Among The Living
Interview

Entretien avec Victor, organisateur du Festival 666 à Cercoux

Entretien avec Victor, organisateur et créateur du Festival 666 à Cercoux


Quel est votre parcours de vie et ce qui vous a amené à cette organisation aujourd’hui ? 19 ans c’est jeune pour un organisateur de Festival non ?

Après plusieurs Hellfest avec mon père (notamment celui de 2017) je me suis demandé comment faisaient les porteurs de ce projet pour monter un tel festival sur Clisson. Je me suis interrogé sur ce que cela donnerait à plus petite échelle sur Cercoux. En septembre 2017, j’avais 15ans, je me présente à la mairie pour expliquer mon idée. Idée qui a tout de suite plu puisque la mairie nous a soutenu dès le début ! Toujours à cette même période je vais voir Niko après leur concert à Angoulême pour lui proposer d’être la première tête d’affiche de mon premier festival. L’idée d’accompagner un jeune de 15ans a dû lui plaire. On a monté avec l’asso notre première édition en août 2018 où j’avais 16ans. Aujourd’hui encore plus de la moitié de nos bénévoles ont moins de 25ans.

19ans c’est super jeune ! Surtout lorsqu’on avait commencé à 15ans. Mais aujourd’hui je pense que c’est ce qui fait notre force, et je suis content que l’on commence à être pris au sérieux de la sorte par les agents, prestataires ou simplement les festivaliers. C’est très encourageant pour la suite.

Comment avez-vous pu maintenir le festival dans un environnement sanitaire aussi dégradé ?

Le premier enjeu était de s’adapter continuellement aux contraintes sanitaires qui évoluent beaucoup. Pour éviter les mauvaises surprises, nous avons demandé le pass sanitaire à nos festivaliers dès le mois de mai. Je crois qu’on a eu une bonne intuition.

Le deuxième enjeu était de ne pas se faire oublier par nos festivaliers, sponsors et prestataires. Qu’il est difficile de communiquer sur un event qui n’existe plus ! Finalement ce fut une expérience très enrichissante : ce n’est pas tous les jours qu’on apprend à déconstruire un festival entièrement dans le but de le remonter l’année suivante. Le report de 2020 était un travail assez compliqué qui me prenait beaucoup de mon temps, mais le ministre nous a gentiment donné le bac au contrôle continu, donc j’ai pu bien me consacrer à organiser le report.

 Comment gère-t-on le contrôle sanitaire aujourd’hui et quelles sont les mesures que vous avez mises en place ?

Nous demandons le pass sanitaire à l’entrée du fest. Pour ceux qui n’ont pas de vaccin ou de test, on propose un test antigénique gratuitement avec un résultat en dix minutes. Ces tests ne sont ouverts que de 13h à 20h tous les jours du festival. Sinon nous avons doublé la surface du festival en étant entièrement en Open Air. Aussi le festival est maintenant en cashless pour éviter les contacts aux bars.

Comment monte-t-on une affiche comme la vôtre et qu’est ce qui a motivé vos choix de groupes (essentiellement français) ?

En fait l’affiche reflète mes gouts musicaux. Nous avons à cœur de promouvoir la scène française car je la trouve très qualitative. Je m’occupe de contacter les agents des groupes : soit on se connait déjà bien maintenant, et tout se fait assez rapidement, soit je leur suis encore inconnu et la procédure est plus longue. Aussi nous recevons beaucoup de demandes par mails et c’est ainsi que nous prenons les groupes locaux. Pour Phil Campbell, c’est lui qui a demandé à venir jouer sur Instagram !

 Avez-vous eu des déceptions concernant le booking de certains groupes ?

Heureusement non ! On arrive en général à signer les groupes que l’on souhaite voir sur l’affiche. Les seuls groupes que nous n’avons pas pu accueillir alors que nous le souhaitions, étaient indisponibles sur notre week-end.

 Comment se finance le festival 666 ?

Le festival essaye de rester le plus indépendant possible. On égalise principalement le budget avec la billetterie, et la vente de bière sur place (le métalleux aime la bière) et le merchandising. C’est ensuite là qu’interviennent les mécènes pour combler ce qui pourrait manquer dans le budget prévisionnel. Le budget 2021 est environ à hauteur de 150 000€




On s’est limité en mai à 1000 festivaliers.

Combien êtes-vous à travailler sur le festival et son organisation ?

Nous sommes une douzaine-quinzaine à s’occuper du fest toute l’année. Divisé en plusieurs pôles, je m’occupe de la prog et de la communication, d’autres s’occupent de la technique, d’autres de la sécurité, d’autres de l’espace market… Qui dit association dit trésorier et secrétaire pour le côté plus administratif. Le Jour J nous serons environ 80 bénévoles par jour.

 Quelles sont les principales difficultés que rencontre une organisation comme la vôtre pour venir à bout d’un événement comme celui-ci (en dehors de la crise sanitaire) ?

Comme nous organisons ce fest sur notre temps libre en étant bénévole, il est parfois difficile de ne pas terminer des tâches en retard. Les demandes de subventions peuvent être parfois difficile à monter, ou encore la distribution électrique sur le site du fest peut être aussi un casse-tête. Également le dossier sécurité n’est pas toujours évident à monter.

Comment les habitants de Cercoux ont-ils accueilli ce festival ?

Pour l’instant très bien ! Nous les prévenons au préalable qu’il y aura du bruit durant tout le week-end, mais globalement je crois qu’ils sont contents de voir de l’animation dans Cercoux. On double presque la population du village en un week-end !

La situation géographique du Festival est-elle un avantage ou un handicap ?

Un peu des deux. On a l’avantage d’être en milieu rural dans le sens où il n’y a pas vraiment de propositions métal dans le coin, et que les contraintes sont moindres que si nous faisions le fest en métropole. Donc on est assez libre pour évoluer. Les discussions avec la mairie ou les autorités sont très rapides et efficaces.

On a le handicap d’être en milieu rural dans le sens où la zone de chalandise est assez mauvaise. Si nous faisions ce fest en région nantaise ou bretonne par exemple, je pense que nous pourrions accueillir bien plus de monde par jour.

 Parlons un peu de la jauge fixée à 1000 festivaliers. Elle n’aurait pas pu être plus élevée ?

On s’est limité en mai à 1000 festivaliers. Si nous pouvons faire plus, nous accueillerons plus de monde. Il ne faut pas non plus trop se précipiter au risque de griller des étapes. Mais finalement on aime la proximité que propose ce genre de jauge, où le festivalier voit très bien la scène et se sent proche du groupe dont il est fan (possibilité de discuter au merch, prendre des photos avec eux…), chose que l’on perd au fur et à mesure et que le festival agrandi sa jauge.



Vous avez quasiment fait le plein pour cette édition, d’où viennent principalement vos festivaliers ?

On est à 80% ! Nos festivaliers proviennent beaucoup de Bordeaux ou de Saintes et Angoulême. Sinon on voit que des lyonnais, des parisiens, lillois et brestois vont faire le voyage jusqu’à chez nous. On est super fiers que le festival puisse plaire ailleurs que dans notre département. 

Je vois évoluer le FESTIVAL 66 en 2022  avec 2-3000 personnes par jour

Quel regard avez-vous sur la scène métal en général et la multiplication des festivals dans l’hexagone ?

C’est une très bonne chose. Comme je le dis souvent, 2021 est l’occasion pour les plus petits festivals de montrer ce que nous valons. Que l’on peut nous aussi faire de belles choses. Bien sûr ce qui arrive aux plus gros festivals de France est déplorable, mais je suis content que cela permette aux habitués de découvrir tous ces autres festivals qui s’organisent pour changer. Je trouve la scène métal française très qualitative et la nouvelle génération promet !

Le Hellfest a-t-il été un moteur de promotion de la scène métal selon vous et vous a-t-il inspiré ?

Je pense oui. Il permet à tous de découvrir ce genre musical. Même mes amis qui n’aiment pas le métal connaissent le Hellfest et souhaitent un jour y jeter un œil. Je pense aussi qu’il a permis à de nouveaux groupes de se dire que le métal en France n’était pas mort, et qu’il permet à ces groupes de donner le meilleur d’eux-mêmes pour progresser avec pour objectif de terminer sur l’affiche à Clisson.

Comment voyez-vous évoluer votre festival au cours des années à venir, aussi bien en termes de taille mais aussi de programmation ?

Je le vois évoluer en 2022 si possible avec 2-3000 personnes par jour, toujours à Cercoux. Mon objectif final est d’un jour pouvoir accueillir Gojira sur nos scènes. Il faudra bien travailler en amont, mais c’est mon objectif. Pour un festival comme le nôtre qui essaye de promouvoir la scène française, Gojira parait être l’aboutissement final.

Quelles sont vos aspirations secrètes quant au devenir du festival ?

J’aimerai le voir devenir un festival non négligeable dans la scène métal française. Evidemment c’est beau de rêver, mais il ne faut pas griller les étapes et ne pas prendre la grosse tête. Dans le doute j’ai quand même fait la promesse à un ami de figurer un jour parmi les plus importants festivals de métal en France.

 

Pourquoi doit-on prendre sa place au Festival 666 ?

Parce qu’on vous réserve plein de surprises pour le Jour J ! On est une petite bande de jeunes qui se donnent à fond pour organiser au mieux notre troisième édition malgré les contraintes, et on espère que l’attente en aura value la peine.


Related posts

Interview avec Z FAMILY

Emmanuelle Neveu

Entretien avec Renato, chanteur du groupe FLAYED

Stephan Birlouez

Entretien avec Fabrice et Ludo de SUP/SUPURATION

Le Masc

Lacher un commentaire

* Utiliser ce formulaire implique que vous êtes d'accord pour que nous stockions les informations que vous nous confiez.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

X