SORDIDE : l’interview
Sordide s’est formé en 2013 à Rouen. Quelles étaient vos influences à ce moment et aviez-vous des attentes particulières ?
À l’époque, l’idée était de jouer une musique brute et directe, un black metal joué avec un esprit punk. Nous n’avions pas d’attentes particulières.
Vous faites partie du collectif La Harelle aux côtés de Iffernet, Mälemort, Mòr, Oderg In, Telümehtår et Void Paradigm. Pouvez-vous nous dire ce que représente pour vous ce regroupement ?
La Harelle fédère sous le même nom des groupes rouennais qui partagent les mêmes membres, qui eux-mêmes partagent un certain nombre d’affinités musicales et humaines.
Vous officiez musicalement parlant dans le Black Metal teinté de touches Punk. Comment se déroule habituellement le processus de composition ? Avez-vous des goûts musicaux complémentaires dans le groupe ? Et si oui quels sont ces groupes ?
Nehluj réalise des maquettes instrumentales qui sont ensuite retravaillées en répétition avec le groupe au complet. Les répétitions sont enregistrées pour nous permettre d’échanger ensuite sur les points à améliorer. Nous avons chacun des goûts musicaux très variés allant de Damia à Mayhem en passant par Stravinsky et Satie, difficile donc d’établir une liste !
Au niveau des thématiques développées sur vos albums on peut évoquer la France, la violence et l’anti-fascisme. Qu’est ce qui vous a amené à vouloir faire focus sur ces trois sujets par exemple ?
Lorsqu’il a été choisi d’opter pour le français pour les paroles du premier album, il nous est venu naturellement l’envie d’écrire des paroles ayant un minimum de sens pour nous, que ce ne soit pas juste un accessoire.
Au fil des albums, les contours de thèmes récurrents se sont effectivement dessinés ; l’introspection, une certaine forme de révolte, la mort et le questionnement de certaines valeurs reviennent souvent sous différentes formes. Il n’est jamais question pour nous de faire un focus particulier, et les sujets arrivent assez naturellement à nous au fil de nos existences.
Par contre, les thématiques développées ne sont ni la France, ni la violence, ni l’anti-fascisme. Ce sont juste les thèmes répertoriés sur Metal Archives, souvent maladroitement choisis : “La France a peur”, c’est le titre de notre premier album et “Violence” le titre de la chanson qui le termine. Les Metal Archives ont parfois tort.
La France a peur votre premier album est paru en 2014. Comment le percevez-vous avec le recul ?
Il est l’expression parfaite de ce que nous recherchions à exprimer à l’époque, d’une manière brute et viscérale, sans artifice, sans chercher à plaire.
Quels regards portez-vous sur les quatre albums studio suivants ?
Ils évoquent tous des souvenirs particuliers et sont des instantanés de ce qu’était Sordide à différents moments de sa vie. Ils montrent, on l’espère, l’évolution d’un groupe qui reste en recherche et en questionnement, sans tomber dans la formule.
Comment s’est déroulé le processus de composition et d’enregistrement pour le dernier album en date Ainsi finit le jour paru en 2024 ?
Pour la composition, le processus a été le même que celui décrit précédemment. Pour l’enregistrement nous avons réalisé les prises instrumentales en live chez Master of Goats, à nos côtés depuis le début, puis nous avons enregistré les voix à la maison. Master of Goats s’est ensuite occupé du mixage et nous avons envoyé le tout à Colin Jordan pour le mastering à Boiler Room.
Vous vous exprimez dans la langue de Molière. Est-ce un choix évident ? Qu’est ce qui vous a amené à ce choix ?
Ce choix s’est très vite imposé lors de la conception de Sordide. C’était déjà assez fréquent dans le Black Metal à l’époque d’avoir des groupes chantant dans leur langue maternelle ; ça favorise la diversité et permet de s’émanciper un peu de l’hégémonie de l’anglais dans le rock en général. Pour nous c’était aussi un moyen de prendre les paroles au sérieux et de nous obliger à y apporter un soin particulier.
Le 9 mai vous allez jouer à Hérouville St Clair lors de l’Obscure Soirée numéro 6 aux côtés de Gravekult et Necrowretch. Vous avez déjà partagé l’affiche avec les Nantais de Gravekvlt. Quels types de souvenirs en gardez vous ? Et comment s’est déroulée votre tournée l’an passée ?
C’était une excellente soirée avec les gars de Gravekult à Nantes, dont c’était la release party. Nous sommes bien contents de partager la scène avec eux, ils sont adorables !
À la sortie d’Ainsi finit le jour, on a fait deux tournées et elles se sont très bien passées. La première, c’était un peu le tour de la francophonie ; la deuxième, un long voyage jusqu’aux Balkans. Elles nous ont permis de nous produire dans des lieux magnifiques comme La maison des chœurs à Montpellier pour le festival Ex Tenebris Lux, et de jouer dans pas mal de nouvelles villes en Europe de l’Est : Mostar en Bosnie-Herzégovine, Zadar en Croatie, Bratislava, Budapest ou encore Graz et Innsbruck.
David a participé au livre Croire au Black Metal. C’est un bien bel ouvrage que j’ai apprécié. Quelle expérience en a-t-il tiré ?
Rien de particulier : j’ai répondu à quelques questions sur mon rapport au black metal. Ce n’était pas un entretien ou une discussion, mais des questions envoyées à distance. Personnellement, je travaille sur le black metal en musicologie tout en étant assez sceptique quant à son intellectualisation ou à l’étude hors-sol. J’ai particulièrement aimé la partie qui croise les témoignages : ça permet de créer des instantanés qui documentent le présent. Il y a pas mal d’autres projets similaires à aller découvrir comme Becoming the Forest, Urgewalten, le récent fanzine lyonnais Thorns ou Feed the Beast. C’est une excellente chose que ce genre d’ouvrages se multiplient car ils permettent de rompre avec les parts plus détestables de cette scène.
Sur le roster de LADLO quels sont les groupes dont vous vous sentez le plus proche ?
Aucun en particulier. On a croisé à de rares occasions un ou deux groupes du label, mais sans jamais vraiment nouer de lien. Et Mòr, autre groupe de La Harelle, ne compte évidemment pas.
Pour finir pouvez-vous nous citer cinq albums de chevet ?
Faucheuse – Comme un poignard
Monarch – Never Forever
Year of No Light – Ausserwelt
Mortuaire – Monde vide
Gasmask Terrör – Chape de plomb
Les derniers mots sont pour vous.
Quelques concerts un peu partout en France en mai et en août : Anthems of Steel près de Poitiers le 8 mai, Caen le 9 mai, Le point du jour à Cherbourg le 29 mai, La Foire aux Bestiaux II en Bretagne le 30 mai (c’est complet), un concert sauvage sous un pont à Metz en août (nous écrire pour les infos), le festival Spirit in Black à Colmar le 14 août puis le Mordor Fest en Lozère le 15 août. Après ça, on ira enregistrer le sixième album.
Retrouvez les en concert le 9 mai prochain à l’Obscure Soirée #6 avec Necrowretch, Gravekvlt et Sordide à Caen au Big Band Café!



