EARTHSIDE
En octobre dernier les Americains de EARTHSIDE etaient à Paris pour parler de leur dernier opus Let The Truth Speak avec une sortie annoncée pour le 17 novembre 2023.
Interview de Jérôme Krzeminska (pour Music Waves)
Photos : Stephan Birlouez
Quelle est la question qu’on vous a trop souvent posée et à laquelle vous auriez marre de répondre ?
Jamie Van Dyck : « Pourquoi cet album a pris autant de temps ? » (Rires) mais peut-être souhaites-tu que nous y répondions malgré tout ?
Non mais nous avons peut-être un début de réponse. En effet, avec vos CV, vous êtes tous ce qu’on pourrait appeler des intellectuels de la musique. Est-ce que c’est le fait de réfléchir beaucoup pendant la phase de composition qui explique une si longue attente depuis votre premier album ? Faire un album de 80 minutes, c’était votre manière de rattraper le retard ?
En effet, vos albums sont extrêmement riches mais pour en revenir à la production, sur le précédent album, vous avez travaillé avec David Castillo connu pour ses collaborations avec Opeth ou Katatonia et Jens Bogren qui a travaillé avec… tout le monde…
En revanche, il semblerait que vous n’ayez pas reproduit la collaboration pour ce nouvel album…
Mais pourquoi ne pas avoir retravaillé avec les précédents producteurs : vous n’étiez pas satisfaits du résultat ?
Mais n’est-ce pas paradoxal de ne plus faire appel aux plus grands alors que vous êtes désormais signés par Mascot contrairement au précédent album où vous étiez encore en autoproduction ?
Jamie : Effectivement, on peut parler d’une production spécialisée…
On l’a dit ce nouvel album est d’une durée de 80 minutes. A l’heure du « streaming » et des « playlists », sortir un album d’une telle densité est-il un acte de résistance ?
Je ne suis pas convaincu quand on voit à quel point les sélections faites par ses plateformes de « streaming » sont efficaces pour constituer des « playlists » cohérentes et adaptées au goût de chacun…
Mais effectivement, ce n’est pas le cas pour les amateurs de musique comme nous qui ne peuvent imaginer l’écoute d’un album et notamment un album d’Earthside autrement que dans sa totalité…
Jamie : Tu as raison ! Et je pense peut-être à tort qu’à très long terme, nous allons créer quelque chose qui ira contre les modes actuelles d’écoute et les gens comme toi et moi adorons ça ! Mais c’est vrai qu’aujourd’hui, nous ne faisons pas un groupe qui essaie de faire un album pour Spotify ou une quelconque plateforme de « streaming » ! Nous essayons de créer un art qui va toucher tout le monde…

Jamie, tu as déclaré sur votre site internet que « c’était brutal de faire cet album », pourquoi ?
Mais c’était déjà également le cas sur le précédent album…
Jamie : Pas autant (Rires) !
Ben Shanbrom : Pour en revenir à ta question initiale où tu demandais pourquoi nous n’avions pas travaillé avec les mêmes personnes sur ce nouvel album et notamment pour la production, je dirais qu’une partie de la réponse réside dans le fait que Frank et Jamie sont aussi des producteurs et ils ont tiré bénéfice de ce qu’ils avaient appris auprès de David Castillo et Jens Bogren en la combinant avec leurs propres expériences et ainsi produire eux-mêmes cet album. Nous avons essayé de faire un album qui ne serait pas seulement aussi bien que « A Dream in Static » mais plus ambitieux encore !
Sans compter que ces micros-décisions sont également déclinées au niveau des chanteurs ?
Et à ce titre, avez-vous ressenti une certaine pression au moment de vous lancer dans l’écriture du successeur de « A Dream in Static » qui était un chef d’œuvre ?
Ryan Griffin : Quand est venu le temps de penser à la réaction des fans du deuxième album par rapport au premier, ces mecs -en particulier Jamie et Frank- sont de tels perfectionnistes que ce soit dans l’écriture, l’enregistrement et la production que nous avions une idée extrêmement claire de ce que nous voulions et ce que nous pensons bon pour notre musique. Nous avons un tel standard d’exigence qu’il n’y a presque pas de place pour les critiques bonnes ou mauvaises. Nous avons tellement confiance en nos exigences qu’il n’y a aucune place au fait d’avoir besoin de se fier aux attentes des fans !
Dans le prolongement de ces certitudes, AJ Channer de Fire from the Gods est invité à poser quelques lignes de chant rap sur le titre ‘Pattern Of Rebirth’. Est-ce votre façon à vous de dire que les étiquettes en musique n’ont aucune importance ?
Malgré tout, avec la musique cinématographique que vous proposez, vous êtes un groupe affilié metal progressif. Et pour cette raison, la chose la plus importante dans une telle musique est qu’elle soit fluide, cohérente malgré les différents changements, ajouts…
Frank : Exactement ! Et dans le cas présent, ce qui marche particulièrement, c’est qu’AJ ne fait pas juste rapper, à travers lui, c’est son père qui parle dans ces textes : il a grandi en faisant tous ces luttes en Jamaïque. Tous les textes de cette chanson incarnent son père et on a trouvé ça extrêmement cool… Il a amené ces influences jamaïcaines de son père et cela évoque comme cela a affecté sa relation avec sa famille : on lui a laissé carte-blanche parce que c’était sincère !
Jamie : Mais on ne force rien ! On n’entend pas autant que cela les racines jamaïcaines d’AJ dans son groupe Fire from the Gods, on l’entend plus particulièrement dans ce titre parce qu’il fait référence à son père. Mais c’était sa décision authentique, il souhaitait spécifiquement prendre cette direction.

Il y a de nombreux invités sur cet album. A part Daniel Tompkins de TesseracT qui figurait déjà sur « A Dream in Static », comment les avez-vous choisis et ont-ils tous accepté de suite ?
Et ce n’était pas le cas ?
Avez-vous essuyé des refus ?
Tu évoques cette difficulté pour trouver des chanteurs. Je suppose que c’est une des questions qui revient sans cesse…
… mais vous pouvez le comprendre… En effet, même si la tournée avec Voyager n’a pas pu se faire finalement pour des raisons de santé, comment vous organisez-vous sur scène ?
Tu l’as dit, chaque chanson véhicule une émotion, une couleur différente mais en procédant de la sorte, n’avez-vous jamais craint de faire perdre le fil à votre auditoire en proposant des lignes de chants aussi hétérogènes d’un morceau à l’autre ?

En effet, votre musique est très technique, recherchée, et donc réservée à un public averti et notamment sensible au style djent. Mais rajouter une dose de complexité là-dessus en changeant autant de chanteurs peut compliquer encore un peu plus la tâche au public ?
Mais vous vous en foutez !
Mais nous parlons de rock, metal mais dans d’autres styles comme le hip-hop, l’électro, le rap, ce type de collaborations est courante : le meilleur exemple est Massive Attack qui a un chanteur dédié pour chaque chanson et le public adore ça…
Pour aller plus loin, je dirais qu’il faudrait que les artistes devraient encore plus collaborer dans l’univers du rock et du metal…
Frank : Je suis totalement d’accord sur le fait qu’il n’y a pas assez de collaborations : c’est très rare dans notre genre musical. Et peut-être en raison du fait que nous sommes l’un des seuls groupes à le faire, il faudra du temps que les gens acceptent notre démarche.
Pour finir avec les chanteurs, on ne peut pas ne pas citer Keturah qui est une vraie découverte notamment sur le sensationnel ‘We Who Lament’… A ce propos, vous disiez avoir collaborer avec Forrester Savell qui a produit « Sound Awake » de Karnivool, vous avez conscience que ce titre avec cette voix vous rapproche plus que jamais de Karnivool ?
Mais à ce jour, personne n’a comparé la voix de Keturah -une chanteuse canadienne exceptionnelle- à celle Ian Kenny. En revanche, j’ai lu certains qui l’ont comparé à Fair to Midland qui a un vibrato assez prononcé et bizarre, Kethura effectivement a ce vibrato qui n’est pas typé opéra mais plutôt power metal…
Pourquoi intituler un morceau aussi fataliste que : « Watching the Earth Sink » en l’accompagnant d’une musique aussi poignante que désespérante pour notre cause ? Est-ce un rappel à l’ordre ?
Frank : C’est bizarre parce que je suis personnellement plutôt pessimiste. Mais nous ne continuerions pas ainsi si on ne croyait plus en rien : pourquoi ne pas essayer ? Je pense que nous pouvons créer quelque chose de merveilleux mais on a le sentiment que c’est impossible. C’est la raison pour laquelle notre musique sort d’une façon si lourde…

Vous l’avez dit le grand final « All We Knew and Ever Loved » est particulièrement épique et de circonstance pour conclure un tel album. Le clip associé au morceau étant on peu plus énigmatique. Le message sous-jacent est que nous stagnons tous dans notre zone de confort, ou au contraire est-il nourri d’espoir ?
Mais nous sommes extrêmement nombreux à ne pas être conscients du mal que nous faisons à notre planète…
Non en revanche je connais bien Travis Smith…
Et finalement quelles sont vos attentes pour cet album ?
Nous avons commencé cette interview par la question qu’on vous a trop souvent posée. Au contraire quelle est celle que vous souhaiteriez que je vous pose ou à laquelle vous rêveriez de répondre ?
Je vous propose d’y réfléchir et nous commencerons notre prochaine interview par cette question et sa réponse…
Merci beaucoup






















