Interview de Loudblast avec Stéphane Buriez
Réalisée au Plane’R Fest le 4 juillet 2025
Par Martine Varago
40 ans de carrière, un moment de retour aux sources et de réaffirmation
Loudblast traverse le temps grâce à une stabilité retrouvée, une dynamique collective bien huilée et une volonté constante de se réinventer. Leur 40ème anniversaire n’est pas seulement une fête : c’est un moment de retour aux sources et de réaffirmation de leur identité musicale. Loudblast prouve encore une fois, avec lucidité et passion, que longévité rime avec authenticité. Born of the Storm, leur prochain EP, sortira prochainement — avec une reprise de Slayer en bonus !
Loudblast, c’est Loudblast!
Amongtheliving : Qu’est-ce que cela fait à un groupe d’avoir 40 ans de carrière musicale ?
Stéphane : On est contents d’accueillir les métalleux à nos concerts et de susciter autant d’enthousiasme. C’est une énorme chance.
Amongtheliving : En 40 ans de carrière, vous êtes toujours restés fidèles à votre style metal.
Stéphane : Loudblast, c’est Loudblast. Si j’ai envie d’explorer autre chose, je le fais sous un autre nom. Mais le groupe a quand même évolué : chaque album est différent, même si on reste dans notre univers. Je n’ai jamais voulu reproduire un succès en me disant : “ça a marché, on va faire pareil.” Je trouverais ça ennuyeux.
Amongtheliving : Comment répartissez-vous les rôles et les responsabilités au sein du groupe ?
Stéphane : Globalement c’est moi qui compose tous les morceaux de musique. Pour les textes, je fais appel à quelqu’un de l’extérieur. Je ne suis pas passionné par l’écriture des textes à proprement parler. J’arrive avec la matière brute et les autres peuvent apporter leurs arrangements au fil des semaines, voire des mois. Chacun trouve sa place au sein du groupe et Hervé également s’est investi. On est un groupe de 4 mecs qui ont des idées et qui jouent ensemble.
Amongtheliving : Fêter son 40ème anniversaire en groupe, cela aide-t-il à consolider les liens d’un groupe ?
Stéphane : On a passé près d’un an à fêter ces 40 ans dont les quatre soirées à Lille. C’est notre terre d’origine. Hervé et moi, on s’est retrouvés à jouer des morceaux que l’on n’avait pas joués depuis l’éternité, des morceaux que l’on avait laissé de côté des années. Se mettre en danger c’est quelque chose que l’on a toujours su faire et qui a fait tenir le groupe à exister et avoir cette carrière.
Amongtheliving : Justement, pour rebondir sur ce succès, quels ont été les hauts et les bas tout au long de votre carrière ?
Stéphane : Je vais commencer par les points négatifs. C’est souvent lié à des problèmes humains. Comme dans un couple, on peut avoir l’impression que l’on n’a plus rien à voir ensemble, plus rien à faire ensemble. Par conséquent, ce n’est pas facile de redémarrer une autre histoire. Dans Loudblast, il n’y a pas eu autant de tension que cela. Certains sont partis au moment où cela se passait moins bien, disons.
Dans ces moments-là, on vit une période plus difficile et on se demande avec qui on va continuer. En ce qui concerne les points positifs, c’est la création qui nous porte. Être un groupe, c’est avant tout jouer ensemble. On a toujours su se mettre en danger artistiquement, et c’est ça qui nous a fait tenir.
Amongtheliving : Et ce n’est pas toujours facile d’avoir des idées ?!
Stéphane : J’en ai beaucoup trop ! (Rires)
Amongtheliving : Aujourd’hui, dans un contexte très concurrentiel, qu’est-ce qui vous pousse à continuer ?
Stéphane : Des festivals comme le Plane’R Fest ! Monter sur la Main Stage à 20h, voir des gens chanter nos morceaux et prendre autant de plaisir que nous, c’est ça notre moteur. Le partage reste notre leitmotiv.
Amongtheliving : Comment travailles-tu la cohésion sonore et les arrangements ?
Stéphane : J’ai mon propre studio à domicile depuis de nombreuses années, ce qui me permet de faire toutes les maquettes moi-même, sauf la batterie. Ces maquettes sont très avancées, à 90 % finalisées quand je les présente. Ensuite, j’ai la chance de travailler avec Nico HK du studio Vamacara, un collaborateur de longue date.
Il affine, modèle le son et donne à l’ensemble la direction finale. Je lui fais totalement confiance. Parfois, il faut savoir « lâcher le bébé » et laisser une autre vision s’exprimer. Nico propose souvent des idées auxquelles je n’aurais jamais pensé.
Amongtheliving : Quel conseil donnerais-tu à un jeune groupe qui débute aujourd’hui ?
Stéphane : Fais pas ça ! (rires) Monter un groupe a toujours été compliqué, que ce soit il y a 30, 40 ou 50 ans. Mais aujourd’hui, les modes de communication et de consommation musicale ont profondément changé. Il faut rester informé, s’adapter en permanence. Heureusement, on est bien entourés et on s’appuie sur notre équipe pour faire les bons choix.
Amongtheliving : Je reviens sur ce que tu as dit tout à l’heure : tu as parlé de tension. Eh bien justement, comment gérez-vous les tensions, comment organisez-vous la dynamique de groupe ?
Stéphane : Il n’y a plus tellement de tension, il y en a eu davantage à une époque. On a grandi aussi et nous ne sommes plus des adolescents un peu foufous qui veulent tout tout de suite. On a 40 ans de carrière et on a traversé quatre décennies. Durant cela, il faut savoir poser cartes sur table pour se dire les choses. Il n’y a plus de tension dans le groupe depuis très longtemps.
Amontheliving : Quand il se produit des désaccords, est-ce plutôt la musique ou les personnes qui posent problème ?
Stéphane : La musique, ce n’est pas possible parce que cela voudrait dire que je suis en désaccord avec moi-même. Si ce que je proposais au groupe ne me plaisait pas, ils me le diraient ! On n’est pas toujours d’accord sur la façon de procéder au niveau du business. Mais cette année anniversaire a ressoudé plein de choses. On a eu à gérer des problèmes inattendus et cela s’est fait dans le respect.
Amontheliving : Quels sont les moments forts et de déception de cette année ?
Stéphane : Le label et nous-mêmes sommes déçus de l’annulation de la tournée européenne suite à la sortie de l’album « Altering Fates And Destinies » (sorti en octobre 2024). Mais il y a plus de choses positives : la préparation des 40 ans, le travail des anciens morceaux. Whao, putain ! On sait encore les jouer ces morceaux-là ! Le fait d’avoir la reconnaissance des médias, de ceux qui nous supportent depuis très longtemps.
Amongtheliving : Jouez-vous vos anciens morceaux d’une manière différente aujourd’hui ou bien le son a-t-il évolué ?
Stéphane : Tout a changé dans la manière de travailler. On joue nos anciens morceaux avec la rigueur moderne. L’idée est de se faire plaisir et de faire plaisir aux fans. On a mis du temps à travailler avec l’ensemble du groupe et le résultat est vraiment probant.
Amongtheliving : Dans votre dernier LP « Altering Fates And Destinies » , on sent une certaine maturité avec des morceaux plus travaillés, plus complexes et un tempo plus lourd.Quel est le bilan à la fois artistique et commercial de cette dernière sortie ?
Stéphane : Le bilan commercial est plutôt bon. L’album a été plébiscité partout et c’est un album qui me tenait à cœur, sur lequel j’ai travaillé dur. Celui-là, j’étais sûr qu’il avait autre chose encore. Le bilan artistique est positif aussi. Je me suis ressourcé quelques temps et on a un EP qui va sortir prochainement.
Amongtheliving : Des projets en cours ?
Stéphane : Oui, on sort bientôt un EP qui s’intitule Born of the Storm. C’est la première fois qu’on sort un 45 tours, composé juste avant l’annonce des 40 ans du groupe. Sur la seconde face, on a choisi de reprendre un morceau qui nous a énormément influencés « Evil Has No Boundaries » de Slayer.
Quand je compose, j’ai besoin d’être dans ma bulle. Là, je vais bientôt entamer l’écriture du prochain album, et je vais me consacrer uniquement à ça. Je m’occupe principalement de la musique, mais il m’arrive aussi d’écrire quelques textes. Pour le dernier album, j’ai écrit quatre ou cinq textes pour les paroles, mais j’ai délégué le reste à d’autres, notamment pour les arrangements.




