Among The Living
Interview

NO ONE IS INNOCENT – Interview de KEMAR

Interview de KEMAR de NO ONE IS INNOCENT à l’occasion de la sortie de Barricades, leur DVD live.
Le 31 mai 2016 à La Machine du Moulin Rouge Paris

no one is innocent


Es-tu d’accord pour dire que ce double live + dvd résume à lui seul l’essence même de No One ?

Kemar : Ouais, je suis d’accord avec toi. Complètement. En fait on montre l’ADN même de No One dans ce live, un groupe qui est depuis le début dans la résistance.
Ce DVD, à l’instant où on l’a joué, ce que l’on a composé avec Propaganda, représente tout ce que l’on est. La musique, les textes, l’énergie, la cohérence du groupe et sa disposition sur scène  avec la batterie positionnée au milieu, moi sur la gauche, Shanka à droite. Tout y est.

 

Propaganda est un album « brut », un retour aux sources avec moins d’électro. Il colle parfaitement aux thèmes qu’il aborde et à l’air du temps ou tout le monde se pose des questions quant à l’incompétence de nos politiques et au merdier qu’ils génèrent avec la violence qui va avec. Comment vois-tu l’avenir ?

Kemar : Je ne le vois pas rose du tout. On a eu vraiment beaucoup d’espoir avec le quinquennat d’Hollande, avec une gauche sur le devant de la scène, faisant une vraie politique de gauche.
Et puis malheureusement il nous fout bien dans la merde. Pourtant j’ai pas mal de respect pour ce mec-là. C’est pas un mec con, et je suis vraiment hyper déçu car il fait grimper le front national et se fout à dos une partie de l’électorat socialiste. Et ce qui nous attend est très très chaud. Car quand tu regardes les programmes des mecs, tu flippes. Et c’est à ce moment-là qu’on va regretter Hollande.

Ne pensez-vous pas qu’il n’y a plus de groupes « engagés » sur la scène rock française ? J’en discutais avec Viber de Sidilarsen qui citait des groupes comme Lofo, Mass, Tagada et vous comme les derniers défenseurs d’un rock contestataire.  Croyez-vous à un sursaut des jeunes comme on peut le voir avec Nuits debout par exemple ?

Kemar : Si on parle purement de musique, il faut que les jeunes qui font du Rock, du Métal, qui répètent dans des locaux de repets, des caves, il faut qu’ils se remettent à chanter en français. Il faut leur faire comprendre que les Beru, Noir Desir, Trust, La Mano, et nous tous (Tagada, Mass et les autres), si nous n’avions pas chanté en français, notre impact aurait été moindre. Je ne veux pas faire le vieux con tu sais. Il y a une très belle phrase qui dit « Old is cool ». Il faut vraiment réfléchir à ça car le public a besoin de s’identifier aux paroles. En France et partout ailleurs.
C’est vrai que ce n’est pas facile. C’est même très dur de trouver le mec qui va chanter en français avec le phrasé qui va bien, avec les mots et l’inspiration.

Avec le charisme aussi.

Kemar : Oui, aussi. J’ai juste envie de dire aux mecs que le premier album de No One c’est juste trois titres en français. Pourquoi ? Parce que je me chie dessus. A ce moment-là je n’avais pas confiance en moi, je ne trouvais pas mon ton, je ne trouvais pas les mots… Alors évidement la chance pour nous c’est que dans les trois morceaux en français il y a La Peau

Après on s’est accroché. En fait c’est un vrai taf. Je pense que plus les jeunes groupes vont se remettre à chanter en français et plus le rock, le Metal, vont recommencer à monter.
Il y a, depuis une dizaine d’années, cet excès de facilité à chanter en anglais. A avoir cet espèce de fantasme à se dire qu’on va cartonner à l’internationale… les mecs il faut redescendre. Je ne dis pas qu’ils ne vont pas jouer à l’étranger, mais cela ne se fait pas comme ça. Il faut comprendre que tu peux avoir des opportunités pour jouer à l’étranger, faire 3 dates en Russie, 2 au Japon, mais l’essentiel reste de s’imposer d’abord chez toi afin que les tourneurs te proposent systématiquement sur des tournées internationales. Aujourd’hui en groupes français qui « s’exportent » ce sont des groupes de pop, qui chantent en anglais. Il n’y a aucun groupe de métal ou de rock qui sont mis en avant.
Pour un groupe qui arrive à s’en sortir à l’internationale il y en a combien qui rament ? Je pense qu’on oublie un peu trop la langue de Molière. Mais c’est dur il faut l’avouer.
Avec mon pote et co auteur, Emmanuel de Arriba, depuis Revolution.com on taf comme des malades. On peut passer des heures et des heures à être en désaccord et à se prendre la tête. Comme on peut le voir sur la vidéo, ce n’est pas toujours facile, mais au final le résultat est là : ça pète !

No one is innocent

Justement sur ce côté perfectionniste, si on rajoute à ça l’exigence de Fred Duquesne (qui a enregistré l’album), cela a dû être tendu en studio. Ou, au contraire, c’est passé comme une lettre à la poste?

Kemar : Non ce n’est pas passé comme une lettre à la poste. On s’est retrouvés 6 mois avant d’entrer en studio histoire de tâter le terrain, même si on se connaissait. On est rapidement entrés dans la vif du sujet, pour savoir où il nous emmenait. Il avait une vraie idée de ce qu’il voulait faire avec nous, mais c’est passé par un bon nombre de discussions. Tu vois un album de No One c’est vraiment diffèrent de ce qu’il avait fait avec Mass Hysteria ou les autres. Fred a des réflexes de producteur, et avec No One il a été obligé un peu de modifier sa façon de travailler.
Il le dit clairement, au départ il flippait grave. Nous on flippait moins car on avait vraiment confiance en lui. Il avait la pression de réussir à chopper l’artistique de No One. Mais on s’est tellement marrés, et cela c’est si bien passé (malgré quelques désaccords parfois), que le reste est anecdotique. Fred est un gars vraiment bien dans ses baskets.
Et je vais te dire un truc : j’ai passé 3 semaines de voix avec lui et c’est probablement les 3 semaines les plus magiques que j’ai passées. Attention, c’est qu’il te fait bosser l’autre enfoiré, j’te jure (rires).
Je me souviens des prises pour Charlie. Je fais 2, 3, 4 prises et il  me dit « non, ça va pas ». « Par rapport au thème et à ce que tu racontes, le refrain est encore trop gentil (en verlan dans le texte) ». Tu vois, tu te mets à réfléchir, tu lui fais confiance et tu te dis « Ok, je vais revoir ma copie ».
Tu reviens, tu as revu ta copie, et là : BAM ! Tu vois, c’est ça qui assure.
Nous on lui a offert la matière première, et lui a sublimé l’ensemble.

Vous êtes super contents du résultat donc ?

Kemar : Mais ouais, demain c’est avec ce mec là que je veux retourner en studio. Et ce sera un autre Challenge.

Vous avez des trucs sous le coude ?

Kemar : Ouais un peu. On a remis le couvert il y a un mois environ.

 

Ce n’était pas « casse gueule » de faire un titre sur Charlie ? Avez-vous hésité avant de le mettre sur l’album ?

Kemar : Bien sûr. On s’est dit que si l’on n’arrivait pas à faire un morceau à la hauteur de ce qui avait été écris, on ne le ferait pas. Ceci dit la première chose que l’on s’est dit, c’est que si on n’écrivait pas la dessus, ce serait une faute professionnelle pour nous.
Nous avions un morceau qui trainait, dont on n’arrivait pas à sortir quelque chose. Ce titre s’est terminé autour d’une table, et non pas en studio de repet. Ce morceau était tellement sensible qu’il fallait qu’il sonne juste, c’était un gros challenge et la rage en est sortie.

En 2002 avec « Où étions-nous » vous tiriez la sonnette d’alarme, en 2016 avec « putain si ça revient » on remet ça. Vous ne pensez pas que le problème ce n’est pas le FN mais au contraire le désengagement des jeunes et des gens qui ne croient plus en la politique ?

Kemar : Il y a plusieurs choses dans ce que tu dis. En premier lieu nous on s’inscrit dans un combat éternel contre le front national. On sait ce qu’il y a derrière, et c’est aussi l’électorat qui est très dangereux.  Il ne faut pas penser qu’à Marine Le Pen, car derrière c’est chaud bouillant.
Qu’il y ait de la jeunesse qui se retrouve dans cet électorat, tu as raison, c’est aussi un désengagement des jeunes pour la politique.  C’est aussi une absence de leader politique charismatique.
Il y a un truc qui m’obsède depuis des années. Pourquoi des mecs comme Melanchon, Besancenot ne s’allient pas pour faire un vrai parti de gauche. Le problème est là. Pourquoi les autres arrivent à s’allier, comme Le FN, les Républicains etc, et la gauche n’y arrive pas ? Tu vois Hollande c’est un mec que je respecte. Il est intelligent, mais il a détruit la gauche en 5 ans.
La vraie question c’est, pourquoi ce mec n’a pas réussi à faire une vraie politique de gauche ?
Il y a des questions qui demandent des réponses, et j’aimerais bien en avoir.
Alors après il y a nuit debout, et je trouve cela hyper bien. Mais à un moment il faut que ce soit un mouvement qui sorte un ou deux leaders pour faire un vrai parti. Comme Podemos en Espagne par exemple.
Je te mets un billet que dans 1 an on va le regretter le père Hollande. J’te mets un billet.  Parce quand tu vois le programme des mecs de droite qui déboulent…. C’est pas 3 casseurs qu’il va y avoir dans la rue.

Un mot sur la Disparition de Lemmy pour lequel vous aviez ouvert au Zénith. Je crois savoir que c’est un homme pour qui tu as une grande admiration ?

Kemar : Lemmy c’est un mec qui a modifié ma perception de la musique. Au-dessus de mon lit j’avais la tête à moteur en énorme, juste pour horrifier ma mère. MOTORHEAD est un groupe qui a beaucoup compté dans mon parcours musical.
Pour l’anecdote, quelque temps avant de faire les Zénith avec MOTORHEAD, je m’étais dit que j’irai dans sa loge pour lui demander de chanter Metropolis avec lui sur scène.

Tu ne l’as pas fait ?

Kemar : Non, j’me suis chié dessus (rires). En fait si tu veux, il nous a accueillis dans sa loge, on a discuté 20 minutes de choses et d’autres, et quand je voyais Lemmy aussi fatigué après son concert, je n’avais pas envie de le faire chier sur quoi que ce soit.  Ça restera un fantasme. Mais on lui rendra hommage au Hellfest avec les tonnes de Watts de la grande scène en jouant We Are Teh Road Crew.

Merci Kemar, je dois laisser la place et j’avais encore une tonne de questions à te poser. Une prochaine fois.

Kemar : Avec plaisir mec.

 

 

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