Le DARK MEDIEVAL FEST VI : Sept groupes, un festival, une journée parfaite
Le rythme des festivals païens, folk et metal, suit très logiquement les saisons. En hiver, nous avons le Cernunnos Pagan Fest, en été nous avons l’Ar’Vran Fest. Et en ce joli mois de mai, nous avons bien sûr la sixième édition du Dark Medieval Fest à Lamure-sur-Azergues (entre Roanne, Mâcon et Lyon).
La place devant la Salle Pluraliste est déjà remplie de stands et de visiteurs en ce début d’après-midi ensoleillé. Le forgeron travaille, les marchands négocient, le public déambule pendant que le sound check commence dans la salle.
Golden Stone Events, présidée par Nathaniel Reynaud, revient chaque année avec un programme de qualité. Cette année encore, ils nous démontrent leur maîtrise de l’art de programmer des groupes à découvrir et des raretés connues de seul un public averti.
Lugh :
Les Lyonnais de Lugh avec leur metal théâtral aux accents heavy rock et progressifs, ont planté le décor ce 2 mai 2026 à Lamure-sur-Azergues avec une entrée en matière directe.
Formé en 2010, le groupe connaît ces derniers temps un véritable renouveau et puise dans un concept narratif sombre, mêlant riffs parfois puissants, mélodies épiques et mise en scène dramatique inspirée de leur récent (2025) album Légendes.
Le concept est intéressant, la musique de qualité, le public encore épars vu l’heure, mais la prestation est en tout cas fort honorable !
Sorcières :
Sorcières, formation française (de Lille) de pagan folk metal aux racines sombres, a pris le relais de Lugh avec une énergie tribale et un peu plus de fureur.
Leur set, imprégné de mythologie et de rythmes ancestraux, a fusionné vocalises black metal, violon et une musique plus élaborée que l’on pourrait croire à prime abord. Pierre-Alain, le vocaliste, prend souvent des poses extatiques et occupe clairement l’espace.
A ne pas en douter, le groupe envoie du lourd. Un petit souci technique avec le son de la basse aurait presque pu passer inaperçu tant le bassiste a réagi rapidement, descendant de scène pour aller emprunter un instrument à Lugh, pendant que les autres musiciens continuent leur set.
Quoiqu’il en soit, ce show, présentant leur nouvel album La Nuit des Temps, sorti deux jours avant, devrait donner envie au public d’en découvrir plus !
Constatons en tout cas que Sorcières évolue très bien.
Odraedir :
L’après-midi se termine presque déjà et nous voilà avec les Tchèques d’Odraedir. Ils jouent un avatar de viking metal avec conviction. Pour l’originalité, on repassera, mais il faut reconnaître que c’est bien exécuté.
Frozen Shield :
Avec près d’une demi-heure de retard sur le planning, nous continuons le tour d’Europe des invasions vikings avec cette fois les Barcelonais de Frozen Shield. Ils nous présentent un viking metal pêchu aux relents symphoniques.
Fondé en 2010, le groupe affectionne les chœurs épiques et un metal puissant dans un spectre allant de fragments mélodiques majestueux à des passages plus agressifs et sombres. L’influence power metal est sensible.
C’est ici une niche très concurrentielle, mais reconnaissons qu’ils savent s’y prendre pour créer l’ambiance.
C’est d’ailleurs le premier wall of death du festival qui se déclenche, et pendant qu’on y est, nous avons droit également à un circle pit sur une bonne reprise metal d’un morceau très dance, « Flying Free ».
L’adaptation est infiniment meilleure que l’original de Pont Aeri. Le chanteur n’hésite pas à se balader dans le public et visiblement, cela plaît à tout le monde.
Notons également une bande d’allumés déguisés venus célébrer le mariage de l’un des leurs, qui est invité sur scène par le groupe. Quel meilleur endroit pour le faire ? Il faut reconnaître que les espagnols ont le sens du rythme et de la fête !
Aexylium :
Aexylium, formation folk metal née en 2014 à Varèse en Lombardie, débarque à Lamure-sur-Azergues pour leur première scène française, forts de trois albums au compteur ; Tales From This Land (2018), The Fifth Season (2021) et Myth of Mankind (2025) ; tous armés de violon, flûte et de riffs modernes et percutants.
La première moitié du set se déroule avec Sam Biganzoli au chant, avant d’être rejoint par l’hypnotique succube sous les traits d’Arianna Bellinaso.
Dès lors, le jeu de scène se focalise sur une sorcière jetant un charme à sa victime, qui résiste tant qu’elle le peut avant de rendre les armes.
On sent une lutte de pouvoir entre les deux vocalistes, mais tout cela est parfaitement harmonieux, avec des voix évidemment très complémentaires. L’ensemble est assez réussi en tout cas.
Pendant que les têtes d’affiche se préparent, un interlude permet au spectacle de feu de capter le public que l’on a gentiment fait sortir de la salle à cet effet.
C’est aussi ça une fête médiévale, et honnêtement, un peu d’air frais (parfumé au Kerdan, certes) fait un grand bien à cette heure.

Darkenhöld :
La nuit est bien tombée et c’est l’heure de la wyverne.
Leur univers est immuable et total : cavernes, châteaux en ruines, forêts hantées du Sud-Est de la France, bêtes fantastiques menées par leur wyverne emblématique formant un imaginaire médiéval organique, né des randonnées d’Aldébaran dans les forêts de Roquefort-les-Pins, à deux pas de chez eux.
Dix-sept ans de carrière ont forgé une discographie cohérente et exigeante : de A Passage to the Towers (2010) à Castellum (2014) qui introduit la langue française, jusqu’à l’acclamé Arcanes et Sortilèges (2020) chez Les Acteurs de l’Ombre, et le tout récent sixième opus Le Fléau du Rocher (juin 2025) qui pousse encore plus loin l’épique et l’atmosphérique.
Bref, voilà un digne représentant de la scène underground française.
Sur scène, Darkenhöld ne joue pas la carte de la séduction facile. Cervantes incante plus qu’il ne chante, Aldébaran sculpte des riffs arides et majestueux, avec le clavier qui pose des nappes atmosphériques rappelant Emperor ou Satyricon dans leurs heures les plus sombres et les plus grandioses.
Le show oscille entre prestance froide et passion douloureuse, ce qui semble être leur marque de fabrique.

Gernotshagen :
C’est presque à minuit que les Allemands de Gernotshagen commencent leur set, devant un public bien trop clairsemé compte-tenue de la rareté musicale qui nous est proposée ici.
Bien sûr, Lyon est relativement proche, et une partie des visiteurs a dû faire le choix de rentrer à temps.
Cependant, les survivants ne vont pas regretter le show.
Gernotshagen est une formation de pagan black metal fondée en 1999 à Trusetal, en Thuringe, au cœur de la forêt allemande, et leur nom lui-même est un hommage à un hameau oublié des environs, englouti par le temps.
Askan au chant, Daimonicon, Murry à la basse, Sebastian aux claviers, et bien sûr les membres les plus récents : ces musiciens portant vingt-cinq ans d’histoire, de racines noires et de vent de forêt dans les cordes.
Quatre albums jalonnent leur route : Wintermythen (2002), Märe aus Wäldernen Hallen (2007), Weltenbrand et Ode Naturae, chacun creusant davantage le sillon d’un pagan black ancré dans la germanité profonde, le panthéon nordique et la communion avec la nature sauvage.
Pour leur anniversaire des 25 ans, ils ont offert l’EP vinyle Mein Trusetal, hommage schwarzmétallique à leur terre natale, une déclaration d’amour à leur Thuringe autant qu’un manifeste artistique.
Des scènes comme le Wacken Open Air, le Wave-Gothic-Treffen ou le Ragnarök Festival attestent leur stature de locomotives du genre outre-Rhin. Comme d’autres groupes allemands, ils se font rares à l’extérieur de leurs frontières.
La Thuringe est le berceau de ce qu’on pourrait qualifier de « true pagan metal ». Dans la lignée de la mythique formation Menhir, nous avons là quelque chose qui sonne d’une manière très caractéristique à ce style régional.
C’est un peu comme le death metal de Göteborg ou le black metal de Bergen, le pagan metal de Thuringe est particulier.
Le chant parfois clair digne des épopées d’Askan, la puissance grandiose des riffs, le tout dans une ambiance qui frôle le fantastique.
On pourrait presque croire qu’un Uruk-Haï chante aux côtés d’un ancien elfe à la longue chevelure blonde.
Le set est efficace et nous replonge dans une autre époque.

Le Dark Medieval Fest a encore une fois prouvé qu’il ne fallait pas forcément des budgets démesurés et une programmation clinquante pour réussir une bonne journée. Le choix de la programmation était très pertinent, et il y en avait pour tous les goûts.
Bien sûr les stands, les animations, la bonne bière et la bonne nourriture sont d’autres avantages pour ce festival. Sans parler du soleil de printemps, qui a contribué à la fête. Une nuit au camping voisin, et nous voilà reparti pour une petite randonnée dans le Beaujolais avant de rentrer, qui en soi, est une très belle région.
Encore une fois un grand merci à tous les bénévoles et organisateurs, sans qui la scène metal « extrême » n’existerait tout simplement pas !






























































