Rencontre avec le groupe SKYFORGER au complet à l’occasion de leur passage au Cernunnos Pagan Fest 2026
Le groupe arrive au complet pour l’interview afin d’aborder des sujets aussi divers et variés que leur style musical, la culture lettone, la période communiste quand ils étaient jeunes, les amis musiciens d’autres groupes européens, l’évolution de la scène musicale.
Pēteris « Peter » (guitare/chant) répond principalement aux questions mais les autres musiciens apportent eux aussi leur pierre à l’édifice. Sans oublier le français de l’étape avec Geoffroy Dell’Aria (flute, cornemuse) qui nous donne plus d’explication en ce qui concerne la langue lettone et nous aide à mieux découvrir les traditions ainsi que la capitale Riga.

Lionel/Born666 : Vous êtes en France à nouveau. Skyforger compte sept albums à son actif. Le dernier date de 2025 ? Quelles sont les réactions que vous recevez depuis un an ?
Pēteris « Peter » (guitare/chant) : On le teste en tournée en ce moment et ça a l’air de bien marcher. À chaque concert, les nouveaux titres sont très bien accueillis par le public.
Lionel : Aviez-vous une direction particulière en tête avant la sortie de cet album ?
Pēteris « Peter » :Vous voulez dire un concept ?
Oui, un concept, pourquoi pas.
Pēteris : Oui, c’est un concept. C’est comme si tout l’album était composé de vieux contes populaires. Nous les avons rassemblés. Voilà le concept.
Et comment expliquez-vous l’équilibre entre le black metal et le pagan metal dans votre musique ?
Je pense que pour nous, il semble que nous utilisions toute la musique folklorique. Nous l’intégrons à notre musique. Même dans les riffs, et même dans les riffs les plus lourds. Et les vieux instruments, comme les cornemuses et tout ça. Je pense que c’est la principale différence avec le black metal traditionnel.
Edgars « Zirgs » : C’est intéressant de fusionner les genres. On peut rester intéressant et original.
Quel est l’objectif de Skyforger dans sa musique et ses paroles ? Voulez-vous parler de votre pays ?
Oui, c’est ça. Oui, c’est l’idée principale. Oui, faire partager notre histoire et notre culture. Pour que cela se sache au-delà de nos frontières. Oui, c’est l’essentiel.
Et pourquoi est-ce si important pour vous de montrer votre culture, votre mode de vie ?
Nous sommes un tout petit pays.
Alvis (guitare) : Oui. Mais c’est un pays important.
C’est comme si nous nous intéressions à ces choses, à l’histoire, à la culture de notre pays. C’est pour ça qu’on le fait. Ce n’est pas comme si c’était un spécialite ou quoi que ce soit qui en parle C’est juste qu’on aime ça. On aime ça et ensuite on peut le partager non seulement avec notre peuple, mais aussi à l’étranger. Le faire connaître.
Vous jouez depuis plus de 20 ans. À vos débuts, vous étiez jeunes. Quelle différence y a-t-il entre la jeunesse de votre époque et celle d’aujourd’hui ?
Oui, il y a une grande différence. La scène musicale a changé. À nos débuts, c’était énorme, ce mouvement underground. Beaucoup de groupes, pour la plupart underground se soutenaient mutuellement. Et puis, avec le temps, certains ont compris comment gagner de l’argent et comment commercialiser la musique. Alors tout est devenu commercial.
Les groupes qui ont lancé le mouvement sont tombés dans l’oubli, et les nouveaux grands groupes avec des objectifs commerciaux sont arrivés et ont pris le dessus.
Quand on va aux grands festivals aujourd’hui, on voit que… Il y a même du metal qui sonne comme de la pop. Et les gens adorent ça.
Ils l’adorent même plus que les groupes qui ont lancé le mouvement.
On voit les vieux groupes avec leur petit logo sur scène. Les vieux groupes célèbres sont oubliés et certains nouveaux groupes deviennent des têtes d’affiche.
Vous souvenez-vous de votre jeunesse. A cette époque la Lettonie était occupé et annexé par l’URSS (jusqu’en 1991). Vous viviez dans la zone communiste ?
Oui, oui, oui. On y vivait.
C’était peut-être difficile pour vous de trouver des albums ?
Oui, oui, absolument.
Comment était votre vie quand vous étiez jeune ?
Edgars : La musique était piratée. Par les gens qui travaillaient sur les bateaux. Ils se rassemblaient et enregistraient les morceaux sur cassettes pour les vendre uniquement à ceux qui les connaissaient. Peter : La musique était piratée par les marins et vendue sur des marchés clandestins dans les forêts de Riga. On ne pouvait pas acheter de bons instruments. Ils étaient tous de fabrication soviétique.
Edgars : Ce qui veut dire qu’ils étaient…
Pēteris : Vraiment nuls. Ils étaient de piètre qualité.
Edgars : Il fallait aussi se couper les cheveux.
Peter : Ouais, les cheveux longs étaient interdits.
Edgars : Si tu avais les cheveux longs, tu ne pouvais pas aller à l’école.
Peter : Le metal était interdit.
Est-ce que les gens peuvent apprendre les bases du letton À partir de vos paroles ?
Non, je ne pense pas.
C’est un niveau de langue particulier en letton ? Le letton dans vos paroles est basique ou complexe ?
C’est basique, oui.
Oui. Vous savez, nous, les Lettons et les Lituaniens, ce sont de vieilles langues baltes. Lettons, Lituaniens et vieux Prussiens, qui n’existent plus.
Les Allemands les ont exterminés. Donc, les historiens disent que cette langue est l’une des plus anciennes langues indo-européennes, et qu’elle est restée presque inchangée.
Edgars : Oui.
Peter : Surtout le lituanien, oui.
Et est-ce difficile pour les Français d’apprendre votre langue ?
Demandez à Jeffrey.
Geoffroy Dell’Aria (flute, cornemuse) : Je peux répondre en anglais ou en français, selon ce que vous préférez. En français, c’est bien ?
Comme vous voulez.
J’essaie parfois de chanter avec eux, mais il y a encore des différences de prononciation qui sont plus difficiles.
Peter : C’est intéressant, parce que c’est peut-être plus facile pour les Allemands.
Edgars « Zirgs » : Les Français ont une langue à la sonorité différente. Ces sonorités, on ne les a pas.
Qu’est-ce qui, selon vous, rend le pagan metal si spécial, si spécifique dans votre vie ?
Je pense que c’est la même chose que ce que j’ai dit précédemment. Ce sont ces thèmes liés à l’histoire et au folklore. C’est ce qui le différencie. Si les gens aiment ça, c’est du pagan metal.
Je me souviens que vous avez joué pour le Cernunnos en 2007.
Oui. À Paris, au Moulin Rouge. (à La Loco, ancien nom de La Machine)
Et votre son était tellement fort, tellement puissant. C’était incroyable. Vous avez joué au Ragnarok en 2016 aussi, perdu dans les montagnes…
Oui, oui, probablement.
Votre son n’était pas aussi forte qu’à Paris, mais c’était aussi fantastique.
Ouais, je ne me souviens plus. C’est grâce à… je ne me souviens plus de son nom. On avait un ingénieur du son.
« Grâce à ce type ». C’était un fou, hein ?
Edgars « Zirgs » : Il avait des problèmes d’audition.
Peter : Il était sourd, peut-être ?
Edgars « Zirgs » : Il plaisante, ouais. Il aimait le son fort.
Pour les metalleux qui visitent Riga, quelles sont les attractions, les bars, les bonnes adresses à recommander…
Je ne connais pas bien Riga.
Alvis (guitare) : Eh bien, il n’y a pratiquement qu’une seule salle de concert à Riga, comme le Black Friday. En letton, ça s’appelle Melna Piek Diena.
Il y avait une salle de concerts. On en avait un, un genre de bar-taverne, mais il a fermé.
En gros, il y a un autre endroit, ça s’appelle Ugunsvi.
Peter : Ouais, il n’y a pas grand-chose.
Alvis : C’est plutôt un endroit folk maintenant, pas vraiment axé metal, comme une taverne.
Geoffroy : Et je pense que pour les metalleux intéressés par l’histoire, peut-être pour comprendre les paroles de Skyforger, il y a ce Kraschmuzesh. Le musée de la guerre, en fait.
Le musée de quoi ?
Geoffroy Dell’Aria : Le musée du Krach. C’est le musée de la guerre. Le musée de la guerre, qui est un musée très intéressant sur tous les sujets abordés par Skyforger dans leurs paroles. Donc, pour moi, c’est un incontournable.
Pēteris « Peter » : Vous savez, on a beaucoup de groupes folk avec les d’endroits qui vont avec. Le folk on peut en trouver. En revanche, quelque chose de spécial pour les métalleux, c’est difficile, ouais, pas grand-chose.
Et quel groupe pouvez-vous nous recommander ?
Pēteris « Peter » : Un nouveau groupe… On peut vous recommander, oui, c’est difficile…
Il s’appelle Ildi. C’est le groupe folk le plus connu. Ils jouent… Ils font un peu années 80. Oui. Il y a un endroit qui s’appelle Ala.
Alvis : Comme une grotte en anglais.
Pēteris « Peter » : Comme une grotte, oui.
Alvis : Comme un pub folk.
Pēteris « Peter » : Ouais, comme un pub folk. Et ils passent des groupes folk.
Alvis : Je veux dire, genre des danseurs, la bouffe c’est… Tu te retrouves avec une putain de tête de porc à manger…
Thomas : Pouvez-vous décrire Skyforger en un mot ? Maintenant, en 2026, quel est pour vous Skyforger en un mot ?
Pēteris « Peter » : Alors, tu veux dire avec cinq mots car nous sommes tous les cinq autour de la table. Boissons !
Alvis : Boissons. Ouais, je sais pas. Metal. C’est la première chose. Quand on entend le style de Skyforger, les gens savent que c’est du metal.
Edgars « Zirgs » : Probablement. Je sais pas. Skyforgers, ouais, mec.
Jānis Osis (batterie) : Le bonheur. Skyforger, c’est dans mon âme.
Geoffroy : Je dirais peut-être la mémoire, parce que toutes les paroles parlent de se souvenir des anciennes traditions, des gens qui ont fait de la Lettonie ce qu’elle est aujourd’hui, donc c’est sûr.
C’est une question d’énergie.
L’énergie. Ouais, ouais, je me souviens. L’énergie, mes oreilles aussi…
D’accord.
Thomas : Est-ce que l’un d’entre vous a déjà participé à des reconstitutions historiques…
Non.
Jānis Osis (batteur) : Pas vraiment.
Thomas : Ça vous intéresse, mais pas…
Alvis : Oui, oui.
Jānis : Je veux dire, c’est plutôt une perspective historique à travers la musique, peut-être plus qu’une activité physique.
Est est-ce un problème en musique, l’équilibre entre la musique et la politique ?
Peter : Dans notre pays, non.
Dans le vôtre, non ?
Nous avons le soutien du gouvernement.
Oui, j’ai lu quelque chose à ce sujet. Pourquoi ?
Parce que nous faisons rayonner la culture. Du coup, ils nous soutiennent.
Edgars : C’est comme quand on fait du sport, par exemple, on part à l’étranger, on représente en quelque sorte son pays, alors on fait pareil avec la musique. À cause des thèmes abordés. Du coup, le gouvernement s’y intéresse.
Et pour finir sur une note plus légère, vous avez des anecdotes amusantes de tournées ou des petits secrets ?
Jānis : J’ai perdu mes baguettes au moins 500 fois.
Et qui sont vos meilleurs amis dans des groupes, je ne sais pas, de Norvège, de Suède ?
On est en tournée avec Ereb Altor en ce moment. Ce sont des amis.
Alvis : Des gars vraiment sympas. C’est vraiment cool d’être avec eux. Des gars super avec qui tourner. Ils sont faciles à vivre.
Peter : Månegarm, de Suède.
Edgars :Månegarm, oui. D’autres groupes allemands, comme Odroerir, XIV Dark Centuries.
Alvis : Primordial, d’Irlande. Cruachan, Celtic Warrior.
Ce sont des liens forts qui nous unissent.
Merci beaucoup.




