Among The Living
Interview

Entretien avec Finian Patraic de IFERNACH

Entretien avec IFERNACH, one man band de Black Metal Quebecois créé en 2014 par Finian Patraic.

Te souviens de ton âge lorsque tu as découvert le Metal et le premier album que tu avais acheté ?

Carrément c’était du punk quand on était kid, mais à bien y penser j’ai eu un flashback quand j’ai revu la pochette de Roots Bloody Roots de Sepultura. Je me souviens aux alentours de 12-13 ans peut être, avoir échangé Smash de Offspring contre Roots en CD. Je vénère encore les CDs, je conduis une auto avec un lecteur et c’est un petit bonheur d’avoir ça. Je pense que dans 10 ans quand tout le monde conduira des cannes de conserves vertes, je serai encore là avec un vieux bolide à gaz et mes 10 cartables de CDs !
Avec du recul je crois que cet album ( Roots ) fut très marquant pour la musique que j’enregistre aujourd’hui. Faut dire que tout le côté tribal m’a très fortement inspiré.

Ifernach est un one man band issu de Chandler au Québec créé en 2014. Le premier album ” Maqtewek Nakuet” fut paru en 2016. Comment t’apparaît cet album aujourdu’hui avec le recul ?

J’ai du retourner à cet album l’hiver dernier car nous avons réenregistré un titre de cet album pour le foutre sur Post Apocalyptic Apotheosis. Je me rapelle la fougue et la rage qui m’habitait. Elle est encore là aujourd’hui mais différente. Le monde change, les gens crèvent, de nouvelles tragédies surviennen. Et on se dit que bah, c’était pas si pire finalement que les années passées.
Nous sommes tissés serrés par chez-nous et il y arrive toute sorte de trucs tragiques. Des jeunes qui se tuent en voiture, des suicides, overdoses. Je considère m’être rapproché de la mort avec le black, mais le plus bizarre c’est d’être encore là pendant que tout le monde autour crève du cancer ou de crise de coeur ou tragiquement au volant.
De voir des gaspésiens natifs mourir à 20 ans c’est comme la bûche verte dans le feu. Elle brûle, résiste malgré tout.
Quand je réécoute Maqtewek, je revis le temps du premier concert qui s’est tenu à la Messe des Morts, ce fut un moment que je n’oublierai pas de si tôt, et certainement un moment que j’apporterai avec moi dans l’autre monde. C’est aussi une tentative malhabile mais nécessaire d’un métis baptisé et de citoyenneté canadienne de volontairement prendre le chemin de la tradition, de l’appartenance et de la spiritualité animale.

Au niveau de l’arwork de “Skin Stone Blood Bone” paru en 2019 peux-tu nous en dire un plus ? L’idée derrière cette illustration ?

Une tentative de descendre dans les abysses où errent les grands sorciers sauvages, les shamans. Musicalement ce fût une période d’essais et de chaos, où je n’ai pas utilisé de percussion conventionnelle et ça donné un aspect beaucoup plus grim à l’album. Je pense que c’est l’album le plus gaspésien et le plus primitif de tous.
La corne vient d’une légende. La pochette représente une sorte de réincarnation d’une époque où les géants habitaient les six mondes. On dit que là où les cornes de serpent (géant) donne des pouvoirs magiques à ceux qui en possèdent.  Le jipijka’m, peut varier selon les tribus, mais ce reptile dinosaure aurait bel et bien existé, et les histoires concernant le monde sous l’eau ( l’un des six mondes de la culture mikmaq ) renferment des mystères à découvrir. C’est ce genre d’histoires qu’on retrouve sur la trame sonore de SSBB.  Je ne pourrai jamais faire ces chansons en live car elles renferment quelque chose de magique et d’unique qui ne peut pas être reproduit sur scène.
Le visage noir est aussi pour sortir un peu du cadre esthétique vampirique «black metal».
Par contre musicalement, j’emprunte chez Bathory et Graveland, et c’est très assumé.
Ce fut aussi le premier album produit outre-mer, je n’avais pas prévu d’entreprendre cette démarche. Mais j’étais dans une impasse où je voulais produire sans arrêt et les contrats que j’avais avec les labels de chez-nous me limitaient dans mes élans.

Ifernach a sorti “The Great Enchanted Forest Of The Druid Wizard” en 2020. Est ce que l’on peut revenir sur la signification de ce titre ? Quelle idée as tu voulu faire éventuellement passer ?

Le titre est venu quand je suis tombé par hasard sur la pochette, la peinture de Megan Walsh. Les compositions se sont faites comme l’eau qui ruisselle dans les montagnes. Naturellement, légèrement et vivement. Cet album est proche de SSBB, mais quand même loin car je traverse vers la forêt celtique pour celui là. J’avais composé le premier titre pour une compilation qui n’a jamais vu le jour, celle initiée par Matrak de Forteresse. J’avais pris quelques pistes synthé de percussions pour en faire une maquette pré-prod mais au final, j’ai décidé de ne plus y retoucher.
Le concept de cet album reflète bien entendu mon côté métis où parfois je suis perdu entre l’héritage européen et le besoin criant de vénérer mon héritage autochtone. Mais j’ai quand même tenté de créer un pont, car dans les forêts anciennes, on retrouve cette même proximité avec les êtres vivants, les oiseaux et les plantes. Ça me fait grandir, en tant qu’artiste, de sortir du cadre que je me suis imposé avec la culture originelle gaspésienne. Lire, écrire, composer et se projeter ailleurs.
J’ai lu The Last Taliesin lors de l’écriture de cet album. Avec du recul, cet album est un album de méditation, de combat individuel et de survie. Elle accroche aussi au passage l’héritage du nom Sweeney (Suibhne) un nom très commun ici. La lance maudite qui aurait transperçé le Christ… Merlin l’enchanteur, et j’en passe!

A la suite de cet opus tu as sorti “Capitulation Of All Life” en 2021. Comment s’est déroulé le processus de composition pour cet album ?

Cet album fut enregistré juste avant la tempête covid et toutes les saloperies qui ont suivies ( couvre-feux, quarantaine, vaccination sous menace, etc ). On se doutait bien que quelque chose de noir s’en venait et on a voulu l’enregistrer pour le figer dans le temps.
C.O.A.L. fut enregistré live, à part le synthé et la basse qui furent ajoutées par après. Ce fut très improvisé, naturel, cru et pur. Nous n’avons pas trop travaillé les pièces, elles sont arrivées ainsi. Le plus fou dans tout cela, est que cet album a été mixé par Arthur Rizk, un type talentueux et terre à terre, sans prétention. Il était en train de travailler avec les Cavaleras ( Roots ). J’ai donc eu la comfirmation que j’était là où je devais être, en faisant ce que je devais faire. Un drôle de rappel de l’époque où je découvrais Roots.
Avec tout les bons et mauvais choix, les conflits et les dépressions, j’avais l’impression soudaine d’un retour vers les premiers chants, les premières querelles. Sans Tour de Garde, tout cela n’aurait jamais été possible.

Le dernier EP intitulé “Satanae Exoro” est sorti le 27 octobre via le label Tour de Garde. Comment se passe votre collaboration avec le label montréalais ?

Un pacte entre deux entités maléfiques ! Beaucoup de discussions et de camaraderie. C’est un honneur d’être produit par un survivant des années 90, qui n’a pas voulu vendre son âme, malgré toute la puanteur moderne on peut voir que le culte est encore très présent. Tour de Garde est un caveau poussiéreux rempli d’offrandes noires et je ne crois pas que la lumière s’y rendra de si tôt.



Sur quel base penses tu que le Black Metal doit reposer ? La haine, la misanthropie ou encore l’individualisme, les trois à la fois ? Quel est ton avis sur ce sujet ?

Du moment où ce qui propulse l’oeuvre est d’une malice presque impossible à cerner, d’un cancer incurable ou d’une peste contagieuse, le black métal sera et restera.

Peux tu nous parler de la péninsule Gaspé, de la population qui se nomme Mi’kmaq, son histoire éventuellement et celle de la wabanaki Confederacy ?

Le Indian Act et autres tentatives vicieuses des Néo-britanniques ont presque réussi à effacer l’histoire et l’héritage autochtone gaspésien. Mais malgré toute la souffrance et l’aliénation entre métis et gens vivant dans les réserves, je me permets de rêver et espérer un retour vers les alliances du passé. Notamment celle du wabanaki, où les décisions politiques pourraient être moins globales et beaucoup plus locales. Là je trouve que l’appartenance gaspésienne se résume à des Absurdités du genre faire porter des vêtements bleus à des nouveaux arrivants…
La gaspésie pourra renaître dans un Québec souverain car elle sera province. Mais je n’aime plus trop m’abreuver d’espoir à l’aube de mes 40 ans. Et si je chante un réel retour à la terre et au spiritualisme animal, c’est bien parce que je souhaite une fin du monde terrible et efficace. Afin de nous replonger dans la noirceur, sans internet et sans technologie.
Seulement à ce moment précis pourra-t-on voir les légendes revenir à la vie, à l’époque où l’hiver n’était jamais une survivance assurée. Le trône sera vacant, et là pourra-t-on peut être laisser faire la bonté et l’hospitalité légendaire pour un bon duel sanglant sur les côtes, car on sait ce qui arrive quand on fait confiance aux fausses prophéties.

Que penses-tu de la nouvelle vague de Post/ Black Metal ? Les groupes disons plus modernes au niveau visuel et au niveau du son ?

L’art évolue et change. On a beaucoup plus d’outils sous la main pour mener à terme nos oeuvres musicales et les propulser. Je remarque que malheureusement la promotion sur-boostée surpasse le contenu véritable. Où est l’âme derrière tout ça ? À vrai dire j’écoute ce qui éveille quelque chose de pur en moi, peu importe l’appellation. Une chose qui me fait vraiment marrer, c’est quand j’entend des groupes chier sur les anciens. Ils oublient que ceux qui ont initié cette vague noire si pure, ne sont pas nécessairement les chevaliers défenseurs des droits humains.
Tout cela nous amène vers des trucs débiles du genre bannir des gens d’un concert car ils arborent une patch Burzum. Je crois que la trop grande accessibilité apporte un nouveau bassin de gens peureux, braillards et beaucoup trop fragiles pour une musique classée extrême. Et au milieu de tout ça voir des groupes qui carrément utilise le riffing, le visuel, la thématique, le lettrage des bands qu’ils méprisent… c’est une véritable farce.
Les gens vénèrent les groupes comme si c’était Les Beatles. Ils se mettent à détester Euronymous parce qu’ils ont vu le film Disney ou ils ont écouté religieusement des entrevues de Necrobutcher. Pour ma part je vénère le musicien et la vision infernale de Oystein, je tente bien évidemment de m’en imprégner le plus possible, musicalement parlant.

Ifernach s’est produit au Canada. Et plus particulièrement à Montréal au Québec ces dernières années (Messe Des Morts en 2017 et 2022). Quels souvenirs gardes-tu de ces performances live ? Comment prépares-tu ta prochaine apparition sur scène qui aura lieu le samedi 9 mars 2024 lors de l’événement Le Feu De L’Abîme avec Of The Wand And The Moon, Akitsa et Old Tower entre autre ?

Tout d’abord, nous ne sommes plus du line-up.

Pour le concert de Montréal. Une poignée d’individus ont fait pression pour nous empêcher de jouer. Ce n’est pas catastrophique pour nous, nous sommes indépendants. Nous avons pas besoin de nous excuser pour quoi que ce soit. Je trouve cela dommage pour les organisateurs car ce sont des amis et des gens avec qui on partage souvent la scène. Il faut voir ça d’une autre façon.

Les grandes foules ou le grand stage ne sont pas nécessairement ce que nous recherchons. Si on nous force à jouer dans les bois ou sur des îles loin de toute cette folie de censure et de pensées symétriques, et bien ce ne sera que service rendu. La Messe des Morts c’est l’exception pour nous. C’est une occasion unique de rencontrer tout nos camarades européens que l’on à jamais l’occasion de voir ailleurs.

Les gens derrière l’organisation sont des coeurs enflammés et vaillants et je les remercierai jamais assez de leur générosité. Ce n’est pas tout les jours qu’un groupe gaspésien puisse espérer traverser l’océan pour y faire un concert. Et ces gens font certainement parti de cette grande tentative, alors qu’on se prépare pour un premier concert en Finlande pour le Steelfest.


 

Peux-tu me citer éventuellement cinq albums que tu écoutes actuellement ?

White Rune – Dawn Of The White Rune
Kashtin – Kashtin
Megadeth – So Far, So Good, So What
Akitsa – Devenir Le Diable
Le nouveau de Order of Nosferat
Type O Negative – Dead Again
Old Man’s Child – The Pagan Prosperity
Pantera – The Great Southern Trendkill
Pink Floyd -The Wall
Annihilator – Alice In Hell
The Templars – Phase II
Korn – Life Is Peachy ( pour les percussions de David Silveria, que j’ai redécouvert avec la technologie du son car j’écoutais cet album dans un walkman jaune)

Les derniers mots sont pour toi. Merci encore à toi d’avance pour ces réponses et le temps consacré

Gloire à ma terre natale, aux familles qui luttent et aux rares d’entre-nous qui jour après jour refusent les invitations et les tactiques urbaines de nous exiler vers les grands centres. De rivières turquoises saumonées en feux de grave étoilés, je continuerai d’y vivre, coûte que coûte. Parce que j’y suis né. Salutations aux déserteurs et aux gaspésiens de vacances. On s’occupe de garder le tout propre et conforme pour vos petites escapades merdiques.


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