Among The Living
Interview

Interview de François-Thibaut Hordé de Déluge

Entretien avec François-Thibaut Hordé du groupe  DELUGE

Avec la participation de Thomas Orlanth

A la sortie de leur prestation, François-Thibaut Hordé la tête pensante de Déluge semble très heureux. Les musiciens ont pris extrêmement de plaisir à jouer à nouveau au Motocultor et ce show représente énormément pour eux…


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Lionel/Born666 : ça fait quoi d’ouvrir pour Napalm Death, Deicide et Marduk ? (sur le ton de l’humour puisqu’ils jouent sur la même scène le même jour)

François-Thibaut Hordé : J’en ai rien à foutre ! (rire) Non j’attends Napalm Death. Wardruna, je suis très fan. Marduk et Deicide j’ai écouté il y a longtemps  mais je connais moins. J’irai les voir avec grand plaisir car les shows sont très intéressants.

On a joué au Motocultor il  a 6 ans, c’était une date assez unique et là aujourd’hui c’est une date importante car c’est la dernière du cycle de notre deuxième album (Ægo Templo). On n’a pas trop communiqué dessus, mais c’était un concert incroyable. On a eu un public incroyable. On a eu des petites bricoles. On n’a pas trop joué cet été, on a fait que deux dates, on n’a pas joué beaucoup depuis un an. On a travaillé quand même et aujourd’hui ça s’est vraiment très bien passé.

Lionel : Si vous parlez de la fin d’un cycle c’est qu’un autre va commencer ?

François-Thibaut : C’est pas fait du tout, on a pas mal de pas mal de bribe. J’avais promis que je ferai un 3ème album beaucoup plus rapidement que le deuxième par rapport au premier (Æther). On verra.

Aujourd’hui on arrête et on va recommencer, ça ne va pas prendre trop de temps. Je mets du temps à me décrasser. Je peux faire de la guitare, je peux faire des choses ,mais me mettre dans un cycle de composition ça prend du temps. On n’a pas que Déluge, on a plein de choses à côté, on a des affaires. Il faut allouer du temps à ça. On peut pas le faire par dessus la jambe donc ça prend du temps et de l’énergie. On sera toujours chez Metal Blade Records.

Lionel : Pour quelqu’un que ne connaît pas votre musique, qui ne connaît pas le post black metal ou post « quelque chose », comment peux tu décrire ta musique ?

Ce qui est marrant c’est que maintenant notre label nous a décrit comme « stellar post black metal » et c’est assez rigolo. Parce que je l’ai leur a transmis les bio, on a demandé à des personnes qui nous suivent depuis longtemps. Car faire une bio tout seul c’est un truc comme « sucer son propre sexe », tu dis ce que tu veux dire, c’est assez chiant. Et comme tu as des personnes qui gravitent autour de toi, tu peux demander ce qu’ils en pensent et leur demander ce qu’ils peuvent mettre sur le papier. C’est un truc qu’on a découvert quand on a reçu les vinyles avec un petit autocollant dessus. On trouve ça chouette. Avant on se décrivait comme « untruth french black metal », chose que je trouvais rigolo, parti d’une blague mais assez vraie. Aujourd’hui ca va un peu plus loin.

Post-black c’est un peu fatigant. Post-hardcore,…post metal… Aujourd’hui on fait des choses qui nous plaisent avec de beaux accords de guitare (car je suis guitariste et compositeur), des choses qui sont complètes, pas juste des riffs. Pour moi il faut quelque chose de chouette avec une batterie soutenue, un chant soutenu et aérien et le reste gravite autour.

Lionel : Pour toi Stellar c’est complètement lunaire ?

(rire) désolé…je vais sortir…

Pour en arriver à la musique que tu composes, par quelles étapes es-tu passé en ce qui concerne tes influences ?

Je suis un très mauvais exemple. J’ai eu mon adolescence comme tout le monde, on prend un peu tout ce qu’il vient. Je suis de 1986 donc on va dire que j’ai eu à 10 ans avec Offspring, IAM et NTM des choses vraiment française (sauf pour Offspring) et après y a des trucs un peu punk. Après on a eu la vague de neometal qui est arrivé que je me suis pris en pleine tronche, j’étais vraiment pas fan de tout. J’ai eu Slipknot qui m’a sauté à la gueule.

C’est comme cela que je suis rentré dans le « metal ».

Après j’avais un cousin qui m’a dit « attends ça c’est très bien » je vais te donner 2, 3 albums des trucs qui m’ont marqué…

Lionel : …heureusement qu’il y avait un cousin…

Il avait quelques années de plus et il m’a donné Arise de Sepultura, Ride the Lightning de Metallica et un autre album de Machine Head dont je ne me souviens plus du titre. Mais c’était quand même l’époque où Machine Head commençait à partir en javel.

Je ne suis pas du tout fan de Metallica mais je connais par cœur cet album. Arise pour moi c’était le missile.  Ensuite tu découvres des choses un peu plus moderne à l’époque. Quand j’ai commencé à avoir 20 ans Gojira commençait à tourner aux États-Unis. Je suis passé là-dedans, ils sont devenus des amis plus tard. Ils ont été une grosse influence pour moi.


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Ensuite j’ai eu des influences beaucoup plus large comme Will Haven, groupe obscure du post hardcore. Je peux écouter vraiment de tout mais je déteste de tout. Soit c’est très bien soit c’est médiocre, voir très nul.  Rapidement ça me casse les couilles.

Mais par contre quand j’aime quelque chose je peux l’écouter en boucle pendant très longtemps. Autant je suis très souple dans la vie (je suis très souple avec les personnes etc.) autant sur la musique je peux aimer des conneries.

Lionel : Dans le groupe tu es le seul compositeur ?

J’ouvre de plus en plus. Le deuxième : j’ai toujours apporté la colonne vertébrale, la substantifique moelle comme on dit. Le premier pour ainsi dire j’ai tout fait. Le deuxième on a vraiment ouvert et le troisième on va revenir un petit peu sur l’énergie du 1er mais on est plus « smooth » sur la composition.

Thomas Orlanth : J’ai une question stratégique par rapport à votre style de musique. Qu’est-ce qui te différencie de toute cette vague de post-black qui est très puissant en France grâce en autre aux Acteurs de l’Ombre ?

C’est super intéressant ce que tu dis. On m’a rarement posé cette question. Quand j’ai découvert Déluge j’avais fait la démo, presque le premier album et après j’ai découvert genre Alcest et Deafheaven. Ils n’avaient pas encore sortie Sunbather,  je trouvais ça cool genre Californie. A l’époque ce qui me faisait chier c’étaient les guitares un peu mielleuses. Putain je me disais « j’aimerais bien un truc quand ça bourre c’est bien ». Tu as du blast en ternaire des gros trucs, des gros accords bien lumineux mais par compte entre (les deux) il fallait un petit rappel (qui rappelle la mélancolie un truc de sombre), pas satanique obligatoirement…

mélancolique tout simplement…

Voilà et surtout pas la vague dépressive. Je voulais juste être triste mais pas dépressif. Je voulais être mélancolique. Un truc automne. J’aime beaucoup le truc folk pas chiant sans parler du neofolk que j’aime beaucoup mais un truc pas forcément surfait. Juste un petit air de guitare avec de la pluie et des beaux accords sans tempo, limite un peu improvisé. On ne l’a jamais trop fait car on a tout de suite voulu un live très très très droit. Mais c’est un truc qu’on pourrait bien faire, improviser un peu plus de parties et donc pour répondre à ta question par rapport à Alcest qui sont eux aussi revenu sur des trucs très primaires. Il refont ce qu’ils faisaient en beaucoup mieux.

ils sont passés par des trucs par lesquelles on passe aussi. Mais voilà moi ce (qui est sans aucune prétention) ce que je cherche quand j’écris le truc. Quand Deafheaven envoi du blast en ternaire c’est le soleil, le chant hurlé et entre c’était chiant pour moi. Je voulais faire ça avec les parties « pas chiantes » entre. C’est ce que j’ai voulu faire pour nous différencier. Et surtout quand j’ai commencé le projet, je n’avait pas encore écouter Deafheaven. Mais en cours de construction je me suis dit  ça serait bien de faire différents,de faire mieux !

Thomas : Il y a aussi un truc que j’ai remarqué ces dernières années. Vous êtes passé d’une ambiance vraiment sombre sur scène où même parfois vous pouviez jouer 1/4 du set de dos… ce côté fumigènes et tout le monde en noir, les flashes forcément et aujourd’hui à quelque chose de beaucoup plus ouvert.

Aujourd’hui il faisait jour et on est en plein air …

Après au début effectivement, c’était amusant, on a un peu travaillé sur le son, de rechercher un système autonome assez vite. On avait quelque chose de pas forcément facile à mettre en place, mais quelque chose qu’on maîtrisait bien pour la partie son. On arrivait avec notre matos, batterie, câbles un peu à l’Amenra.

Par contre on n’a jamais tourné sans « lighteux ». Là on commence seulement à faire des dates sans lighteux car on est en fin de cycle.

Au début on avait un truc un peu « baston » 2/3 de strobe (stroboscope), machine à fumée un peu de douche. On l’a fait évoluer. Mine de rien on aura 10 ans l’année prochaine.

A l’époque il y avait Celeste qui sont devenus des super potes maintenant.

Thomas : Avec eux c’est pire au niveau des lights…

On avait ça en modèle, en référence et on voulait quelque chose de différent, pas un Celeste bis. L’ objectif était un truc frontal. Qu’est-ce qui marche ? Pas un truc sous les lumières, quelque chose de suggérer.  quelque chose d’obscure…

Lionel : intellectuel ?

Non, je trouve qu’un show en plein air comme ça c’est intellectuel ; être dans une cave pendant 40 minutes avec des strobes et de la fumé et des « clack clack clack » avec même des parties entre. C’est pas forcément plus intellectuel mais voilà c’est ce qu’on voulait (il y a toujours des questions de production de moyens). Tu ne peux pas tout de suite avoir tout ton solde, tout ton système de lumière. On voulait quelque chose de rapide à mettre en place pour un jeune groupe. En 2014 on faisait nos premiers concerts avec Celeste justement. On voulait construire quelque chose autour de ça et aujourd’hui ça ne nous dérange pas de jouer en pleine lumière.

Lionel : Avec les sourires sur vos visages vous paressiez heureux sur scène…

Aujourd’hui c’était un date importante pour nous, on était heureux.


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Thomas : Si tu devais décrire Déluge en 2023 ? … en un mot ?

Je vais faire un mot…

Lionel : luge…(rire)

Et je vais te dire ce qui aurait été il y a10 ans. Il y a 10 ans c’était honnête et aujourd’hui je dirai plaisir.

Lionel : Ouf !

…ça te fait rigoler ?

Lionel : … oui je pensais que tu allais dire malhonnête, car les groupes à leur début son honnête, et ensuite les années passantes ils deviennent parfois malhonnêtes… (rire)

On est trois avoir des gosses, on a tous des business, moi j’ai monté une deuxième affaire, on a tous des responsabilités. On ne fait pas ça pour jouer aux baloches.

Là on n’a jamais mis le truc de côté, vraiment jamais. Il y a des moments où tu es là juste je ne peux pas en fait, si je fais ça j’oublie tout le reste et le reste j’ai des employés. Je ne peux leur dire « démerdez vous je reviens dans six mois »… par contre là aujourd’hui j’avais du plaisir. Et l’honnêteté, elle ne partira jamais On a toujours quelque chose à prouver mais le truc là aujourd’hui maintenant on le fait pour le plaisir : plaisir de faire quelque chose de bien !

et vous faites plaisir autour de vous…

La réaction du public aujourd’hui, quand tu vis ça… On a fait des Hellfest, des grosses scènes, mais là c’était énorme. On était déjà heureux d’arriver sur scène mais voir ça devant nous je le souhaite à tout le monde, c’était merveilleux !

… au plaisir…

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