Raismes Fest 2025 — Le souffle d’un rock éternel
Parc du Château de la Princesse d’Arenberg, Raismes – 13 & 14 septembre 2025.

Entre virtuosité, nostalgie et ferveur, la 25ᵉ édition du Raismes Fest a prouvé qu’il existe encore un coin de terre où les guitares racontent des histoires.
Il y a des festivals où l’on vient pour les têtes d’affiche, et d’autres où l’on vient pour l’âme. Le Raismes Fest appartient à la seconde catégorie.
En un quart de siècle, ce rendez-vous du Nord est devenu bien plus qu’une simple fête du hard rock.
C’est une parenthèse où les riffs d’hier se mêlent à l’énergie d’aujourd’hui, dans une atmosphère de camaraderie, d’authenticité et de passion.
Cette année, la programmation avait des allures de voyage dans le temps : Avec la fougue décalée de Freak Kitchen à la majesté mélodique de Wishbone Ash.
Mais aussi la flamboyance rétro-futuriste de Cats In Space, et les envolées progressives de Vanden Plas.
Sans compter sur classicisme racé de Vandenberg, et le souffle incandescent de DeWolff.
Samedi 13 septembre – L’électricité dans l’air
Freak Kitchen – L’art de la déconstruction joyeuse
Formé à Göteborg en 1992, Freak Kitchen s’est toujours amusé à tordre les codes du hard rock. Mené par l’extravagant Mattias IA Eklundh, guitariste virtuose et véritable ovni scandinave, le trio — complété par Christer Örtefors à la basse et Björn Fryklund à la batterie — mélange funk, métal et ironie mordante.
Sur scène, c’est un feu d’artifice de technique et de dérision : Eklundh fait hurler sa guitare comme un saxophone, déclame entre deux solos des tirades absurdes et s’amuse des clichés du genre.
Leur son, à la fois massif et joueur, rappelle que le rock peut être brillant sans se prendre au sérieux. Le public, hilare et bluffé, assiste à un véritable numéro d’équilibriste entre virtuosité et autodérision.
Freak Kitchen n’imite personne ; ils inventent un monde où le groove côtoie la folie.
Vandenberg – Le retour du guitar hero néerlandais
Créé au début des années 80 par Adrian Vandenberg, ancien compagnon de route de David Coverdale dans Whitesnake, Vandenberg reste l’un des derniers bastions d’un hard rock noble et racé.
Après une longue éclipse, le guitariste a reformé le groupe en 2020, entouré d’une nouvelle génération de musiciens aguerris.
Sur scène, la formation déploie une énergie contagieuse : riffs majestueux, solos flamboyants, et un chant habité qui évoque l’âge d’or du rock mélodique.
Vandenberg joue comme on délivre un message — avec conviction et élégance. Ses doigts glissent sur le manche avec la même aisance qu’autrefois, tandis que la section rythmique, puissante et précise, soutient chaque envolée.
Le public, debout, scande les refrains ; un instant, on croirait revoir les fantômes de l’Arena Rock des années 1984. Classe et intensité : un grand moment.

Dimanche 14 septembre – Soul, mélodie et légendes
Cats In Space – Le sourire cosmique de l’après-midi
Né en 2015 dans le Sussex, Cats In Space incarne l’héritage le plus lumineux du rock britannique.
Fondé par Greg Hart et Steevi Bacon, le groupe s’est imposé en quelques années comme le défenseur d’un AOR flamboyant, héritier de Queen, ELO et Sweet.
Leur amour de la mélodie et des harmonies vocales à six voix fait mouche dès les premières notes.
Sur scène, la formation affiche une élégance presque théâtrale : chemises à motifs, guitares étincelantes, et un chanteur, Damian Edwards, dont la voix navigue entre Freddie Mercury et Jeff Lynne.
Les morceaux, ciselés comme des bijoux pop-rock, transforment le public en chœur.
Thunder In The Night déchaîne la foule, Kickstart The Sun fait lever les bras : un moment d’optimisme pur, solaire, presque contagieux. Cats In Space ne revendique rien — ils célèbrent simplement la beauté du son.

Vanden Plas – La grandeur du détail
Formé à Kaiserslautern en 1986, Vanden Plas est l’un des piliers du metal progressif européen. Le groupe, fidèle à sa formation d’origine, s’est forgé une réputation d’excellence par son exigence et sa rigueur musicale.
Andy Kuntz, figure charismatique, porte la voix du groupe avec une intensité quasi théâtrale, tandis que Stephan Lill délivre des solos d’une précision chirurgicale.
Sur scène, tout est millimétré sans jamais paraître froid : chaque break, chaque silence respire la maîtrise. Le groupe alterne passages puissants et séquences introspectives, entre Dream Theater et Queensrÿche.
La prestation, d’une densité rare, captive le public : le metal y devient art, science et émotion mêlés. Une leçon d’élégance allemande.

DeWolff – Le clou du spectacle
Fondé en 2007 à Geleen (Pays-Bas) par trois adolescents passionnés de Deep Purple et The Allman Brothers, DeWolff est aujourd’hui un monstre de scène, porté par la complicité quasi télépathique de Pablo van de Poel (guitare/chant), Luka van de Poel (batterie) et Robin Piso (orgue Hammond).
Leur son, chaud et organique, renvoie directement aux seventies sans jamais sombrer dans la nostalgie.
Sur scène, le trio se livre corps et âme : Pablo, cheveux au vent, alterne hurlements blues et solos brûlants ; Robin, derrière son Hammond, tisse une nappe psyché hypnotique ; Luka, imperturbable, martèle ses fûts avec une précision animale. Leur jam final prend des airs de transe.
Ce soir-là, le Raismes Fest atteint son paroxysme : la foule en apnée, les musiciens en feu. DeWolff prouve que la passion et la sueur suffisent encore à écrire les plus belles pages du rock.

Wishbone Ash – La légende clôt le bal
Quand Wishbone Ash voit le jour en 1969 à Torquay, ses fondateurs ne se doutent pas qu’ils inventent une esthétique : celle des guitares jumelles. Plus d’un demi-siècle plus tard, Andy Powell tient toujours la barre, flanqué d’une équipe soudée autour d’un répertoire inusable.
Sur scène, la magie opère dès les premiers accords de The King Will Come. Les harmonies de guitares s’entrelacent, d’une fluidité presque surnaturelle.
Powell, tout en sobriété, déroule une leçon de classe britannique ; la section rythmique, elle, pulse comme un cœur battant depuis cinquante ans.
Le groupe n’a rien perdu de sa grandeur ni de sa sincérité. Les générations se croisent, les regards brillent : Wishbone Ash n’est pas qu’un vestige du passé, c’est un rappel vibrant de ce que le rock a de plus noble — la fidélité à soi-même.
Un anniversaire au goût d’éternité
Pour ses 25 ans, le Raismes Fest a rappelé que la flamme du rock ne s’éteint jamais vraiment. Elle vacille parfois, mais il suffit d’une corde qui vibre, d’un refrain repris en chœur ou d’un solo bien senti pour qu’elle renaisse de plus belle.
Entre tradition et renouveau, entre virtuosité et sincérité, cette édition 2025 a offert ce que peu de festivals savent encore donner : de la musique jouée pour de vrai, par des artistes qui y croient, et un public qui n’a pas oublié pourquoi tout cela compte.
Raismes peut dormir tranquille : le rock y a encore de très beaux lendemains.
Photos : Elody Di Cocco













































