Le Grand Paris Sludge Festival
Quatrième édition du Grand Paris Sludge, le festival des musiques nobles : doom, sludge stoner.
En coproduction avec Garmonbozia Inc.
Samedi 23 Mai
Texte et photos par Martine Varago
Remerciements à Julien du Grand Paris Sud et à Garmombozia

Grande salle : Coven
Club : Fuzz Sagrado
Grande salle : Hemelbestormer
Club : High Desert Queen
Grande salle : Salace
Cinq groupes, cinq ambiances sonores riches et variées
SALACE
Salace. Quel drôle de nom pour un groupe de musiciens si introspectifs ! Le quintette français s’installe sur la scène avec une configuration plutôt originale.
En effet, le chanteur encapuchonné reste accroché à son micro de profil au public et en face de lui, dans la même position, le batteur.
C’est dans cet esprit que se dégage une atmosphère rendue lourde par le jeu du batteur et aérienne par les riffs du guitariste.
Le chanteur s’accroche à son micro et semble peiner à émerger du marasme sonore, un choix artistique délibéré, accentuant la sensation d’envoûtement.
Fumigènes et lumière blanche enveloppent la scène telle une nappe de brouillard dans une vallée.
Tout au long de leurs morceaux, cette nappe en suspension laisse distinguer les silhouettes et les ombres des musiciens.
Leur doom sludge sonne à la fois abrasif, intense et crée une ambiance presque oppressante.
HIGH DESERT QUEEN
Ce sont, ensuite, les Texans de High Desert Queen que l’on va découvrir ou revoir en live ce soir, le groupe étant passé au Backstage by The Mill le 25 mars 2025.
Après cinq ans d’existence et deux albums à son actif : « Secrets Of The Black Moon » en 2021 et « Palm Reader » en 2024.
Le quatuor entame son show devant un public averti qui va vite pogoter avec le chanteur Ryan Garney, à l’initiative de ce lancement.
Leur stoner est particulièrement puissant et lourd et le chant de Ryan résonne comme un clairon dans le désert.

De par son charisme, il fait le show aux côtés du talentueux guitariste, Rusty Miller, et de sa divine fille, Morgan Miller, à la basse.
A l’arrière de la scène, le batteur Phil Hook s’active à créer les grondements rythmiques.
Le public se défoule entre pogos, headbangings et même timides crowd surfings tant le plafond du Petit Club est bas.
Un groupe à suivre absolument car leur rock stoner nous transporte directement dans le désert.
HEMELBESTORMER
Hemelbestormer est un quatuor belge composé de vétérans passionnés issus des scènes hardcore, doom et black metal.
Depuis 2012, leur mélange unique de post-doom instrumental fascine des auditeurs à travers le monde.
Dès les premières notes, les visuels projetant eau, océan et montagne semblent apporter une certaine fraîcheur dans cette température moite.
Ce qui s’apprécie beaucoup en ces premiers temps de chaleur difficiles à supporter.
Toujours en quête d’un équilibre entre la lumière et l’obscurité, entre une lourdeur écrasante et une beauté inquiétante, leurs compositions à la fois monolithiques et riches en couches sonores capturent l’immensité et la grandeur de l’espace.

Leur doom metal lancinant, lourd et aux boucles musicales entêtantes offre un voyage capable de faire fondre l’esprit et d’altérer la conscience.
Leur prestation sonore mêle des riffs massifs, des mélodies saisissantes dans une atmosphère hantée. Les Belges nous enveloppent dans un cocon de sonorités apaisantes.
Leur spectacle apporte une véritable sensation d’apesanteur, comme une lente dérive entre rêve et tempête.
Porté par des montées en puissance hypnotiques et des déflagrations sonores d’une intensité rare, le public se laisse peu à peu submerger par cette vague émotionnelle.
Entre contemplation et écrasement, Hemelbestormer transforme la scène en un paysage sonore immense et cinématographique, où chaque morceau semble raconter une odyssée sans paroles.
Une expérience immersive et sensorielle qui marque les esprits.
FUZZ SAGRADO
Fuzz Sagrado. On pourrait s’attendre à un groupe d’origine espagnole.
Eh bien, ce quatuor provient d’Allemagne pour nous apporter son blues expérimental et son rock psychédélique.
À l’aise, pieds nus sur scène, Chris Peters (ex-leader de Samsara Blues Experiment) mène ce nouveau projet en tant que chanteur-guitariste.
Entre psychédélisme planant, influences desert rock et textures space rock, le groupe séduit immédiatement le public.
Certains restent attentifs et découvrent leur musique, d’autres se trémoussent déjà en rythme. Une ambiance reposante s’installe malgré la chaleur humide de la salle.

On voit rapidement que les musiciens ne sont pas des débutants. Avec les riffs de Chris Peters, qui laissent respirer les notes, et les harmonies flottantes ainsi que les contre-mélodies de Steffen Schneider, le duo fonctionne au feeling tout en construisant des sonorités riches et texturées.
La rythmique, elle, apporte un groove souple et organique qui donne toute sa profondeur aux morceaux.
Au fil de leur prestation, Fuzz Sagrado réussit à installer une véritable transe psychédélique, entre longues envolées instrumentales et passages plus contemplatifs.
Sans chercher la démonstration technique, le groupe privilégie avant tout l’atmosphère et l’immersion.
Une découverte aussi intéressante qu’envoûtante, qui confirme que Chris Peters a trouvé avec Fuzz Sagrado une nouvelle manière d’explorer son univers musical.
COVEN
Le dernier groupe à jouer lors de cette première journée du Grand Paris Sludge se nomme Coven.
Le restant du groupe américain tourne essentiellement autour de Jinx Dawson, la chanteuse légendaire, entourée de musiciens beaucoup plus jeunes.
Dans la pénombre flottent les lueurs de bougies et de deux chandeliers posés de chaque côté de la scène de la grande salle.
Un énorme cercueil vertical couvert d’un tissu noir s’élève au beau milieu.
Cela donne un air très cérémoniel. Quand apparaît le groupe, le tissu tombe et on découvre Jinx, masquée, sortant de la boîte.
Cette formation moderne n’en perd pas son rock occulte.
C’est avec attention que les yeux sont rivés sur la chanteuse, âgée de 76 ans mais qui en paraît 40 de moins, et également sur le claviériste.

La voix de Jinx, toujours impressionnante malgré les années, domine le mix, très théâtrale, presque incantatoire.
Le public oscille entre fascination et surprise, surtout lors des passages les plus lents et hypnotiques. On est plus dans un rituel scénique que dans un concert classique.
Lorsque le batteur se lève pour brandir les cornes du diable, le public répond en montrant le signe du diable.
Une belle complicité avec un groupe underground qui réunit toutes les générations.
Une première soirée richement réussie aux ambiances sonores hétéroclites.





























