Among The Living
Interview

Entretien avec Alan Averill de Primordial au Cernunnos Pagan Fest 2026

Entretien avec Alan Averill de PrimordialCernunnos Pagan Fest 2026

Alan n’est pas un musicien avare en parole. Il est ouvert à toute discussion et c’est avec un certain plaisir qu’on peut aborder de nombreux thèmes avec lui comme l’inévitable « future sortie d’album studio » et l’industrie musicale, le dernier live de Primordial enregistré à New York, son attitude sur scène au travers de son regard, l’identité du groupe et l’Irlande, ses influences musicales, son podcast et son point de vue sur la censure et la présence de l’IA dans l’univers musical.



Lionel/Born666 : j’imagine que ça doit aller. Bravo pour le match de rugby !

Alan Averill : Ça va bien. Ouais, ouais. Attends. Angleterre 21 – Irlande 42. Voilà. OK. Tu veux t’asseoir ?

Lionel : Au fil des années, on a constaté que Primordial est un groupe qui ne précipite jamais les choses. Cela fait donc presque trois ans que How It Hates est sorti.

Alan Averill  : Oui.

Lionel : Excellent album que j’ai vraiment beaucoup aimé… Avez-vous l’intention d’enregistrer un nouvel album studio ?

Alan Averill : Je ne sais pas, c’est… On n’a pas de chansons. On a parlé de faire quelque chose. Mais c’est compliqué maintenant. Je pense que l’album était peut-être trop long. On devrait avoir moins de chansons. On voit bien que l’écoute se déroule comme ça pour presque tous les groupes. Les statistiques d’écoute montrent que la plupart des gens n’écoutent que les deux premiers titres avant d’abandonner. Du coup, il vaut sans doute mieux se contenter de singles et ne pas faire d’album.

Ça permet de rester visible dans un secteur très concurrentiel, de se faire connaître, de continuer à apparaître régulièrement, mais ce n’est pas très artistique. On verra bien. Je ne sais pas. On devra bien le faire un jour ou l’autre.


Primordial Alan Averill


Lionel : Pour en revenir au concert à New York… Qu’est-ce que ça fait pour un Irlandais, compte tenu de son histoire, de se retrouver à New York pour enregistrer un album live ?

Alan : En fait, on n’avait pas prévu de l’enregistrer. On a juste fait trois concerts, puis on a joué au Texas, à Houston au Hell’s Heroes. On a fait ces trois concerts et cette salle à New York, le TV Eye. C’était vraiment géniale. Le gars qui travaillait dans le bâtiment et qui s’occupait du son, nous a dit : « J’ai enregistré, et ensuite ces autres gars ont filmé. » Quand il nous a donné l’enregistrement, je me suis dit : « Waouh, c’est génial ! » On n’a rien rajouté à l’enregistrement, on ne l’a pas remixé, on n’a rien changé. Il n’y a pas de doublage, c’est comme ça. Et je lui ai dit : « On peut le sortir. » Il a juste répondu : « Ouais, d’accord. » Donc on n’avait pas prévu de le faire. C’est arrivé comme ça.

Lionel : Et plus personnellement, quels sont les sentiments qui affluent quand on est irlandais et qu’on foule une scène à New York par rapport à votre histoire commune ?

Alan : Oui, bien sûr, le concept historique, vous savez, l’histoire est importante évidemment. Beaucoup de gens ont des ancêtres irlandais. C’est un Irlandais qui joue à New York, mais on ne l’a pas fait exprès. C’est juste, comme je l’ai dit, c’est arrivé par hasard. On avait prévu que ça se fasse, puis on a entendu l’enregistrement et on s’est dit : « Waouh, ce serait trop cool de jouer en live à New York ! » Tout le monde trouve que c’est un titre d’album live classique (Live in New York City) Pourquoi pas, hein ?

Lionel : Sur l’enregistrement on entend très bien le groupe, ta voix qui harangue, mais le public paraît muet.

Alan  : Qu’est-ce que vous voulez dire ? Le son. Oh, ben, je ne sais pas. Enfin, il n’y a que 200 personnes. Peut-être qu’on se dit : « Oh waouh, c’est quoi ce truc… ». Si vous regardez la vidéo, c’est mieux pour voir les gens, mais c’est un petit concert. La salle ne pouvait accueillir que 200 personnes, alors bon. Il y a quelque chose de très spécial, de confidentiel.

Lionel : En l’écoutant, je pensait à Shane McGowan des Pogues qui chantait « Fairytale of New York » même si musicalement il n’y a aucun rapport. Seulement le lien avec NYC.

Alan : Ah oui, d’accord. Ouais, je déteste cette chanson, mais bon, d’accord.

Ouais, et parce que j’étais fan des Pogues.

Alan : Bien sûr, oui.

Mais ce type était incroyable. Qu’en penses-tu ?

Il était incroyable et c’était aussi un alcoolique tragique. Je veux dire, je l’ai vu jouer en concert où il tenait à peine debout. Il était impuissant. Et les gens l’applaudissaient. Je trouvais ça un peu glauque. Tu sais, il avait un côté destructeur depuis les années 70. Enfin, il a écrit de superbes chansons. J’aime bien les Pogues de temps en temps. C’est pas vraiment mon truc, en fait. Il a vécu sa vie à toute vitesse et il est mort assez vieux.

Donc, il a fait un parcours plus long que prévu, tu vois, mais bon, certaines de ses chansons sont vraiment géniales.

Je t’ai vu plusieurs fois sur scène. La dernière fois c’était au Motocultor l’année dernière. J’aime le contact visuel que tu établis avec tout le monde.

Ouais, enfin, c’est mon truc. C’est important de faire en sorte que chacun se sente impliqué, partie prenante de ce qui se passe. Ce sentiment d’appartenance à une communauté, d’être tous ensemble contre le reste du monde. Du coup, le contact visuel, je pense que c’est primordial.

Par exemple, quand on voit un groupe dans lequel les musiciens portent des masques, ils ont toute mon attention pendant dix minutes, et après je me dis : « Bof, je m’en fiche, vous voyez ? Il y en a trop. ». Avec tous ces masques et ces capuches…

Je pense qu’il est essentiel que le public voit le blanc de tes yeux. Ça a toujours été mon truc.

Alors oui, c’est comme ça. Si vous arrivez à faire en sorte qu’une foule de milliers de personnes se sente concernée, genre : « Venez, on est ensemble pendant une heure », tu sais, c’est très difficile. Mais c’est un sentiment très important à saisir !

Alors, tu te transforme en acteur ?

Je ne me qualifierais pas d’acteur. Je dirais que c’est comme le Dr Jekyll et Mr Hyde. Ce sont deux facettes d’une même personne. Il est crucial que chacun se sente partie prenante de l’expérience.

Mais il s’agit de projection, de projeter son image… L’objectif est de faire en sorte que même une personne située à une centaine de mètres, au sein d’une foule de 5 000 personnes, se sente personnellement concernée. Et vous voyez, c’est le cas. C’est… Oui, c’est parce que le metal moderne est trop détaché de ça, de ce contact. Pas d’amplis, pas de playback, pas d’Auto-Tune, pas de robots, bla bla bla. Primordial essaie donc d’être tout le contraire.


Alan Averill


En parlant de l’Irlande, nous parlons d’une nation au passé long et sanglant, empli de chagrin, de douleur et de misère. Et vous avez choisi de donner cette dimension historique à vos chansons au lieu d’aborder les thèmes habituels d’un groupe de black metal comme le satanisme, l’isolement…

Ouais, ouais. Pourquoi ? Quel est le problème ?

Eh bien, on a toujours été comme ça. Ce n’est pas que Primordial parle d’histoire irlandaise. Il y a des chansons qui parlent d’histoire irlandaise, mais l’essence de Primordial, c’est qu’il a un cœur culturel et historique et mythologique. Et quelqu’un du Pérou, de Bolivie ou de Biélorussie devrait pouvoir voir sa propre mythologie, sa propre histoire dans la nôtre. Je ne voulais donc pas écrire… Je ne voulais pas être dans un groupe qui se contente de chanter : « Voici ce que ça fait d’être Irlandais », et il fallait que ce soit quelque chose de plus grand et de plus vaste.

Les notions de lutte, de martyre, de sacrifice, elles devraient être universelles. Primordial ne se résume pas à être Irlandais, même si nous le sommes et qu’il y a des images de navires cercueils et tout ça, mais il s’agit aussi de quelque chose de plus grand dans lequel les gens devraient se reconnaître. C’est comme ça que je vois les choses.

Comment le fait d’être irlandais a-t-il influencé votre vision artistique dans une scène metal mondiale dominée par des groupes scandinaves.

Oui, on peut poser la même question à Moonspell. C’est plus difficile quand on vient d’un pays périphérique. Mais, je veux dire, Primordial sonne irlandais. Il y a ce son lourd, terrien, mélancolique, tragique. C’est notre style. Enfin, tu sais, il y a déjà assez de groupes scandinaves. C’est très bien comme ça. Mieux même. Je préfère cette indépendance. On a donc un esprit insulaire, et un son insulaire aussi. J’aimerais beaucoup vous entendre chanter « I See Easy ». ​​Ah bon ? Quoi… Un très bon ami à moi est décédé, et c’était son groupe. Il était…

Parlez-moi un peu de vos héros musicaux, de votre groupe préféré. Les gens qui t’ont inspirés à faire de la musique ?

Oh, c’est la même chose que quand j’étais gamin, tu vois. Je veux dire, c’était toujours Black Sabbath et Bathory, tu vois. Toujours Iron Maiden, Venom et Mercyful Fate. C’étaient mes héros. On sait tous qui sont les héros, mais c’était ce que j’aimais quand j’étais petit. Et puis, tu vois, les années 80 et tout ça. Ouais, c’est plutôt Lemmy, et Ed. Je n’ai pas vraiment de héros modernes. Même si en général, je trouve que tous ceux qui essaient de faire quelque chose avec sincérité et passion, je peux m’identifier à ça.

Tu préfères Bono ou Phil Lynott?

Phil Lynott, putain ! Bordel !

Vous pensez que c’est stupide, de mélanger politique et musique ?

Comme s’il le savait ? Parce que Bono…Depuis des années il est assis à la même table que les plus grands politiciens du monde. Il est allé à Davos. Il a participé au Forum économique mondial. Il fait partie de l’institution mais qu’il nous foute la paix. Ouais, c’est n’importe quoi. Même si j’aime bien certains vieux morceaux de U2. J’aime « New Year’s Day ». J’aime « The Unforgettable Fire ».

Il avait une voix magnifique en 81, 82, 83. Mais je me fiche complètement de la politique de U2 dans leurs singles. C’est juste genre, allez vous faire foutre.

Tu sais, il y a des années, une copine irlandaise m’a emmené à l’hôtel de Bono à Dublin. Après un passage au pub du lobby, j’ai joué « Imagine » de Lennon sur le piano à queue dans la suite du dernier étage, le cliché…

Ouais, il n’existe plus. (rire) Ouais, il n’existe plus, c’est fini. Donc la fille est partie (rire), mais bon, d’accord…

Ton podcast aborde tous les sujets. « pourquoi le vieux metal déteste le nouveau metal », « Le gardien des clefs d’Epstein » (clin d’oeil à Helloween), « Le nouvel album de Megadeth est-il ennuyeux ? »… Comment tu choisis les thèmes ?

C’est complètement aléatoire. Pendant la semaine, je réfléchie à ce que je vais pouvoir raconter. Enfin, le podcast, je l’ai lancé pendant le confinement pour gérer ce qui se passait. Et ça a continué. J’aime bien. Tu sais, ça rapporte un peu d’argent de temps en temps grâce au sponsoring. Mais j’aime être une voix intransigeante dans la scène metal, qui dénonce certaines choses et qui essaie de ne pas se conformer aux trucs metal habituels, mais aussi d’aborder d’autres points de vue, ou parfois… Tu sais, j’ai fait des choses comme… l’histoire de l’Afghanistan ou de l’Iran, tu vois, l’histoire iranienne…

Ou comme tu l’as dit, des trucs drôles et stupides comme ça, sur Epstein, ou des trucs de nerds heavy metal sur… le black metal extrême. Mais j’essaie aussi de temps en temps d’y mettre quelque chose d’un peu plus… compliqué. Mais j’ai l’impression que les gens s’intéressent de moins en moins à la complexité et aux nuances, et qu’ils ne veulent plus entendre parler des mêmes choses. Du coup, j’ai tendance à en laisser de côté. C’est beaucoup moins politique qu’il y a cinq ou quatre ans. Les gens… ça ne veut pas dire que c’est inutile de parler de Trump ou de quoi que ce soit d’autre mais qui s’en soucie ?

On vit une époque où l’on bannit et annule facilement des groupes à cause de leur musique, surtout dans le black metal. On met la pression sur des tourneurs en France pour annuler les concerts de Taake, Deströyer 666 ou parce que le groupe vient d’un pays peu recommandable. Comment peut-on lutter contre cette censure ?

On ne peut pas. Non, je pense que c’est malheureusement dans la nature humaine. Parce que je pense que tout… je pense que la nature humaine est tellement tribale. Et tout le monde est actuellement tellement guidé par ses émotions, par cette nature tribale. Et essayer d’expliquer ou d’argumenter en se basant sur la logique ou la raison plutôt que sur l’émotion est presque impossible. C’est très rare que quelqu’un dise : « Ah oui, bien vu. Vous m’avez fait changer d’avis sur quelque chose. »

Parce que ce qui se passe maintenant, c’est que la politique est devenue l’identité des gens. Donc si vous remettez en question leur identité. Alors que, vous savez, il y a 20, 30, 40 ans, les gens pouvaient arriver à une conclusion intermédiaire. Vous savez, ils disaient : « Je crois au libre-échange », « Vous savez, je crois à une sorte de marché libre mondial, mais je crois au contrôle des frontières. » Vous savez, on pouvait penser différentes choses. « Vous savez, je suis pour le mariage homosexuel, mais je suis contre l’avortement. »

Les gens pouvaient avoir des opinions différentes. Maintenant, si vous regardez le code postal de quelqu’un dans votre ville, et ce qu’il a acheté au supermarché, vous pourriez probablement deviner ses opinions politiques. Et ses opinions politiques, c’est tout résumé en une ligne. Ce que nous avons perdu, c’est la notion de nuance, la capacité de trouver un compromis, qui est l’essence même de la politique. Mais la plupart des gens n’en veulent plus, ils veulent juste gagner. Alors, oui, il n’y a rien à faire. C’est la nature humaine. C’est humain qu’un camp veuille faire taire l’autre, même si vous leur dites : « Le premier principe de la liberté d’expression est de défendre les droits de ceux avec qui vous êtes le plus en désaccord. »



Vrai ou faux ? Voltaire. C’est le premier principe de la liberté d’expression. Si vous n’êtes pas d’accord avec ça, vous ne croyez pas à la liberté d’expression.

Donc, il faut bien que Daech soit sur Twitter. Mais ça veut dire qu’il faut aussi avoir sur Twitter les personnes avec lesquelles on est le plus en désaccord ?

Or, personne ne veut ça. Tout le monde veut gagner, maintenant. Du coup, c’est impossible de gagner. Si vous voulez être un groupe qui dit des choses franches, vous devez avoir votre propre réseau de salles de concert et sortir des sentiers battus, comme dans les années 60, vous voyez ? Enfin, vous savez, c’est… mais il est impossible de débattre avec la plupart des gens, parce que ce que vous débattez, c’est ce qu’ils considèrent comme leur identité ; c’est inné. Et si vous leur dites : « Ce que vous défendez n’est pas… », je pense que la plupart des guerres culturelles gauche-droite sont une question de style. Mais il n’y a pas de débat possible avec la plupart des gens, parce que ce dont on débat, c’est de ce qu’ils pensent être leur identité, c’est inné.

C’est une opération psychologique. C’est clairement conçu pour diviser et régner sur les gens normaux. Parce que s’ils réalisent ce qu’ils ont en commun par opposition à ce qu’ils pensent avoir en opposition, le gouvernement peut continuer à faire ce qu’il fait. Mais essayez d’expliquer ça à un jeune de 22 ans qui agite un drapeau palestinien ou quelque chose comme ça, vous savez,

et que c’est sponsorisé par le Qatar. Vous voyez ce que je veux dire ? Personne ne veut de nuances. De toute façon, qui s’en soucie ? J’aime le statu quo.

Encore une question piège. Tu penses que la musique va évoluer vu que l’IA représente déjà plus de 20 % de la musique sur Spotify ?

40 %, parfois on dit. Peut-être 35 %. Ouais, c’est très compliqué.

On va devoir repenser notre rapport à l’art et à sa signification.

Les gens vont devoir se poser la question : est-ce que je veux écouter de vrais artistes ou pas ? Réorganiser, réévaluer notre rapport à l’art et ce que cela signifie. C’est que les gens vont devoir décider : est-ce que je veux écouter de vrais artistes ou pas ? Le problème, c’est que si vous aviez l’application Suno sur votre téléphone, on pourrait créer un groupe maintenant et le paramétrer, puis le mettre en ligne sur TuneCore et Spotify. On pourrait le faire en 10 minutes, mais Spotify n’a pas de moyen de vérifier si c’est de l’IA ou non. Vous voyez ce que je veux dire ? Alors, qui sait ?

Quelqu’un pourrait très bien être en train de faire un album instrumental de Primordial. S’il a bien paramétré le système, il pourrait choisir les amplis, le studio, l’ingénieur du son, et se dire : « Je veux ma version de ce morceau sorti entre Storm Before Calm et The Gathering Wilderness », une version différente. On entre donc dans une situation très étrange. Les gens ne vont pas être créatifs, ils vont assembler des choses.

Et quel est votre rapport à cela ? Heureusement, être sur scène est l’une des rares choses qui ne peuvent pas encore être remplaçables.

Ouais. Ils ont essayé avec le confinement, mais bon, c’est comme ça…

On raconte souvent de drôles d’anecdotes concernant les tournées. Tu en as sous le coude ?

Oh, mon Dieu. Non, le pire, c’est que je suis généralement une vraie épave, bourrée et incontrôlable. Quand je buvais beaucoup de whisky à l’époque, whisky et speed, et que je me retrouvais, il y a une quinzaine, une vingtaine d’années à me battre, à faire des bêtises, à traîner dans des endroits où je n’aurais pas dû, et, tu sais, la plupart du temps, je suis hors de contrôle.

Certains groupes avec qui on part en tournée sont vraiment horribles. Mais la plupart des gens sont sympas, mais il suffit d’une seule personne dans un bus pour que cela devienne pénible. Mais, vous savez, en général, c’est rare.

Sur scène vous buvez parfois du vin rouge. Vous êtes amateur ?

La raison est que je ne buvais que du whisky. Et puis, j’étais trop turbulent, évidemment. Alors, quand j’ai découvert le goût du vin rouge, tout s’est calmé. Du coup, le groupe, tout est devenu plus cool… Mais tu sais,  si vous ne voulez pas être un trentenaire en colère, faire des étincelles de temps en temps, à quoi bon ?



Et je me souviens d’un concert à La Machine du Moulin Rouge où tu as parlé longtemps de l’Ukraine entre deux titres…,

L’Ukraine, oui. Et l’Ukraine, comme l’Irlande, a une histoire marquée par l’occupation, la résistance, la guerre…

Ressens-tu un lien avec cet héritage commun lorsque Primordial joue dans d’autres pays ?

Bien sûr, évidemment, car chaque pays a une histoire complexe, sombre et sanglante. La plupart des pays se sont formés à partir de l’occupation, de l’esclavage, de la guerre, de la famine, etc. Chaque nation a son histoire terrible et sombre. C’est ce qui les forge. Et on oublie comment étaient les gens en 1500 ou 1200. C’était brutal, sombre et misérable. On oublie.

Il y a encore 60 ou 70 ans, les maisons n’avaient même pas d’eau chaude. Tu vois ce que je veux dire ? En 1880, juste avant la Première Guerre mondiale, les hommes de la classe ouvrière n’avaient pas le droit de vote. On oublie que ces choses-là ne font partie que de l’histoire récente.

J’ai été en Ukraine. On a joué en Ukraine. C’est une période sombre de l’histoire. On pourrait dire en Pologne aussi. On pourrait dire dans plein d’endroits.

Tu es un type sympa. Juste une question personnelle. Tes paroles sont toujours très tristes et sombres.

Oui, c’est vrai. C’est comme…quand les empires s’effondrent, c’est… C’est comme une vision… Eh bien, ça se produit en ce moment même.

Comment arrives-tu à apprécier les choses de la vie ?

Eh bien, je pense qu’il y a…Je veux dire, j’ai certainement le sens de l’humour et j’apprécie la vie. Mais j’ai fait une sorte de pacte, tu sais, qui était le suivant : Si j’étais quelqu’un de joyeux, mon travail serait quelque chose que je raconterais à quelqu’un. Donc, si tu veux être un artiste, un créateur ou quelque chose comme ça, tu dois être, je pense, un peu plongé mentalement dans l’obscurité pour écrire correctement à ce sujet. Ce n’est donc pas un fantasme. Mon travail n’est pas un fantasme. C’est vraiment puissant. On peut s’inspirer un peu de la mythologie. C’est comme ça. Enfin, j’ai aussi un humour noir là-dessus. Mais bon, tu vois ?

C’était vraiment un plaisir.

Ouais, d’accord. Merci. De rien. Je vais me prendre une bière et explorer le site.

Related posts

Entretien avec NESH d’AZZIARD à propos de leur dernier clip vidéo.

Emmanuelle Neveu

GRANDMA’S ASHES : Interview!

Pierre-Arnaud Jonard

NO ONE IS INNOCENT – Interview de KEMAR

Stephan Birlouez

Lacher un commentaire

* Utiliser ce formulaire implique que vous êtes d'accord pour que nous stockions les informations que vous nous confiez.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.