STINKY
Interview réalisée le 27 février 2025 par Martine Varago
Avec plus de 400 concerts dans quinze pays différents, quatre tournées européennes, quatre albums et un EP, Stinky défend sa musique. Mélangeant des influences variées, le quatuor puise son catalogue du metal au punk, de While She Sleeps à Paramore en passant par Knocked Loose et Stick To Your Guns.
Après un changement de line-up fin 2022, composé maintenant d’Enzo Bussolino (guitare, chant), de Clément Rambaud (guitare, chant), Clair Larrieu-Maillard (chant), Maxime Cuypers (basse, chant) et de Paul Saltet (batterie, chant), Stinky revient avec des influences plus metalcore, comme le démontre leur nouvel album « Solace » sorti le 21 février 2025. Cela fait quatre ans qui se sont écoulés entre leur avant dernier album « Of Lost Things » et leur nouvel opus « Solace » (label américain M-Theory Audio). Paul et Max sont ravis de répondre à nos questions.
Puisque le bassiste et le batteur sont présents, on va commencer par parler de vous. Souvent les guitaristes et les chanteurs sont mis en lumière dans un groupe, comment avez-vous intégré la charpente rythmique de Stinky ?
Max : Quand on compose, on est chacun dans notre studio. On propose des idées chacun les uns les autres, puis on sélectionne tous ensemble les morceaux qui nous plaisent le plus. Il y a eu beaucoup de propositions de Paul, d’Enzo aussi à la guitare et de moi à la basse. Au final, dans la composition des morceaux, il n’y a pas une hiérarchie qui se met en place, que ce soit à la basse, à la guitare ou à la batterie. Tout le monde trouve sa place.
Je vous ai vus sur scène à la Maroquinerie, à Paris, en première partie de Pogo Car Crash Control. On ressent à la fois de l’énergie et de l’agressivité sur scène : qu’est-ce que vous avez envie de livrer comme message, au fond ?
Max : On a une musique énergique et on a beaucoup de messages à faire passer dans nos textes. Cette agressivité, mais je pense qu’il n’y a pas que de l’agressivité, il peut y avoir aussi de la mélancolie, un peu de colère, un peu de frustration, de remise en question. On va passer beaucoup de choses au moyen de notre musique et au moyen des textes que Clair écrit. Justement, dans notre dernier album, on parle de santé mentale, de relations humaines, du syndrome du sauveur, de notre relation par rapport à la nature et aux animaux de compagnie. Pour couvrir tous ces thèmes, on utilise une palette d’émotions assez variées.
On sait bien que, derrière une agressivité, se cachent des émotions comme la colère, la frustration. C’est personnel à chaque individu. Est-ce qu’il y a eu un élément déclencheur dans votre vie ?
Paul : C’est notre vécu qui nous pousse à en parler mais je n’ai pas d’exemple particulier. D’autre part, c’est le style de musique qui veut ça. Le punk hardcore, c’est une musique assez vénère.
Max : Il y a aussi des émotions positives et joyeuses. Dans le dernier album, cela parle beaucoup de ce qu’a vécu Clair : les moments qu’il a traversés ces dernières années. Voilà ça parle pas mal de sa transition de genre.
Et comment avez-vous vécu cette transposition : l’avez-vous accompagné dans ces moments ?
Paul : Cela fait 20 ans que je connais Clair dont 10 ans de musique ensemble, donc on l’a accompagné dans ce parcours-là. On l’a écouté, on l’a épaulé pour qu’il se sente le mieux possible.
Max : Quand je l’ai rencontré, il y a quatre ans, Clair avait déjà entamé son parcours. Je l’ai encouragé dans sa démarche.
Une modification de composition du groupe avec l’arrivée de Maxime, Enzo et Clément : qu’est-ce que ce changement a apporté à Stinky ?
Paul : En premier lieu, on a travaillé de manière différente. On a beaucoup plus travaillé en studio, alors qu’avant c’était vraiment à l’ancienne : on se trouvait en répète pendant 24 heures ou une journée et on essayait des choses.
Max : En fonctionnant de façon différente, on a pu expérimenter davantage car en studio on pouvait enregistrer directement ce que l’on pensait. On pouvait voir si cela fonctionnait ou pas, passer facilement d’une idée à une autre. On s’est creusé la tête et on a pris une direction artistique qui est venue très naturellement. En fait, Clair et moi-même, on écoutait beaucoup de metalcore : c’est ce genre-là que l’on voulait apporter dans le nouvel album. Avant, avec l’ancienne équipe, c’était beaucoup plus punk hardcore. Max est peut-être un peu plus post-hardcore et cela a apporté quelque chose de vachement sympa sur les morceaux.
Votre groupe s’attaque à des sujets bien ancrés dans son époque, comme la place des minorités de genre au sein de la scène musicale, et plus largement dans notre société. Vos textes écrits majoritairement par Clair parlent de minorités que vous défendez. Pourriez-vous nous en donner une illustration ?
Max : « Alignment » parle du fait d’être en phase avec soi-même, d’apprendre à se connaître. Cela peut parler, en effet, d’identité de genre ou de transidentité. Je suis un homme et je me suis rendu compte en grandissant qu’un homme peut être extrêmement sensible. J’ai mis beaucoup de temps avant de comprendre ça. Donc, ce titre me parle aussi énormément.
Tout être humain a une sensibilité mais il la montre plus ou moins : c’est une question d’éducation, de culture, de vouloir paraître. Certains hommes peuvent être plus sensibles que certaines femmes et ce n’est pas du tout une question de genre. On se construit avec l’éducation que l’on reçoit et certains petits garçons sont plus sensibles ou plus émotifs que certaines petites filles. Encore une question d’éducation et de culture. Même les animaux ont une sensibilité ! Nous sommes tous des mammifères avec un ressenti différent suivant son propre vécu.
Vous avez fait appel à une amie de longue date, Leslie Marqué, céramiste, qui a confectionné dans son atelier une couronne de ronces verte en céramique. Cette couronne d’épines figure sur la pochette du vinyle. Est-ce que cette couronne a une signification particulière ? Celle que l’on connaît est la couronne que portait Jésus-Christ avant sa crucifixion ?
Paul : Il n’y a pas de lien avec le côté religieux.
Max : C’est une symbolique qui signifie que l’on apprend à vivre en traversant des étapes difficiles et comment dans notre monde, dans notre vie, on avance et on trouve du refuge, du réconfort. Cette couronne d’épines que l’on porte symbolise donc les difficultés et les choses qui peuvent nous mettre des bâtons dans les roues dans la vie.
Votre morceau « Mourning Flowers » sonne un peu lent plus que les autres chansons. Est-ce que vous pourriez nous nous en parler davantage ? Pour terminer cette interview pourriez-vous nous indiquer quel est votre morceau préféré sur cette album Solace ?
Max : Je conseillerais d’écouter en premier « Mourning Flowers » parce que le titre de l’album se marie bien avec ce morceau-là et passe par toute la palette d’émotions que l’on retrouve dans l’album. Je l’aime beaucoup car il est très efficace. En ce moment, j’aime bien écouter « Grass Snakes » parce que je le trouve hyper speed et hyper efficace.
Paul : Il est vachement chouette. Le fait aussi que Lou (ndj : Lou Koller) soit en featuring, avec le chanteur de Sick of It All, ça rajoute quelque chose. Sa présence est un atout. Ça joue sur le fait que j’aime beaucoup ce morceau. Ça se marie bien, le punk hardcore avec le metal. On a des samples à l’intérieur et c’est vraiment un condensé de ce que l’on sait faire et de ce que l’on a fait sur cet album-là.
Comment avez-vous connu ce chanteur ?
Paul : On a joué avec le groupe Sick of It All deux ou trois fois en France. On s’est bien entendus : ils sont tout à fait abordables, même s’ils ont un statut de groupe légendaire de hardcore américain. Étant donné que l’on connaissait déjà le chanteur Lou , on l’a recontacté via Instagram et on lui a proposé de l’inviter à chanter sur ce morceau. Puis, on lui a envoyé nos premières maquettes et ça lui a plu. Il a fait quelques prises et on a échangé de cette manière sur Instagram. Il a enregistré chez lui dans son studio. Il nous a envoyé quelques pistes et, enfin, on a mixé et masterisé tout ça.
Max : C’est impressionnant parce que cinq jours après lui avoir envoyé notre maquette, il avait déjà fait cinq prises différentes, alors qu’il était malade le pauvre ! C’était impressionnant, sa réactivité.
Nous arrivons à la fin de l’interview est-ce que vous avez des projets à dévoiler à vos fans et à nos lecteurs ?
Max : On reste très concentrés sur la sortie de l’album qui a eu lieu le 21 février dernier et on n’a pas encore vraiment travaillé sur la suite. On espère qu’il y aura des dates qui vont arriver cette année et l’année prochaine. Merci d’avoir écouté l’album.
Merci d’avoir accepté cette interview et à une prochaine fois en live !



