Among The Living
Interview

ACYL : Entretien avec le groupe!

Entretien avec le groupe ACYL

Nous avons rencontré Amine, Reda et Samir du groupe ACYL pour une interview des plus intéressante à l’occasion de la sortie de leur dernier et excellent opus Aftermath. Quand des passionnés attachés à leurs racines vous racontent leur musique cela donne ça :

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Bonjour, pouvez-vous vous présenter pour ceux qui ne vous connaissent pas ?

Amine : Bonjour. Je suis Amine le chanteur d’ACYL, je suis en compagnie de Samir qui officie à la basse et de Reda notre guitariste.

Pouvez-vous me dire ce que vous entendez  par Métal expérimental ethnique ? Est-ce une notion large ou au contraire plutôt confinée ? Qu’est-ce que cela représente ?

Amine : C’est une notion plutôt large car le terme de « folk métal » me gêne un peu. Pourquoi considérer qu’il y a du métal et du métal « traditionnel » ? C’est un peu comme les termes Music et World Music. Pourquoi d’une p art de la musique dite « mainstream » et le reste de la musique serait de la « World Music » ?
Une musique est une musique. Elle appartient à des ethnies. Et le fait que l’on incorpore à cette musique des instruments traditionnels, des chants collectifs et de l’expérimentation, en fait du métal ethnique expérimental. Toutes proportions gardées et en toute modestie.

Un mot sur votre projet précédant  « MASS », et l’état de la scène métal algérienne. Les choses ont elles évoluées aujourd’hui ?

Amine : Le projet MASS est un projet technique moins prononcé qu’ACYL. Il a vu le jour en 1996 pour se terminer en 2001. Il prenait en compte les musiques traditionnelles algériennes mais d’une façon moins prononcée aujourd’hui avec ACYL.
On vivait alors en Algérie, et cette musique faisait partie intégrante de nous.  Mais, vois-tu, c’est quand tu vis loin de chez toi que tu retrouves l’attachement à tes racines, et on a vécu cela en venant s’installer en France en 2003. Ce qui est rassurant c’est que le temps passant nous sommes toujours aussi attaché au passé et à nos racines, c’est pour cela que la partie traditionnelle est plus forte dans ACYL.
On a vraiment envie de montrer aux gens qui nous sommes et d’où nous venons. Dans les années 90 on ne nous percevait pas bien et c’était une décennie difficile pour nous. Maintenant c’est de l’histoire ancienne et l’on a envie de montrer une facette culturelle beaucoup plus apaisée, engagée et sereine à la société française dont on fait partie maintenant.
Je suis le seul rescapé de MASS, et on a monté le groupe actuel pour montrer au monde, autre que l’Algérie, notre culture et notre différence à travers ACYL.

Vous êtes sur un segment ou d’autres groupes se trouvent comme Myrath ou Orphaned Land. Vous connaissez ces groupes ? et comment vous situez vous par rapport à eux ?

Amine : ORPHANED LAND sont les pionniers du genre. Dans le sens « folk » on peut aussi bien s’identifier à eux comme à ELUVEITIE. Ce sont des groupes qui utilisent leurs traditions et leur culture comme nous. Mais là où on n’est pas comme ELUVEITIE, ORPHANED LAND ou MYRATH, c’est que nous sommes focalisés sur la culture Algérienne et non pas Moyen Orientale ou Orientale au sens large.

 

Aftermath est votre 3eme opus, 4 ans après Algebra . Que s’est-il passé entre ces deux événements ?

Reda : Oui il y a eu 4 ans entre ces deux albums. Il y a eu un peu de tout. Des contraintes techniques, de la maturation aussi, c’est une réflexion que l’on a depuis le début du concept d’ACYL. Cela depuis 2006. Pourquoi des contraintes techniques ? Parce que l’on est parti rechercher l’authenticité sur place en Algérie, avec les personnes qui la maîtrisent le mieux. Une recherche de LA vibration. Tout cela nous a pris du temps.

Amine : Il faut savoir que les ethnies et les cultures sont très différentes en Algérie. Le territoire est vaste, il fait 4 fois la France.

Reda : Il y a aussi notre vie ici, on a également fait deux tournées, et en plus on est feignants (rires). C’est vrai qu’on aurait voulu le sortir en fin 2014, mais au final ce n’est pas plus mal car cela nous a permis de se poser et de prendre du recul.

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Aftermath (conséquences) pourquoi ce titre ?

Amine : Aftermath parle de 9 personnages historiques qui ont marqué l’Algérie, qui l’ont façonnée à leur image, ce qui a comme conséquence ce que nous sommes aujourd’hui nous, ACYL, en tant que groupe et Algériens en général.

Vos compositions sont souvent mystiques. Quel est votre relation à la religion en général ?

Amine : La relation entre la musique et la religion je te dirai qu’il n’y en a aucune. La mysticité n’est pas forcement religieuse, c’est plus une philosophie de vie qui existe chez nous dans les différentes ethnies. La mysticité vient de chacun, avec l’expression de ses souhaits, de ses envies. Dans la musique traditionnelle tu n’as pas trop le choix. C’est, ou Rythmique et transe, ou bien c’est très posé comme des prières mais pas forcément religieuses. Les instruments traditionnels aident à retranscrire tout cela. Quand on prend une Gasba (c’est une flute algérienne) avec son grain particulier, on accentue la tristesse du moment.
Après pour ce qui est de la religion et ce qui se passe dans le monde, on est tous au même niveau. Toi, moi, c’est pareil. On est absolument pas religieux, c’est juste de la folie humaine. Nous on préfère parler de chose positive et de notre culture nord-africaine, et sortir des amalgames en montrant la beauté de notre héritage. 99.9% des musulmans sont aussi choqués que toi par ce qui se passe et s’est passé.

 

Vous allez plus loin dans « l’ethnique » qu’un groupe comme Myrath par exemple, en intégrant plus d’instruments traditionnels et en chantant aussi en arabe. A l’image de votre nom (ACYL veut dire « Véritable »), c’est quelque chose de fondamental pour vous ?

Amine : En fait je vais reposer ta question mais à l’inverse. Avec ACYL on ne rajoute pas des instruments traditionnels sur de la musique métal, mais on commence par composer de la musique traditionnelle à laquelle on incorpore du métal. La démarche n’est pas la même.

Reda : Pourquoi on fait ça ? Parce qu’en fait le métal est tellement riche en styles, du Stoner au Black Métal, qu’on trouve que chaque style se rapproche d’une musique traditionnelle de chez nous. C’est la rythmique qui donne cette impression souvent. C’est donc pour cela que l’on compose d’abord la musique traditionnelle sur laquelle on vient poser le style qui s’y prête le mieux.

Samir : C’est un peu comme le morceau Singa, du dernier album, qui commence avec une rythmique Chaoui qui se rapproche beaucoup du Stoner. C’est un exemple de mariage de genres.

Amine : C’est vrai, qu’à posteriori, je me dis qu’on arrive à exploiter plusieurs styles de métal avec la musique traditionnelle, et que l’on ne risque pas de s’enfermer dans un style pour ne plus en sortir. C’est plutôt cool.

Reda : On écoute un peu de tout dans le métal, mais pas que du métal d’ailleurs et cette approche nous arrange.  Cela nous permet de toucher un peu à tous les genres.

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D’ailleurs je trouve que par rapport à Algebra, qui était un peu plus « linéaire » à mon sens, Aftermath est beaucoup plus varié.

 Amine : Je t’avouerais qu’Algebra était notre premier opus et que nous nous sommes concentrés sur le texte principalement. C’était très sensible et nous avons parlé essentiellement de civilisation Musulmane et Berbero-musulmane. Et il ne fallait pas que l’on se plante. C’est marrant que tu dises ça car au contraire je trouve qu’Algebra à beaucoup plus d’ambiance qu’Aftermath. C’est vrai qu’Algebra a un son très scandinave ce qui fait une grosse différence. Pour Aftermath on a eu une approche complètement différente, d’apport plus organique avec un son moins agressif. Un peu à l’américaine, ce qui donne un équilibre entre la partie métal et traditionnelle.

Reda : C’est vrai que dans notre « business plan » (rires) on ne voulait pas trop agresser les gens et amener les parties traditionnelles tout doucement. Et sur scène, et sur nos albums.

Amine : en fait on a mal calculé car regarde, toi qui ne nous connaissais pas avant, tu as écouté notre album et n’as pas été choqué. Finalement il y a pas mal de personnes qui nous ont découvert avec ce dernier opus sans être plus choquées que cela.

Reda : une différence avec Algebra, c’est que avec Aftermath on ne s’est pas posés la question de savoir s’il y avait trop de métal ou pas assez. C’est venu naturellement et comme on le ressentait.

Quels sont vos projets de tournées pour la promotion d’Aftermath ?

Amine : La tournée se met en place pour 2017. Ce sera une tournée européenne comme celle de 2014. Il y aura 2 ou 3 concerts de « chauffe » histoire de mettre en place les morceaux et la setlist. A nos concerts il y a beaucoup d’instruments traditionnels et de projections vidéo  et cela nécessite pas mal de temps pour tout roder.

Vous tournerez en tête d’affiche ?

Amine : Non, sur cette tournée on sera en support.

Vous avez déjà un nom pour la tête d’affiche ?

Amine : Oui mais on ne peut pas encore le dire (rires)

Votre musique  est  une invitation au voyage, on est transporté. Ma question va peut être vous paraitre étrange, mais comment decidez vous qu’un morceau  doit s’arreter et quand?

Reda : On a eu ce problème (rires). Justement la spécificité de la musique algérienne c’est que les chansons peuvent durer une soirée. C’est de l’impro et cela peut durer des heures. On les a arretées car il faut bien le faire (rires). On se cale sur les paroles. Il y a aussi une obligation commerciale, un titre de 60 minutes c’est difficile à vendre (rires).

Amine: Il faut une certaine legitimité pour pouvoir faire ça.

Comment composez vous?

Reda : C’est un travail collectif. Chacun vient avec ses idées et on les bosse ensemble chez les uns les autres.

Amine, il n’y a que toi qui écris les textes ?

Amine : Oui.

Reda : Il demande notre avis mais n’écoute pas ce que l’on dit (rires).

Avez-vous prévu de réaliser un clip vidéo pour cet album comme vous l’aviez fait pour Algebra ?

Amine : Oui, il devrait se faire juste après la sortie de l’album. En fait tout dépendra de la façon dont il se vendra. ce sera le levier pour déclencher le tournage.

Vous écoutez quoi en ce moment ? vos derniers coups de cœur ?

Reda : Personnellement j’écoute plutôt des choses que j’écoutais à mes débuts. J’écoute assez peu de choses actuelles. Il faudrait que je m’y mette d’ailleurs. J’écoute pas mal de Meshuggah.
 

Grosse influence pour vous.

Amine : oui, ça part de Tool puis Nevermore pour arriver à Meshuggah. Moi en ce moment j’écoute deux groupes. L’un est palestinien et s’appelle Le Trio Joubran, ce sont trois luthistes et c’est très bon, avec une approche prog. L’autre groupe s’appelle Zafaroud, ce sont des amis qui sortent leur album très bientôt. Pour ce qui est du métal j’écoute le  dernier SOEN qui est monstrueux.

 

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