Among The Living
Interview

Entretien avec le groupe POINT MORT

Nous avons rencontré le groupe Point Mort le 22 octobre dernier, juste avant leur concert à la FGO Barbara pour la sortie de Pointless… Avec Sam (voix), Olivier (guitare) et Simon (batterie). Une interview fleuve honnête, qui part un peu en live par moment !


point mort


Est-ce que vous pouvez nous refaire l’historique du groupe ?

Olivier : j’étais en standby avec mon autre projet musical, j’ai commencé à écrire quelques riffs avec notre ancien guitariste et Damien (basse) nous a rejoint. Le matériel de « Look at the Sky » était déjà écrit en grande partie lorsque Sam a intégré le groupe. On a encore écrit 1 ou 2 titres avec elle puis assez rapidement on a eu une opportunité pour enregistrer l’EP sur un weekend au studio Midilive. L’enregistrement s’est fait en condition live, un peu à l’arrache, on avait un concert prévu le samedi du même week-end. On a fait les réglages le samedi en journée et enregistré le dimanche. Au final, c’est une façon de faire qui nous correspond bien. A la même époque (2017), on a fait le Motocultor, puis notre batteur nous a quitté, remplacé par Simon. Avec ce line-up on a enregistré « R(h)ope » en 2019, mixé par Amaury Sauvé et masterisé par Thibault Chaumont. Notre guitariste est alors parti et c’est Aurélien qui a pris sa place. Et c’est avec cette formation et de nouveau Amaury aux manettes qu’on a sorti « Pointless… » cette année.

La prestation au Hellfest a été largement acclamée. Il y avait beaucoup d’émotions. Est-ce que c’est une étape importante, comme une reconnaissance pour vous ?

Sam : il y avait de l’émotion oui, parce que c’était la première fois qu’on jouait sur une scène aussi grande, on était totalement exaltés. En plus le public était là, on était prêts à faire le show devant 3 personnes et là ils étaient plutôt 3000 !

Simon : tout était plus grand que ce qu’on avait pu faire avant.

Au Motocultor en 2017, il y avait déjà pas mal de monde lors de votre passage

Sam : oui mais on avait eu la chance de passer à 16h30, ce n’était pas comme au Hellfest où on faisait l’ouverture de la journée. En plus on n’avait pas tout l’historique qu’on a ensemble à présent, on était plus « verts ». Cette fois, on a fait le show plus « en conscience »

Olivier : Au Motocultor, on y était allé un peu la fleur au fusil.

 

D’ailleurs Sam tu nous avais gratifié d’une très belle cascade à l’époque

Olivier : oui c’est moi qui lui avait fait un croche-pied 🙂

Sam : pour en revenir au Hellfest, il y avait aussi beaucoup d’attente, car le festival a été reporté 2 fois et on était en plein dans la reprise des concerts, le cumul de tout ça a fait que ce Hellfest était vraiment particulier et on était très contents d’être là.

Olivier : oui et il y a le fait de le vivre ensemble, émotionnellement c’est fort pour un petit groupe comme nous de jouer (le matin !) devant autant de public, qui reste jusqu’au bout en plus !

Simon : d’autant que notre musique n’est pas facile d’accès.

Olivier : on a joué sur la scène du Hellfest comme on fait dans les petits clubs, en essayant de transmettre notre émotion le plus honnêtement possible, sans artifice. C’était vraiment une émotion de groupe, qu’il fallait tenir et gérer le long du show. Pour ma part, malgré quelques problèmes techniques je l’ai sentie monter de plus en plus au long du show…

Et ce final de Sam a capella, je crois que ça a mis tout le monde d’accord !

Sam : oui c’était un beau moment

Simon : c’est quelque chose qu’on a expérimenté sur les dates précédant le Hellfest, on savait que ça marcherait bien ! Désolé de casser le mythe mais ce n’était pas une impro 🙂

Vous dites que le groupe passe avant tout, personne n’est mis en avant. Est-ce que ça se reflète sur le processus d’écriture ?

Simon : même si on n’intervient pas forcément à parts égales, tout le monde a son mot à dire à un moment ou un autre. Par contre on n’est pas dans une forme de compétition, on ne propose des idées que si elles peuvent emmener le morceau plus loin, on n’essaie pas de modifier pour modifier. Bien sûr dans le groupe il y a des personnes comme Olivier, qui composent beaucoup et vite, et des gens comme moi, un peu plus lents. Mais chacun à son rythme peut amener une pierre à l’édifice.

Olivier : le but est qu’on interagisse, même si j’amène des choses très écrites, il y a toujours une réécriture de groupe, beaucoup d’échanges.

Simon : il y a aussi des parties qui sont bien sur le papier et qu’on n’arrive pas à jouer de façon pertinente et qu’on va donc abandonner.

Olivier : le morceau final est souvent très différent de la démo d’origine. Il y a beaucoup de réécriture à la maison, par contre on fait peu de jam.

Et donc Sam, tu t’occupes des lignes de chants et des textes

Sam : oui c’est ça. Je suis assez autonome là-dessus, mais là encore c’est un travail commun, je peux demander par exemple à doubler des parties parce que j’aime la ligne de chant et à l’inverse les autres membres peuvent me demander de modifier certains passages. Évidemment j’arrive une fois que la musique est écrite, car j’ai besoin de ce socle pour écrire mes lignes et ensuite le texte, mais la voix est écrite comme les autres instruments.

Simon : Sur « Pointless… » on a pu faire une pré-production, qui nous a permis de retravailler les titres ensemble avant d’enregistrer la version finale. Donc c’est vraiment un travail de groupe du squelette des morceaux, jusqu’au mixage et au mastering.



Justement, quel est l’apport d’Amaury Sauvé avec son regard extérieur

Simon : il avait déjà travaillé sur l’EP précédent, on connaissait sa façon de travailler et on était très content de bosser de nouveau avec lui. Il ne nous fait pas modifier de partie si on ne le veut pas, mais n’hésite pas à nous donner son avis. Il nous a permis de lever la tête du guidon par moment pour prendre un peu de recul sur certains morceaux.

Sam : il nous fait nous remettre en question et c’est très intéressant. On note ses remarques et après on peut se poser et se demander ce qu’on en fait. Cela pourrait ne pas convenir à notre projet mais il faut dire qu’il est souvent pertinent. Malgré tout, on a toujours le dernier mot sur ce qu’on modifie et ce qu’on garde tel quel.

Simon : il nous pousse même à aller au-delà de simplement bien jouer les riffs, c’est quelqu’un de très important pour la réalisation de l’album. Il est capable de nous dire ce qu’on n’a pas forcément envie d’entendre pour obtenir le meilleur de nous, une exécution technique aboutie pour un résultat très bien produit.

Olivier : la technique au service de l’émotion. J’adore la musique écrite, par exemple, par Rachmaninov ou Prokofiev, elle est très technique et te nourrit cérébralement, mais la technique est un moteur, pas le vecteur. L’émotion reste le principal.

C’est vrai que votre musique est très forte en émotion, on peut le ressentir physiquement, on encaisse beaucoup de choses à l’écoute de l’album ou quand on assiste à un de vos concerts.

Olivier : oui, ce qui est important, c’est ce que tu as à raconter, à toi de te donner les moyens d’y arriver.

A vos débuts vous qualifiiez votre musique de Lovecore, vous nous en donnez une définition ?

Sam : il n’y a pas de définition ! Notre style est assez indéfinissable, mais, à l’époque de notre premier line-up on avait tenté d’expliquer qu’on faisait une musique qui tabasse mais qui est chargée d’émotions qu’on avait tenté de résumer dans le terme « Lovecore ». On n’utilise plus trop ce terme. Quand je poste sur le net à présent j’utilise le #chaoticpostcore qu’Olivier Drago de New Noise nous a attribué. Après tout il s’y connait ! On n’a pas forcément envie qu’on nous colle une étiquette mais quand il faut synthétiser ce qu’on fait, c’est encore ce qui fonctionne le mieux.

Olivier : d’autant qu’il n’y a pas de volonté de notre part d’inclure tel ou tel élément. Ça se fait dans le processus d’écriture, mais les prochains morceaux pourraient être très différents, on ne se met pas de limites.

Sam : ça se trouve dans 3 ans on fera du « hatecore » 🙂

Simon : on a trouvé une espèce de définition de ce qu’on fait parce qu’on nous l’a demandé. En tant que groupe, on se contente de jouer ce qu’on aime.

Olivier : Même si on n’est pas dans cette démarche, quand même, le fait d’avoir une étiquette claire, permet de toucher plus rapidement un public. Et donc, pour en revenir au Hellfest, c’est d’autant plus appréciable d’avoir eu autant de public que notre musique est un vrai melting pot d’influences diverses.

Simon : On est 5 personnes aux goûts très différents, et on arrive à se mettre d’accord sur le fait que ce qu’on fait ça nous plait à tous, alors même sans étiquette, statistiquement il y quand même des chances pour qu’on trouve notre public !

Un petit mot sur Almost Famous ?

Sam : Almost Famous c’est Guillaume et moi. Ça s’est initialement créé autour d’un de ses groupes, TankrusT, pour organiser des concerts et faire des échanges de dates avec d’autres groupes. On voulait aussi une structure sur laquelle s’appuyer pour signer les contrats. A présent notre label a signé quelques groupes (TrankrusT, Clegane, Point Mort, Tempt Fate), mais ça reste des volumes limités. On fait de la production, de l’organisation de concert, du booking, de la sous-distribution et du management de groupes.

Vous êtes en tournée en France pour promouvoir l’album. Comment ça se présente ? Les temps sont plutôt durs pour la musique live

Simon : il y a beaucoup de monde sur la route suite à la reprise des concerts et donc c’est difficile de trouver des dates. Mais une fois sur scène, on ne ressent plus de différence par rapport à la situation avant le Covid.

Sam : oui il y a des listes d’attente phénoménale pour beaucoup de salles et de promoteurs de spectacles et les préventes sont très faibles car les gens sont méfiants, suite à toutes les annulations de spectacles auxquelles on a eu droit ces dernières années. C’est très difficile en tant que producteur, car on doit avancer l’argent et jusqu’au dernier moment on ne sait pas si on va rentrer dans ses frais.

Sam tu as fait l’artwork des 2 premiers EP et de l’album. Pour ce dernier l’illustration est plus colorée, le message est différent ?

Simon : il y a une grande différence entre les deux EPs et l’album en termes de musique et d’approche même si ça ne se voit pas tant que ça de l’extérieur. Et, il y avait une notion d’urgence sur les deux premiers EPs, contrairement à « Pointless… », pour lequel on a pris le temps de tout travailler y compris l’artwork. La musique étant différente, l’artwork suit.

Sam : le message n’est pas différent par contre. Dans ma façon de travailler l’illustration, je fais comme pour les textes et comme la musique du groupe finalement, je trouve des éléments à opposer (bourrin / calme, positif / négatif, optimisme / fatalisme). C’était déjà présent sur les EPs, et pour l’album, le titre en lui-même est très défaitiste « Pointless » c’est pour ça que les points de suspensions ont été ajoutés, pour apporter un peu d’espoir. Pour l’illustration c’est la même chose, la fleur est un chrysanthème et au dos de l’album il y a un cercueil, j’ai donc utilisé de la couleur en contrepoint. Je crois aussi que j’ai été influencée par la pochette de l’album « Sunbather » de Deafheaven que j’aime beaucoup. Et puis c’est cool, un album de metal qui ne soit pas tout noir !

Merci à tous les trois d’avoir pris tout ce temps pour répondre aux questions et bon concert !


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