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Interview

Interview Stille Volk – Cernunnos Pagan Fest 2026

Interview Stille Volk – Cernunnos Pagan Fest 2026

Interview réalisée le 21 février 2026 au Cernunnos Pagan Fest avec Patrice Roques et Patrick Lafforgue.


Stille volk


Thomas Orlanth : Je ne sais pas si vous vous rappelez, mais en 2012…

Patrice : Motocultor !

Thomas : Exactement, Motocultor ! Putain, vous vous rappelez, c’est parfait.

Patrice : Maintenant que tu me le dis, je ne t’aurais pas remis, mais là je me rappelle.

Thomas : Oui, mais moi c’est plus facile de vous remettre, forcément. En fait, c’était 2012 au Motocultor, Sarg venait de rejoindre le groupe. C’était, je crois, une des premières fois où…

Patrice : Il était arrivé un peu avant.

Thomas : Il y avait La Perra Negra qui était prévue pour, à l’époque, 2013. Bon, vous n’étiez pas sûrs de la date de sortie. Mais finalement, c’était un peu plus tard (2014).

Patrice : On devait être en train d’enregistrer, j’imagine.

Thomas: Et toi, tu disais – j’ai relu l’interview de l’époque – tu disais, pour déconner : « Ouais, le prochain album en 2026. » Alors, il y a eu quand même des albums entre-temps.

Patrice : On a eu Milharis en 2019.

Thomas : Voilà, un vrai… Enfin, un vrai… Bon, l’EP Le Dieu d’automne c’est un peu différent. Donc, tu t’es planté à sept ans près (rires). Mais globalement, on est quand même dans une date un peu historique. Parce qu’il y a quand même un petit truc, là, en 2026.

Patrick : En 2026, il y a quoi ?

Thomas : Alors, il paraît que mon album préféré, mais ça n’engage que moi, celui-là, ressort. En 66 exemplaires. Moi, j’ai vu ça. Je me suis dit, bon, allez… Je viens d’avoir une platine neuve. C’est parfait pour inaugurer, ce truc-là. C’est ultra-limité, avec un mastering spécial et tout.

(rires)

Patrice : Il a de la gueule.

Thomas : En vinyle, il a de la gueule. Enfin, j’ai vu le truc. Je me suis dit, allez, putain, merde. Allez, au diable l’avarice.



Qu’est-ce qui, pour vous, rend cet album si particulier dans votre discographie, qui mérite une célébration ? Parce que quand même, 25 ans, c’est… enfin, il y a une histoire, quoi.

Satyre Cornu : un album historique

Patrice : Pour être tout à fait honnête, je n’y aurais jamais pensé. Moi, dès juillet, avec ma petite famille, on est montés à Angers voir Philippe [NDLR : Courtois, de Misanthrope et Holy Records]. On a passé quelques jours chez lui. Et c’est lui qui me dit : « Tiens, je suis en train de réfléchir. Est-ce que ?… », il avait envie de represser Satyre Cornu pour fêter justement les 25 ans. Donc, c’est lui qui a eu l’idée, en fait.

Patrick : Il a fait un bel objet.

Patrice : C’est lui qui a eu l’idée. Nous, forcément, on était d’accord. D’autant plus que le CD, je pense, était épuisé. Et c’est à partir de ce moment-là qu’on a décidé, nous, de se faire un petit challenge, de savoir si on était capables ou pas de le reproduire sur scène.

Patrick : On est génération vinyle, aussi. Donc voilà. Avoir cet album en vinyle… Pour l’anecdote.

Patrice : Oui, c’est un bel objet qui plus est. Franchement. Effectivement, je n’avais pas du tout pensé aux 25 ans. J’aurais pu penser aux 10 ans ou aux 20 ans.

Thomas : L’occasion fait le larron.

Patrice : Exactement. Donc là, il est vraiment dans une dynamique. En plus, Holy Records fait du pressage de vinyle. Notamment, je crois qu’il a fait Natron, Misanthrope

Thomas : De toute façon, il y a un retour aux sources.

Patrice : Et puis, ça a aussi été possible parce qu’il disposait du mix. Du Satyre. C’est-à-dire qu’il ne represse pas à partir du mastering.

C’est-à-dire qu’il y a des albums, si jamais d’aventure il pensait à tout represser, il y a des albums qu’il ne pourra pas represser parce qu’il n’a pas le mix. L’initial, oui. Avant le mastering. Vraiment, c’est un vrai mastering, en fait.

Thomas : Oui, d’accord. Il y a des raisons techniques.

Patrice : Il y a des choses qu’on n’avait jamais entendues.

Patrick : Il a été respatialisé.

Patrice : Il y a vraiment un très beau travail. Bien retravaillé.

La formation spéciale pour le live intégral

Thomas : OK. Et donc, il y des explications pour pourquoi cet album a une importance. Il y a aussi des raisons de coïncidence, finalement. Mais là, vous allez quand même le jouer en entier. Si j’ai bien compris, il y a Anduscias de Temple of Baal…

Patrice : Ils ne sont pas là encore. On les attend.

Thomas : Donc, il y a quand même une formation un peu spéciale.

Lionel : Il vous a rejoint, il a pris l’avion pour… pour répéter.

Patrice : Il a fait une répétition. Ça fait trois semaines déjà.

Patrick : Oui, on l’a accueilli.

Patrice : On a répété deux, trois fois, nous. À trois ou quatre. Moi, les Toulousains et Ariègeois. Entre-temps, on a Alex qui était prévu aux percussions, qui a eu des petits soucis de santé. Donc, en urgence, il a fallu trouver Clément qui a eu la gentillesse de nous dépanner. Vraiment, il a fait une répétition. Donc, si tu veux, on va faire un concert où il y aura deux membres du groupe qui auront fait une répétition. Et Mathieu n’était pas là à la cornemuse.


Stille volk - cernunnos pagan fest 2026


Thomas Orlanth : C’est les meilleures conditions…

Patrick : On y est.

Thomas : Ça s’appelle du live.

Yves : On n’a pas de bandes, donc on peut faire ce qu’on veut.

Lionel : Et on va retrouver la même équipe au Motocultor ?

Patrice : Logiquement, oui. Avec peut-être un percussionniste de plus encore. Si Alex peut revenir, on va peut-être faire un truc à deux percus. Histoire de renforcer un petit peu. Ce Clément, à priori, et Olivier sont vraiment là pour la session Satyre. Ce ne sont pas des membres… Ils ne sont pas embauchés chez Stille Volk.

Ils nous dépannent pour ce set-là.

Patrick : Ils nous donnent un bon coup de main.

Oui, ils sont là. C’est moi qui l’ai contacté, parce qu’entre-temps, notre guitariste est parti, forcément. On a des gros soucis de line-up, parce qu’intermittent, il faut caler toutes les dates, nous on ne joue pas assez pour que ça intéresse. Je savais qu’il était fan du disque, parce qu’Olivier (Anduscias), ça fait quand même un petit moment qu’on se côtoie de manière épistolaire, de manière… On s’était déjà vus au Cernunnos en 2007, avec Brann Barr.

Donc je lui ai proposé, et puis il a forcément été d’accord. Et puis j’ai demandé à Marie [NLDR : directrice du Cernunnos Pagan Fest] : « Est-ce que ça t’intéresserait qu’on célèbre un peu le Satyre ? ». Et puis voilà.

Thomas : C’est génial, tout simplement.

Patrice : Après, c’est l’avantage d’avoir un peu de réseau, de toute façon. Et c’est logique, en plus.

Thomas : Oui, c’est tellement cohérent.

Un rythme à contre-courant de la scène actuelle

Thomas : Justement, tu disais, vous ne tournez pas tant que ça. Finalement, ça reste assez rarissime. Mais bon, ce qui est rare est cher, on va dire. Du coup, vous avez toujours votre propre rythme. Pour tout, en fait. Pour les albums tous les X années, les concerts quand ça vient.

Il n’y a pas de logique de visibilité permanente, commerciale, tout ça. Bon, c’est un choix assumé, j’imagine, forcément. Comment vous vous voyez, là, dans la scène métal actuelle ? Parce que c’est quasiment l’opposé, sans vouloir critiquer. Mais là, maintenant, on est obligé de faire du réseautage, d’avoir une visibilité, Instagram & compagnie. Pourquoi, en fait ?

Patrick : Bon, il y a d’autres modes de fonctionnement. Peut-être que c’est générationnel.

Patrice : On est issus de l’underground. La scène n’existait pas, elle n’était pas aussi développée non plus. On est resté figé un peu là-dedans.

Patrice : Oui, carrément. Le fait d’être figé, en fait. Ouais, c’est… C’est un hobby, un loisir, une passion. Mais pas… On ne se met pas la pression, je crois.

Patrick : Et puis, on a quand même un certain âge aussi. Donc, si tu veux, on a tous des familles. On travaille à côté. Je vais faire bientôt mes 28 ans. On prévoit assez de choses avec la famille, avec le boulot et tout ça, qu’on n’a pas envie de prévoir pour la musique.

Patrice : Notre plan de carrière, il est foireux depuis le départ.

Patrick : Oui, clairement. Et puis on a eu la chance d’avoir des labels qui nous attendaient, de toute façon.

Patrice : Donc, chez Prophecy, finalement. L’album [NDLR : Milharís], il est sorti en 2019. Ils ne nous ont jamais rien réclamé.

Et puis, il ne faut pas se leurrer. On n’a pas vendu 12 000 disques, en fait.



Lionel : Et vous avez des regrets sur certains choix par rapport à… Peut-être qu’on vous aurait proposé de signer dans un label et…

Patrice : On n’a jamais… Le seul regret que j’aurais, c’est de ne jamais avoir joué en Allemagne.

Patrice : Alors que c’est l’album Hantaoma qui a fait 7 000 disques, je crois qu’il y en a 5000 qui sont partis en Allemagne. Et on n’a jamais joué en Allemagne.

Thomas : Oui, avec un nom de groupe qui aurait pu être compréhensible par les Allemands.

Patrice : Tout à fait. Les deux seules propositions qu’on a eues, c’était des plans foireux. Donc, on a été obligé de refuser.

On n’a jamais joué en Allemagne. Et ça, c’est vraiment… Parce que c’est vraiment le pays, en tout cas dans les années 90, où un groupe néo-médiéval, néo-folk, pagan folk, devait jouer. De toute façon, au fond, ils viennent de là-bas, toute la scène, In Extremo…

Non, on ne nous a rien proposé. Donc, finalement, on n’a pas à se plaindre. Au tout début, on avait pas mal de propositions, puis après, on a réussi.
La seule hésitation qu’on a eue, c’était avec Misanthropy, au départ. Puisqu’on était en train de signer le contrat pour Misanthropy. Ça, c’était quoi ? 1996 ? Ils allaient nous avancer l’argent pour le studio, et puis, Philippe est arrivé, et on s’est dit, voilà.
Au final, on a fait le bon choix, parce que Misanthropy, quelques années après, ils ont fait faillite. Et puis, on préférait aussi travailler avec un label français. Il y avait la renommée de Misanthropy, à l’époque [NLDR : label de Burzum, Arcturus…], qui, dans le black, était quand même assez… importante.
Il y avait une aura. Là, on a fait le bon choix, par exemple. Sinon, on aurait été… Peut-être qu’on aurait… On aurait peut-être fait autre chose après, mais bon. Pas de regrets.


Stille volk - cernunnos pagan fest 2026


L’occultisme pyrénéen : une ethnographie moderne ?

Thomas : Alors, justement, vous avez quand même une singularité, c’est assez évident, avec l’imaginaire qui est très orienté vers l’occultisme pyrénéen. On est presque dans l’ethnographie, tellement que c’est précis, finalement. Comment vous pensez… Est-ce que vous pensez que vous êtes une sorte de moyen moderne de garder en vie des micros folklores comme ça, quand même très localisés, qui, sans ça, seraient inconnus pour la plupart des gens ? Enfin, je ne suis pas pyrénéen, je ne m’intéresse pas spécialement à ce domaine, mais ça a montré à beaucoup de gens cet aspect, en fait.

Patrice : Oui, même si au départ, la volonté n’est pas là. Mais bon, on a commencé à monter Stille Volk quand je faisais mes études d’histoire, en fait, et c’est là où je me suis dit, tiens, on pourrait mélanger les deux. Après, c’est très bien que des gens au Danemark, qui grâce à nous, connaissent Milharis. C’est intéressant pour l’Histoire aussi. Bon, c’est pas un but, à vrai dire.

C’est vraiment pour nous faire plaisir, en fait. Il n’y a pas de volonté…

Patrick : Il fallait qu’il y ait une thématique qui soit en place, déjà. Voilà, c’est ce qu’on avait sous la main.


Stille volk - cernunnos pagan fest 2026


L’avenir : nouveaux matériels en perspective

Thomas : Et donc, là, on est quand même sur une date un peu charnière, 2026, quoi. Les 25 ans… C’est un moment un peu particulier.

Est-ce que vous avez envie de nouveaux matériels ? Est-ce qu’il y a quelque chose qui est en train d’être dans votre tête ?

Patrice : Il y a déjà des choses… Le concept, il est fait depuis 6-7 ans.

Thomas : Ah, à votre rythme, quoi.

Patrice : Après, il faut le mettre en musique, il faut l’enregistrer.

Thomas : Donc, il y a quand même l’envie de quelque chose ?…

Patrice : Après, voilà, il y a des périodes aussi où on n’est pas…

Patrick : Oui, il y a une période de vie où on n’est pas focus là-dessus. Voilà, il faudrait commencer, effectivement, qu’on s’y remette.

Thomas : C’est-à-dire, en fait, il faut se mettre le coup de pied au cul au bon moment.

Patrice : Oui, clairement, en fait. L’avantage, c’est qu’on est autonomes en termes d’enregistrement, donc on fait ce qu’on veut.

Il n’y a pas de deadline, de studio…



Patrick : C’est peut-être le problème.

Patrice : Si on nous disait dans 6 mois qu’on rentrait en studio, peut-être qu’à l’heure qu’il est, il y aurait quelque chose.

On n’a pas de pression. On est dans un temps un peu différent. Plus on se rapproche des montagnes, plus la temporalité… Se dilate, en fait.

Patrice : Après, il n’y a aucune date, il n’y a rien. Encore une fois, on a quand même sorti, il est un peu passé inaperçu, le mini LP [Le Dieu d’Automne], il y a deux ans. Il fait quand même pratiquement une demi-heure.

Thomas : C’est vrai qu’il est discret, on va dire. Moi, je ne l’avais pas capté, alors que je suivais quand même le groupe.

Patrice : C’est confidentiel, en fait. Moi, j’étais en train de bosser sur un morceau très long. À l’époque, je me suis dit que je n’avais jamais fait un morceau de 15-16 minutes. Et pour l’anecdote, j’étais en train de classer mon courrier, et j’ai retrouvé une lettre de Yann, que j’ouvre. Et là, il y avait des paroles, en fait, qui normalement devaient figurer sur Hantaoma.
En fait, tout le concept autour de Milharis, dont on avait extrait que quelques paroles, je pense… On avait « Les Parques de la Lune » qui fait normalement partie d’une histoire plus large. Et on s’est dit, tiens, ça serait bien de réutiliser ce concept, qui date donc de 1995, en composant comme à l’époque.
Bon, je vous avoue que c’est pas très difficile, vu que je n’ai jamais changé. Et en fait, c’est parti à la guitare, tac-tac, et puis après, on a fait un morceau live.

Patrick : Oui, on s’est mis autour de… C’est ça, on a fait carrément un live.

Patrice : On a enregistré live, et puis… Un seul morceau, et voilà. Et puis, c’était l’idée de faire un EP, tu sais, un mini EP, tu vois, le truc à la Rotting Christ.

Patrick : C’est ce qu’on adore…

Thomas : Bah, ça marche, hein. (rires)

Patrice : On aime ça. C’est le format qui nous plaît, tu vois. Ça part plus loin que ça, en fait. On s’est fait plaisir à faire ça. Prophecy n’était pas trop intéressé, et donc, ce pote à nous, Berzerk, de Necrocosm, qui s’est un peu chargé de le mettre en forme.

Mais c’est vrai qu’il est passé un peu inaperçu, là. Après, moi, je ne suis pas… On n’est pas tous dans les réseaux sociaux, non plus, donc… Voilà, on s’impose rien, en fait.

On a des petits coups de pied au cul pour les concerts. Parce que là, il y a une échéance, mais après, en termes de composition, il n’y a pas de… Dans 6 mois, il sera fait, dans 5 ans, il sera pas fait…



La question rituelle : en un mot, Stille Volk ?

Thomas : Alors, j’en arrive à ma question que j’avais déjà posée et que je pose à toutes les interviews à la fin. J’ai votre réponse d’il y a 14 ans. En fait, je me demandais pour vous, en 2026, en un mot, que représente Stille Volk ?

Patrice : Je ne me rappelle pas ce que j’avais répondu.

Thomas : Je te le dirai après, mais…

Patrice :  Authenticité, peut-être ?

Thomas : Authenticité, alors, ce n’est pas ce que tu avais dit, mais…

Patrice : Nécessité, j’avais dit, je pense.

Thomas : Oui, oui. Ah, tu te rappelles, c’est fort.

Thomas : Et puis, nécessité, authenticité, enfin, on est sur la même ligne. Et toi, tu te rappelles ? Tu avais dit que tu étais complètement d’accord.

Patrick : Ah, j’avais dit ça ? (rires) Je suis entièrement d’accord.

Thomas : Complicité, la preuve, tu es entièrement d’accord.

Lionel : Excellent. Et d’ailleurs, pour la complicité, pourquoi vous avez pris Olivier (Anduscias) ?

Patrice : Parce qu’on savait qu’il était fan du Satyre. Il y a deux, trois ans, il y a eu un plan aussi, on était rentré un peu en contact par rapport à ça, sans forcément penser au Satyre. Et puis, voilà. On sait qu’il joue bien. On sait qu’on est quelques-uns de notre génération. On a vécu à peu près les mêmes débuts de scène. Et puis, voilà.

Thomas : Merci beaucoup !

Thomas Orlanth & Lionel/Born 666

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