Among The Living
Interview

Interview avec le groupe STORM ORCHESTRA

Interview avec le groupe STORM ORCHESTRA

13 mars 2025 au Dr Feelgood, à Paris

Par Martine Varago

STORM ORCHESTRA


Storm Orchestra joue un rock qui oscille entre l’infectiosité de Nothing But Thieves, la force motrice captivante de Royal Blood et l’ambition mélodique de Muse. Le trio opère paradoxalement dans un espace qui s’attaque aux opposés pour les assimiler en un seul joyau glorieux. Lumière et obscurité, euphorie et lourdeur, glamour et agressivité sont tous fusionnés avec une aura alléchante.

Les trois Parisiens se sont frayés un chemin et ont illuminé le ventre de la scène musicale underground de la ville et au-delà ces dernières années. Le trio composé de Maxime Goudard (chant, guitare), Adrien Richard (basse) et Loïc Fouquet (batterie) est la pierre angulaire de l’alternative française depuis la sortie de leur premier EP éponyme en 2020. Leur premier album, « What A Time To Be Alive » de 2023, a enregistré une impressionnante combinaison de 4 millions de flux, se terminant triomphalement en 2023 en tant qu’ « artiste à voir en 2024 ».

Plus récemment, leur single « Drummer » ramasse une quantité incroyable de listes de lecture sur les plates-formes musicales. L’été 2024, Storm Orchestra signe sur Mascot Records en lançant leur morceau « Bright Soul » mixé par Adrian Bushby (Muse, Foo Fighters) et produit par Bertrand Poncet de Chunk! No, Captain Chunk! En live, leur musique, signée par Gérard Drouot Productions, est tout simplement faite pour les stades.

Aujourd’hui, Storm Orchestra annonce la sortie de son nouvel album intitulé « Get Better » prévu le 11 avril 2025. Les trois membres du groupe sont présents pour nous raconter leur aventure.

La première question qui me vient à l’esprit, c’est d’où vient le nom de Storm Orchestra ?

Maxime : En répète, il arrive que les gros amplis captent la radio. Et un jour, on a entendu des paroles sortir de l’ampli : Brianstorm des Arctic Monkeys qui est l’un de nos groupes préférés. On a pris le mot « Storm » et on a ajouté le mot « Orchestra ». C’était un mot qui a été choisi pour montrer à la fois qu’on est trois et pour faire référence à notre énergie.

La seconde question qui me traverse l’esprit est comment avez-vous créé votre son ?

Maxime : C’est de la recherche.

Loïc : C’est du travail d’équipe, du travail que l’on fait en studio avec Bertrand notre producteur réalisateur et également le travail que l’on fait avec Johanne notre ingé son qui participe aussi bien aux enregistrements qu’au live. Cela a été aussi le fruit d’une réflexion lorsque le groupe s’est formé en 2019.

Adrien : C’est pas mal de recherche avec un son moderne. Cela reste organique et instinctif et il y a beaucoup de basse et de batterie notamment.

Maxime : J’ai l’impression que cela se fait à tous les niveaux. Quand on fait une démo instrument, elle pourrait déjà être un album presque prêt à sortir et à passer en studio. Chez nous, on fait des démos très poussées et donc il y a une recherche de son qui se fait naturellement. Ensuite, en studio, on magnifie ce son. On recherche alors ce que l’on peut faire de mieux dessus.

Chacun cherche individuellement chez soi et ensuite vous partagez toutes vos idées en commun. Est-ce que c’est l’esprit du groupe ?

Adrien : De manière générale, je fais les instruments et les riffs. Je les envoie à Max pour trouver des lignes de chant que je ne pourrai pas faire.  C’est vraiment un aller-retour entre l’instrument et le chant. Puis, on envoie à Loïc pour avoir un regard extérieur. Comme ça, on sait si c’est objectivement bon pour le groupe ou pas.

Quand on dit naturellement, c’est qu’il y a déjà un travail derrière et aussi un travail d’écoute.

Adrien : Certes cela fait 20 ans que je travaille la musique. J’ai commencé à l’âge de 15 ans. La recherche du son a commencé à cet âge-là pour nous, en fonction des influences qui nous ont marquées et aussi à travers notre pratique.

Maxime : C’est aussi l’écoute d’autres morceaux provenant d’autres artistes. Par exemple, j’aime bien ces sons de guitare-là chez cet artiste. On attrape des sonorités par-ci, par-là. La particularité, c’est le mélange de toutes ces influences.

Adrien : Quand je suis porté sur un artiste, que ce soit un nouvel artiste ou un vieil artiste, c’est souvent que je réécoute certains de leurs morceaux. Naturellement, tous les artistes apprennent des choses sur les autres artistes. Quand on dit naturellement, on ne va pas réfléchir à faire un morceau. Cela se construit à partir de l’expérience des écoutes et de la pratique.

Si tu devais nommer un guitariste voire deux, quel serait celui qui représenterait ta plus grande source d’inspiration ?

Maxime : Si je dois choisir un guitariste, je nommerai Angus Young. C’est dans ce son, dans sa manière d’intégrer la scène, son énergie, c’est quelqu’un de global qui m’a beaucoup influencé, peut-être même plus sur le jeu de scène, sur la façon de vouloir tenir une scène.

Adrien : Naturellement, je vais dire Matthew Bellamy pour le son qu’il a volé à Tom Morello ! (rires) C’est un gars qui tient beaucoup de choses dans ce groupe (ndj : Muse). Il y a beaucoup de recherche dans ce son à la guitare : il a un son électronique.

Et pour le batteur, hormis John Bonham, qui désignerais-tu comme ton meilleur batteur ?

Loïc : Dave Grohl. C’est même devenu une blague en studio avec Bastien qui travaille aussi avec lui. Sur les albums, chaque fois que l’on recherche des parties de batterie avec Bastien, on se pose la question : « Qu’est-ce qu’il ferait Dave Grohl ? » Cela nous permet d’aller au plus simple et au plus efficace. Ce qui est important, c’est de bien jouer, avec attention, avec personnalité, plus que ce que l’on va jouer mais comment on va le jouer. J’ai aussi pas mal d’influences punk rock comme Travis Barker (ndj : Blink-182).

Les plates-formes musicales plébiscitent beaucoup votre groupe Storm Orchestra. Comment êtes-vous parvenus à ce niveau ?

Loïc : C’est plus mystérieux que les radios car les radios passent par le circuit de distribution et les labels. Il y a une appli de Spotify qui permet de pitcher, donc de présenter un titre avant qu’il sorte officiellement. Les sites notamment Spotify et Deezer ont des statistiques d’écoute et peuvent savoir ce qu’aiment les auditeurs par rapport à ce qu’ils écoutent.
Et une fois que l’algorithme est en place et qu’on est reconnu, ça se fait automatiquement. On utilise Spotify pour artiste et Amazon pour artiste où l’on peut présenter un titre par exemple. C’est un coup de bol. C’est comme être repéré à la radio ou par un label. C’est aussi beaucoup de chance et de travail.  Ça se provoque, la chance !

Maxime : Oui et il faut du travail aussi ! Et parfois on ne sait pas toujours si cela va plaire…

Loïc : On ne le fait pas avec l’idée de plaire, surtout quand on fait du rock aujourd’hui. Ce n’est pas le style dominant. Les rock stars, c’est terminé. Si on veut en vivre, c’est plus compliqué.

Cela a toujours été difficile de vivre du rock même au XXe siècle car ce n’est pas de la variété !

Loïc : On le fait avant tout par passion.


STORM ORCHESTRA



Pouvez-vous nous parler du clip Superplayer ?

Maxime : Comme pour « Drummer », on a voulu rester dans l’humour au second degré puisqu’on parle d’amour avec du vocabulaire de sport. C’était intéressant d’appuyer le texte dans le clip et d’y amener vraiment une explication sur le fait de vouloir envers et contre tout rester ensemble et être une équipe.  Dans le clip, c’est ça. Il y a des étapes à traverser pour rejoindre l’être aimé. C’est cela que l’on veut raconter avec de l’humour. Dans le titre, les termes sont complètement absurdes.

Loïc : C’était une bonne occasion de se marrer et de se retrouver sur le stade de Bourg la Reine pour piloter tout ça. De faire des bêtises, de porter un t-shirt quand il fait 1 degré !

J’ai écouté votre album « Get better » et cela sonne carré, rock british avec des refrains accrocheurs. Les textes sont bien écrits. C’est bien construit. Comment écrivez-vous les textes ? Est-ce qu’un anglophone vous corrige ?

Maxime : Je n’écris jamais de texte sans musique dans un premier temps. J’écris toujours sur le moment et j’enregistre quelque chose d’approximatif en yaourt. Ce qui est drôle, c’est que parfois il y a un mot qui se glisse dans le yaourt. C’est ce mot-là qui va conduire le texte. Ce qui est intéressant sur cet album, j’écris couplet refrain et après et je reprends des fois le premier, le deuxième couplet plus tard. Et sur cet album-là, Loïc m’a filé un coup de main sur les textes sur lesquels il sentait une affinité, pour ajouter un deuxième couplet par exemple. Je fais corriger les textes ensuite par un ami franco-américain. La musicalité du texte doit être au-dessus, c’est ça qui est important. Ce n’est pas qu’un poème, c’est aussi un instrument, il faut que ça sonne, il faut que ce soit mis au bon endroit. Je fais très attention à cela, il faut que la voix et les paroles soient complémentaires à la musique et qu’elles se fondent.

Cela peut m’arriver d’écrire en regardant un documentaire ou en lisant un article, un livre. Ecrire une phrase qui me vient à l’esprit et je la note et je vais rarement plus loin. Et j’insiste sur le fait que j’écris toujours le texte sur la musique car comme ça, je trouve que la musicalité est tout de suite là.

Notre premier album était parti sur des textes plutôt sociétaux. Le thème de l’amour est dans les deux albums mais sur le deuxième album, j’écris des textes plus personnels. J’ai eu envie de m’interroger au lieu d’interroger le monde.

Comme tu disais que tu écrivais des textes à partir de la musique et que vos textes sont devenus introspectifs sur ce deuxième album, est-ce que, en fait, la musique ne vous a pas conduit à écrire des paroles plus personnelles ?

Maxime : Est-ce que ta musique est plus introspective ?

Adrien : Je ne sais pas.  A vous de me le dire (rires)

Loïc : Je ne crois pas et je pense que cela est vraiment un choix.

Maxime : On se trouve à un moment de notre vie où on a envie de nous améliorer.

Loïc : C’est le titre de l’album « Getting Better ».

Maxime : De regarder ce qui ne va pas et d’essayer de l’améliorer. Cela a été transversal dans le groupe.

Loïc : C’est pour cette raison que l’on a donné le titre à l’album si tu te souviens. Cela a un triple sens, c’est à la fois aller mieux quand on est dans une période difficile ou quand on est malade on essaye de guérir, d’aller mieux. Cela peut signifier aussi s’améliorer et au sein du groupe c’est aussi essayer de franchir une nouvelle étape pour s’améliorer.

Est-ce que vous avez un morceau que vous préférez jouer / écouter ?

Maxime : C’est souvent le dernier morceau car c’est le dernier morceau qu’on joue, qu’on apprend, voire que l’on compose.

Loïc : Ce n’est pas le même, celui que l’on préfère écouter et celui que l’on préfère jouer. Mon préféré à jouer, cela va être « Drummer » parce qu’il est rigolo. Il y a un break un peu fou. Le clip de « Drummer », notre deuxième single, est très drôle. On a auditionné quelques batteurs. En fait je me suis déguisé en plusieurs batteurs et le dernier c’est celui qui est choisi.

Et à écouter, ça va être « Crush The Mirrors », on sent la patte de Chuck, No Captain Chuck ! Et « Victory », l’un de nos morceaux les plus ambitieux musicalement.

Peux-tu préciser justement ce qu’il a de plus ambitieux ?

Loïc : Il n’est pas composé de façon classique : couplet-refrain-couplet. C’est un morceau linéaire qui se développe et c’est difficile de dire ça c’est un couplet, ça c’est un refrain. C’est la même progression harmonique tout le long et la guitare fait toujours la même chose. C’est comme une bobine qui se déroule. Et le texte est super bien foutu.

Bastien : Pour moi, à jouer, c’est « Superplayer ». Il est direct, il y a un échange avec le public. Les paroles sont super bien et la ritournelle qui tourne tout le temps et qui monte en puissance. C’est très suggestif mais je suis fier de ce morceau.

Maxime : A écouter, je nommerai « We Will Be The Last ». Je le trouve intéressant parce qu’il y a un peu tout : les  gros riffs, un moment plus calme, le refrain pop, les chœurs. Comme c’est un morceau que l’on n’a pas encore joué en live, qu’on n’a pas encore trop travaillé. Il a un peu disparu de mon esprit et je sais qu’à un moment il va revenir. J’ai hâte que ce soit ce moment-là.

Des projets de concerts prochainement ?

Adrien : En avril, il va y avoir le 28 mars au Douze à Cergy, l’Olympia le 14 avril, Barberaz le 28 avril, le 30 à Milan en première partie de Royal Republic. En mai, on continue plusieurs dates avec Royal Republic. Au niveau festival, on jouera à Rock en Stock, Rocka’Vib, Guitares en Scène et à la Feria de Dax.

Le dernier mot à nos lecteurs.

Loïc : Merci beaucoup pour votre soutien. On ne fera pas ça sans eux et sans ceux qui écoutent notre musique et qui nous soutiennent. Et surtout on se voit en live car c’est là où ça va être marrant.


STORM ORCHESTRA

« Get Better » leur nouvel album sortira le 11 avril 2025


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