Among The Living
Interview

Entretien avec Zaher Zorgati chanteur du groupe MYRATH

myrathNous nous sommes entretenu avec Zaher Zorgati, chanteur du groupe MYRATH, à l’occasion de leur passage en concert à Paris en ouverture de SYMPHONY X et de la sortie de leur dernier opus Legacy.

La Machine du Moulin Rouge – Paris le 23 février 2016 


 

En 2013 vous avez annoncé la sortie de LEGACY pour 2014. Que s’est-il passé ? Pourquoi ce retard ?

En fait depuis la révolution tunisienne (NDR : dite « Révolution de Jasmin » qui a vu le départ de Ben Ali du pouvoir en 2011) et le décès de notre manager (père de Malek : guitare), nous avions du mal à nous concentrer sur la composition, à retrouver le chemin de l’inspiration. Nous étions en quelque sorte sous le choc et l’envie de composer n’y était plus. La situation économique et politique en Tunisie n’étant pas propice à la création.

Rien n’a changé aujourd’hui ? La situation pour les artistes ne s’est pas améliorée avec le changement de régime ?
Non aujourd’hui c’est plus compliqué qu’avant. L’art est le dernier des soucis du gouvernement. Tout n’est que batailles partisanes et conflit d’intérêt. Donc on essaye de survivre entre nous, les artistes. Peintres, musiciens, écrivains, nous nous serrons tous les coudes pour continuer à produire. C’est la même chose pour les journalistes.

Nous avons fini par nous y remettre.

Justement à propos des extrémismes et de l’intolérance en général, de ce monde qui se durci autour de nous, que pensez-vous de tout ça et comment le vivez-vous ?

Au 21ème siècle se retrouver avec des pensées moyenâgeuses, c’est une immense déception pour moi. De plus quand on agit au nom de l’Islam c’est « diabolique ». Nous avions été aussi pris à parti lorsque nous avions joué avec ORPHANED LAND, un groupe de métal Israélien. Quelques pseudos journalistes (qui n’avaient rien à voir avec le milieu musical d’ailleurs) nous avaient reprochés ce fait.
Nous sommes des musiciens avant tout. On parle d’art, de paix et le reste n’entre pas en ligne de compte. Notre message c’est la fraternité. Pour moi il n’y a pas d’Islam radical : ceux qui le prônent ne sont que des terroristes ignorants.

Comment fonctionnez-vous au sein de MYRATH pour composer un album ?
Au sein de MYRATH il y a 3 piliers si je puis dire, avec Malek (Guitare) et son coté métal, moi pour le squelette avec les couplets et Elyes qui a plus le rôle de « l’arrangeur ». Ajoutez à cela la section rythmique avec Morgan et Anis. Ensuite c’est Kevin CODFERT qui tranche et tri l’ensemble. C’est l’oreille occidentale du groupe en quelque sorte.
Malgré les circonstances nous avons travaillé avec notre cœur pour arriver à ce résultat aujourd’hui avec Legacy. Cet album est une projection de nos émotions en quelque sorte.

Et vous vous réunissez une fois que les pièces sont assemblées ?
Oui bien sûr. Avant l’enregistrement Elyes et Morgan prennent l’avion pour nous rejoindre en Tunisie ou nous répétons les morceaux pendant deux semaines environ. L’enregistrement se fait en Tunisie et en France, et le mastering est fait en Suède, dans le studio de Fredrik NORDSTRÖM.

L’album a reçu un bon accueil de la part des chroniqueurs. Dans l’ensemble ils saluent la richesse et la maturité des compositions. Malgré tout certain ont critiqué le fait que vous vous écartiez du prog pur et dur. Est-ce la même chose pour vos fans ? Comment ressentez-vous ça à travers la tournée en cours ?
En fait le public en général, et métal en particulier, est un peu bizarre (rires). Quand on fait du prog on te dit que tu ne te renouvèle pas, et si tu fais un genre un peu plus « épique » comme pour Legacy, on te reproche de t’éloigner du genre… Il y a ce côté « puriste » qui finalement ferme les portes. C’est la même chose en ce qui concerne les gros groupes.

Pour MYRATH la priorité c’est avant tout la satisfaction du groupe. Si tu es satisfait de ce que tu fais, alors le rendu final reflètera au plus près les émotions que nous avons voulu faire passer à notre public. Alors le changement pourra naturellement être mieux perçu par nos fans et nos auditeurs.

Il ne faut pas « calculer » tes compositions, sinon tu n’avances pas et tu n’es pas satisfait.
Legacy vient du cœur et c’est uniquement cela qui a motivé nos compositions.


Myrath


 

Votre collaboration avec Kevin Codfert est une histoire qui dure. Quel est le secret de cette amitié ?
Oui, c’est bien plus que de l’amitié : il fait partie de la famille. Il a découvert le groupe à Carthage, bien avant que je n’en fasse partie, en 2007. C’était à l’occasion d’un concert de Robert Plant pour lequel MYRATH ouvrait. Kevin était là avec ADAGIO et il a aimé le style, malgré que le groupe ne fût pas encore mature. Il a senti que cette graine pouvait donner une belle plante (rires). Il a proposé ses services à notre manager, Ben le père de Malek.

Avec Morgan en plus dans le groupe, MYRATH est un groupe Franco-Tunisien. Nous collaborons en fusionnant la culture occidentale et tunisienne, et c’est un honneur et une fierté pour la Tunisie mais aussi pour la France.
Nous avons été énormément soutenus par nos fans aussi bien en France qu’en Tunisie, et par le gouvernement français aussi (on ne peut pas en dire autant de celui de Tunisie, nous sommes le dernier de leur soucis avec l’art en général (rires)). Je tiens d’ailleurs à remercier l’ambassadeur de France en Tunisie pour son aide à nous obtenir nos visas pour tout ça.

A propos de ce titre, on sent évidement bien l’héritage de votre culture dans vos compos, mais cela va-t-il plus loin et à quoi d’autre cela fait il la différence pour Myrath ?
Notre héritage trouve ses racines profondément dans notre culture, celle de la Tunisie qui a 3000 ans, celle des berbères, des africains du nord, celle de ce melting pot ethnique qui coule dans nos veines. Mélangé au métal cela donne MYRATH.

La pochette de l’album en est un parfait exemple, avec le symbole de la main (Khamsa). Ce symbole juif tunisien contre le mauvais œil.

Vous êtes actuellement à l’affiche avec SYMPHONY X dont vous êtes ouvertement de grands fans. Pouvez-vous m’en dire plus sur cette tournée qui doit être très spéciale pour vous ?
Sur la tournée avec Melted Space (qui ouvre les concerts), nous sommes devenus vraiment potes, ils sont vraiment géniaux. Avec Synphony X, même si ce sont des « stars », cela se passe vraiment bien. Ils sont accessibles et humbles. Ouvrir pour ce groupe c’est un rêve devenu réalité pour nous.

Le seul point noir sur cette tournée vient du tour manager, qui nous refuse les sound check… Même sur la tournée avec WASP nous avions ce sound check ! Mais à part cela c’est vraiment top.

 Quel accueil vous fait le public sur cette tournée ?
Ecoute, souvent on évalue la réussite d’un concert sur les ventes au Merch. C’est un peu un baromètre. Et je dois dire que cela dépasse nos espoirs. En 7 dates on a remboursé tout le Merch. Nous n’avons même plus d’album à vendre : nous avons due en recommander. C’est la preuve que nous avons conquis de nouveaux fans sur cette tournée et avec Legacy.

Après cette tournée, vous avez d’autres dates de prévues ? Des festivals peut-être ?

Nous sommes programmés pour le RAISME FEST 2016 en septembre prochain. D’ici là je ne sais pas.
En tout cas après celle-ci je rentre chez moi en Tunisie (Rires).

Une dernière question, vous avez commencé à composer pour le prochain album ? Vous avez déjà du matos ?
Oui, nous avons déjà 5 titres de près et validés par « Monsieur » Kevin (Rires).


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