Nous nous sommes entretenus avec Alexandre (choriste, guitariste) et JC (chanteur) du groupe RED MOURNING à l’ocasion de la sortie de leur dernier opus Flowers & Feathers.

Le covid n’a pas eu raison de vous, vous êtes toujours dans la place et plus fort que jamais ?
Alex : Oui encore là, mais pour combien de temps ? (rires).
JC : Jusqu’au prochain variant (rires)
Cette période a été plutôt une contrainte pour vous ou, au contraire, bénéfique pour le groupe ?
Alex : Un peu des deux. Flowers & Feathers n’est pas, à proprement parler, un album « Covid ».
Comme la majeure partie des titres avaient été composés avant le covid, on a « peaufiné » les compos avant et après. Comme on dit : « Le diable est dans les détails ».
Il y a 4 ans qui séparent Flowers & Feathers de Under Punishment Tree. S’il n’y avait pas eu le Covid et son lot de restrictions, il serait sorti plus tôt ?
Alex : A mon sens, s’il n’y avait pas eu ça, il serait sorti un an plus tôt.
Habituellement votre rythme de croisière c’est un album tous les 4 ans. Avec la sortie de cet album et de Unchained, un EP en 2019, vous avez accéléré la machine.
JC : Oui c’est vrai. Unchained est un EP acoustique que l’on voit plus comme un exercice intéressant et diffèrent de ce que l’on fait habituellement. Il a été mené en parallèle si tu veux, en termes d’enregistrement. Mais dans l’ensemble c’est notre rythme 4 ans.
RED MOURNING c’est avant tout une musique organique, qui prend aux tripes. Qu’est-ce qui vous fait avancer ?
JC : Je pense que l’on a deux vécus un petit peu diffèrents tous les deux. Moi ça fait un peu plus de 20 ans que je suis dans le groupe. Pour moi je pense que c’est une expérimentation, la recherche de renouvellement que l’on a tous dans le groupe. Proposer des choses nouvelles et originales en intégrant de nouveaux instruments et de nouvelles choses. C’est un défi permanent qu’on a aussi en studio avec Francis Caste (Studio Sainte Marthe) qui est dans cet état d’esprit. C’est ça qui me fait avancer. On a encore des choses à dire et de l’inspiration.
Alex : Alors moi clairement je ne suis là que pour l’argent, et malheureusement je suis un peu déçu (rires). Mais bon, JC a tout dit.
Alex, tu es arrivé dans le groupe il y a 5 ans. Qu’as-tu apporté à RED MOURNING selon toi ? Est-ce toi qui amène ce côté plus « posé » ?
Alex : Absolument pas (rire). J’ai des goûts musicaux très éclectiques, et musicalement je viens plutôt de la scène Thrash Groove. Donc, au contraire, j’ai une approche un peu plus nerveuse. Le coté posé vient essentiellement d’Aurélien (batteur), qui a composé une grosse partie de l’album.
Pour ma part je me suis pas mal inspiré de High On Fire pour certains riffs bien dégueulasses, notamment sur Flowers & Feathers ou Black Gold. Une influence discrète mais qui est là. Il y avait un peu de solo avant dans RED MOURNING, et j’en ai aussi amené un peu plus, ce qui est nouveau.
JC : Si je peux juste rajouter un truc à propos d’Alex, c’est par rapport au live. Il a vraiment la pêche et sur scène ça change aussi.
En parlant de scène, vous avez une release au Feelgood le 22 novembre, et également participé au Mennecy Festival. Comment ont été reçues vos dernières compos ?
JC : Super bien. On a sélectionné celle que l’on pensait le mieux fonctionner pour le live et c’est très bien passé.
Alex : Il y en a un en particulier qui détonne pas mal, surtout visuellement, c’est Six-Pointed Star. Il est intégralement joué au Lap Steel (guitare) et il alterne des passages clairs à d’autres distordus, ce qui n’est pas habituel avec cet instrument.
Pas de banjo sur scène ?
Alex : Pas encore (rire). On est un peu contraint par les limitations techniques, notamment à mon niveau avec les transitions entre la guitare et le Lap Steel par exemple. Composer la setlist live c’est assez intéressant, mais on ne peut pas mettre que des titres bourrins ou que calmes.
JC : C’est vrai que c’est un défi pour nous. Tu as entendu sur l’album, il y a énormément d’instruments différents. On adore ça mais c’est vrai qu’il faut faire des choix pour le live.
En quoi Unchained (2019) votre EP acoustique a-t-il influencé ce dernier LP ?
JC : Plus ça va et moins on se met de limitations. On explore différents angles de notre musique, avec différents instruments, différentes façons de chanter par exemple. Cela veut aussi dire explorer l’acoustique et sur Flowers & Feathers il y en a. C’est vrai que cet EP acoustique nous a permis de découvrir un certain nombre de choses, de ressentis et de confirmer la pertinence de la démarche.
Alex : De base on est un groupe qui est assez difficile à classer stylistiquement parlant et ça reste un atout quand même. On sort des sentiers battus et c’est très bien ainsi. Nos influences et les codes à l’ancienne sont bien là, mais tant qu’ils servent le morceau ça nous va.
C’est vrai que RED MOURNING a une vraie personnalité, on vous reconnait dès les premières notes d’un titre.
JC : Cela me fait plaisir que tu dises ça. Au fil des années l’idée étant de ne plus reproduire nos influences et de s’en affranchir.
Pour Flowers & Feathers vous avez à nouveau fait appel à Francis CASTE des studios Sainte Marthe. Est-il un peu le 5ème membre du groupe ?
Alex : C’est clairement un membre du groupe. Il est très éclectique musicalement parlant, et c’est un atout pour nous. C’était la première fois que je bossais avec lui et je dois dire qu’il a une approche très humaine de la musique. J’ai beaucoup aimé travailler avec lui.
JC : Il nous provoque plutôt. Il nous pousse à expérimenter car il est comme nous, ça l’intéresse. Il est vraiment moteur, plutôt qu’à nous enfermer dans une formule.
L’homme et ses choix sont toujours au cœur des thèmes des albums chez RED MOURNING. Souvent torturé par les choix qui jalonnent sa vie. Qu’est-ce qui vous inspire pour les textes ?
JC : Les textes correspondent à des vécus personnels, des réflexions, des évènements. Autant il y en a certains qui sont très sombres, fatalistes même. C’est en se confrontant à ses difficultés que l’on découvre qui l’on est, qui sont les gens qui nous entourent. Il y a beaucoup de colère, de violence, mais avec des pointes de lumière malgré tout. C’est un fil rouge chez RED MOUNING au travers des différents albums.
Les textes sont exclusivement à ta main ou c’est collégial dans le groupe ?
JC : Sur cet album, sur les 10 morceaux, il y en a un qui a été écrit par Aurélien. Sinon c’est moi qui écrit les textes, à différents moments de ma vie, et ensuite je les adapte sur les différentes compositions du groupe. Il y a tout un processus de vie du morceau jusqu’à l’enregistrement, et qui intègre tout le groupe.
Economiquement, à part Alex qui s’est fait arnaquer (rires), personne ne vit de la musique ?
JC : non, c’est impossible. Dans la musique de manière générale c’est extrêmement difficile de vivre de sa musique. En particulier dans le Métal. En France il doit y avoir à peine 3 groupes qui vivent de leur musique. On a tous un métier à coté bien sûr.
Vous arrivez à l’équilibre malgré tout, quant à l’investissement mis dans RED MOURNING ?
JC : En gros c’est ça oui. Mais cela dépend des moments. Tout mis bout à bout ce n’est pas évident (repet, transports, concerts).
Après vous financez une passion.
Seb (Qui a rejoint l’Itw) : Ce n’est pas de l’argent jeté par les fenêtres c’est clair.
JC : Oui c’est sûr. Ce qu’il faut c’est que ce soit durable. Il faut que l’on puisse soutenir cette création artistique et si l’on perd trop d’argent ça devient impossible. On essaye d’équilibrer nos comptes et aujourd’hui cela passe essentiellement par les concerts.
On trouve de nouveaux instruments sur cet album, comme l’orgue (Auburn), le banjo (Alien Language, Black Gold) et même le piano. Est-ce quelque chose que vous allez encore plus développer ?
JC : L’exemple évident c’est l’harmonica. Sur le premier album il était déjà là et au fur et à mesure on a développé avec des solos. On n’en met pas systématiquement mais on explore ces apports. On fait pareil avec le reste. Le piano, le Lap Steel, le banjo, l’orgue, on développe notre musique comme ça.
Alex : On en incorpore parce que cela sert la musique bien évidement. On n’en met pas juste pour en mettre, il faut que cela serve la musique.
Seb : Par exemple on est en train d’enregistrer notre deuxième EP acoustique et il y a un passage à la clarinette. Ces instruments nous permettent d’ouvrir sur des lignes plus bluesy, comme le banjo et l’harmonica.
Parlons des vidéos. Pourquoi avoir choisi The Coming Wind ?
JC : Effectivement ce titre sort de l’ordinaire.
Aurelien (qui a rejoint l’ITW) : The Coming Wind marque quand même une rupture avec les précédents albums, avec de nouveaux éléments un peu plus Prog, plus mélodiques. Il y a des influences comme OPETH par exemple. On s’est posé la question à savoir si on commençait par un classique RED MOURNING comme avec Flowers & Feathers mais on a choisi la surprise.
La tracklist de Flowers & Feathers alterne des passage calmes et d’autres violents. Elle est parfaitement équilibrée à mon sens. Est-ce fait sciemment ?
Alex : Oui et non, car l’ordre des titres a été pensé à la fin.
JC : c’est volontaire parce que ça introduit des respirations dans l’album. Ça crée des contrastes intéressants. Un album peu s’appréhender titre par titre ou dans son ensemble.
Aurélien : On voulait vraiment faire un album varié. Il y a de la violence, des choses plus épiques et d’autres acoustiques. C’est un voyage dans le monde de RED MOURNING avec ces différentes ambiances et textures sonores.
Merci à vous


