFO et Soilwork.

Björn : Nous avons toujours plutôt écrit séparément, avec quelques exceptions. « Momentary Bliss », sur Living Infinite, par exemple : David et moi l’avons écrite assis ensemble.

Byclown : Paroles et instruments ?

Börn : Oui, tout. Il y a quelques exceptions, mais en général, lui, c’était le genre de gars qui restait parfois debout au milieu de la nuit dans sa cuisine, les enfants endormis, à chuchoter en faisant des démos très basiques. C’était sa façon de fonctionner.

Byclown: Très Van Halen ! Assis sur les toilettes, quoi.

Björn : À peu près, oui. Je suis toujours ouvert à la collaboration, mais je trouve parfois plus simple d’envoyer des idées en aller-retour.
Quand on est assis tous les deux, il peut en sortir de bonnes choses, je devrais peut-ĂŞtre le faire plus souvent, mais je m’enferme parfois dans mon petit monde musical et c’est difficile d’en sortir. Tant que ça marche… ça ne marche pas toujours, mais en gĂ©nĂ©ral oui.
Et puis il y a la démo, mais ensuite on enregistre en studio et chaque membre y apporte sa touche, ce qui crée encore une autre dimension.

Byclown : Et le prochain album de NFO, vous y travaillez ou c’est encore loin d’être fini ?

Björn : Pour l’instant, c’est beaucoup de travail de sortir un album complet, et nous sentons que c’est un peu tôt. Je pense que nous allons sortir quelques singles, qui mèneront peut-être à un album, peut-être au printemps aussi.

J’ai eu pas mal de projets et fait beaucoup de travail de session, mais j’aimerais faire un album en anglais, peut-être un projet solo, et un en suédois.

Byclown : Donc il faudra d’abord booker la tournée, puis sortir l’album, comme pour Soilwork ?

Björn : À peu près, oui. Il faut coordonner les deux groupes et ne pas se marcher dessus. Ce n’est pas facile.

Byclown : C’est de la grosse gymnastique ! Et c’est de plus en plus dur de tourner depuis le Covid, tout est devenu fou.

Björn : C’est presque impossible pour un groupe de notre taille, enfin, de la taille des salles, de faire une tournée en Amérique du Nord ou du Sud, c’est beaucoup trop cher. Surtout en Amérique : nous n’y sommes pas allés depuis 10 ans.
Avant, on y allait parfois trois fois par an, puis on en a eu marre, le Covid est arrivé, et maintenant il y a Trump. Le prix des visas a triplé et il n’y a même pas de garantie : on paie les frais de dossier, on peut se voir refuser le visa et ne pas être remboursé. C’est dingue.

Byclown: Environ combien ?

Björn : Environ 3 000 dollars par personne pour travailler là-bas, et les tour-bus ont presque triplé aussi. Sur cinq semaines de tour-bus en Amérique, il faut compter peut-être 50, 60, 70 000.
Ça ne marche pas. Nous aimerions y aller, nous avons beaucoup de fans, mais la situation est extrême.
Je pense que c’est un peu pareil pour les groupes américains qui voudraient tourner en Europe : ils n’ont pas vraiment besoin de visas, mais avec le bus et tout le reste, et comme ils sont plus petits ici qu’aux États-Unis, ils ne gagnent pas vraiment d’argent. Ils tournent parce qu’ils veulent tourner, mais ce n’est pas la base de ce qu’ils font.

Byclown: Ils ne peuvent pas le faire souvent.

Björn : Exactement. Ça devient « on doit jouer pour nos fans européens », et ils viennent surtout pour des festivals, parce que les festivals peuvent être bien payés, et ils relient les week-ends avec quelques concerts en club. C’est comme ça qu’ils financent la tournée.

Byclown : C’est logique. Si ma mémoire est bonne, les Cancer Bats ont battu un record : le plus de concerts en une journée, cinq ou six concerts en 24 heures, dans différents lieux, au Royaume-Uni, et ils en ont fait une vidéo.

Björn : Vraiment ? C’est dingue, j’adore ça. Ce sont des Canadiens, non ?

Byclown: Oui, un groupe de hardcore canadien. Vraiment fou. Au bout du compte, vous êtes peut-être plus riches, mais vous perdez cinq ans de vie tellement vous êtes épuisés. Donc pour NFO, ce sera pareil : pas d’album-concept, on dit simplement ce qu’on a à dire ?

Björn : C’est un peu tôt pour le dire, mais peut-être qu’il faudrait un concept. Je ne sais pas.

Byclown : Vous n’en avez jamais fait ?

Björn : Un peu, mais pas complètement, je pense.


soilwork


Byclown : Alors il faudra changer à nouveau de tenue de scène, en prendre une plus lourde sur les épaules ! Je veux en savoir plus : ta tenue blanche sur scène avec NFO pèse je ne sais pas combien de kilos.

Björn : Celle-là, je ne l’utilise plus, parce que c’est insensé. Je me demande qui fait ça, pourquoi je l’ai fait. J’étais tellement concentré sur le look que je n’ai jamais pensé à son poids.
Je suis allé voir la couturière et je lui ai dit : je veux une tenue de scène qui soit un mélange entre Elvis au spectacle de Las Vegas en 73 et Idi Amin, comme une version « spatiale » du général. Et c’est à peu près ce que j’ai eu.

Byclown : Mais le public te pardonnera de porter quelque chose de moins sophistiqué.

Björn : J’ai trouvé un moyen de garder ce look de général, avec les médaillons et tout, dans une version plus légère. C’est ce que j’utilise maintenant.

Byclown: Tant mieux pour toi. Parlons maintenant de votre projet personnel : vous m’as dit que vous pensiez travailler dessus.

Björn : J’ai eu pas mal de projets et fait beaucoup de travail de session, mais j’aimerais faire un album en anglais, peut-être un projet solo, et un en suédois. J’ai quelques démos ici et là. J’essaie de trouver les bonnes personnes.

Byclown : Le même album en deux langues, comme Opeth l’a fait pour un album, ou deux albums différents avec des compositions différentes ?

Björn : Non, ce ne sera pas le mĂŞme album. L’album suĂ©dois comportera, je l’espère, beaucoup d’instruments acoustiques, des cordes… C’est difficile de dire exactement oĂą ça ira, mais c’est quelque chose que je veux vraiment accomplir.
J’ai l’impression de m’être beaucoup mis au défi en tant que chanteur, avec Soilwork puis avec Night Flight, et qu’il y a quelque chose entre les deux que je pourrais explorer pour me challenger encore plus.
J’aimerais que quelqu’un vienne me « pousser » un peu, un producteur vocal peut-être, parce que j’ai l’habitude de produire mes propres voix. J’ai besoin de quelqu’un qui me dépouille un peu, qui me dise : « essayons ça ».

Byclown : Penses-tu que votre tessiture a naturellement évolué depuis tes débuts, avec Soilwork et NFO ?

Björn : À cent pour cent. Ça a fait des merveilles, évidemment pour Night Flight mais aussi pour Soilwork. J’ai développé une bonne endurance vocale grâce à la diversité de mon chant.
Quand on me demande parfois si je donne des cours de chant, je réponds que non, parce que je ne sais pas vraiment ce que je fais, ça marche, c’est tout.
Je pense que c’est grâce à toutes les tournées : chanter tous les jours pendant cinq semaines, tomber malade, et faire en sorte que ça marche. On développe de l’endurance, parce que la voix est aussi un muscle.
Je suis très reconnaissant de continuer à évoluer et à trouver de nouvelles façons de chanter. Et comme je disais, j’ai fait pas mal de travail de session, et parfois on me balance des trucs très inattendus et je dois y aller et faire ma propre version. C’est aussi comme ça qu’on progresse.

Byclown : Si tu devais faire un duo avec un chanteur ou une chanteuse absolument pas metal, qui ce serait ?

Björn : Annie Lennox.

Byclown : Réponse très rapide ! Parce que tu es jaloux de sa coupe de cheveux ?

Björn : Exactement, c’est la seule raison. Non, elle est fantastique.

Byclown: Et un chanteur ou une chanteuse metal, qui sait aussi chanter en voix claire, pas seulement hurler ?

Björn : Rob Halford a fait pas mal de choses, il a même fait un truc avec Five Finger Death Punch je crois, et c’est l’un de mes héros absolus. Ce serait génial.

Byclown : Et vous vous ressemblez pas mal, d’ailleurs.

Björn : Oui, j’ai une photo de nous deux, je peux te l’envoyer.

Byclown : Je connais l’histoire, mais ce serait super de la raconter pour nos lecteurs.

Björn : C’était à l’époque de sa carrière solo, Halford, vers 99 ou 2000. Ils jouaient à Malmö dans une salle, et un ami qui écrivait pour un magazine m’a invité à venir assister aux balances.
Nous étions là assez tôt, j’avais une copie gravée de l’album A Predator’s Portrait et j’ai réussi à la confier à quelqu’un en disant « donne ça au groupe, à Rob ». Je n’y ai plus pensé, elle a probablement fini à la poubelle.
Puis ils montent sur scène et, juste avant de jouer « Metal Gods », il dit : « J’ai reçu une copie du nouvel album de Soilwork et j’adore ce groupe » (il avait d’ailleurs dit quelque chose sur Soilwork dans un magazine, que j’avais lu quelque part, un magazine belge, donc je savais qu’il connaissait le groupe).
Ils ont dit avoir écouté l’album de Soilwork avant de monter sur scène, et que Speed (mon surnom) était là ce soir dans le public. Je me suis dit : « quoi ?! » Et puis : « Speed, on se voit après le concert. » J
’étais sur le point de m’évanouir tellement c’était dingue. J’attendais sur le côté de la scène, parce que ce n’est pas une très grande salle, au milieu d’un tas de gens, et soudain son garde du corps arrive et dit « Speed, venez », et il fend la foule comme Moïse, ouvre les barrières, je passe, je monte les escaliers, et Rob Halford m’accueille torse nu : « Speed, enchanté, viens ici ! » Je me suis retrouvé seul avec lui dans cette pièce, les autres étaient dans leurs loges, et il m’a dit « tu veux rester là ? ».
Nous sommes restés environ une demi-heure, quarante minutes, à parler de tout, il m’a exprimé son amour pour Soilwork, et j’ai eu son adresse e-mail.
On est restés en contact, j’ai gardé tous les e-mails de l’époque : « Hey Speed, la vie est dingue sur la route, on est en Amérique du Sud avec Iron Maiden, comment vas-tu ? » C’est incroyable.

Byclown: C’est une histoire géniale. Je pense qu’on peut s’arrêter là pour cette longue interview, il est assez tard et vous aviez un concert avant. Un dernier mot pour ceux qui liront cet article ?

Björn : J’espère qu’on a couvert l’essentiel de ce que j’ai fait et de ce que je prépare, et les deux groupes. Je suis très reconnaissant envers tous ceux qui nous suivent avec les deux groupes.
C’est super d’évoluer dans des paysages musicaux aussi différents avec ces deux groupes, et j’apprécie que les gens soient assez ouverts d’esprit pour suivre les deux.

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