Loudblast, le quartet lillois de Death metal vicieux aux riffs et aux blasts incendiaires
Interview exclusive réalisée le 27 avril 2024 au festival In Your Fest à Thorigny par Martine Varago
A l’instar de Possessed, groupe californien novateur dans le Death Metal, Loudblast est le pionnier du genre en France et en Europe depuis 1985. De toute évidence, 39 ans de carrière pour un artiste est un exploit, notamment pour un groupe de metal extrême qui traverse toutes les évolutions de la musique et du business en général. Sonnant toujours aussi fort, aussi heavy, il devient plus féroce que jamais avec parfois du doom brutal ! Loudblast était au Vamacara studio pour enregistrer son nouvel album « Altering Fates and Destinies », le successeur de leur dernier album «Manifesto », acclamé dans le monde entier. Préparez-vous à un décollage Death Metal immédiat ! En attendant sa sortie, très attendue, via Listenable Records le 25 octobre prochain, Among The Living rapporte quelques propos exclusifs de Stephan Buriez.
Among The Living : J’aimerais revenir aux origines du Death metal et notamment au groupe Possessed, groupe californien de la région de San Francisco. Est-ce que tu confirmes que Loudblast a été aiguillonné quelque part par ce groupe californien ?
Stephan Buriez : Je pense que la majorité des groupes de Death metal ont été influencés par Possessed. C’est l’un des pères fondateurs de ce genre et cela fait toujours partie de mes groupes préférés. Leurs deux albums (ndj : « Seven Churches » (1985) et « Beyond the Gates » (1986)
et leur EP (« The Eyes of Horror », sorti en 1987) restent cultes. Clairement Loudblast a été influencé par eux et par d’autres aussi.
On peut rajouter : endoctriné par des groupes comme Death ?
Forcément, Chuck (ndj : Schuldiner, guitariste puis chanteur de Death, décédé en 2001) avait déjà dit qu’ils étaient influencés par Possessed. J’avais toutes les démos de ces groupes-la avant qu’ils ne sortent leurs albums. On a eu la chance de tourner avec eux, d’approfondir les liens et de les connaître très bien y compris Chuck. Au-delà des influences, on a été aussi très honorés de pouvoir tourner avec ce groupe là, de passer de bons moments ensemble et non pas d’être juste des potes sur une photo.
En 40 ans de carrière il me semble qu’il y a eu pas mal de changements de line-up : une vingtaine de membres sont passés jouer au sein de Loudblast. Peux-tu nous éclaircir sur ce point ?
Il n’y a pas eu tant de changements que cela ! Au premier line-up, on a changé de batteur très vite. Le premier album avec un batteur, le second album avec un autre batteur. Depuis, tous les autres albums ont été composés avec notre actuel batteur, Hervé. A partir des années 2000, il y a eu un hiatus. On s’est re-formés ensuite avec juste un changement de guitariste. Le présent à la gratte s’appelle Nicklaus Bergen. Fred joue de la basse avec nous et quand il est en tournée avec Kreator, il est remplacé par Pierre Emmanuel Pélisson. Contrairement aux annonces faites sur Internet, le line-up a été plutôt stable. Donc il y a toujours deux membres qui sont présents depuis plus de 30 ans. Trois formations différentes finalement, ce n’est pas tant que ça pour un groupe qui a 40 ans d’existence.
Durant cette longue carrière, quel a été ton meilleur souvenir en tant que musicien ?
Il y en a plein. Mais mon premier souvenir marquant c’est quand on a été enregistré l’album aux États-Unis. A Tampa, on a rencontré toute la scène Death Metal comme les Death, c’est là où on a commencé notre carrière de musiciens professionnels.
Et ta pire galère en tant que musicien ?
On a été bloqués une fois à la frontière russe pendant une semaine avec 100 $ pour 10 personnes et rien à bouffer. En 1990, C’était notre première tournée dans les pays de l’Est mais on était cools. On était avec les gars de Samael (groupe suisse de Black Metal formé en 1987) et on se marrait bien. L’envie de jouer passait avant tout. On savait pourquoi on était partis : il n’était pas question qu’on reparte chez nous alors qu’il y avait encore des dates à faire. On en rigole encore quand on se croise avec les gars de Samael. On s’en est bien sortis tout de même.
On était des gamins et ça reste quand même de bons souvenirs. Faire un groupe, c’est aussi voyager. Quand tu fais une tournée, tu vas d’une ville à une autre. Et les galères ça te permet de rester et de pouvoir visiter l’endroit où tu es. C’était en 1990, juste après la chute du mur de Berlin, on pouvait se rendre compte de la pauvreté dans laquelle vivait la population à cette époque-là. Il n’y avait rien à bouffer : c’était comme dans les films sauf que là, on était vraiment présents. Je m’en rappellerai toute ma vie parce que cela m’a marqué ; on ne savait pas qu’aux portes de l’Europe il y avait cette misère !
Dans la série des moments les plus intenses, je vais te demander quel a été ton meilleur festival ?
Le Hellfest sans doute. C’est impressionnant de monter sur scène devant tant de personnes. Le bruit de la foule quand on est montés sur scène a été si impressionnant que je m’en rappellerai toute ma vie. Tu te dis : « putain, ils ne sont pas 10 000, ils sont beaucoup plus. Le Hellfest, c’est un moment génial parce que on joue tout le temps devant des fosses blindées et cela reste des moments exceptionnels. J’adore ce festival et j’adore aussi y aller en tant que touriste.
Parlons de ta discographie. Avec huit albums, dont quatre live, quel est celui qui t’a le plus marqué ?
Celui qui va sortir en octobre ! (rires). C’est une question très difficile en réalité et cela dépend des périodes. En fait, je préfère « Disincarnate » à « Sublime Dementia ». J’aime aussi beaucoup celui qui va sortir en octobre 2024 et qui s’intitule « Altering Fates and Destinies ». Je suis assez fier de cet album là et j’ai hâte de le livrer car je trouve que c’est un bon liant avec tout ce que l’on a fait.
Pourquoi la sortie a-t-elle été repoussée ? Est-ce pour des raisons techniques, artistiques ou est-ce une stratégie marketing ?
Les deux à la fois. Il y a une stratégie marketing parce que cela ne sert à rien de sortir un album quand trop d’albums sortent tous au même moment. Parallèlement, on voulait le travailler correctement. On l’a mixé deux fois au Vamacara Studio avec HK.
Le processus d’enregistrement a été long aussi. On a commencé à enregistrer des maquettes il y a à peu près un an. Fred est souvent en tournée aussi et le temps d’enregistrer les basses peut être repoussé. Fred a fait la majorité de la basse et des solos sur l’album. J’ai tout composé sur cet album, donc c’est un gros boulot ! Il y a 14 morceaux : on en mettra neuf sur l’album. Un gros travail : l’année est passée très très vite.
On a pris un peu de retard sur la pochette de l’album. Tout cela mis bout-à-bout a décalé la sortie. On a convenu avec le label que cela serait plus judicieux et plus intéressant de sortir en octobre. Ensuite, on va entamer l’année des 40 ans du groupe. En 2025, il y aura deux événements en même temps à célébrer : la promotion de cet album et la tournée des 40 ans du groupe.
Est-ce que t’as quelques titres à nous révéler ?
Dans les nouveaux, j’adore « Forteress » et « He Who Slumbers ». « Forteress » parce que c’est un morceau assez monolithe c’est le morceau qui termine l’album et qui est très lourd, pesant presque doom metal.
L’album évoque-t-il une thématique en particulier ?
Oui on est revenu sur « Cthulhum » de Lovecraft . J’ai dévoré ses livres lorsque j’étais ado. Il y a une thématique centrale Lovecraftienne. On évoque légalement les problèmes dérangeant de la face humaine.
Tu peux l’illustrer par un exemple ?
Il suffit d’aller dans la rue pour se rendre compte qu’il n’y a rien qui va. Il n’y a rien qui fonctionne et on le retranscrit en d’autres termes Plus poétique plus ésotérique et comme ça, ça fait une belle chanson.
As-tu pris des cours d’écriture pour composer une chanson ?
Non, mais pour les textes je délègue car cela me gonfle à part pour les Tambours du Bronx. Dans Loudblast, je préfère me concentrer sur la musique car il y a suffisamment de boulot. Sur notre prochain album, j’ai tout composé de A à Z. J’ai écrit quelques textes mais j’en ai laissé quelques uns à d’autres auteurs.
J’aimerais parler de l’enregistrement des guitares. Quand on dit : « mettre six couches sur une guitare », qu’est-ce que cela signifie techniquement parlant ?
Cela fait ch… ! Je te le dis, c’est horrible ! Le son de ta guitare sort en stéréo premièrement à gauche et à droite. Tu rajoutes la même chose la même partie à gauche et à droite pour grossir le son avec soit une guitare différente soit un son autre. Le son jaillit plus gros à la fin.
Et il faut que ça se juxtapose parfaitement. Est-ce que l’IA pourrait contribuer à aider dans cette tâche, à améliorer un chorus ?
Peut-être mais je ne sais pas et je n’espère pas.
Comment préparez-vous une setlist à chaque concert ?
On fait la part belle à un album spécifique, voire deux comme « Disincarnate » ou « Sublime Dementia » avec quelques titres de « Cross The Threshold » que les gens attendent aussi. Ce qui va être super compliqué c’est de faire la prochiane setlist avec le nouvel album et les 40 ans du groupe. Il va falloir balayer toutes les périodes. D’ailleurs je vais te donner un scoop : on fera cinq concerts exceptionnels à Lille au Black Lab. C’est un club de 666 personnes. On fera cinq concerts différents avec une setlist différente et plein de surprises. Les dates sont du 17 au 20 avril 2025.
Et le mot de la fin ?
Merci et on vous attend pour la sortie de l’album. Ce sera une belle année pour nous car notre album va sortir et 2025 sera une année extrêmement chargée pour commémorer nos 40 ans et promouvoir le nouvel album.
Un concert à Paris est-il prévu?
Il y aura un concert à Paris dans une très belle salle. On donnera des nouvelles très bientôt.
*Bonus track




