A l’occasion de la sortie de leur nouvel opus Letchology, prévue pour le mois de mars 2019, rencontre avec Mihai, guitariste et claviériste du groupe Dirty Shirt. Francophone, l’artiste originaire de Transylvanie se livre sur l’évolution de son groupe hétéroclite, mêlant traditions et esprit metal. Une affaire à suivre !

 


mihai dirty shirt


En premier lieu, pourrais-tu te présenter pour les lecteurs d’Among The Living ?

Salut ! Je m’appelle Mihai, je joue du synthé et de la guitare dans le groupe Dirty Shirt. Je suis un des membres fondateurs de la formation. Je suis le seul membre du groupe qui habite en France. Cela fait 18 ans que je suis ici, alors que mes collègues sont tous en Roumanie !

 

Dirty Shirt existe depuis 1995. Est-ce que ton groupe suit toujours la même ligne directrice, ou avez-vous changé de style au fil des années ?

Nous avons beaucoup changé au fil des années. Quand nous avons commencé au milieu des années 90, c’était le début de la scène metal roumaine. Nous avons réussi à enregistrer un premier album, et par la suite je suis venu en France. A ce moment-là, nous avons fait une pause. Quand nous avons repris le groupe un peu plus tard, nous sommes passés par un grand changement stylistique. Nous avons opté pour un style plus simple, en renonçant au côté progressif. Nous avons pas mal expérimenté à ce moment-là, et c’est ce qui nous a mené à notre style actuel.

 

Vous mélangez souvent les genres musicaux, allant du hardcore à la folk. Comment vous-est venu ce souhait de ne pas s’ancrer dans un seul style ?

Après notre période progressive, nous en sommes venus à l’idée que nous voulions être différents. Une façon d’être différent, c’est de ne pas se censurer. Nous sommes partisans de laisser notre esprit ouvert, pour que puisse s’y glisser toute idée intéressante. Peu importe la raison, l’influence ou l’inspiration, toute idée peut être bonne. C’est ce qui fait que les albums de 2010 et 2013 sont très hétérogènes, avec beaucoup d’influences électro-funk, ainsi que folkloriques. Nous avons aussi ajouté des percussions, des cymbales, et des guitares acoustiques. Au fur et à mesure, nous en sommes arrivés à notre style actuel, où nous mélangeons toujours les genres. Notre fil conducteur est de plus en plus renforcé par les instruments traditionnels. La façon de composer la musique en Europe de l’Est est une grande source d’inspiration pour nous.

 

Tu parles de musique traditionnelle, d’électro-funk… Quelles sont tes influences musicales principales ?

Les groupes de nü-metal de la fin des années 90 au début des années 2000 ont eu une grande influence pour nous tous. Le squelette de notre musique est une sorte de hardcore industriel ponctué de nü-metal. Tous les groupes faisant partie de cet univers-là nous ont influencés. Parmi eux, je pourrais citer Korn, Tool, A Perfect Circle, Slipknot ou System of a Down. Concernant la scène française de cette période-là, nous sommes fans de Pleymo et Mass Hysteria. Dans le crossover, Faith No More nous a beaucoup inspirés. Nous avons eu toute une période progressive, où nous avons écouté Dream Theater. Cela se ressent même aujourd’hui dans notre façon de composer les morceaux.

 

Dirty Shirt écrit ses chansons dans plusieurs langues, allant de l’anglais au roumain, en passant par le français. Est-ce un choix de diversité culturelle que vous exprimez ?

Il y a clairement une idée de diversité culturelle liée à notre région. Nous sommes originaires de la Transylvanie en Roumanie, une région avec un fort mélange culturel. Il y a bien sûr des roumains, mais aussi des hongrois, des allemands, des gitans, des serbes, etc.… Dans notre groupe, nous avons des musiciens d’origine hongroise. Nous avons donc naturellement mis du hongrois sur chaque album ! Comme nous avons eu une période où nous avons collaboré avec des groupes français, nous avons chanté dans cette langue également. Pour nous, la musique traditionnelle roumaine sonne moins bien quand elle est chantée en anglais. Cela nous semble moins naturel. Inversement, chanter du roumain sur du metal marche moins bien, car tu perds le groove. Parfois, nous mélangeons les deux dans la même chanson !

 

Votre nouvel album, Letchology, sortira le 8 mars 2019. Que pouvons-nous en attendre ?

C’est l’album le plus expérimental que l’on ait fait jusqu’à présent, et en même temps le plus complet et le plus catchy. J’ai le sentiment que l’on a réussi à trouver un équilibre très bon entre la qualité du son et celle de la composition, tout en gardant un coté grand public.

 

Tu es en France depuis 18 ans. Pourquoi as-tu quitté la Roumanie ?

Je suis venu pour les études. C’est aussi simple que ça ! Je suis venu avec Erasmus pour quelques mois, puis je me suis installé. Après mon Master, j’ai continué mon doctorat et mon post-doctorat en France.

 

Comment s’est passé le processus de création et de composition de ton dernier album ? Tu habites en France, et les autres membres en Roumanie. Etait-ce un processus de composition majoritairement à distance ?

C’était le problème initial, la raison pour laquelle nous avions arrêté le groupe. Quand je suis venu en France en 2001, internet n’était pas propagé comme aujourd’hui, et la Roumanie n’était pas dans l’Union Européenne. Il n’y avait pas non plus de compagnies low cost pour les vols. Sur le coup, ça a signé l’arrêt total de Dirty Shirt. Quand toutes ces contraintes ont commencé à disparaître, nous avons commencé à reprendre la musique. C’est devenu possible pour nous tous de travailler à distance, et j’ai pu enregistrer les morceaux chez moi grâce à mon ordinateur. Maintenant, je peux envoyer les maquettes par email, travailler par Skype, et faire des répétitions à distance. Comme la Roumanie est rentrée dans l’Union Européenne, il n’y a plus besoin de visa. Grâce aux compagnies de vols à prix abordables, je peux partir les week-ends en Roumanie pour répéter avec le groupe. Pour cet album, j’ai fait une dizaine d’allers retours !

 

Vous allez entamer une tournée Européenne de février à mai 2019. Dans quels pays allez-vous jouer ?

Nous allons commencer par le Royaume-Uni, c’est la première fois que l’on joue là-bas. Nous sommes très impatients, car il y a une forte communauté roumaine présente à Londres. La diaspora roumaine étant très développée, nous sommes sûrs qu’il y aura une vingtaine ou une cinquantaine de roumains peu importe où l’on joue ! Ensuite,  nous jouerons un week-end en Roumanie, suivi de sept ou huit dates en Allemagne. Nous irons ensuite en France pour cinq concerts – nous avons déjà joué en France entre 15 et 20 fois – puis nous jouerons en République Tchèque et en Slovaquie.

 

Sur certaines dates, vous serez accompagnés d’un orchestre traditionnel. Etait-ce important pour vous de mélanger des instruments du folklore de votre pays avec une touche plus contemporaine ?

Une des richesses de notre musique est le fait que l’on collabore avec plein de gens, dans une optique cosmopolite. Notre nouvel album est très orienté vers le style folklorique. Lors de l’enregistrement, nous avons collaboré avec une dizaine de musiciens traditionnels. Nous ne savions pas ce que ça allait donner, mais la sauce a pris !

 

Comment allez-vous gérer la présence scénique des nombreux musiciens de l’orchestre sur scène ? Allez-vous jouer uniquement dans des salles prévues à cet effet ?

Quand nous avons joué avec l’orchestre en Roumanie, nous étions déjà assez connus. Nous avons donc pu jouer dans des salles avec une grande scène. Nous avons fait une production de 24 musiciens sur scène. Pour cette tournée et pour nos dates françaises, nous voulons essayer d’exporter cette production bien qu’elle soit très coûteuse. Cette année, nous avons eu la chance d’avoir la saison culturelle France-Roumanie. Notre projet a été subventionné, donc nous pouvons programmer une série de concerts avec l’orchestre. Malgré cela, il reste le problème de la taille de la scène !  Nous avons essayé de trouver un équilibre : nous serons 16 musiciens, ce qui est un bon compromis. Nous devrons élargir les scènes à certaines occasions. Ce sera le cas lors de notre date au Petit Bain à Paris !

 

Merci à Mihai.

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