CERNUNNOS édition 2025 – Day1
Samedi 22 février
Cette année, le Cernunnos fête ses 15 ans…
Et oui déjà ça passe vite ! C’est incroyable d’arriver en 2025 à la Ferme du Buisson alors qu’on a encore l’odeur passée du fin fond de la Machine du Moulin Rouge et de ses murs qui suintaient les fumets de ripailles en train de rissoler, de l’eau stagnante du sous-sol et de la transpiration des païens. On a encore à l’esprit les premiers festivaliers déguisés sur le boulevard de Clichy sous le regard éberlué des touristes dans un environnement urbain qui ne s’y prêtait pas.
Maintenant dans l’enceinte de la ferme, une bulle physique où le temps s’est arrêté. L’endroit est parfait pour venir festoyer : les odeurs de rôti qui narguent les narines, le tintement des bières (même si ce sont des éco-cups) qui vous font saliver autour de la taverne, et les instruments traditionnels qui vous donnent envie de danser la gigue.
C’est tout cela le Cernunnos. Ce n’est pas seulement la musique dont l’affiche est magnifique cette année mais c’est aussi une fête médiévale avec son marché d’artisans, ses troupes de passionnés de reconstitution historique, ses danseurs dans une ambiance médiévale qui se prêtent parfaitement au lieu qui se transforme un peu comme une enceinte du château autour de son donjon (n’est-ce pas Naheulband ?).
Les stands de restauration sont loin des clichés que l’on retrouve sur certains festivals. Ici on retrouve des Brøds nordiques traditionnels, le pain viking qui tient au corps sans plomber le portefeuille, des soupes, de la cuisine et pâtisseries historiques sans oublier les jeux et des animations pour les grands et les petits habillés d’armures, de fourrures ou de corsets de cuirs pour les plus belles.
Alors, entre l’Abreuvoir et la Halle les festivaliers alternent entre les deux salles sous le soleil. Le timing est très serré pour celui qui ne veut rien rater pendant que la file d’attente s’allonge…
Originem :
Comme la tradition le veut ici au Cernunnos, c’est au vainqueur du Tremplin que revient l’honneur d’ouvrir la scène.
Originem est une formation de rock médiéval qui se distingue par une inspiration fortement enracinée dans l’histoire médiévale, au point d’utiliser l’occitan et le latin dans les paroles.
Leur musique puise ses racines dans les révoltes et les jacqueries, tout en faisant le lien avec les thèmes sociétaux actuels.
Tout comme au moyen-âge certains curés n’hésitaient pas à faire un petit prêche politique de temps à autres, ici nous avons les mises en garde contre les « mauvais qui nous gouvernent » entre deux morceaux. On ne peut mieux résumer leur style qu’avec l’excellente et entraînante chanson « Seditionem » dont le titre dit déjà beaucoup de chose et dont la mélodie est captivante. Nous avons bien là tous les ingrédients d’un beau rock contestataire à la sauce médiévale.
Sarmates :
Dans la grande salle, le voyage dans le passé continue avec Sarmates.
La formation propose un voyage sonore et visuel à travers les inspirations des peuples de la grande steppe eurasienne, combinant des éléments post-apocalyptiques avec des influences musicales variées. Le groupe incorpore des instruments traditionnels d’Asie Centrale comme la guimbarde et le saz (luth turc), ainsi que des voix diphoniques gutturales typiques de la musique des steppes. Les mélodies sont marquées par l’utilisation de quarts de ton, caractéristiques des musiques orientales d’origine perse.
Le rendu est excellent, tout comme l’est le mélange inédit des tenues vestimentaires modernes et anciennes. Ce n’est pas tous les jours que l’on peut voir quelque chose d’originel dans la scène surpeuplée des musiques « éthniques », mais ici le résultat est au rendez-vous.
La lourdeur du metal est bien présente et j’ai compté jusqu’à trois basses en même temps sur scène ! Une invitée plus lyrique, Clara McQueen, a certes adouci l’ambiance, mais l’énergie tribale reste bien présente.
En ce qui me concerne, c’est une des belles découvertes de ce Cernunnos, et le festival ne vient que de commencer !
Lannog :
Lannog est un projet de groupe participatif dont le cœur est la langue bretonne (« Lann » veut dire « Ajonc », Lannog est un champ d’ajoncs). Les musiciens défendent leur nouvel album Dorioù An Noz. On retrouve au sein du groupe l’organisateur (Charles Castrec) d’un autre excellent festival. Celui de Samaïn (fête païenne très importante, puisqu’il s’agit de la fin de l’année celtique) qui a lieu chaque année fin octobre à La Mezière près de Rennes. La musique permet de nous élever au-dessus de la lande bretonne en langue bretonne. Moment de calme au travers d’instruments acoustiques traditionnels.
Vermilia :
La formation finlandaise Vermilia propose une musique qui allie la dureté du black metal à des mélodies épiques et des harmonies vocales douces et mélancoliques. Ses inspirations proviennent de la nature, de la mythologie, et des saisons, en particulier l’automne, qui lui inspirent des mélodies poignantes et évocatrices.
Vermilia combine à merveilles le charme du finnois et la versatilité vocale du growl jusqu’au chant clair d’une véritable louve.
La musique est puissante, la mélodie persistante, le spectacle captivant. L’immersion est totale dans un monde païen, forestier mais aussi quelque peu inquiétant, si on en juge les têtes décoratives sur scène.
Le concert absorbe l’attention, capture même le public qui se laisse facilement entraîner dans une transe attentive.
Celtibeerian :
Même si les espagnols s’inspirent souvent de récits historiques et mythologiques autour des cultures celtibères, il ne faut pas négliger ici l’orthographe de « beer ».
C’est avec une setlist très orientée chansons festives et à boire, en version Motörhead du folk, que le groupe se produit aujourd’hui.
Leur musique festive et énergique, mêlant guitares saturées à des instruments traditionnels comme la gaita a clairement un côté rock’n’roll décomplexé.
Beerdrinkers on duty, Praise to the wine, The Booze Song, Looking for a beer, Where the beer is… Toutes ces chansons sont éminemment claires sur les intentions du groupe et ils forment une contre-compagne pour la prévention de l’alcoolisme à eux seuls !
Dordeduh :
Depuis le décès de Negru ( Gabriel Mafa) et la fin de Negură Bunget (« Forêt sombre et brumeuse », ce nom lui allait si bien…) qu’on avait vu dans la salle du bas de La Machine (appelé encore La Loco à l’époque) du Moulin Rouge il y a très longtemps (2006) l’eau a coulé des montagnes de Transylvanie et on s’est pris à apprécier Dordeduh qui a su transmettre l’univers mystique et chamanique du groupe historique.
Maintenant on ne retrouve plus tous les instruments traditionnels qu’ils utilisaient il y a encore quelques années et on se retrouve plus dans une approche black metal pagan plus lourd même si le côté atmosphérique, ésotérique et spirituelle existe encore à coup de riffs et de rythmique percutante. Dommage car le son et la présence du Toacă (planche suspendue de bois sacré en tilleul ou hêtre) nous manque.
Ildaruni :
Une formation arménienne n’est déjà pas monnaie courante ces derniers temps, mais du black/pagan metal l’est encore moins.
Malheureusement, il semblerait que les frontières aient été un peu complexes à passer et le chanteur du groupe a dû être remplacé in extremis, faute de visa.
Il est difficile de se faire un avis dans ces conditions et espérons pouvoir les revoir dans des conditions plus normales.
Arkona :
Enfin Arkona a pu se produire à nouveau en France ! Loin de toute considération politique, on ne peut que constater que les années passent, mais la flamme et l’énergie sont toujours intactes. Masha semble toujours en transe extatique pendant l’intégralité du concert, et si la setlist est rajeunie, on retrouve tout de même quelques bons vieux tubes comme « Roi, Gode, Roi ! ».
L’efficacité rythmique d’Arkona n’a plus de preuve à faire depuis bien longtemps, et la furie scénique continue son œuvre.
Les instruments traditionnels tels que la cornemuse et la flûte illuminent les compositions, créant une atmosphère authentique et épique, mais c’est avant tout le déchaînement d’énergie qui marque leur prestation.
Gwydion :
Après le monde slave, nous voilà de retours dans l’univers viking des Portuguais de Gwydion.
Que dire de particulier, si ce n’est qu’on est bien face à un folk/viking metal des plus classiques. Tout y est, il ne manque plus que les flots d’hydromel !
Thyrfing :
Pour cette première soirée de fête, c’est au groupe suédois Thyrfing, une formation de Viking Black Metal fondée en 1995, que revient l’honneur de conclure cette belle journée.
Thyrfing se distingue par sa musique épique et mélodique, inspirée par la mythologie nordique et l’âge viking. Leur musique est plutôt riche et complexe, au-delà des classiques éléments du viking metal.
Le nom du groupe est tiré de l’épée Tyrfing, une arme maudite de la mythologie scandinave, reflétant leur intérêt inchangé depuis tant d’années pour les récits mythologiques nordiques. Les paroles explorent souvent les thèmes de la nature, de la mythologie et de l’histoire viking.
Ce soir, c’est à une véritable rétrospective de leur vaste œuvre à laquelle nous avons droit. Effectivement, en trente années, il s’en est passé des choses. Chaque étape apparait sur l’écran au fond de la scène, qui replace chaque chanson dans le contexte. Nous avons même droit à un titre tiré de la démo !
Le concert dure près d’une heure trente, et rien que cela est déjà une performance, parce que nous ne sommes pas à un café-concert avec deux-trois airs de guitare, mais bien devant un bon vieux répertoire de pagan metal bien velu !




































































































