Among The Living
Interview

Entretien avec Morten Shax du groupe ENDEZZMA

endezzmaBonjour Morten Shax.

Te souviens-tu de l’âge que tu avais lorsque tu as découvert le metal ? Quel était le premier album que tu as acheté ?  

Bien sûr. C’était en 1985, j’avais huit ans et j’avais un cousin qui vivait à quelques mètres de chez moi. Les murs de sa chambre étaient couverts de posters de groupes de heavy metal et possédait des tonnes de cassettes. J’allais chez lui chaque jour pour écouter des albums et découvrir de nouveaux groupes. J’étais comme un enfant dans un magasin de sucreries qui pouvait avoir tous les bonbons gratuits.

La première cassette que j’avais achetée était « Shout At The Devil » de Mötley Crüe puis « The Last Command » de WASP. J’étais complétement aspiré par la musique et le côté esthétique du heavy metal. Je copiais des cassettes de mon cousin à peu près tous les jours et je les écoutais sur mon walkman. Je me souviens que j’avais le Walkman vissé aux oreilles tout le temps.
A l’école ou quelque que soit l’endroit où j’allais, j’écoutais de la musique. A partir de ce moment là j’ai commencé à chercher des groupes un peu plus extrêmes, passant ainsi du heavy metal au thrash metal puis au death metal etc…

Endezzma a été créé en 2005. « Erotik Necrosis » est sorti en 2012. Quelles étaient tes attentes à ce moment-là ? 

J’ai créé Endezzma dans le but de faire quelque chose de différent. Quelque chose qui soit en dehors du schéma habituel du Black Metal de l’époque. Je voulais y mélanger tout ce qui nous semblait donner à la musique une autre touche et une approche différente en incorporant du synthé, du piano, etc… Je n’avais pas d’attente particulière pour le groupe. Il était juste question de musique, d’être capable d’enregistrer et faire une musique qui nous parle à nous.

Qui a réalisé le logo d’Endezzma ? Il est particulièrement bien identifiable. 

J’ai fait le contour et les grandes lignes et mon ami de Beastcraft, Mr Northgrove, m’a aidé en le modifiant et en le complétant.

endezzma

Endezzma vient de la ville de Hønefoss tout comme Urgehal et Beastcraft. Avais-tu des interactions avec d’autres groupes de ta ville ou de Norvège en général à l’époque ? 

Il y a beaucoup de groupes qui viennent de Hønefoss au fil des années, tout spécialement des groupes de Black Metal. Il pourrait sembler que c’est une scène énorme avec beaucoup de gens, mais ce n’est pas le cas. C’est un petit cercle d’amis qui ont fait des multitudes de groupes au cours des années, avec des membres additionnels de-ci et de-là.
Je crois que Haavard Rem a consacré un chapitre entier à Hønefoss dans son livre sur le Black Metal. C’est la ville qui a engendré le plus de groupes de Black Metal au monde par rapport au nombre d’habitants. Donc naturellement nous sommes tous des amis proches depuis notre plus tendre enfance. Au début des années 90 les interactions était plutôt différentes. Il pouvait vite y avoir des conflits entre les groupes même s’ils venaient de la même ville.
L’atmosphère dans la scène était électrique et sacrément sérieuse alors ça chauffait parfois. Mais les groupes et les amis de la même ville restaient toujours ensemble.

Après ce premier album tu as sorti « The Arcane Abyss » en 2017. Comment perçois-tu cet album avec le recul ? 

Je le considère comme un album de Black Metal classique et traditionnel. C’était une approche plus classique et old school, moins expérimental que « Erotik Necrosis ».

Après le décès de Trodr Nefas que s’est-il passé pour le groupe ? Comment avez-vous réussi à continuer ? 

Trondr avait Urgehal qui lui prenait beaucoup de temps. Lorsqu’il est décédé, Urgehal était un peu important. En parallèle il composait pour Endezzma, Beastcraft, Angstskvadron, donc il avait en quelques sortes les mains et l’esprit bien occupé. Nous avions déjà Malphas dans le groupe avant son décès pour le libérer de son rôle dans Endezzma, spécialement pour la partie concert.

Le but était que Trondr se consacre principalement à la partie créative de la composition. Du coup cela n’a pas été vraiment difficile de garder le groupe actif et de continuer. Mais bien sûr c’était une situation tragique car c’était un ami très proche et la principale force créative de Endezzma, Urgehal, Beastcraft, etc… C’était un choc psychologique pour notre scène locale et une chose difficile à gérer que de perdre un si bon ami aussi jeune. J’ai toujours pensé que nous honorions sa mémoire et son amour de la musique de la meilleure des façons en faisant perdurer les groupes dans lesquels il était impliqué.

Votre dernier album « The Archer, Fjord and The Thunder » est sorti en Janvier 2021. D’après moi c’est un album solide avec un très bon son. Comment s’est passé le processus de composition ? 

Effectivement, « The Archer » a une production très forte et solide. C’était un choix délibéré de faire un album très bien peaufiné. Nous y avons travaillé dur et cela nous a pris beaucoup de temps. Nous avons reçu d’excellents retours. Beaucoup de gens l’ont qualifié de classique du Black Metal dans un emballage moderne et je suis d’accord avec cela. Nous avons fini par obtenir le son que nous voulions. Tore Tjerna a fait un superbe boulot en mixant l’album au Necromorbus Studio en Suède.

Peux-tu nous parler un peu des textes de cet album ? 

En ce qui concerne les textes ou la philosophique de cet album, tu peux considérer que c’est un concept-album puisque que le thème et rla philosophie sont construits autour du même monde. Tu trouves des personnages et des plateformes qui représentent certains fondamentaux de la mythique saga des ténèbres « Death Sworn ». Les paroles sont multicouches, tout comme la musique. Nous invitons l’auditeur dans un voyage sonique et philosophique dans l’obscurité stellaire.

La mort est une base fondamentale dans le monde d’Endezzma et ce depuis toujours. Mais sur The Archer, Fjord And The Thunder la mort et sa substance ésotérique, la progression et la perception se font par des histoires et des paysages dans lesquels tu peux trouver certains personnages, objets et symboles représentant la clé du scénario philosophique. C’est la célébration de la plus haute forme de l’existence et de la sensibilisation.



Concernant les labels votre premier album était sorti chez Agonia Records, le second chez Pulverised Records et le troisième chez Dark Essence Records. Pensez-vous avoir trouvé le bon label ? Quelles sont vos attentes à ce niveau ? 

La scène underdroung et indépendante a drastiquement changé au cours de ces vingt dernières années. Ce qui était important auparavant ne l’est plus forcément de nos jours. Il en va de même pour les groupes et les labels. A l’époque tout était plus direct tu trouvais un label qui pressait et distribuait ta musique. Mais le produit physique devenant de plus en plus rare les labels demandent plus aux groupes dans les contrats. Tu te dois d’être une force active avec une vision de l’avenir si tu veux que le label investisse en toi, naturellement c’est logique.

Nous avions eu sur la table des offres de labels bien plus gros mais il était important pour nous que nous soyons représentés par un label et des personnes qui croient en nous et ne non juste pour nous ajouter à un roster déjà conséquent avec de gros noms. Nous apprécions les interactions et la bonne connexion que nous avons avec Dark Essence Records et nous nous sentons bien avec un label dans le même pays que nous. Je crois que Dark Essence est le choix parfait pour Endezzma à ce niveau.

La pochette du dernier album a été conçue par Khaos Dictator. C’est une magnifique peinture. Peux-tu nous en dire un peu plus à propos de cette collaboration ? 

Cette peinture a été faite par un artiste serbe Stefan Todorovic et son agence Khaos Diktator. C’est une peinture très spéciale à laquelle nous sommes très attachés et nous en sommes très satisfaits, elle est vraiment représentative, elle capture parfaitement les texte et la philosophie de l’album. J’avais une idée claire dès le début concernant ce que nous voulions de l’artwork mais il y a ajouté tellement d’énergie et de profondeur ! Avec les visuels de l’artwork, le titre essaye d’exprimer une image aussi précise et détaillée que possible dans l’esprit de l’auditeur.

« The Archer, Fjord and the Thunder » sont trois mots clés essentiels dans le timing philosophique de l’album. The Archer est le principal mage, le Fjord est le passage et The Thunder manifeste le feu et l’énergie de ce grand monde épique et mythique des ténèbres stellaires. C’est une sorte de concept album puisque toute la thématique est construite autour de la même philosophie que l’on retrouve à travers les éléments mentionnés au-dessus et les mots-clés. Nous avions auparavant beaucoup écrit sur la mort et la signification de celle-ci en se basant sur la façon dont tu vis, dont tu te présentes et tes ténèbres intérieures.
A travers la thématique philosophique de l’album nous avons créé certains personnages et les avons placés dans un paysage et un lieu mythique.
Tu as beaucoup d’énergies qui se dégagent et un énorme symbolisme dans lesquels nous invitons l’auditeur se plonger. C’est comme de la poésie, tout le monde aura une réaction différente après avoir lu et écouté. C’est de l’art et c’est ainsi qu’il faut le prendre. Le monde philosophique sur lequel est basé « The Archer, Fjord And The Thunder » est un peu le début d’une plus grande image ou et un plus grand concept. Sur le prochain album tu pourras suivre les personnages et un scénario encore plus en profondeur.



La vidéo de « The Name Of The Night Is A Stronger Tower » est une vraie réussite. Peux-tu nous en dire un peu plus ? 

 « The Strong Tower » est l’essence même du monde d’Endezzma, c’est l’épicentre de l’énergie et de la force. Mais pour rester dans l’épicentre tu as besoin de diriger la tempête également. Le loup vertueux est en chasse pour rassembler l’énergie pour la tour devienne encore plus forte.

Musicalement parlant Endezzma joue un Black Metal assez épique depuis ses débuts. Quelle était ta principale motivation à la création du groupe ? 

En créant Endezzma, j’ai tout de suite voulu sortir des traditions et du cadre du Black Metal. Endezzma a toujours été comme le diable lui-même, à l’opposé à ce qui est établi. Nous avions l’intention d’emmerder les suiveurs libéraux du Black Metal et les groupes. Nous bravons la tempête. Malheureusement le Black Metal est un terrain de jeu étroit avec une vision limitée. Derrière le rideau les intentions seront toujours de faire de la musique et créer de l’art qui représentent ce nous sommes en tant que musiciens et artistes à l’instant T. Notre ordre du jour et nos motivations changent avec les années mais la base est toujours un contexte très sombre avec une grande énergie et de vrais ressenti en avant.

Que penses-tu du Post/Black Metal et de l’Avant-Garde Black Metal ? 

J’écoute souvent des nouveaux albums, mais j’en trouve rarement que j’écoute en boucle. Mais je ne suis pas du genre à dire que celui-ci est pire ou mieux que celui-là. Tout dépend de ta propre perception, de ta propre histoire musicale et du contexte. Je pense que tu dois juste voir ce qui te plait ou pas sans te préoccuper de ce qui plait aux autres ou non. Au bout du compte, l’art qui vient de la passion, de ta propre foi et ta croyance sera de qualité d’une façon ou d’une autre. Si ton but est de te plier aux modes ou autre, ce sera l’échec de toute façon. Le concept des étiquettes n’est pas une bonne chose, la vraie musique est de l’art et il y a juste une façon de le faire !

Tu as donné un concert mémorable à Midgardsblot avec Endzzma mais aussi avec Urgehal. Ainsi tu étais sur bien des fronts pendant le festival. Quels souvenirs gardes-tu de ces deux prestations ? 

Nous avons joué sur la grande scène avec Endezzma et c’était une très bonne expérience comme une chevauchée sauvage. Endezzma est un groupe qui se sent bien dans un grand espace, c’était excellent de courrir sur la grande scène en invoquant nos ténèbres et l’énergie du diable. Le concert de Urgehal fut un blast infernal également. Un rituel live de Urgehal et balancer ces vieux hymnes de Black Metal à la tronche du public est toujours une putain d’expérience. Il y a toujours une atmosphère necro-électrique fantastique.

Que penses-tu de ce mélange de metal extrême et de folk qui compose le line up du festival ? 

Comme je le disais plus tôt, je ne suis pas limité au style monstre sinistre. Si tu es dans un festival où il y a cinquante groupes qui jouent le même style de musique tu finis par saturer même s’il s’agit de tes groupes favoris. Je pense qu’un mélange est bon, cela permet aussi aux groupes de se présenter à un public différent.

Merci pour les questions et le temps accordé. Stay tuned and alerted pour un nouvel opus épique et diabolique de la part d’Endezzma. Cette fois ce sera encore plus sombre et sauvage que jamais. Au plaisir de se retrouver sur la route avec Endezzma et Urgehal !

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Pour info, URGEHAL + ENDEZZMA, SUPPORT: STRYKNIN seront le 3 décembre au Hulen à Bergen pour une date exceptionnelle.


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