Rencontre avec Slyde et Goudzou du groupe KOMODOR
Komodor est un groupe de rock français originaire de Douarnenez, en Bretagne. Ces cinq membres, Slyde Barnett et Ronnie Calva à la guitare et au chant, Meline à la guitare, Goudzou à la basse et au chant et Ricky à la batterie ne sont pas là pour dépoussiérer, mais, tout en s’inspirant des codes, ils donnent un vent de modernité à leur univers : des guitares brutes, des voix harmonieusement entremêlées et du groove.
Leur musique s’inspire fortement des années 1970, avec un son hard rock et psychédélique qui rappelle des groupes comme MC5, Alice Cooper, The Stooges, Led Zeppelin et Deep Purple.
A l’occasion de la sortie de leur second LP Time And Space le 30 janvier prochain, Amongtheliving.fr rencontre Slyde et Goudzou à Paris.
Présentez le groupe Komodor à des extra-terrestres.
Slyde : On est cinq énervés qui ont plein de choses à dire et qui viennent du bout du monde. On joue du rock.a
Pantalons yé-yé, cheveux longs et moustaches. Vous arborez le même style vestimentaire que votre musique, c’est-à-dire un son 70’s. Mais qu’est-ce qui vous prend de jouer un tel revival des années 70, avec en plus un son authentique ?!
Slyde : Nos parents écoutaient ce genre de musique et on ne s’est pas posés de question. On a écouté le même style, on a appris nos instruments et on s’est retrouvés ensuite entre potes.
On a la chance aussi de vivre en Bretagne, dans une région très rock. Dans le Finistère, il y a une population rock. Cela nous a tout simplement donné envie de jouer.
Goudzou : On aime bien ce style de musique et on vit de notre musique.
Vous parvenez à vivre de votre musique alors que ce n’est pas évident pour beaucoup de groupes.
Slyde : Oui, on a cette chance !
Vos parents écoutaient Steppenwolf, MC5 dont vous reprenez des morceaux en live. Avez-vous d’autres influences ?
Goudzou : Mes parents écoutaient à fond Deep Purple, Status Quo, AC/DC, les grands classiques. Quand tu écoutes ça à 6 ans, tu as envie de faire plein de choses.
De secouer la tête dans la bagnole avec la cassette qui bug parce qu’on l’a trop écoutée !
Slyde : Mes influences, c’est un peu la même chose. Il y a aussi Creedence Clearwater Revival. On a baigné dans les groupes classiques de rock : MC5, The Stooges…
Vous allez sortir prochainement votre second album Time And Space que l’on sait déjà coécrit et composé par les cinq membres du groupe. Racontez-nous plus en détail le processus de création de cet album. Quelle est l’évolution musicale par rapport au précédent ?
Goudzou : L’album a été composé par nous cinq. On a fait la production et on l’a enregistré nous-mêmes, puis mixé. On s’est baignés à fond dedans !
Slyde : Le processus est différent des albums précédents, car on proposait toujours des sets pour le live qu’on enregistrait a posteriori. Pour cet album, on est partis sur une page blanche en studio.
Il y avait un travail de production différent. On a créé les morceaux sans savoir s’ils seraient exécutables en live.
On a dû faire des arrangements, ce qui représente un autre travail intéressant.
Goudzou : Les morceaux joués en live ne sonnent pas forcément comme ceux joués sur l’album. Par exemple, pour la chanson « Ravish Holy Land », on a enregistré la partie de la fin sans savoir où on allait.
On a lâché prise et on a gardé cette version-là, la meilleure en fait. En studio, on a surenchéri avec des guitares, des synthés qu’on ne peut pas faire en concert. On a donc construit une partie plus psyché.
Comme chacun de vous compose, qui démarre le premier ? Les riffs, le chant ? Précisez le processus de création.
Goudzou : On part d’un riff en général. Slyde arrive avec une idée et, à la fin de la journée, on a une ébauche. Dès qu’on a l’ébauche du morceau, on se met à composer directement les paroles avant d’aller plus loin dans la composition.
Parfois, on peut se poser pendant deux ou trois heures, parfois cela met plusieurs jours à venir. Mais on a fait toutes les paroles ensemble.
Pas facile d’écrire à cinq ?!!!
Slyde : Ce n’est pas évident, mais c’est une question de compromis et de partage. Dans le groupe, il n’y a pas d’ego. Donc chacun propose son idée et, si ça marche, tant mieux. Si ça ne marche pas, on repropose quelque chose.
Cela sera pour une prochaine fois. On est vraiment au service de notre musique. C’est pour cela que cela marche bien : chacun trouve sa place.
Dans l’investissement, c’est cool aussi. Si chacun y met sa patte, je pense que, que ce soit pour le live ou l’après, il y a plus d’investissement personnel de chacun, de manière générale, que s’il y a un compositeur et des exécutants derrière.
Parlons justement de votre nouvel album Time And Space, qui sortira le 27 février 2026. Vous évoquez la liberté dans votre chanson « Hard To Deal », et je citerai les paroles :
My mind is free
But I’m not a hippie
I ain’t got no chains
A cosmic brain
It’s hard to deal
It’s hard to deal
Au fond, peut-on dire qu’aujourd’hui nous avons moins de liberté, et que celle-ci se situe avant tout dans l’esprit ? Moins de liberté qu’à l’époque des hippies, mais plus qu’à celle de l’esclavagisme ? Un grand écart historique, certes, mais c’est bien cela qui transpire à travers ces paroles.
Slyde : Depuis quelques années, il y a moins de liberté. De plus en plus de choses se ferment. On vit dans un monde aseptisé.
Je pense que c’est plus difficile d’exister en tant qu’indépendant, d’avoir des idées. Dans le monde actuel, les groupes médiatiques sont aux mains de grosses entreprises, par exemple.
Je pense qu’à l’époque de nos parents, le monde avait l’air plus libre. Paradoxalement, il y a plus d’informations avec les réseaux sociaux, Internet.
On a abordé ce thème-là parce que c’est un sujet d’actualité.
Beaucoup de vidéosurveillance qui n’existait pas durant les années 60-70. Les nouvelles technologies permettent d’être davantage surveillés. Dans une société moderne dite Big Brother, la liberté d’expression en subit les conséquences.
Poursuivons avec le morceau intitulé « Burning Land » et son refrain :
Mountains are now crying
The sun is changing, the lands are burning
Wide black smoke is coming
People are moving, their homes are falling
Vous décrivez un univers quasi apocalyptique. Même si les montagnes qui pleurent sont une métaphore, qu’avez-vous voulu exprimer à travers cette chanson ?
Goudzou : On a écrit cette chanson suite à l’incendie qui a ravagé les monts d’Arrée, situés dans le Finistère. C’est un phénomène que l’on n’a jamais connu ici car, en général, on a un temps assez pluvieux. C’était une sécheresse atypique. Cela a touché beaucoup de monde.
Par ailleurs, le groupe Moundrag a créé une chanson sur ce même thème, sur la montagne qui brûle, sur le réchauffement climatique. Ce texte correspond à une réalité parce que des gens ont dû fuir leur maison ravagée par les flammes. Le feu s’est arrêté juste à l’entrée de la chapelle Saint-Michel de Brasparts. C’est mythique.
Des morceaux plus joyeux figurent également sur cet album, comme « Bliss And Joy ». Si le titre laisse présager une chanson lumineuse, les paroles restent revendicatrices, appelant à davantage de liberté : « To get our power back, we need more freedom ». N’est-ce pas aussi une manière de critiquer la société à la Big Brother ?
Slyde : Si, carrément. Ce qui est assez fou, c’est qu’on est inspirés par les groupes qu’on aime, comme le MC5. Donc on se retrouve dans des thèmes, des problématiques similaires. Chaque époque connaît ses problèmes relatifs à la liberté et nous, on la transpose selon notre génération. Finalement, c’était vrai pour eux, à leur époque.
Certes, le MC5 était un groupe fortement engagé politiquement pour la liberté et l’égalité.
Pouvez-vous nous parler de l’un de vos morceaux préférés présents sur cet album ?
Goudzou : On peut parler de « Once Upon A Time ». Quand on a composé ce morceau, on s’est regardés, l’air étonné d’avoir composé ça !
Slyde : Il se dénote de tout ce qu’on a pu faire. Il y a un côté un peu prog si on regarde l’évolution des accords. On a écouté David Bowie et on a adoré l’intensité de l’un de ses morceaux, avec beaucoup de cassures.
D’habitude, on a tendance à jouer des morceaux assez linéaires, dans l’énergie. On n’avait jamais bossé sur des morceaux dynamiques avec des breaks tels que « Once Upon A Time ».
Il comprend une ligne conductrice mais comporte également plein d’éléments, d’influences, des styles de musique qu’on a écoutés durant cette période : glam rock et prog. Il reflète l’évolution du deuxième album.
Gouzdou : C’est le septième morceau de l’album. Une fois composé, on s’est dit : « On ne va pas se mettre de frein, on va jouer ce qu’on aime, tout simplement. » On y parle de la schizophrénie.
On avait envie de comprendre ce qui se passe chez une personne atteinte de cette maladie. On a fait des recherches et imaginé un voyage au cœur du cerveau.
Sur scène, tous les deux, vous occupez beaucoup l’espace et vous vous montrez très extravertis. N’y a-t-il parfois pas de rapports d’ego au sein du groupe ?
Slyde : Aucun. On se connaît depuis une quinzaine d’années, sauf avec Gouzdou.
Gouzdou : Je viens de Brest. Je travaillais comme ingénieur du son lorsque j’ai rencontré Slyde et les autres musiciens, il y a environ neuf ans.
Enfin, qu’attendez-vous de la sortie de cet album, aussi bien de la part de vos fans que de vos futurs auditeurs ?
Slyde : Ce serait cool qu’il plaise aux fans de la première heure et qu’il puisse aussi toucher un public plus large.
Gouzdou : On va tout donner pour le live.
Quels sont vos projets de concerts et de tournées pour 2026 ?
Gouzdou : L’album n’est pas encore sorti et on a déjà une trentaine de dates programmées. On joue le 26 mars à la Maroquinerie, puis à la Cave à Argenteuil le 3 avril.
Slyde : Il y a aussi des projets au Desertfest à Londres, en Espagne, en Allemagne et au Benelux.





