Among The Living
Interview

Entretien avec Vicotnik (Dødheimsgard, Dold Vorde Ens Navn, Ved Buens Ende)

Vicotnik


Bonjour Yusaf tu es très occupé ce weekend, tu as trois groupes à l’affiche de l’Imperium festival (du 7 au 9 Juillet 2022) à savoir Dødheimsgard, Ved Buens Ende et Dold Vorde Ens Navn. Comment gères-tu ce weekend ? 

Ce n’est pas si différent d’une tournée où tu as un set chaque jour, en fait. La seule chose qui change est qu’il faut te préparer pour trois groupes différents. Un jour tu es dans l’état d’esprit d’un des groupes ensuite tu fais table rase de tout. Et puis tu te mets un autre groupe en tête et ainsi de suite. Il y a juste un peu de fatigue supplémentaire. Je trouve que l’Imperium est dans un endroit magnifique où tu peux te reposer et manger, et c’est bien. C’est également un projet intéressant pour moi car je n’ai jamais testé ce genre de formule à savoir jouer dans différents groupes dans un même week-end.

Imagines-tu pouvoir jouer dans trois groupes la même journée ? 

Non non (rires) par contre deux groupes dans une même journée je l’ai déjà fait. En Allemagne on a joué avec Ved Buens Ende et Strid, un autre de mes projets. Je crois qu’avec Strid on a fini à 3 ou 4 h du matin. C’était épuisant.

La dernière fois que j’ai vu DHG c’était à l’Inferno en 2015 avec Aldrahn au chant. Quels souvenirs as-tu de ce concert et que penses-tu de l’organisation du festival ? 

L’Inferno est vraiment très bien organisé et ils savent ce qu’ils font. D’ailleurs ils le font depuis de nombreuses années maintenant. Pandémie ou pas ça n’a pas vraiment d’impact car ils sont bien structurés. Les premières éditions étaient un peu incertaines mais ensuite c’est devenu une machine qui fonctionne. C’est très précis et ils savent ce qu’ils font. Tout est parfait au niveau de la scène ils te demandent ce qu’ils peuvent faire pour toi. Je me souviens en 2015 je crois que c’était le premier show pour le retour d’Aldrahn. J’étais très impatient et je pense qu’on a fait un bon set. C’est une scène agréable pour jouer. Et c’était super de partager la scène avec lui. Ca c’était un souvenir. Tu sais après avoir passé trente voire trente-deux ans à jouer du metal ici et là tout est un peu mélangé dans ma tête. C’est difficile d’avoir des souvenirs précis parfois. Toujours des backstages différents des nouveaux endroits mais toujours un peu les mêmes discussions. C’est quelque peu nébuleux.

 Et c’était donc pour la promotion de « A Umbra Omega » ? 

Oui et c’était gratifiant. « A Umbra Omega » n’est pas vraiment un album que j’ai fait en pensant au live. Je voulais faire un album studio. C’était génial d’en sortir un ou deux morceaux, de pouvoir les jouer sur scène et de voir que ça fonctionne. C’est un challenge de jouer des morceaux de quinze minutes. Parce que le public peut s’assoupir donc Il faut garder son attention pendant tout ce temps.


Dodheimsgard


Le nouvel album de Dodheimsgard est terminé. Peux-tu nous en parler ? 

Ca fait longtemps qu’on travaille dessus. Quand Aldrahn était encore dans le groupe les titres étaient fait pour lui. Et quand il est parti à nouveau j’ai dû recommencer en prenant en compte ma propre voix. J’avais déjà pensé à un projet solo dans les années 2013, 2014 et 2015 et donc une partie de ce projet a été transféré sur DHG. Du coup j’ai mixé les deux. Mais c’est un album un peu différent, je pense que c’était important d’honorer le dernier line-up. C’est un nouveau line up sur cet album. Donc il se doit de contenir des idées nouvelles et non d’essayer de coller au passé. Et ça a donc pris du temps. Mais au final c’est quelque chose de différent cette fois. DHG est en général plutôt extraverti. On a pris le côté plus mélancolique d’«A Umbra Omega» et on l’a développé pour en faire le thème du nouvel album.

De quels thèmes traitent les textes de ce nouvel album ? 

J’ai écrit tous les textes cette fois. J’avais également écrit trois morceaux sur le précédent. Je pense qu’ils sont relativement dans la même veine. C’est la première fois pour DHG que les paroles sont plus liées à des sujets spécifiques plus personnels mais je préfère ne pas en parler pour ne pas dévoiler tout le contenu artistique, pour que chacun puisse interpréter en fonction de ses propres émotions. Tu sais quand tu écoutes de la musique ou que tu regardes une peinture les émotions que cela créent sont intéressantes. Mais je peux dire que c’est un album plutôt introverti. Malgré tout c’est assez à l’opposé des textes Black Metal habituels car généralement ils tendent à montrer un côté de soi même plus héroïque, guerrier. Ou alors il y a des descriptions plus géographiques comme les forêts, des textes mythologiques ou Satan. Nous sommes plus basés sur l’expérience, plus sur le côté psychologique sombre que mythologique.

DHG prend son temps entre chaque album. Est-ce que c’est lié au fait de travailler sur trois groupes différents en même temps ? 

Il n’y a pas vraiment de raison. Et je ne prévois pas le temps que cela va prendre. C’est ce qui se passe naturellement et le fait d’être impliqué dans d’autres projets prend du temps également. Mais j’ai besoin de temps en dehors de DHG. Parce que je ne veux pas que ce soit quelque chose que l’on fasse tous les deux ans. Chaque album est important à la fois collectivement et individuellement. Et ce n’est pas si facile à faire.  Ce sont toutes des entités différentes. Si je devais refaire un de mes anciens albums j’aurais déjà la recette. Donc une partie du temps à faire un nouvel album est la recherche de cette nouvelle recette. Et c’est également lié au fait de savoir où nous en sommes mentalement à ce moment-là. Quand je ne fais rien pour DHG je suis sur d’autre projets ou pas du tout et c’est aussi un moment où je peux y vivre des expériences. Et ça permet d’avoir des idées pour des nouveaux contenus.

Comment s’est passée ton expérience au Hellfest avec DHG ? 

J’adore le Hellfest (rires). Ce qui est chouette c’est que tu n’as pas besoin d’être Metallica ou Megadeth pour y jouer et tu peux avoir la même expérience si tu es un plus petit groupe. J’aime cet aspect mais j’ai une préférence pour ce qui est plus intimiste en termes de festivals. Mais le Hellfest c’est comme si tu allais dans un autre monde. Tu regardes comment ça se passe et tu repars. C’est un bon festival bien organisé, ils savent ce qu’ils font. Il y a des bons côtés et des moins bons. Par exemple lorsque nous avons joué nous avons dû nous débrouiller par nous même pour arriver sur le site du festival. Je ne parle pas des billets d’avion mais de l’aéroport jusqu’à Clisson nous avons dû nous débrouiller. Lorsque nous sommes arrivés sur le site nous avons vu un van la porte était ouverte et il était rempli de bières avec le nom In Flames. Donc les bières d’In Flames ont eu droit à un transport mais pas nous. (rires) 

Vous deviez jouer « 666 International » à l’Imperium festival. Mais suite au report dû à la crise sanitaire cela ne s’est pas fait. Pensez-vous le faire plus tard et où ? 

Oui bien sûr on va le faire. Pour l’Imperium festival on a lâché l’idée. Effectivement au départ c’était prévu mais suite à la crise sanitaire l’affiche a un peu changé et là je me retrouve à jouer avec trois groupes. Donc il a fallu choisir. Mais j’ai très envie de faire un show réservé à cet album. Et peut-être même ajouter des choses autour du genre comme des surprises, des invités et des personnes impliqués dans cet opus. Et pour ça il faut que ça ne soit pas trop loin géographiquement, j’aimerai que ce soit quelque part en Norvège pour que je puisse réunir tout le monde.

Quelque part à Oslo ? 

Oui cela serait parfait. Ou pas trop loin comme ici (Halden) l’année prochaine. C’est une option.

Depuis « Monumental Possession » DHG semble vouloir repousser les frontières du Black Metal. Comment expliques-tu ce besoin d’évolution ? 

Mais c’est qu’il n’y a pas vraiment de règles. Ces dernières sont une construction mentale. Il n’existe pas vraiment de règles au niveau artistique. Quand on me dit « briser les règles » je réponds « ce ne sont pas mes règles ». D’un point de vue historique dans le Black Metal tous les groupes ont un certaine dose d’originalité. C’est ma génération. J’ai grandi avec ces groupes et j’ai commencé à jouer de la musique aussi à cette époque. J’ai gardé cette idée. D’ailleurs si tu écoutes ce qui a été produit à cette époque tout était différent. Mayhem ne sonnait pas comme Burzum. Burzum ne sonnait pas comme Emperor etc. C’est ancré en moi : l’identité est d’une importance capitale pour faire les choses bien. Tous les groupes qui sont par exemple des clones de Darkthrone je les considère plus comme du post/black.  Il y avait à l’époque comme une sorte de jeu qui consistait à repousser les frontières de l’extrême. Aussi bien physiquement qu’artistiquement. Et on n’avait besoin de demander l’autorisation de personne.

Quand DHG a sorti « 666 International » est ce que tu considérais cet album comme une nouvelle ère ?  

Pour moi c’est plutôt « Satanic Art », cela a commencé avec ça. En 1994 j’avais déjà écrit « The paramount empire » et « Black Treasure » on avait dans l’idée de continuer dans ce sens là. Je pense que les deux premiers albums de DHG sont un hommage au Black Metal. On jouait du Black depuis quelques années. D’ailleurs j’ai créé mon premier groupe en 1991. Il s’est donc passé quatre ans et quand tu as seize ans quatre ans c’est énorme. A l’époque je jouais aussi dans Ved Buens Ende j’étais déjà passé dans l’avant-garde. Ce que je regrettais c’est de ne pas avoir fait d’album de Black Metal. Alors Bjørn et moi avons créé DHG. Et c’est comme ça qu’on a fait « Kronet til konge ». Déjà l’idée était de raconter une histoire dans chaque album. Des riffs de « 666 international » était déjà prêt bien avant la sortie de « Kronet til konge ».

Vous allez jouer bientôt à Bordeaux (le 16 septembre). Pourquoi as-tu choisi cet endroit en tant que date unique ? Et joueras-tu ailleurs en France prochainement ? 

Je ne sais pas trop. Le promoteur m’a contacté et je n’ai pas fait beaucoup de show unique en France. C’était généralement des tournées. Mais je suis toujours bien accueilli en France. Je ne m’en rendais pas compte mais en 2015 j’ai réalisé que les français aimaient bien ce qu’on faisait. Et en 2019 aussi quand on est revenu. Donc quand j’ai eu cette opportunité de faire un show je me suis dit pourquoi pas. Il y a une bonne connexion entre les français et DHG.

Y-aura-t-il un autre concert de prévu comme Paris par exemple ? 

Nous partons en tournée en septembre/octobre donc je pense qu’il y aura quelques dates en France. Et Paris est toujours sur la liste des endroits importants où passer. J’adore jouer à Paris. Le public est fou et sait montrer son amour et le fait qu’il apprécie. Je pense que les français sont un peu comme ça : s’ils n’aiment pas ils te le disent et s’ils aiment ils te le disent aussi.


Vicotnik


Tu as donné un très bon concert avec Ved Buens Ende hier. Avec l’album « Written in waters” paru en 1995 tu avais explosé les frontières. A cette époque en Norvège il y avait Arcturus, Ulver, In The Woods et Fleurety. Quels souvenirs as-tu de cette époque ? 

J’avais dissous mon groupe précédent groupe Manes celui de Askim (ne pas confondre avec celui de Trondheim). Je savais que cela allait nulle part et j’ai fait la connaissance de Carl Michael Eide. Ce dernier n’était pas satisfait de la voie que prenait Ulver. Mais on avait une vision similaire sur l’art et la musique. Cela a donné une discussion intéressante et sans règles établies parce-que habituellement les discussions que tu avais avec d’autres musiciens de black ne sortaient pas des frontières établies. Et donc quand on a commencé à jouer de la musique ensemble ce n’était pas réfléchi, on jouait c’est tout. Et Ved Buens Ende est arrivé naturellement. Et c’était automatique. Le bassiste a beaucoup contribué. C’étaient juste des personnes qui s’exprimaient elles mêmes sans filtres.

Avec Ved Buens Ende tu joues un mix de black metal, folk, musique classique et des éléments du prog’, des éléments des années 70. Quelles étaient tes premières influences quand tu as commencé le groupe ? 

C ’est amusant. Parce que Ved Buens Ende ne sonne pas comme ce que je vais dire. L’album pour  Carl Michael Eide et moi qui nous a marqué c’était Celtic Frost « Into the Pandemonium ». Parce que tu pouvais utiliser ce terme avant-garde pour la première fois. Car tu as tellement de différentes influences. Et c’était nouveau. Celtic Frost dans le riffing et ses structures oscillaient entre le pop rock et le gothique. L’impact était réel avec cet album. Et c’est donc l’une de nos influences principales.  Mais on écoutait aussi d’autres choses comme Dead Can Dance et Coil. Carl et moi pouvions être influencés par plein de choses. Cette porte ouverte dès le début nous donnait un outil supplémentaire.

Dans le podcast de Thomas Eriksen diffusé deux ans auparavant tu déclares être d’avantage un musicien studio. Est-ce toujours le cas deux ans après et pourquoi ? 

Effectivement je suis toujours en premier lieu l’homme de studio. Je pense que c’est comme ça que tout a commencé dans le sens que nous n’avions pas d’ambition particulière d’être programmé, booké. Nous voulions juste faire notre musique dans un studio. Nous pouvions travailler six mois économiser de l’argent pour ça.

Ca a aussi un rapport avec le confort du studio. C’est une expérience introvertie. Alors que faire des concerts et des festivals c’est une expérience que tu partages avec d’autres personnes. C’est très gratifiant mais aussi fatiguant dans un sens. Ce que j’apprécie dans le live c’est l’idée de la musique en live elle-même. Que ce soit bien exécuté sur scène ou non ce n’est pas le principal. Les émotions que tu transmets sur scène c’est ce qui élève la performance. On se nourrit l’un de l’autre. L’artiste de l’audience. C’est là que la magie opère.

L’artiste et l’audience c’est excitant. Toutefois je me définis plus comme un musicien de studio. Et j’apprends les ficelles du live.

Vas-tu composer un nouvel album de Ved Buens Ende ? 

Oui nous sommes en train de composer maintenant. C’est un processus compliqué. Parce ce que c’est facile de faire de la musique mais cela doit être rattaché à ce que nous sommes maintenant.

On ne peut pas être le même Ved Buens Ende vinq-cinq ans après. On doit être dans une nouvelle ère par rapport à « Written in waters ».

Jeudi 7 juillet (avant-hier) ton concert avec Dold Vorde Ens Navn était juste pafait. Que signifie le nom du groupe exactement ? 

Merci. Il signifie caché. Il y a plusieurs façons de l’interpréter. C’est quelque chose qui n’est pas mis en lumière. On a tous des vies secrètes. Quand on est assis chacun à une des deux parties de la table on a chacun une interprétation physique de chacun d’entre nous. Je peux voir ton sourire, lire dans tes yeux. Mais il y a d’autres choses à l’intérieur de chacun. Quelque chose de psychologique que chacun gère. Cela peut être des problèmes mentaux que tu ne vas pas exposer. Ce sont des choses privées. Caché ou bien encore secret est donc le mot clé.

Avec ton premier EP de Dold Vorde Ens Navn «Gjengangere i hjertets mørke» tu jouais un mix de black metal, thrash, heavy un peu punk. Avec votre nouvel album « Mørkere » paru en 2021 vous amorcez une nouvelle orientation musicale. Comment expliques-tu cette nouvelle direction ? 

Pour expliquer cela on doit retourner au début. Car le EP n’était pas vraiment un travail collectif.  Ce n’était pas complètement défini ce que nous allions faire. On faisait une chanson mais on n’avait pas vraiment de plan. Quatre chansons plus tard on me demanda si je pouvais faire les paroles. Cela s’est produit par hasard, par coïncidence. Et l’album n’est pas une coïncidence quand tu as toutes ces morceaux plus structurés. C’est la principale différence entre le EP et l’album.

Et vous avez un nouveau label ? 

Oui mais le label n’a pas créé le contexte créatif. Ils nous ont beaucoup aidés en nous fournissant un bon budget pour travailler. Et ils avaient beaucoup de demandes de leur part mais pas dans un sens négatif. Mais dans un bon sens telles que faites des vidéos du contenu, ces demandes étaient bénéfiques au niveau créativité.

Tu chantes en norvégien dans Dold Vorde Ens Navn. Que représente la langue norvégienne pour toi ? 

Ce que je veux à travers le choix de la langue maternelle c’est que les paroles soient liées à ma personne. Donc j’ai besoin de choisir ma langue. Car si j’avais choisi l’anglais il y aurait eu un filtre. Et j’aime beaucoup comment le norvégien peut être vu comme une plainte dans un sens. J’ai tiré beaucoup d’inspiration de la part d’écrivains de 1800 comme Wergeland, Welhaven, et même Ibsen. Les textes ne sont pas similaires. J’aime la forme qu’ils utilisent et ses mots. Tu peux faire que des choses minuscules aient l’air importantes. Ca vient de ton esprit et tu choisis tes propres mots pour cela dans l’idée de raconter l’histoire.

Tu vas donner un concert au Prophecy Festival en Allemagne fin septembre. Qu’attends-tu de ce concert ? 

Hé bien on s’y prépare. Je suis impatient, je n’ai jamais joué dans une grotte. La liste des groupes me semble bien avec Empyrium par exemple. J’aime l’idée de jouer dans cette grotte. Ca a un côté introverti et qui va bien avec nos textes. Nous y pensons beaucoup à ce concert.

Votre label est Prophecy Productions. Mais qu’est-ce que Lupus Lounge exactement? 

C’est la section metal de Prophecy. Je ne suis pas très sûr. C’est divisé en sous-parties. Il a différentes sections pour différents styles de musique.

Au concert de DHG à Paris en décembre 2019 Heimoth le guitariste de Seth est venu vous rejoindre sur scène. Es-tu intéressé par Seth et d’autres groupes français ? 

Je n’ai pas écouté tant de groupes que cela. Mais bien sûr j’écoute Seth depuis plusieurs années. Car Florian est un ami proche depuis longtemps. On communique toujours ensemble et même si nous ne sommes pas dans le même pays. On s’appelle, on s’envoie des emails par exemple. Donc j’ai un intérêt pour son groupe bien sûr et pour lui-même.  Deathspell Omega font aussi du bon boulot.

Connais tu de même Alcest , Gojira ? 

Gojira est vraiment impressionnant. Ils font une autre sorte de metal. J’aime le fait qu’ils soient si passionnés par leur musique. Même si certains passages de leur musique ne me parlent pas directement j’adore la façon  dont ils traitent leur matériel, leur artwork. C’est touchant d’un certain point de vue.  Alcest j’ai entendu un peu d’eux mais pas beaucoup. Je crois qu’ils sont plutôt populaires ici. J’irai voir de plus près.

Blut Aus Nord ? 

C’est un bon groupe. Ce n’est pas ce que j’écoute le plus. Mais dès qu’ils sortent un nouvel album je vais voir ça pour l’écouter et à chaque fois je suis impressionné. De plus ils sont très originaux.


Vicotnik


Tu fais partie de la seconde vague du Black Metal. Comment vois-tu l’évolution de celle-ci aujourd’hui ? 

C’est une question compliquée à répondre. Je ne dirai pas qu’il y a de nouvelles vagues de Black Metal. Je pense que c’est fini. Je ne pense pas que c’est mort. C’est une époque et un lieu. Et on n’est plus à cette époque et à cet endroit.

Je pense qu’avant c’était lié à une façon de vivre. Etre une sorte de marginal. Maintenant c’est plus une sous-culture. Une sous-culture plus acceptable. Ainsi ca a changé beaucoup. Je pense que la qualité de la musique est désormais excellente et d’un bon niveau. Et je pense que les groupes aujourd’hui ont plus d’opportunités en termes de la technologie et peut-être ont-ils des parents qui les encouragent quand ils vont dans l’industrie de la musique qui est acceptée par le mainstream ? Tu sais quand on a démarré on n’avait pas d’équipement ni de parents pour acheter les instruments de musique. Mes parents n’avaient pas la moindre idée de ce qu’on faisait. C’était notre essence pour faire notre musique.  Maintenant si tu es un bon groupe qui joue beaucoup qui répète beaucoup et qui fait de bonnes chansons et si tu as un peu de chance tu peux jouer dans un festival et faire des disques. Tu peux en vivre. C’est une approche très différente.

Penses-tu qu’il existe une troisième vague de Black Metal avec des groupes de Pologne tels que MGLA par exemple ? 

Pas vraiment. S’il y a une troisième vague elle a déjà commencé il y a déjà longtemps. Il n’y a pas de continuité. Il y a eu une première vague avec Bathory qui ne définit pas le Black Metal ,la deuxième vague dit : « nous sommes de nouveaux groupes qui faisont des choses très spéciales ». Et je pense que la 3ème vague est tout ce qui arrive après. Il n’y a pas d’autres vagues. Et c’est seulement mon opinion.

Et que penses-tu de MGLA ? 

J’aime beaucoup MGLA. Ils jouent ce style de metal mélancolique du milieu des années 90. Ils le font avec conviction.  J’aime beaucoup « Age of futility ». Mais le dernier album m’intéresse moins. J’ai aussi écouté leurs premiers albums.

Je t’avais rencontré au Kniven en 2016 lors de l’Inferno. Et tu faisais une soirée DJ. Quelle expérience as-tu en tant que DJ ? 

Aucune. C’est seulement pour le Kniven. C’est mon adoration pour le lieu et les personnes qui y travaillent. Le Kniven au-delà d’être un bar metal ce sont aussi mes voisins. Je vis à une centaine de mètres d’eux. C’est mon QG. Quand Daniel et les personnes qui y travaillent me demandent de faire un set Dj jouer de la musique j’arrive. C’est comme faire partie de la comunnauté locale. J’ai des liens avec la plupart des personnes qui viennent au Kniven. J’ai joué dans des groupes avec certains. Comme une sorte de famille. C’est la continuité du bar Elm Street un peu.

Comment c’était Elm Street d’ailleurs ? 

On adorait mais c’était le seul bar que nous avions. Ce n’était pas un bar metal mais un bar rock. Ils passaient de la musique rock et ils nous accueillaient volontiers. Et on se sentait bien dans ce bar. Il y avait une coïncidence car la rue parallèle à Elm Street s’appelle shipgata et il y avait un lieu pour répeter. Ulver, Mayhem, Arcturus, Ved Buens Ende, DHG, Dimmu Borgir et  Satyricon y répètaient.  Je me rappelle aussi d’avoir prêter notre local pour Gorgoroth. Pour leur donner l’opportunité de répéter pour un de leurs concerts à Oslo probablement au Lusa Lotte. Comme ce bar rock était proche du lieu de répétition ça a dû jouer un rôle.

Et c’était l’endroit où tu as rencontré Fenriz ? 

Peut-être pas la première fois. Car la première fois quand il est venu au studio pour l’enregistrement il était attelé à son groupe Valhalla. C’était un moment particulier car je savais qui il était. Et lui aussi savait qui j’étais. Je me rappelle qu’on ne s’est rien dit on était juste assis dans le studio. Il commença à jouer un riff et je me mis à jouer un autre riff. Et après il s’est arrêté de jouer et j’ai joué à nouveau. Et ainsi de suite sans dire un mot. Chacun écoutait l’autre jouer. Et au bout d’une trentaine de minutes plus tard il posa sa guitare et retourna sur son enregistrement de Valhalla. Et à moi je suis retourné à mes affaires à l’autre bout du studio.

Est-ce que tu rencontrais Nocturno Culto à ce même moment ou bien  plus tard ? 

Non je rencontrais Fenriz en premier et une autre fois Nocturno Culto quand il s’est installé à Oslo pendant quelques temps. C’est quelqu’un de très direct dans le bon sens.

Tu as fait les vocaux sur « Praetorians » de Naer Mataron. Comment cela s’est-il produit ? 

Un peu par hasard. J’étais ingénieur dans le studio. A un moment tout le monde était inquiet au sujet du chant car Georges le chanteur n’est pas si bon que ça en anglais. Ainsi ils ont cherché des options et ils m’ont demandé d’essayer. Ce à quoi j’ai répondu : « pourquoi pas ».

Je me souviens t’avoir vu en concert avec DHG et Naer Mataron le 21 octobre 2007 à Athènes au Gagarin 205. As-tu des souvenirs de cette date ? 

On jouait effectivement à Athènes et à Thessalonique. C’était une bonne expérience. Je n’avais aucune idée de ce que le groupe pouvait représenter pour les personnes la-bas. Et je me suis rendu compte que l’on avait beaucoup de fans grecs. Ils m’ont fait sentir comme chez moi. On avait fait une vidéo en 2007 dans une grotte après le concert avec Naer Mataron pour « Encarcerating Gallandry ». Certaines personnes me disaient : Tu ne devrais pas mettre ce sable dans ta bouche tout le temps. Et je disais pourquoi pas ? Les chauve-souris  font leurs besoins ici. Elles ont la rage  et tu peux mourir. Et là je me suis dit oups ! Et j’ai arrêté de manger le sable. On a fini la vidéo et je suis rentré. Et je ne sais plus si c’était quand je suis allé dormir ou le lendemain matin. Je suis allé aux toilettes et j’urinais du sang. Je me suis dit ce n’était peut-être pas intelligent de manger des crottes de chauve-souris. En arrivant à Thessalonique j’urinais encore plus de sang et c’était pire. Et j’ai dit aux gars j’ai un problème. Alors je suis allé à l’hôpital et je suis parti en ambulance. Et j’ai vu un docteur et je lui ai dit que j’avais mangé des crottes de chauve-souris et il me demanda il y a combien d’heures ? A peu près quinze heures je lui répondis. Est-ce que vous pouvez faire quelque chose pour moi ? Non me dit-il. Soit ça va aller soit c’est trop tard. Alors on va voir.  Il me donna quelques piqures. Je les ai prises. Alors dans la soirée cinq minutes avant de monter sur scène ma copine me donna une piqure dans les fesses. Le temps de remonter le pantalon j’étais sur scène.

As-tu des groupes de référence quand tu as du temps de libre ? 

Pas tant que ça car ces derniers temps j’étais beaucoup en composition et en enregistrement. Toutefois je peux citer Agnes Obel du Danemark. C’est une musique profonde et atmosphérique. Maintenant que j’ai fini le nouvel album de DHG je peux l’envoyer au label et leur dire :  à vous de jouer maintenant. Et je peux être dans un état d’esprit de rentrer chez moi et d’écouter de la musique.

Ce nouvel album sortira toujours chez Peaceville Records ? 

Oui.

Y a-t-il des groupes de chez eux comme My Dying Bride que tu apprécies ? 

Bien sûr j’aime beaucoup My Dying Bride. Je n’ai pas écouté le dernier. Mais « Turn Loose The Swans » est un chef d’œuvre. J’aimerai My Dying Bride pour toujours.

Et apprécies-tu d’ailleurs toutes sortes de metal ? 

Non pas exactement parfois certains types de metal ne sont pas ma tasse de thé comme le nu-metal Et pas plus le rap-metal. Je peux apprécier le rap. Mais pas trop la combinaison du rap avec le metal. Mais c’est subjectif. Je n’ai jamais été un grand fan de gothic même si le goth et le metal sont parfois proches. Si le metal est très soft on peut penser à du goth.

Je me rappelle que tu apprécies bien Scorpions ? 

Oui ainsi que le rock et le hard rock, le heavy metal, le thrash et le death et le black.

Apprécies-tu whitesnake ? 

Oui j’appréciais bien Whitesnake quand j’étais gamin.

Et concernant ta voix as-tu des modèles des personnes que tu voudrais te rapprocher ? 

Cela dépend de quelle manière. Je ne suis pas vraiment un chanteur à proprement parler. J’utilise ma voix pour m’exprimer. Je ne me préoccupe pas de faire la même voix sur chaque album même d’un titre à l’autre ça peut être différent. En termes de frontman mes préférés sont Brian Ferry et Freddy Mercury. Même si c’est conscient ou inconscient tu es inspiré par leur présence.

Et je ne pense pas que Brian Ferry s’est installé confortablement et s’est dit qu’il souhaitait que sa voix soit comme ceci ou comme cela. C’est de l’art en lui-même. C’est un chef d’œuvre à lui tout seul. Brian Ferry est juste lui-même. Une partie artistique se résume ainsi : la façon dont il chante, la façon dont il apparaît en termes de look. C’est un package. Un autre grand chanteur est Leonard Cohen. C’est un grand compositeur. David Bowie aussi. Je suis probablement plus inspiré par des chanteurs hors-metal. Et pour revenir au metal je peux citer James Hetfield un des plus grands vocalistes de tous les temps. Une présence tellement énorme. Il est aussi guitariste. Et aussi Bruce Dickinson pas vraiment une inspiration mais j’adore son énergie.

Et Rob Halford ? 

Bien sûr ils sont fantastiques. Parce qu’ils sont eux-mêmes et ne jouent pas un rôle. Et Ronnie James Dio aussi. Mais quand on en vient au Black Metal je ne suis pas si sûr que cela m’apporte tant d’inspiration. Mais il y a beaucoup de très bons vocalistes dans le genre.

Et si Quorthon avait fait des concerts ? 

Oh oui ça aurait été dingue.

Et Hellhammer ? 

Je crois que Hellhammer est mon groupe favori depuis tout jeune. Quand j’ai eu ma première veste en cuir j’avais un grand logo de ce groupe dessus en 1991. « Apocalyptic raids » j’ai adoré. Vraiment in your face leur démarche.

Que préfères tu des années 90 le début le milieu ou la fin ? 

Toutes les années 90. Il faut tenir compte que c’est toute ma jeunesse et que je grandissais. C’était très formateur. J’avais probablement 14 ans au début et j’avais dépassé la vingtaine en 99. Beaucoup de choses se sont produites pas que mentalement mais aussi physiquement. Je suis parti de mon domicile familial très tôt pour habiter sur le lieu de répétition dans la rue shipgata. J’ai eu beaucoup d’expérience dès mon plus jeune âge. A partir de 15 ans j’étais dehors jour et nuit et j’allais dans les bar où je n’avais pas le droit d’aller pour me faire payer des bières. Je n’avais pas vraiment d’argent non plus. Connaitre des gens et pouvoir éventuellement dormir sur un canapé. Et avoir accès à leur frigo pour manger. C’était une vie un peu bohème.

Et le fait que tu sois en partie indien ne t’as pas trop posé de problèmes avec certaines personnes à une certaine période ? 

C’est certain c’est amusant d’une certaine façon car je découvrais le Black Metal et je me suis toujours senti comme un marginal même avant cette musique. C’est comme ça, je n’ai jamais été 100 % norvégien ou 100% indien. Il y avait certainement plus de racisme à l’époque que maintenant en Norvège en tout cas. Du côté indien de ma famille ils étaient très religieux ce qui n’était pas mon cas. Ils parlaient de dieu comme un bon dieu mais en fait il avait l’air terrible. Quand j’ai découvert le Black c’était une expérience étrange car il y avait un paquet de racistes. Mais du coup j’étais à nouveau marginal. Mais ça me plaisait. Et ça m’a permis d’évoluer. C’était une période intéressante définitivement.


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