À l’occasion de la sortie de l’album Bleeding Heart ce 18 décembre, Amongtheliving.fr rencontre Chris Garrel, le chanteur et membre fondateur de DREAMCATCHER

La dernière interview du groupe remonte à deux ans, en décembre 2023. Alors, pour terminer cette année en beauté, vous décidez de sortir l’album juste avant Noël ? Est-ce un cadeau de Noël un peu sombre ou une thérapie collective avant les fêtes ?
CG : C’est une thérapie collective avant les fêtes ! On tenait absolument à ce que l’album sorte avant la fin de l’année. C’est un long parcours puisqu’on est rentrés en studio en juillet. Mais avec les délais de pressage du vinyle, on a réussi à sortir l’album juste avant les fêtes. Et c’est l’occasion de mettre du Dreamcatcher sous le sapin.
Bleeding Heart, c’est plutôt un cœur qui saigne… ou un cœur qui headbang trop fort ?
Un cœur qui saigne. À chaque fois qu’on sort un album, on essaie de trouver un titre qui colle avec les paroles de nos chansons.
Si tu devais décrire Bleeding Heart à quelqu’un qui n’a jamais écouté Dreamtcatcher, sans utiliser le mot “metal”, tu dirais quoi ?
C’est une musique avec des riffs et des refrains très accrocheurs et fédérateurs. Cela rappelle les années 80 de l’autre côté de la Manche, en Angleterre, des groupes comme Iron Maiden.
Je ne peux pas dire du NWOBHM, donc je suis bien embêté (rires). Je n’ai pas le droit d’utiliser le mot metal.
C’est une musique pour les gens qui ont été bercés par le hard rock des années 80. Tout comme moi, ceux qui ont parcouru ce chemin vont s’y retrouver.
Musicalement, on sent une évolution. C’est plus une évolution naturelle… ou le résultat de débats interminables en répète ?
C’est un album très personnel. L’album a été conçu assis sur mon canapé, à la guitare acoustique. Tous les titres ont été composés de façon naturelle.
C’est aussi un album de rédemption pour moi, car il y a trois ans, j’ai eu de gros soucis de santé. Cela va beaucoup mieux aujourd’hui.
J’avais besoin de montrer que j’avais toujours cette énergie en moi, à l’âge de 60 ans. Paradoxalement, il y a des morceaux que je n’aurais pas été capable d’écrire à 20, 30 ou 40 ans.
Parce qu’à l’époque, on essaie d’en mettre plein la vue aux gens, de complexifier. Je suis revenu à une écriture simple, basique et naturelle.
Y a-t-il un morceau de l’album qui t’a donné plus de fil à retordre que les autres — techniquement parlant, au niveau du chant ou émotionnellement ?
Il y a une collaboration avec deux morceaux «Our House Is On Fire » et «Curse Of The Vampires » : deux duos avec Ombeline Duprat, la chanteuse d’Asylum Pyre.
Quand tu es pendant des années l’unique chanteur, il faut laisser la place à quelqu’un d’autre, écrire un morceau en pensant à une chanteuse. C’est un défi.
Ce qui donne le plus de fil à retordre, c’est d’accepter de jouer des choses simples. Par exemple, le titre « Tatanka » repose sur un rythme de batterie et trois accords.
Une chanson telle que « Stardust » est un morceau acoustique avec trois accords et la voix à nu. Voilà, c’est un album naturel et sans artifice.
La maturité joue son rôle : il faut accepter de simplifier la musique. Ce n’est pas parce qu’on va jouer de la batterie à fond, balancer de gros riffs et miauler dans un micro qu’on se rend efficace.

Question piège : quel titre de Bleeding Heart serait le pire choix pour faire découvrir le groupe à sa grand-mère ?
Deux morceaux à faire découvrir à sa grand-mère : «Buried Alive». C’est l’histoire d’un mec qui se retrouve enterré vivant. C’est un thème qui peut effrayer la grand-mère.
Le morceau «Payback Time» parle de la damnation, thème très couramment utilisé en musique et en littérature. La damnation, c’est peut-être le pire choix à faire, celui qui peut faire peur à ma grand-mère !
Tu as composé les riffs et les paroles, mais en ce qui concerne la partie rythmique, n’est-ce pas Olivier Louis Servais (basse) et Thierry Thuane (batterie) qui composent ?
Thierry est avec moi depuis six ans environ et Olivier depuis deux ou trois ans. Tous les deux apportent leur collaboration. J’ai composé « Tatanka » en pensant à Thierry, car il fallait un rythme tribal.
Je lui ai proposé et il a trouvé ce rythme très intéressant et y a ajouté sa patte. On se rejoint beaucoup avec Thierry, car on est tous les deux fans d’Iron Maiden. Ses deux idoles sont les batteurs Clive Burr (1956-2013) et Nicko McBrain : ça se ressent dans sa façon de jouer.
L’album a été enregistré en studio et en live. Quand la batterie a fini d’être enregistrée, les autres musiciens jouaient en même temps que le batteur. On a conservé les enregistrements batterie.

La basse jouait collée à la batterie et on a conservé la majorité des prises basse ainsi. On a ensuite refait les guitares et le chant. C’est pour obtenir ce groove qui est hyper important chez Dreamcatcher.
Il y avait cette volonté d’authenticité. On a passé quinze jours au studio de la Vimondière, en Normandie. Vincent Liard tient ce studio. Le chant, en revanche, a été réalisé à Paris dans le studio Infested Records du chanteur des groupes Talia (groupe de rock parisien) et Year of the Dog.
Bien sûr, Chloé Bazaud est responsable de la partie image. L’album a été mixé au studio Walnut Groove à Amiens, chez Axel Wursthorm, studio recommandé par ADX entre autres. Axel en est au troisième album avec nous.
On a un partenariat ensemble : on fait de la coproduction. C’est-à-dire qu’Axel nous envoie les titres avec ses propositions et nous, on lui fait des retours avec nos propres idées.
Après toutes ces années ensemble, c’est quoi le super-pouvoir de Dreamtcatcher en studio ?
Toutes ces années ensemble, c’est fou ! Dreamcatcher a beaucoup changé depuis le début. Le seul membre fondateur, c’est moi.
Donc, le super-pouvoir, c’est le fait que je suis un catalyseur. Je réussis toujours à remonter des équipes, à recruter des talents et à les fédérer autour de moi.
Mon autre qualité, c’est d’être têtu, obstiné et de ne jamais lâcher l’affaire. Malgré les embûches, les changements de line-up et des problèmes de santé, je suis toujours là.
Voilà : savoir fédérer des hommes autour d’un projet.
Savoir manager tout en étant sympa !
Oui. Ils ne sont pas là pour en témoigner, mais j’ai bien fait souffrir les guitaristes Hervé Schiltz et Sylvain Taupe ! (rires) Quand on est passionnés, on est exigeants.
Comme on est un groupe indépendant comme Dreamcatcher, on ne sort pas souvent un album. Quand on sort un album, on tient à ce que ce soit un album de qualité.
L’album est un instantané à un moment de ta vie. Tu grandis en tant que compositeur, tu grandis en tant que musicien et tu t’enrichis de tout ce que tu as fait avec les autres.
Si je restais assis dans mon coin sur mon canapé à jouer de la guitare, je ne ferais pas grand-chose.
Si tu devais donner une seule bonne raison aux gens d’écouter Bleeding Heart, ce serait laquelle ? Tu as le droit qu’à une seule réponse.
CG : C’est une bonne question à laquelle je n’avais pas pensé. C’est difficile pour un artiste de prendre du recul.
Souvent, on te dit que le dernier album, c’est le dernier ! C’est vraiment ton ressenti à ce moment-là.
Si vous voulez écouter le vrai Dreamcatcher, si vous voulez écouter de l’authentique et si vous êtes fans de heavy metal traditionnel, vous ne serez pas déçus.
Venez écouter Dreamcatcher : vous allez retrouver des sons qui se sont perdus actuellement. Vous allez retrouver cet esprit originel et authentique du metal.


