Among The Living
Interview

Entretien avec Steph et David du groupe CROWN

Entretien “epistolaire” avec Steph et David du groupe CROWN, l’occasion d’échanger sur la sortie de leur dernier album The End Of All Things.

C R O W N - The End of All Things

Bonjour, pourriez-vous vous présenter ainsi que le groupe ?

CROWN existe depuis 2010, nous avons sorti 2 albums sur Candlelight Records , le 1er EP en autoprod et le prochain sortira chez Pelagic Records. Mais depuis le commencement de ce nouvel album.  Le line up a changé   David Husser participe à l’élaboration des chansons (  arrangements et production, )   et il y a maintenant un batteur sur l’album.

Comment CROWN gère cette (longue) période Covid ?

Steph : David et moi sommes pas mal occupés, nous sommes tous les deux ingénieurs du son, moi ingénieur son live d’Abbath, anciennement Alcest et David quant à lui est producteur et ingénieur son studio, il possède son propre studio qui l’occupe quotidiennement, la pandémie ne l’ayant pas vraiment touché car tout le temps overbooké. Pour ma part la crise du covid m’a quasiment mis à l’arrêt au niveau de mon job, les tournées étant reportées à 2022 c’est un peu compliqué mais on devrait voir le bout du tunnel en 2022 je l’espère.

David : Moi je suis bien plus pessimiste , ce qui pourtant n est pas du tout  mon tempérament ….   Je crois que nous entrons dans un nouveau monde  qui redéfinira la majorité de nos habitudes 

Quelles sont les contraintes d’une telle situation pour un groupe comme CROWN qui sort un tout nouvel album aujourd’hui ?

Steph : La seule contrainte pour nous c’est de ne pas pouvoir tourner pour promouvoir l’album. L’album était déjà terminé en décembre 2019, pour une sortie initialement prévue en avril 2020 mais Pelagic aux vues de la situation a préféré repousser la sortie à 2021, c ‘était un peu frustrant mais ça nous a laissé le temps de bien préparer la sortie. Nous avons shooté un live stream pour le prestigieux festival Roadburn avec un set up assez atypique. Ce sera pour le moment le seul moyen de voir un peu de live. Je ne suis pas ultra fan du principe du live stream mais j’ai pu voir quelques streams vraiment classes, notamment Amenra l’été dernier, juste incroyable visuellement, un de Puscifer pour la sortie de leur album qui était dantesque et dernièrement celui de Wardruna pour leur dernier album. Pour notre live stream nous avons choisi plutôt que de jouer sur une scène, de nous installer dans la fosse de la salle du Grillen, en cercle, le tout filmé d’une façon assez atypique, on souhaitait vraiment réaliser quelque chose de beau et esthétique.

The End Of All Things est votre dernier album qui sortira le 16 Avril 2021 et 6 ans après Natron le précèdent. Que c’est il passé durant cette longue gestation ?

Steph : Pour ma part j’ai pas mal tourné tout autour du globe, avec Alcest puis Abbath, parfois pendant presque 6 mois de l’année. J’ai commencé à travailler sur l’écriture de l’album en décembre 2017. Au risque de tomber un peu aux oubliettes on a préféré prendre notre temps pour la réalisation de cet album.

David : A partir du moment ou nous avons mis les mains dans le cambouis des nouveaux titres. , nous avons travaillé.  plusieurs mois d’affilé……   Une nouvelle direction signifie souvent un supplément de travail pour obtenir un résultat a la hauteur de nos attentes.

La direction prise est moins brutale que sur le Natron, bien que toujours sombre, voire même synthpop sur certains titres comme Neverland voire même Violence. Comment avez-vous conçu ce nouvel album et quelles en ont été les influences ?

Steph : Effectivement l’album est moins « metal » mais n’en est pas moins heavy et viscéral, pas forcément nécessaire d’avoir des murs de guitares distordues et des hurlements pour avoir de l’impact émotionnel. C’est d’ailleurs notre album le plus sombre à ce jour. Synthpop, mais pas que même si on peut aisément trouver des influences Depeche Mode. Notre background à moi et David est globalement la musique industrielle / électronique. C’est un album ou il y a bien plus de guitares qu’on ne le pense et c’est la aussi que réside le génie de David  en tant que producteur car il a réussi à faire en sorte qu’on ne reconnaisse pas certaines guitares ou synths, certaines guitares sonnent comme des synths et inversement. Il y a énormément de travail sur toute la partie guitare/machines/drums. Les principales influences vont être NIN, The Young Gods, Killing Joke, Massive Attack, Ministry, Jon Hopkins, Boards of Canada, Einsturzende Neubauten, Swans par exemple. L’album a été conçu sur une période de quasi 3 ans. J’avais une douzaine de démos courant avril 2018 que j’ai présenté à David et on a attaqué les pré productions dans la foulée. Ce fut un long processus, on a passé énormément de temps sur la production et la dynamique, on souhaitait vraiment faire quelque chose de différent et d’unique tout en conservant ce côté sombre et abyssal mais aussi en amenant un peu de lumière parfois. David s’est occupé en mains de maître de l’enregistrement du mixage et de la partie la plus importante de l’album : la production. David a énormément travailler sur la dynamique et les textures sonores pour que chaque morceau ait sa propre identité. On a souhaité aussi faire appel à Nicolas Uhlen qui est un incroyable batteur pour les drums de l’album et donner ce côté humain et accentuer encore plus la dualité machines / humain.


C R O W N - The End of All Things


Je trouve The End Of All Things particulièrement introspectif, à l’image d’un titre comme Fleuve par exemple. Avez fait un travail particulier en ce sens ou c’est le monde qui vous inspire cela ?

Steph : C’est assez difficile pour moi de parler de ce qui m’inspire car il y a une multitude de choses qui peuvent rentrer en compte dans l’équation. Un morceau m’apparait plus comme une fresque, un tableau, souvent apocalyptique, c’est souvent très abstrait, tout comme les textes. A l’auditeur d’avoir sa propre interprétation. Mais il est clair que le monde tel qu’il est aujourd’hui et l’impact de l’humain sur notre planète et sur sa propre existence sont une source intarissable d’inspiration. Je n’ai pas vraiment foi en l’humanité même si je pense qu’en chacun de nous il y a des bribes de lumière mais chaque jour qui s’écoule me prouve le contraire, humainement, socialement , spirituellement et économiquement. Fleuve est le regard bouleversé d’une entité non terrestre sur notre planète et sur l’humanité.

Parlez-nous un peu des thèmes développés ici ? Vous avez une vision très pessimiste quant à la capacité de l’humain à vivre en harmonie avec son environnement non ?

Steph : En effet et le titre de l’album en est le parfait étendard. Le titre ainsi que d’artwork de l’album étaient déjà créés au printemps 2018, une étrange coïncidence donc que ce disque sorte  au moment même ou notre monde est totalement bouleversé par la crise du covid19. L’humain n’est pas capable de vivre en harmonie avec le monde qui l’entoure, du moins la grande majorité. Je pourrais en débattre pendant des heures, et la minorité qui souhaiterait changer les choses et nous faire évoluer un peu plus vers un monde meilleur se fait littéralement désintégrer par les haut dignitaires qui régissent notre monde. Donc oui l’album est très pessimiste mais oscille entre cette dualité ombre/lumière tout au long de l’album, presque sournoisement, comme un leurre pour mieux enfoncer le clou.

On vous classe en groupe Post Rock indus. Ne pensez vous pas que c’est un peu réducteur ? Et comment définissez-vous votre musique ?

Steph :Je ne suis pas doué pour les étiquettes et je trouve ça effectivement assez réducteur en soit. On fait une musique viscérale et sombre, trouvant ses influences dans la musique industrielle des années 80-90 mais aussi électronique, shoegaze, metal, rock, black metal etc etc.

Parlez-nous de votre collaboration avec la norvégienne Karin Park d’Arabrot sur le titre Utopia.

Steph : J’ai rencontré Karin avec Arabrot. Je faisais le son pour The Ocean et plusieurs autres groupes sur une tournée dont Arabrot. J’ai immédiatement accroché à la voix de Karin, ultra polyvalente et versatile, tel un chameleon et à la fin du tour je lui ai demandé si elle souhaiterait participer à un morceau après lui avoir faire écouter nos pré productions. Le reste s’est fait très naturellement, 2-3 semaines après la tournée elle nous a envoyé ses parties de chant. Nous avons décidé de mettre Utopia à la fin de l’album, ce morceau pourrait paraître un peu plus lumineux que le reste mais c’est tout le contraire, spécialement à la fin du morceau ou il y a un torrent de guitares et de synths.

Qu’en est il de la tournée en support d’ENSLAVED qui devait débuter en Mai prochain ? Est-ce décalé ou annulé ?

Steph : La tournée d’Enslaved a de très fortes chances d’être repoussée en 2022. Pas d’annulation.

Quel est le modèle économique du groupe ? Vivez-vous de votre musique ?

Steph : Nous ne vivons pas de notre musique, le groupe étant encore trop anecdotique pour prétendre à des cachets qui nous permettraient d’en vivre,  « la route est longue » comme on dit. Spécialement pour les groupes français en général. Il faut souvent tourner un maximum à l’étranger pour par la suite bénéficier d’une reconnaissance dans son pays. Nul n’est prophète en son pays he he. Persévérance patience et pas de compromis.

Comment travaillez-vous pour composer ? A distance ou ensemble ?

Steph :Pour les précédents albums j’ai toujours tout fait tout seul, de l’écriture en passant par le recording le mixage la prod et le mastering excepté depuis Natron ou j’avais confié le mix à David. Pour TEOAT j’ai bossé de mon côté pour les démos et après j’ai envoyé ça à David, nous avons quasiment tout fait à distance excepté pour le chant et les drums, mais la partie prod et mix oui à distance, la cause étant nos emplois du temps  à tous les deux souvent ultra chargés.

On vous laisse le mot de la fin (ce qui est dans le thème).

Steph : Merci à toi pour cette interview et au plaisir de te croiser sur la route ! Peut être en 2022 espérons !

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