Nous avons rencontré Johan Cadot, le guitariste/chanteur d’ASYLUM PYRE à l’occasion de la sortie de leur dernier opus N°4.

Bonjour Johann, est-ce que tu pourrais me parler un peu de toi, c’est la 1ère fois que j’ai Asylum Pyre en interview. Il y a eu beaucoup de mouvements dans le groupe.

  • Oui, effectivement il y a eu pas mal de mouvements et je suis le seul membre originel du groupe. J’ai commencé la musique avec  Asylum Pyre. Je n’avais jamais joué avant. J’avais une guitare pour m’amuser comme ça chez moi, et puis un jour, avec des collègues de boulot, on a fait un bœuf, et voilà. On ne savait par jouer, on a appris à jouer, on a appris à écrire des morceaux, à composer.
    Au fur à mesure, quand le groupe a commencé à évoluer, fatalement il y a eu des gens qui n’ont pas suivi ; quand tu pars d’un truc juste pour faire un bœuf et boire des bières, et que tu commences à parler de faire des concerts, écrire un album, faire des tournées, trouver de l’argent pour augmenter le niveau, tout le monde ne suit pas comme ça.
    Moi, à la base je n’étais pas prévu pour faire de la musique. J’étais prévu pour être ingénieur. J’ai une formation d’ingénieur, c’est ce que je fais aujourd’hui. Avec la musique en fait j’ai deux boulots. J’ai ce principal groupe Asylum Pyre mais aussi d’autres projets musicaux potentiels. On n’est pas là pour parler de ça, mais vu que tu poses une question générale…

Oui tout à fait ! J’avoue que le personnage Johann me pose beaucoup de questions.

  • A oui ? (rires) En fait, j’ai plein de projets. J’ai envie et de j’ai de quoi enregistrer un album de pop folk, j’aimerai aussi mettre deux ou trois morceaux de black ; j’ai un projet perso plus côté Savatage ; un projet à la Avantasia ; ou un truc avec des potes très heavy metal ; j’ai envie de faire plein de musique, mais après voilà, tu as la vie, tu as le boulot, tu as plein de contraintes et tu ne peux pas tout faire. Et maintenant avec Asylum, on est arrivés à un stade où je suis assez fier du parcours, parce qu’en étant parti littéralement musicalement de rien, j’ai finalement réussi à m’entourer de gens super qui jouent mieux que je ne jouerais jamais et interprètent les choses superbement. Je pense aujourd’hui on a un vrai groupe. Ce qui n’a pas forcément été le cas sur le dernier album ou sur celui d’avant et là, aujourd’hui j’ai la volonté de retrouver ce vrai esprit de groupe qu’il y avait sur le premier album. Là je pense qu’on y est et c’est très agréable. Ce sont des gens super humainement et musicalement, c’est top.

Revenons sur les mouvements au sein de groupe. Comment expliques-tu que d’un album à l’autre tu ne fidélises pas les musiciens (ce n’est pas une critique hein !) ? Est-ce parce que les gens prennent d’autres directions ? Ou est-ce que tu es invivable ? (rires). En fait je ne pense pas. De la façon dont je te vois, de l’extérieur, tu as l’air d’etre quelqu’un qui n’arrête jamais.

  • C’est ça, oui il a de ça, je pense qu’il a ça, après comme je te le disais il y a eu tout un parcours, une évolution un peu particulière. Ce qu’il y a aussi c’est que j’ai continué, je ne me suis pas arrêté. Et du coup je pense que c’est pour ça que ça se voit. Parce que beaucoup d’autres gens, au bout de trop de changements de line-up ou au bout de trois albums n’ayant pas encore eu la carrière internationale rêvée, auraient jeté l’éponge. Et moi, finalement j’ai continué et je suis le seul qui reste. Donc on a l’impression que ça change beaucoup, mais nombreux sont ceux qui ont fait un groupe qui s’est arrêté, puis un autre groupe qui s’est arrêté.
    Moi je les ai faits sous le même nom donc finalement ça reste ça. Après j’ai certainement des aspects un peu spéciaux aussi. Je le sais, aujourd’hui ; il y a aussi parfois des gens qui me le disent.
    On a appris aussi à échanger et communiquer avec les personnes actuelles et notamment avec Ombeline. J’ai forcément des aspects un peu spéciaux, certainement. Comme je te le disais je suis manager et j’arrive à manager 15 ingénieurs et créer une vraie cohésion, mais manager un groupe de quatre ou cinq musiciens ça n’a rien à voir. Il y a aussi l’argent qui bouffe.
    J’ai la possibilité avec le métier que je fais de pouvoir mettre un peu d’argent dans le groupe et certaines personnes ont pu mal le vivre aussi. Je suis par ailleurs certainement très exigeant en temps, en investissement, mais j’ai envie que cela fonctionne. Il y a des trucs que je ne fais pas bien, mais ce qui est sûr, et je le dis avec une certaine fierté, c’est que je continue de côtoyer tous les anciens membres.
    Il n’y a pas un seul membre aujourd’hui qui ne me réponde plus. Quand il y avait l’anniversaire d’Adeline la semaine dernière, je lui ai souhaité et elle m’a répondu. Avec les autres musiciens on se croise au Hellfest il n’y a pas de soucis. Même avec la première chanteuse avec qui on était un peu en froid, on a rediscuté récemment, on a eu des échanges super sympas avec les premiers gens du line up j’ai souvent des échanges avec le premier guitariste, avec Hervé qui était là sur le deuxième album, avec Didier, avec tous les anciens membres en fait on discute de temps en temps et tu vois.
    Alors j’ai certainement été con à certains moments, mais comme on peut l’être tous et j’ai eu des torts, voilà. Par contre aujourd’hui je sais un petit peu mieux où je vais aussi. Et c’est probablement ce qui a manqué à l’époque. On attendait de moi peut-être d’être plus leader dans le groupe. Mais je n’avais pas forcément envie d’être plus leader et de me mettre en avant ici comme ça parce que je le faisais déjà dans le boulot.
    Dans la musique je ne l’ai pas assez fait et peut-être que de temps en temps j’étais à cheval entre deux choses, je voulais l’imposer sans l’imposer enfin tu vois, un truc un peu foireux comme ça. Je n’ai pas la recette miracle. Ce que je sais aujourd’hui c’est que voilà, les gens avec qui je suis ça se passe vraiment beaucoup mieux et on a fait un bel album qui peut nous souder.

Tout à l’heure tu parlais d’autres projets plus sur Savage ou plus sur du Heavy, mais en fait Asylum Pyre c’est tout ça non ?

  • Oui c’est vrai il y a un peu de tout ça, c’est un mélange. Je n’arrive pas quand je m’attaque à un morceau à rester dans un truc, dans la même chose. Quand je fais un truc qui ressemble trop à un autre je m’arrête. Je pourrais le faire dans d’autres projets où je me mettrais moins de contraintes. J’ai du mal à répondre à cette question, je me rends compte que je ne suis pas très cohérent dans le sens où je me dis que les choses viennent totalement naturellement donc je ne me mets pas de contrainte mais en fait je m’en mets quand même, je ne sais pas c’est bizarre.

T’es un peu tordu quoi.

Oui oui, oh bah ça c’est sur ça (rires).


Asylum Pyre - Johan & Ombeline

Photo Christiane Tastayre


 

Alors on va dire que cette fois tu as la bonne chanteuse, parce que j’ai fait la chronique de l’album (je la sortirai en temps et en heure), et je le trouve vraiment très très bon. Je ne veux pas faire de comparaison hâtive par rapport à l’album précédent où j’avais trouvé que malgré un gros potentiel de musicalité, quelque chose qui manquait, mais là en fait dans cet album je trouve qu’il y a de la chaleur ; ce qu’il n’y avait pas dans l’album précédent qui était un peu froid. L’album précédent manquait d’une sorte de relief pourrait-on dire. Par contre là vous avez un super line up.

  • Je suis d’accord avec toi sur tout ce que tu dis et ce côté chaleureux ça me fait plaisir parce que c’est vraiment ce que je recherchais dans la musique, d’avoir ce côté chaleureux qui vient t’embraser un peu. Et c’est vrai que sur l’album précédent, tout le monde traversait des phases pourries de sa vie en fait.
    On était tous dans une phase de merde. Tant les membres du le groupe que les gens autour du groupe et je pense que ça se ressent dans l’album. Mais là aussi, c’est pareil j’ai plus pu imposer, je savais mieux où je voulais aller et je voulais des choses un peu plus chaleureuses, un peu plus heavy, un peu plus traditionnelles. Sur l’album d’avant, je me suis limité en me disant ‘non on ne va pas faire ça, c’est trop old school’.
    Et là j’ai dit non je m’en fous, moi je viens de cette racine power heavy et mélodique, j’ai envie de la moderniser, faire un truc un peu différent, mais je veux le garder. C’est ça qui me fait vibrer et je pense qu’aujourd’hui on n’a pas réinventé un style, on n’a pas inventé un truc, je n’irais pas jusque-là, par contre je pense qu’on a gagné une identité musicale et c’est un peu un mélange de tout cela, de tout ce qu’on est, cette voix chaleureuse.
    Il y a plusieurs choses : ce son de batterie très rond, très massif ; il y a la bass de Pierre-Emmanuel (PE), il faudrait que je sorte les parties bass-batterie de l’album, c’est un plaisir. Pour les claviers, c’est la première fois, c’est moi qui me suis occupé des claviers en fait. Je me suis dit « tiens vas-y essaye ». Alors c’est plus de la programmation que du jeu : trouver des sons, bidouiller.
    Toutes les boucles, c’est moi qui les ai faites pour travailler ce côté chaleureux justement que j’aime bien. On a travaillé beaucoup sur les guitares avec l’ingé son qui s’est bien investi, on a travaillé les arrangements vocaux pour qu’il y ait la bonne harmonie.
    Donc tout ce que tu me dis me fait énormément plaisir parce que c’est ce qu’on a voulu faire et je vois que c’est ça qui transparaît le plus au fur et à mesure des interviews. Quand j’entends les retours, parfois je ne les aurai pas formulés comme ça, mais je me dis c’est cool c’est ça qu’on voulait faire. Et ça fait plaisir.

J’ai trouvé cet album plus épique quelque part, plus joyeux que le précédent et du coup c’est cohérent avec ce que tu dis. Si sur l’album précédent vous n’étiez pas tous dans une bonne phase fatalement cela se ressent même inconsciemment.

Petite question qui fâche maintenant : le titre de l’album « N°4 », vous ne vous êtes pas cassé la tête !

  • Ah et bien si ! Je vais tout t’expliquer ! En fait on est passés par plein de phases différentes. Initialement il devait s’appeler « On First Earth ». Pendant les deux ou trois ans durant lesquels on a travaillé sur l’album il s’appelait « On First Earth » dans ma tête.
    Après il y a eu « (D)ea(r)th» c’était pas mal pour le côté death, first earth, on pouvait faire un truc assez sympa. Puis « (D)ea(r)th process », puis « First Process », puis « Trust the Process » parce qu’on a parlé du process de conception de l’album… et finalement attention, ce n’est pas un concept album.
    Mais tout le groupe s’inscrit dans un concept global d’histoire du groupe. On a posté récemment un peu l’histoire qui relie tous les albums depuis le début, depuis la prise de conscience, la vision du futur, l’impact que ça pouvait avoir sur les gens c’est un peu le mélange de ça et le début d’une révolution, une résistance. Et dans cette résistance, tous les membres du groupe ont un personnage. Et ces personnages ont une double vie. Un peu comme nous dans la vraie vie en fait.
    Moi j’ai un travail d’ingénieur d’un côté et je suis musicien de l’autre. Oxy est leader de la résistance et dans la vraie vie elle est mannequin top model et elle est l’égérie d’une marque de masques à gaz. En 2050 l’air est devenu tellement irrespirable que le masque à gaz est devenu un élément. Et évidemment, avec l’appât du gain on en a fait un masque à gaz de luxe avec les strass et les trucs comme ça. Et N°4 au final c’est parce qu’on a voulu concevoir la pochette quasiment comme une pub pour un parfum. C’est un clin d’œil au N°5 de Chanel.

Et la pochette c’est Béranger Bazin qui a fait la photo et ensuite il y a eu un traitement ? Tu peux nous parler de la façon dont ça s’est fait ?

On avait cette idée là en tête du concept dont je viens de te parler et quand on a discuté avec le graphiste, Gustavo Sazes, (qui travaille pour Amaranthe, Machine Head…) on avait dit que ça serait cool si c’était Oxy qui était dessus Après, on s’est dit tiens on va trouver un masque à gaz, et on va prendre la photo. Donc on a appelé Béranger Bazin pour faire ça. De là est sortie une photo sympa et il l’a retravaillée derrière. Ça a été très long parce qu’en fait Gustavo initialement nous a proposé des choses très très belles mais extrêmement typées métal et gothique alors que nous voulions aller vers un truc plutôt culture pop, pub. Il a donc fallu le pousser un peu sur ce chemin et ça a pris du temps. Mais nous sommes contents du résultat.


Asylum Pyre - Johan & Ombeline

Photo Christiane Tastayre


 

Au niveau du chant tu travailles ton chant, tu prends des cours, c’est quelque chose qui est important pour toi ?

  • C’est important mais je ne le fais pas assez. En fait avec tout ce qu’il y a à faire autour du groupe et de mon boulot, du jeu de guitare et du chant, je n’ai pas le temps de travailler le chant comme je le voudrais. Je suis assez content du résultat de ce qu’il y a sur l’album mais je sais que ça pourrait être mieux. Après, si on rentre dans la comparaison avec Oxy (mais je ne m’essayerai pas à ça) on est très différents.

Oui mais en même temps vous êtes très complémentaires, sur l’album en tout cas ça fait très juste.

  • Ah, c’est cool ça fait plaisir parce que pour être totalement honnête et transparent, j’ai eu une sorte de traumatisme au début du groupe dont je me relève à peine parce qu’initialement il n’y avait que moi qui chantais. Je débutais, je n’avais jamais pris de cours de chant et les autres m’ont dit « Vas-y, vas-y chante ». J’ai dit « vous êtes surs ? Bon allez je le fais » et en fait c’était une catastrophe. Et je me suis pris quelques retours assez durs là-dessus et ça m’a fait une sorte de blocage.
    Depuis plus de dix ans maintenant j’ai du mal à passer outre. J’ai travaillé beaucoup pendant « Spirited Away », après j’ai un peu laissé tomber, mais j’ai une prof de chant qui m’aime bien qui me suit et avec qui je fais de temps en temps des rappels. Faut que je travaille plus mais quand j’entends le résultat sur l’album je ne grince pas des dents donc ça va, ça passe.

Franchement ça fait plus que passer

  • Merci

Et donc tu disais il y a un lien entre tous les albums mais du coup vous aviez du matériel qui datait de « Spirited Away » ou vous avez fait table rase et vous êtes repartis de zéro ?

  • J’ai une sorte de base de données où j’enregistre toutes mes idées dans laquelle je vais me replonger de temps en temps. Par exemple sur « The Right To Pain », le refrain a vingt ans. On l’a modernisé, on l’a refait, mais c’est un « vieux morceau ». « Lady Ivy » est un morceau qui était initialement prévu pour « Spirited Away », mais il n’était pas assez mûr au moment où on a enregistré l’album, et voilà, c’est des mélanges comme ça. L’intro de « The Broken Frame », le gimmick, c’est un truc que j’ai dans mes tiroirs depuis un petit moment. J’assemble un peu toutes les idées comme ça, mais j’ai toujours envie de recréer. Je vais toujours me rassurer sur ma capacité à créer. Donc à la fois j’ai une base rassurante où je me dis : « si je ne trouve rien j’ai ma base de données », et en même temps je recrée toujours des choses à rajouter.

En termes de composition vous fonctionnez comment ? Comme un groupe ou tu gères tout ?

  • Je ne gère pas tout, non. Je ne sais pas comment font les autres groupes. Par rapport au temps dont on dispose et par rapport à ma façon de fonctionner, j’arrive avec un morceau. Il y a une première version de tout : de la structure, des lignes mélodiques, souvent des paroles aussi, de l’ambiance globale. Donc j’amène une structure, une ambiance une ligne mélodique, par contre la partie batterie est à chier parce que ce qu’elle n’est pas naturelle, la basse c’est un truc tout simple, la guitare est à améliorer, tout est à améliorer, à amener dans un niveau supérieur, à faire du tri dans les parties qui ne servent à rien, réarranger les structures, mettre les harmonies sur les refrains, toute cette illustration on la fait vraiment au fur et à mesure tous ensemble.
    Et puis là, j’ai pu m’appuyer sur une équipe. Le batteur c’est un tueur : il sait, voilà. Moi quand j’ai commencé je partais de rien. Je n’avais aucune idée de l’univers de la batterie. Avec lui j’ai compris ce que c’était de jouer de la batterie : ce n’est pas en mettre partout, cela ne sert à rien, et un bon « poum tchak » bien senti avec le groove qui va bien et un bon break de sortie, ça donne tout ce qu’il faut. A la basse, P.E. a fait un travail de malade, Nils Courbaron à la guitare a aussi fait un travail de malade ; avec Ombeline ça a été un plaisir.
    C’est un truc qui caractérise Asylum depuis le deuxième album, c’est qu’on a toujours avancé avec ce qu’on pouvait. Au final, on avançait même si le line up n’était pas fini. On n’a pas dit « tiens on attend d’avoir le line-up » ; on avance on y va et puis on voit ce qui se passe. Et là ça a fait ça. Quand on a enregistré l’album il n’y avait que moi à la guitare et Nils. Il ne fait pas partie du groupe mais presque. C’est un ami proche, il a tourné avec nous, on sait que si un jour on a un problème il est là pour nous dépanner.
    C’est lui qui nous a présenté Fabien qui est aujourd’hui à la bass et donc même si j’ai progressé à la guitare, quand tu as quelqu’un comme Nils qui veut bien faire l’album avec toi tu dis « ok !». Ce qui a été super c’est le respect de toutes ces personnes qui sont des musiciens hors paire pour l’idée initiale de quelqu’un comme moi qui vient de nulle part, qui a juste des idées de mélodies. Tous ces gens là ont respecté un état d’esprit, une mélodie, un morceau, une direction et l’ont amenée à un niveau supérieur. Et ça c’est super.

Parle-moi du recrutement d’Oxy, ça s’est fait comment ? Vous vous connaissiez ou c’était vraiment du recrutement ?

  • Alors en fait, ça s’est fait grave à un autre intermittent d’Asylum, Steve, qui a fait plusieurs dates avec nous. Au moment de chercher une chanteuse il m’a dit « tiens, je connais Oxy tu devrais la rencontrer ». Et on s’est rencontrés. Alors autant quand on a cherché quelqu’un pour le deuxième album on a auditionné 32 chanteuses, autant là c’est la première qu’on a rencontrée. Pour le principe j’en ai revu deux autres après mais en fait c’était plié. Il y a eu un coup de cœur artistique et humain. On a des caractères un peu spéciaux tous les deux mais on arrive à se comprendre et à travailler ensemble et ça c’est super.

Oui c’est un beau résultat en tout cas. Il y a des invités sur l’album et pas des moindres : Yannis Papadopoulos de Beast in Black sur « Sex, Drugs and Scars » ! Comment ça se construit un featuring comme ça ?

  • Et bien c’est le hasard total. J’avais ce titre (« Sex, Drugs and Scars ») sur lequel je faisais les parties que lui fait aujourd’hui et je n’étais pas du tout satisfait de ce que je faisais. Je n’arrivais pas à l’interpréter comme je voulais. Et un jour je suis allé voir Rhapsody en concert. On avait tourné avec eux donc j’y allais en tant que spectateur mais aussi pour revoir des amis. Et en première partie il y avait Beast in Black. En discutant avec Nils qui me disait le plus grand bien d’eux, je me suis dit « putain ça irait bien quand même ». Et j’ai eu le culot lorsqu’ils sont sortis de scène, et qu’ils sont allés au merch, de lui sauter dessus.
    Je lui ai dit « est-ce que je peux t’envoyer un message demain pour te proposer un truc ? » et il m’a dit « oui pas de problème tu m’ajoutes sur Facebook » et ça s’est passé comme ça. Je lui ai proposé, il m’a dit oui et direct. Et puis le mec est adorable. On l’a recroisé quand il est passé il y a quelques temps et il est super, humble gentil et tout. Il est venu nous voir. Quand tu entends la puissance vocale qu’il déploie sur ses pistes séparées, on dirait qu’il y a déjà des guitares derrière mais il est tout seul ! (rires).

Et pour Raf Pener ?

Et bien il est dans le même groupe que Nils : T.A.N.K. alors Nils me l’a présenté. De plus le hasard fait qu’on est voisins. Il habite à 300m de chez moi donc on est devenus amis et quand on a fait « (D)ea(r)th » on lui a proposé.
Ce morceau a énormément changé, c’est celui qui a le plus changé entre sa première mouture et la fin. Il était moins agressif au début. Et c’est parti d’une idée de batterie du pont de Thomas, on s’est dit « tiens l’idée est cool mais ça fout en l’air tout l’esprit du morceau ». On a rechangé l’esprit du morceau vers un truc plus agressif et là on s’est dit « pour faire une voix comme ça, Raf ça pourrait le faire ». Et puis il a accepté tout de suite aussi et voilà.




Quels sont les thèmes développés dans N°4 ? Ce n’est pas un concept album mais il y a quand même une ligne directrice.

  • C’est un concept groupe en fait c’est là que tu construits tout. Il y a des mélanges des titres qui annoncent le sous-titre qui est « The Mandatory Awakening » c’est le réveil obligatoire et c’est le début de la résistance. Dans cet album là il y a cette rage, tu as envie de combattre. Il y a le début du soulèvement qu’on va développer sur le cinquième album avec des titres comme « One Day », « The Broken Frame » mais c’est plus suggéré pour l’instant. Et il y a aussi un mélange des thèmes Ecolo des deux premiers albums avec des thèmes sur les esprits du troisième album et par exemple sur « Lady Ivy » tu peux faire un parallèle.
    Ce titre qui était initialement prévu pour le troisième album parle des maladies ou des problèmes de santé comme les AVC qui peuvent amener à faire en sorte qu’à un moment donné tu n’es plus maître de ton corps et la matière prend le dessus sur ton esprit. J’ai écrit ça en pensant beaucoup à mon grand-père à qui c’est arrivé. Où t’essaye de le voir s’exprimer et finalement il n’y arrive plus. Il avait les choses en tête, il voulait les dire et son corps ne voulait plus les dire. Et on peut faire le parallèle de ça avec ce que l’homme fait à la terre en fait. On peut avoir cette double lecture.

Et tes inspirations du coup pour les textes, elles te viennent d’où ?

  • L’inspiration c’est vraiment l’observation de la vie de tous les jours et c’est mon évolution en fait tous ces textes. C’est aussi pour ça que c’est cohérent et que ça fait comme un concept, c’est que ça a été naturellement depuis le premier album jusqu’ici ma propre évolution, mon analyse, mon regard sur la société.
    Je me pose énormément de questions environnementales, sur la société, comment faire cohabiter tout ça, entre les besoins des uns des autres, les contraintes, le futur. Je me nourris beaucoup de l’actualité, de mes propres réflexions, de mon observation. A l’époque j’ai beaucoup voyagé j’ai essayé de faire un peu tous les continents pour voir cet aspect nature, et au fur et à mesure de toutes les rencontres que ce soit pendant les voyages ou même en France, tu vois que parmi tous les gens que tu croises il y en a qui sont comptables, RH, ils font du fret à Roissy, ils sont boulangers, tu as plein de personnes différentes qui ont un regard différent et qui ont tous un truc à apporter. Tu vas refaire le monde et c’est toutes ces réflexions-là.
    Après ça peut être des images de films. Quelqu’un m’a posé la question si je m’inspirais de films. Je ne m’inspire pas de films en tant que tels. Par contre à certains moments en écrivant les paroles ou en écrivant le musique, j’ai des images en tête et je sais que ces images-là parfois ce sont des images que j’ai observées moi-même, mais c’est aussi des images que j’ai pu voir à un moment donné dans un film. Je ne saurais pas dire quel film et à quel moment, mais cette image-là m’a marqué.

Tu lis un peu ou pas ?

  • Pas assez. Je m’y suis remis un peu ces derniers mois mais j’ai du mal parce que je n’ai pas le temps déjà, et quand je lis mon esprit est très volatile (rires). J’ai du mal à me concentrer sur un truc. Et même parfois quand je parle, ce n’est pas que la personne m’ennuie ou quoi que ce soit, c’est juste que je vais penser à un autre truc et je vais passer à autre chose. Pourtant je vais parler avec la personne mais mon esprit est parti sur autre chose. La lecture c’est un peu pareil.

Rires. Je comprends ! Qu’est ce que tu attends de cet album ? Par rapport aux précédents ? Ce que tu attendais et que tu n’as pas eu.

  • Je suis fier de tout le parcours et je pense que depuis trois albums, chaque fois on me dit il y a du potentiel (sous-entendu il n’est pas exploité à fond) et pour les labels, les festivals et même les fans, quand tu ne restes qu’à l’état de potentiel ça peut être frustrant.
    Aujourd’hui, je pense qu’on a sensiblement dépassé l’état de potentiel et le truc il est là. Il est juste là à prendre tel que. Après on aime ou on n’aime pas c’est une histoire de goût, mais qu’au moins il y a des gens qui vont plus rentrer dedans et mine de rien, rien que dans les démarchages, même si aujourd’hui on n’a pas les propositions qu’on aimerait, a plein de niveaux, il y a beaucoup d’intérêt sur nous avec cet album là dans toute la promo et dans les échanges avec des gros labels.
    Donc en continuant là-dessus, je pense que des portes vont s’ouvrir. Ce que je veux c’est simplement continuer à faire de la musique sans me poser la question. C’est soit tu fais de la musique soit tu as un appart. Aujourd’hui j’en suis presque à ce niveau-là. Si je ne faisais pas de musique, je serais propriétaire de mon appartement.

La musique c’est un investissement, c’est sûr !

  • C’est un investissement qui est énorme. Et c’est quelque chose que je ne pourrai pas faire toute ma vie parce qu’à un moment donné ça n’a plus tellement de sens. Il y a quelque chose qui est là, je veux juste pouvoir continuer à faire des albums, faire de la musique, pouvoir jouer devant des gens et partager avec les gens dans la détente et dans le plaisir.

Et au niveau des tournées, vous avez des choses de prévues ?

  • On a trois dates prévues avec Demons & Wizards fin mai dans trois salles assez sympathiques en Allemagne et en Suisse. On va essayer de préparer un vraie belle date Parisienne à la rentrée. On ne voulait pas faire juste une Release à la sortie de l’album ça n’avait pas trop de sens.
    Avec un nouveau line-up on préfère que l’album se fasse un peu sa pub. Ce que j’aime c’est quand les gens chantent avec nous. Si on leur présente l’album alors qu’ils ne connaissent pas les titres, ça n’a pas de sens.
    Là on a envie de s’amuser et cela nous laisse un peu plus de temps par rapport à la promo pour préparer un vrai beau set avec beaucoup de nouveaux morceaux mais également aller piocher dans les anciens albums. Revisiter les morceaux et même des morceaux du premier album par exemple. Et ensuite repartir un peu à l’image de ce qu’on avait fait avec Rhapsody, repartir sur une tournée Européenne.

Oxy est sur un registre de chant différent de celui d’Adeline du coup vous allez retravailler les anciens morceaux ?

  • Sur 90 % des titres ça passe bien, elle a pris le micro et elle a chanté à sa façon. C’est la même ligne mélodique. Après il y a quelques phrases qu’elle ne sentait pas ou qui lui allaient moins bien et elle se les aie réappropriées. Il n’y a vraiment pas eu beaucoup de problèmes voir pas du tout.

Il y a des musiciens professionnels dans le groupe ?

  • Le batteur : c’est son métier. Il en vit mais il est multi-projets. Il a une dizaine de projets et il fait des sessions, des remplacements. PE il pourrait mais il a fait un autre choix de vie pour l’instant. Mais il n’y a personne qui est dans un groupe et qui gagne assez bien sa vie pour être professionnel. Je ne connais pas encore assez bien Fabien Mira le bassiste qui vient d’arriver. Mais dans le groupe, Oxy, PE et Thomas peuvent jouer et chanter n’importe quoi ils pourraient être musiciens professionnels.

Dernière question : si tu pouvais choisir le groupe avec lequel vous allez tourner ce serait qui ?

  • Ahhh ils sont passés hier soir !

Ahhh Avantasia !

  • Et oui c’est un rêve ! C’est un exemple pour moi. Je ne dis pas que toutes les compos sont géniales, mais dans le principe, dans l’état d’esprit dans le type de musique qui est joué, je trouve que ce qu’il a fait est fantastique. Jouer avec eux serait un plaisir maintenant je sais qu’ils ne prennent pas de premières parties. Ils sont assez nombreux pour faire trois heures de concert alors…(rires). Après jouer avec Beast in Black me ferait plaisir, avec Amaranthe aussi bien-sûr. Je pense qu’on a la capacité d’aller jouer avec plein de groupes. Le répertoire peut s’adapter. Il ne sera 100 % adapté à aucun groupe mais par contre, il peut-être partiellement adapté à plein de groupes. Ça c’est cool. Et ça ne serait pas idiot qu’un jour on ouvre pour des artistes du type Lady Gaga. Mais déjà jouer avec Demons & Wizards avec Hansi Kürsch de Blind Guardian c’est un rêve parce qu’il fait partie des quatre ou cinq personnes qui m’ont donné envie de jouer de la musique.

Et Oliva ?

  • Ah mais oui, Jon Oliva, alors ça ! Savatage, Oliva évidemment !

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